mercredi 14 août 2013

La ville de tous les possibles, même le n'importe quoi

Jean-Marc Ayrault n’est pas amateur de Breton, sauf s’il se prénomme André. Le pape (ou l’ayatollah) du surréalisme nous est donc servi réchauffé chaque fois que l'occasion se présente. « "Ville de tous les possibles" pour André Breton », lit-on ainsi à propos de Nantes à la première ligne du Projet 2030 évoqué hier ici-même. Bon, André Breton n’a jamais dit ça, mais on comprend l’idée.

Après cette pseudo-citation, le Projet 2030 explique combien la ville était sur une mauvaise pente avant l’ère miraculeuse qui s'est ouverte à la fin des années 1980. « Durant toute la première partie du XXème siècle Nantes s’est, en quelque sorte, rétractée », y lit-on. En particulier, elle avait « négligé la formation de ses jeunes gens » ‑ comme si la création d’une université, dans la France centralisée de la IIIème République, n’était pas du seul ressort de l’État.

Mais au fait, quand André Breton a-t-il connu cette ville de tous les possibles ? En 1915, en pleine période « rétractée », justement*. Il y a fait des études de médecine. Oui, Nantes avait une faculté de médecine depuis le temps des ducs de Bretagne. Et cette ville qui négligeait la formation de ses jeunes gens avait créé en 1900 l’École supérieure de commerce de Nantes, future Audencia. L’Institut polytechnique de l’Ouest, future ENSM puis École centrale de Nantes, suivrait en 1919. Plusieurs écoles, collèges et lycées nantais ont aussi été construits ou reconstruits à cette époque. Tiens, justement, André Breton a fait office d'infirmier dans les locaux encore inachevés du futur lycée Guist'hau, provisoirement transformés en hôpital militaire.

Finalement, la rétraction avait du bon. Ou alors, peut-être qu’il arrive à Nantes Métropole de préférer le storytelling à la réalité ? C’est la com’ de tous les possibles pour la ville de tous les gullibles**.
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* La phrase authentique de Breton (« Nantes : peut-être avec Paris la seule ville de France où j’ai l’impression que peut m’arriver quelque chose qui en vaut la peine ») est parue dans Nadja en 1928 – toujours en pleine rétraction.
** De l'anglais gull, gogo, naïf.

16 commentaires:

Anonyme a dit…

1989 serait l'année 0 de l'histoire nantaise ? "Avant moi le néant, après moi la relève ou le chaos " est, comme vous l'avez très bien souligné, le bilan de 23 ans de règne. La manipulation des opinions va redoubler d'intensité à la veille des élections municipales...

Anonyme a dit…

Que devient le Saint Michel la réplique du bateau de Jules Verne ?

Deux mécènes et quatre collectivités apportent leur soutien financier au projet, dont le budget approche les 470 000 euros.

Sven Jelure a dit…

Le Saint-Michel participe de temps en temps à des régates ou rassemblements de vieux gréement, par exemple à Port Navalo en juillet dernier.

Anonyme a dit…

merci pour votre réponse, j'ai les plans de futur centre commercial qui doit être construit place de la petite Hollande ; je n'arrive pas à faire passer l'information ;
je peux vous les envoyer en pièces jointes si j'ai une adresse.

Merci

Sven Jelure a dit…

Merci, ça m'intéresse. Je suis joignable à l'adresse : sven.jelure@gmail.com

Anonyme a dit…

Merci au contributeur anonyme, en effet cet énième projet, ce centre commercial "P'tite Hollande" m'avait largement échappé ! Je palie à mon ignorance depuis une heure sur le Oueb. Résultat : pffou... J'admets que cet endroit est affreux 6,5 jours sur 7 mais la demi journée restante ne doit disparaître sous aucun prétexte encore moins pour des motifs de rayonnement de Nantes-la-Belle !

Un amoureux

Anonyme a dit…

Bien que devant "s'intégrer" dans ce nouvel aménagement de la place, le marché du samedi matin perdra, à coup sûr, son âme. Endroit pourtant exemplaire, entre le résident de Bellevue acheminé en tram ou le bobo venu en bicloo, nous sommes là dans la mixité, certes toute relative, rêvée par tout élu !

Anonyme a dit…

"Il n’y a pas d’accent à Nantes, pas de sentiment de propriété de la ville" peut-on lire dans l'introduction du "Projet 2030".

Nantes y est présenté comme une sorte d'hôtel (Radisson Blu), aussi convivial que luxueux, à l'intérieur duquel se croiseraient toutes les bonnes volontés du monde. Une Babel bienheureuse, bourgeonnante, qui s'élèverait sous le regard d'une divinité bienveillante : La Gouvernance. Un territoire fluide, générique, peuplé d'individus tout aussi fluides, et génériques. Rien ne ressemble plus à une goutte d'eau qu'une autre goutte, après tout, et comme elles savent s'unir en un vaste fleuve avant de s'évaporer, libres de toute attache ! L'influence du climat océanique, certainement, de la Loire...

