lundi 8 avril 2013

Les ronds des hérons

« Ne pas faire l'Arbre aux hérons casserait complètement la dynamique des Machines », assurent MM. Delarozière et Orefice dans un article de 20 Minutes signé Frédéric Brenon. « La Galerie qui lui est consacrée n'aurait aucun sens. » D’où cette question : quelle tête de linotte a bien pu décider d’aménager une Galerie dont le sens est suspendu à une décision future très incertaine ? À moins que ce choix n’ait visé à forcer la main de la municipalité nantaise...

Et à propos, n’est-il pas étonnant de voir M. Orefice, directeur d’un équipement financé par les contribuables et géré par une SPL dans le cadre d’une délégation de service public, chercher à faire pression sur les pouvoirs publics ? Ses royalties de co-inventeur l’amèneraient-elles à mélanger les hérons et les serviettes ?

Mais revenons à l’Arbre. Il coûterait, nous dit-on, 35 millions d’euros. Ses promoteurs espèrent qu’il ferait passer la fréquentation des Machines des 600.000 billets vendus escomptés en 2013 à 1 million après 2019. Au tarif plein de 8 euros, ces 400.000 visiteurs supplémentaires représenteraient une recette de 3,2 millions d’euros par an. Cela ne couvrirait même pas l’amortissement sur une période classique de dix ans, sans parler de payer le personnel, l’énergie, les assurances, etc. En fait, pour couvrir le seul coût de la construction, il faudrait déjà onze ans de recettes à plein tarif !

Or, quelques considérations aggravantes s’imposent :
  1. Une partie seulement des visiteurs paient plein tarif. En particulier, les visites scolaires représentent une fraction importante de la fréquentation des Machines hors saison.
  2. Environ la moitié des visiteurs viennent de l’agglomération nantaise. Ils paient donc deux fois, comme clients et comme contribuables.
  3. L’objectif des 400.000 billets vendus n’est validé par rien. MM. Delarozière et Orefice citent en exemple l’Atomium de Bruxelles. Il a enregistré 530.000 entrées l’an dernier. Mais l’agglomération de Bruxelles, presque deux fois plus peuplée que celle de Nantes, est autrement mieux placée pour capter les visiteurs internationaux.
  4. Le budget initial du Carrousel des mondes marins s’élevait à 6,4 millions. La construction a finalement coûté 10 millions (+ 56,25 %). Avec un dérapage analogue, les 35 millions d’euros annoncés pour l’Arbre passeraient à près de 55 millions ! Pour couvrir ce coût, il faudrait vendre 6.836.000 billets à plein tarif, soit plus de dix-sept ans de la fréquentation espérée. Le dérapage a déjà commencé, d’ailleurs : les 35 millions évoqués représentent déjà une augmentation de 16,66 % par rapport au coût annoncé par Pierre Orefice mi-2008.
Les concepteurs des Machines ont assurément beaucoup d’imagination. Mais de l’imagination au délire, il n’y a pas plus loin que du Capitole à la roche Tarpéienne.

2 commentaires:

Leblanchet a dit…

M. Oréfice est un ancien élève d'école de commerce. Il sait que les budgets municipaux sont à nouveau abondés par la Société de financement local (Sfil)dotée de 5 milliards d’euros de prêts pour 2013. Donc, l'échéance électorale de mars 2014 lui impose d'accélérer la décision pour bénéficier de cette fin de mandat. Sa "petite" (c'est un euphémisme) entreprise ne connait pas la crise, les fonds publics combleront les déficits.

La transparence et l'éthique ne sont pas de mises quand il s'agit de vendre "du pain et des jeux" aux nantais.

Merci de suivre et d'expliciter cette opération pour que personne ne puisse dire qu'il ne savait pas.

Anonyme a dit…

Bravo Sven ! Encore un article qui devrait éveiller la conscience des nantais-contribuables.
Marquez les à la culotte.
Cet usage abusif des subsides de notre "bonne" municipalité est tout à fait scandaleux, particulièrement en période de crise où on demande de plus en plus d'efforts aux communs des mortels pourvu qu'ils soient contribuables...