dimanche 27 mars 2011

L’université ligérienne n’est pas excellente

À l’instar du FC Nantes, l’Université de Nantes est reléguée en Ligue 2, et plutôt en bas de classement. Le gouvernement vient de publier la liste des cent Laboratoires d’excellence qui se partageront un milliard d’euros de dotations provenant du Grand emprunt lancé l’an dernier. L’Université de Nantes n’obtient rien.

Enfin… trois fois rien : elle participe avec cinq autres universités à un projet de recherche sur les batteries électriques présenté par l’Université de Picardie Jules Verne. Un rôle subalterne dans un projet amiénois étiqueté Jules Verne, n’est-ce pas même pire que rien ?

L’Université de Nantes n’est pas la seule à être ainsi réduite à jouer les utilités. L’Université d’Angers est dans le même cas. Et aussi l’Université de Font-Romeu, l’Université de Guyane, l’Université de Pau, l’Université d’Albi, l’Université de la Polynésie française… Que du lourd ! L’Université du Maine, elle, n’obtient rien du tout.

La recherche et l’université font partie des compétences régionales. À cette heure, ni Jacques Auxiette, ni Christophe Clergeau, président de la commission ad hoc du conseil régional, n’ont réagi à ce résultat consternant. Censés acquérir un prestige international grâce au pôle de recherche et d’enseignement supérieur L’UNAM (pour L’Université de Nantes Angers Le Mans, c’est malun !), les Pays de la Loire universitaires commencent à ressembler à un club de losers. Combien de temps des institutions du calibre d'Audencia, de l'École centrale ou du CHU de Nantes accepteront-elles de jouer sous ce maillot ?

6 commentaires:

Marie a dit…

Avant de critiquer l'Université de ligérienne, il faudrait peut-être se demander dans quelles conditions les dossiers d'excellence ont été choisis. Est-ce qu'il n'y a pas de domaines à la pointe à Nantes par exemple? au CHU? à l'IMN? A mon avis si, le problème c'est que derrière le choix d'excellence il y a des choix politiques et de lobbying sans rapport avec la qualité de la recherche. Tout ça est vraiment triste, pas seulement pour les universités classées en seconde zone, mais pour la recherche française avec des pans entiers qu'on envoie au pilon, et donc pour toute la société Française, avec des développements potentiels qu'on ne pourra jamais connaitre. Ce gouvernement se prétend libéral et se comporte comme la pire des bureaucraties. Les chercheurs ne sont plus là pour faire de la recherche mais pour remplir des dossiers pour prétendre être excellents et faire des ronds de jambes au politiques. Pauvre France

Sven Jelure a dit…

Tout à fait d’accord avec vous, Marie : les choix politiques et le lobbying sont sûrement intervenus dans la sélection. Et aussi le copinage et la poudre aux yeux. Les choix ont été effectués en principe sur proposition d’un « jury international », revue par un comité de pilotage représentant l’establishment de la recherche (ministère, ANR, etc.). Comité sur comité : rien de tel pour favoriser les tripatouillages. À ce sujet, Les Échos ont publié le 18 mars un intéressant article de Pascale-Marie Deschamps et Isabelle Ficek. Il y est dit que le jury avait privilégié l’excellence future des laboratoires, ce qui est une garantie de subjectivité.

De toutes façons, il faudrait être naïf pour imaginer qu’une telle sélection peut être objective. Le jury international a dû choisir parmi près de 250 dossiers : qui peut imaginer que des universitaires étrangers, quelle que soit leur respectabilité, aient eu en main tous les éléments pour juger autrement que sur des réputations et des relations ? « Le classement d’excellence (…) va produire une excellente hiérarchie du classement de l’excellence des cabinets-conseils » ricanait récemment Henri Augier dans son blog sur EducPros : de nombreux dossiers gagnants ont probablement été formatés par des consultants pour être bien dans l’esprit du temps.

Les universitaires ont peut-être eu la naïveté de croire qu’il suffisait d’être bons pour l’emporter. Mais les responsables de la région, eux, savent parfaitement comment fonctionne ce genre de sélection. Et pour cause : qui croirait que les subventions des collectivités territoriales sont toutes basées sur des critères objectifs, sans incidence de copinages personnels ou politiques ? MM. Auxiette et Clergeau savent bien ce qu’il en est. C’est pourquoi je les citais dans mon post : si les choix politiques et le lobbying n’ont pas été favorables à Nantes et à L’UNAM, c’est probablement qu’ils sont moins efficaces que leurs collègues des autres régions (et ce n’est pas une question de couleur politique puisque vingt régions sur vingt-deux sont dirigées par la gauche). L’absence de laboratoires d’excellence à Nantes est au moins autant un naufrage de nos politiques que de nos universitaires.

L'Université de Nantes aurait probablement eu de bien meilleures chances dans le cadre breton que dans le cadre ligérien.

Anonyme a dit…

vous croyez que le copinage n'existe que lors des appels d'offres gouvernementaux? un chercheur qui veut entrer dans un labo a intérèt a être copain avec le patron!!! les politique et les ronds de jambe jouent au moins autant à l'université qu'au niveau du ministère.