On pouvait pourtant lire, dans "Le Télégramme" du 16 juillet 2012 : "Coup d’arrêt pour le grand projet de rénovation du Musée Dobrée. Suite à un recours déposé par des riverains, le tribunal administratif de Nantes a, en effet, annulé, ce lundi matin, le permis de construire déposé le 30 août 2011 pour procéder au réaménagement de ce musée situé dans le centre de Nantes. Le conseil général de Loire-Atlantique, propriétaire du site, devrait faire appel de cette décision dans la journée."

Dans "Le Point" du 29 novembre 2012 : "Ce musée d'histoire, qui renfermait notamment le célèbre reliquaire du coeur d'Anne de Bretagne, est l'objet d'une bataille sans merci entre le conseil général de Loire-Atlantique, propriétaire des lieux, et l'association Nantes Patrimoine. Objet du conflit : le projet de transformation de cet équipement vieillissant, aux collections un peu disparates, en musée archéologique à vocation régionale. Un projet ambitieux, confié à l'architecte parisien Dominique Perrault, qui a le tort, selon Guillaume Turban, le président de Nantes Patrimoine, de prévoir le bétonnage du parc du palais Dobrée. "Comment peut-on envisager sans sourciller la disparition de 1 hectare de verdure en plein centre-ville ?" peste-t-il. L'association, essentiellement composée de riverains du musée, a obtenu en juillet l'annulation du permis de construire, et le projet est pour l'heure paralysé. "L'environnement urbain n'appartient pas aux riverains", répond Philippe Grosvalet, le président du conseil général..."

Sven Jelure a dit…

Bien vu, l'aspect générique du Projet 2030 : Nantes pourrait le revendre a d'autres grandes villes, toutes désireuses d'être apaisées, dynamiques, apprenantes, etc.
Tout compte fait, Nantes Green Capital a eu de la chance que le permis de construire du musée Dobrée soit annulé. La destruction d'un grand jardin en centre ville aurait quand même fait mauvais genre. Le projet a été confié à Perrault sur une tricherie : un projet prévoyant une immense verrière... devenue un voile de béton une fois le projet attribué. Que ce projet "mal né et mal mené" ait des ennuis, ce n'est que justice !

Anonyme a dit…

Vous avez raison ! C'est justement le sentiment de propriété des riverains qui a évité au pouvoir local un micro Notre-Dame-des-Landes - qui aurait touché, circonstance aggravante, au patrimoine local. Sentiment injustement méprisé, par ailleurs, parce qu'il protège plus sûrement la beauté de la ville (qui est tout de même l'un des facteurs de son attractivité) que la vigilance de fonctionnaires faciles à intimider, ou simplement négligeant (je pense au Couvent des Cordeliers...).
C'est tout de même à ces anti-héros de la modernité que sont les sœurs franciscaines, que l'on doit la préservation du Parc des Oblates, dont Nantes Métropole s'enorgueillit aujourd'hui.
Les nantais ne sont pas (encore) tous des Nantais-2030, petits monstres interchangeables concoctés par la propagande locale, et c'est tant mieux !


Merci encore pour votre blog.

Anonyme a dit…

Je vous aime!!!

Sven Jelure a dit…

Merci ! L'amour, on n'en a jamais assez...

Anonyme a dit…

De rien!
Blog exceptionnel de recherches et d'informations de qualité avec une pointe de mauvaise foi réjouissante!
Je l'ai découvert très tard, je le regrette. Ce sentiment de lire exactement ce que je ressens mais avec 10 fois plus d'arguments, ça soulage quand on arrive à se demander si on ne devient pas largué ou aigri.
Ne changez rien, surtout votre amilitantisme salutaire, avec 2014, j'aurais peur de ne plus vous aimer si jamais... J'ai encore le coeur à avaler quelques couleuvres vertes mais si j'ai vite fini écoeuré par le thé à la rose (l'époque du dépucelage d'urne), je ne me rabattrais sur rien d'autres que le chou blanc. Quoi qu'il en sera, ce sera toujours avec tout mon respect!

L'anonyme énamouré de 8:32 (qui n'avait pas eu le temps de lire les commentaires et apprends ce projet sur l'île Gloriette... avec ce rappel du traitement indigne du palais Dobrée, je vais finir avec un ulcère)

Anonyme a dit…

A propos d'information et dans la série "on ne nous dit pas tout..." , un morceau de fonte (provenant probablement d'une bonde pour l'écoulement des eaux) a été jeté du haut du Nid.
Miracle : personne n'a été blessé mais la Police et tous les pontes de la Tour Bretagne étaient de sortie.
Rien n'a filtré dans la presse...

Sven Jelure a dit…

Aë... vous parlez d'un oeuf de cigogne...

Leblanchet a dit…

Plutôt que de donner les clefs de la ville à un(e) élu(e), peut-être vaudrait-il mieux changer les serrures.