mercredi 26 septembre 2012

Bombardement mal ciblé

Curieux lapsus de Presse Océan lundi dernier – double lapsus, même. « Le jeudi 23 septembre 1943, premier bombardement à Nantes », lisait-on sous la plume de Jean-Louis Lucas à propos de ce jour « où les Allemands bombardèrent pour la première fois la ville ». On sait qu’en réalité le premier bombardement massif sur Nantes a eu lieu le 16 septembre et qu’il était dû aux Alliés, non aux Allemands. Presse Océan a publié un rectificatif le lendemain.

Dans les années 1950, je n’aurais jamais manqué un hommage aux Cinquante otages. La place du Pont-Morand était noire de monde, il y avait des drapeaux, des fleurs, des sonneries aux morts, des minutes de silence, des claquements de talons, c’était poignant. Une énigme taraudait pourtant mon jeune cerveau.

Un mois plus tôt, chaque année, mon père avait évoqué le bombardement de Nantes les 16 et 23 septembre. Par des avions américains, avait-il dit. Pourtant, un acte aussi barbare ne pouvait être que le fait de nazis. Mon père se trompait sûrement. Mais alors, si l’on célébrait avec tant de solennité l’exécution de cinquante otages le 22 octobre, pourquoi n’avait-on pas commémoré avec plus de lustre encore, un mois auparavant, un drame qui avait fait trente ou quarante fois plus de morts, sans parler des blessés et des destructions ?

Jean-Louis Lucas n’est pas seul à pérenniser cette erreur. L’an dernier déjà, dans un « spécial Nantes » des Inrockuptibles, J.D. Beauvallet écrivait que La Fabrique, « comme un beau cauchemar métallique », était construite « sur les restes d’un blockaus, qui servit à protéger les employés des chantiers navals voisins des bombardements nazis ». La dissonance cognitive n’a pas fini de produire ses effets. Mais peut-être le film de François Gauducheau aura-t-il redressé le tir ?

6 commentaires:

Anonyme a dit…

Même France Culture a évoqué le mémorial en parlant du "quai de Nantes où l'on débarquait les esclaves"...
La connerie progresse.

Sven Jelure a dit…

ou au minimum, elle perdure !

Anonyme a dit…

Dans le même article il est question des chantiers du Bignon (Sic). Je ne savais pas que les Américains avaient visé le péage de l'autoroute... Visiblement P0 se laisse aller...

Anonyme a dit…

Dans le même article il est question des chantiers du Bignon (Sic). Je ne savais pas que les Américains avaient visé le péage de l'autoroute... Visiblement P0 se laisse aller...

Anonyme a dit…

Bonjour
Pourquoi 50 otages et pas 48 ?
cordialement
kia

Sven Jelure a dit…

Parce qu'il y a réellement eu 48 otages fusillés et non 50. Hitler en avait réclamé 100, puis 50. Apparemment, ses militaires n'étaient pas trop ravis d'avoir à fusiller des civils et n'ont pas fait de zèle pour trouver deux victimes supplémentaires. La liste nominative des otages est sculptée au pied du monument. Si vous faites le compte, il y en a effectivement 48. Mais le nom "50 otages" s'est imposé, peut-être parce qu'un compte rond se retient mieux... Cela dit, même si le droit international de la guerre autorisait ce genre de pratique à l'époque, ça reste 48 de trop.