Prof Nimbus a dit…

Cher monsieur,
Je lis toujours avec plaisir vos chroniques grinçantes sur la ville de Nantes : il fallait bien qu’un jour ou l’autres elles prennent pour sujet l’université ! Je me permets toutefois d’apporter une ou deux nuances à votre propos.
Pour être actuellement enseignant à l’université de Nantes (l’appellation « université ligérienne » n’a évidemment aucune existence…) après avoir été Assistant Temporaire d’Enseignement et de Recherche à la Sorbonne et élève de l’ENS (+ agrégation et doctorat, comme tous mes collègues), il me semble que le niveau de cette institution que vous tournez en dérision est loin d’être aussi catastrophique… Ses centres de recherche sont plutôt en plein développement depuis quelques années, et son recrutement toujours plus sélectif. Si vous considérez les rapports d’évaluation des laboratoires par l’Agence de l’Evaluation de la Recherche (AERES), ils sont globalement au-dessus de la moyenne nationale (je n’ignore pas, bien entendu, que l’AERES a des critères bien précis, qui peuvent être sujets à débat). Si vous jetez un œil sur les taux de réussite aux concours nationaux préparés dans le cadre de l’université (Capes, Agrégagtion), vous aurez, de même, une (bonne) surprise…

Pour ce qui est des dernières décisions gouvernementales, il est vrai qu’elles laissent Nantes de côté. Si certains choix sont compréhensibles (il était assez « logique » d’exclure Nantes du plan Campus, en ce que notre Université était déjà regroupée au sein d’une seule et même structure, contrairement à beaucoup d’autres villes, dont on voulait encourager le regroupement au sein d’un unique ensemble), les derniers camouflets passent assez mal. Il y a clairement un problème.

Par ailleurs, même en termes de dotation annuelle accordée à l’université de Nantes (au-delà des divers « plans » plus ou moins médiatiques lancés par Mme Pécresse), le Ministère de l’Enseignement et de la Recherche tend à faire croître très mollement le budget nantais, contrairement à d’autres universités voisines (Angers) décidément plus favorisées. Cela s'explique assez difficilement, quand on s'en tient au strict point de vue des résultats de notre université (qui sont, répétons-le, pas si mal...)

Dans ce contexte, il faut sans doute savoir reconnaître ses propres faiblesses (et l'incapacité de nos édiles à porter des dossiers de ce type?), mais on peut aussi s’interroger sur les arrière-plans politiques de beaucoup de décisions prises dans les trois dernières années. Pour se limiter à deux exemples, beaucoup ont remarqué combien l’université de Bordeaux avait, quant à elle, profité des mannes du gouvernement de façon disproportionnée par rapport à ses résultats (qui est le maire de cette ville, déjà ?). Le choix de faire de cette ville un pôle universitaire à l'échelle de tout l'ouest est tout à fait défendable, mais il faudrait être naïf pour croire qu'il n'a pas de motivations extra-universitaires. De même pour la « micro-université » d’Angers, dont chacun sait qu’elle est en surencadrement, et que ses peformances sont loin d’être brillantes ! On connaît l’attachement d’une certaine Roselyne Bachelot pour cette petite ville (tiens, elle n’est pas au gouvernement, elle aussi ?). Bref, même si c’est un argument parmi d’autres, n’oublions pas la soupe politicienne, qui est loin d'épargner notre actuel gouvernement.

Petite note optimiste : heureusement, ce ne sont pas les plans du MESR qui font vivre la recherche. Les financements de l'ANR, une agence de moyens très généreuse, sont sans doute plus importants dans les projets portés hors de Paris (mais l'ANR est moins connus dans le grand public). Par ailleurs, que Nantes ait été mise "au piquet" par Mme Pécresse obligera les laboratoires à diversifier leurs financements (fonds privés, fondations, et bien sûr la région qui met la main au portefeuille assez généreusement!)
Bien à vous,
Professeur Nimbus

Sven Jelure a dit…

Merci, Professeur Nimbus, pour votre commentaire argumenté. Loin de moi l'idée de dévaloriser globalement l'enseignement supérieur à Nantes ; je citais Audencia, l'Ecole centrale et le CHU, mais je crois sans peine que la ville compte d'autres établissements et unités de premier plan.

Il est évident que notre université est victime d'un mauvais traitement. Je ne crois pas que ce soit pour une raison de couleur politique : en dehors du cas de Bordeaux que vous citez, les villes les mieux servies au titre des Laboratoires d'excellence sont Paris, Grenoble, Montpellier, Lyon, Toulouse, Strasbourg et Clermont-Ferrand, toutes gérées par des maires socialistes (et toutes sauf une situées dans des régions dirigées par la gauche).

En principe, les laboratoires retenus l'ont été sur proposition d'un jury international. Qui plus est, ce jury aurait tenu compte de "l'excellence future" des laboratoires. Inévitablement, un facteur "image" sera entré en ligne de compte.

Et c'est pourquoi j'ai introduit une "Université ligérienne" dans le titre de mon post. Certes, je le sais bien, il n'y a pas d'université ligérienne. Mais l'université est à mon avis plombée par la dimension "Pays de Loire". Les régions ont vocation à porter leurs universités. Or notre région est une création artificielle, qui malgré tous ses efforts de communication n'a jamais réussi à se créer une image, et présidée en outre par un homme politique de second plan (ne vous récriez pas, vous savez bien que c'est vrai !). Quant au PRES ligérien qu'est L'UNAM, abstenons-nous de tirer sur une ambulance.

Bref, sur le plan de l'image, cette université de nulle part ne joue pas à armes égales avec celles d'autres grandes villes. Une Université François II qui se revendiquerait de la tradition ducale aurait une autre gueule... mais on connaît la réaction des politiques : "cachez cette Bretagne que je ne saurais voir !"

prof. Nimbus a dit…

Tout à fait d'accord avec vous sur les points que vous évoquez dans votre réponse !