lundi 4 novembre 2013

Gare de Nantes (3) : Notre-Dame-des-Landes ouvrirait la boîte de Pandore

« L’action se passe dans les Pays de la Loire, c’est-à-dire nulle part »
Sven Jelure, d’après Alfred Jarry, Ubu roi

Jacques Auxiette n’a jamais reculé devant un geste grotesque, mais la récente tentative de la région des Pays de la Loire pour acheter des trams-trains destinés à desservir Notre-Dame-des-Landes mérite de rester dans les annales. La construction de l’aéroport n’est même pas certaine. La création d’une ligne ferroviaire demanderait des années. Et il faudrait engager dès aujourd'hui 40 millions d’euros d’argent public pour commander des trains qui serviraient (peut-être) dans six ou sept ans ? En se privant au passage des progrès technologiques à intervenir dans l’intervalle ?

Sachant que la plupart des projets publics prennent du retard, pourquoi M. Auxiette veut-il jouer plus vite que la musique ? D’autant plus que son insistance à desservir une future gare de Notre-Dame-des-Landes renvoie à la situation de l’actuelle gare de Nantes. Interrogé par Xavier Boussion dans Presse Océan en octobre 2009, Jean-Marc Ayrault citait cinq « dossiers stratégiques » commandant selon lui l’avenir de Nantes. Sur les cinq, trois étaient d’ordre ferroviaire : nouvelle gare de Nantes, liaison ferroviaire rapide Nantes-Rennes et prolongement du TGV atlantique.

Ces projets si vieux et si indispensables n’ont guère progressé en quatre ans, alors même que Jean-Marc Ayrault est Premier ministre depuis dix-huit mois. Un projet de nouvelle gare a bien été dévoilé voici quelques mois mais, on l’a dit ici, il suscite quelque scepticisme.

Jean-Marc Ayrault veut une nouvelle gare, une liaison rapide Nantes-Rennes et un prolongement du TGV. Jacques Auxiette veut une liaison ferroviaire de Nantes à Notre-Dame-des-Landes. La SNCF veut bien tout ce qu’on veut, mais elle n’a pas d’argent et ne semble pas très motivée par le réaménagement de la gare de Nantes. D’une manière générale, elle préfère construire des gares au lieu de les rénover, et puis il faut s’occuper aussi du tunnel de Chantenay et du contournement de Donges.

Vers quoi convergent ces désirs et ces contraintes ? C’est clair : vers le déménagement de la gare de Nantes à Notre-Dame-des-Landes !

Délire conspirationniste ? Pas du tout. L'idée est même dans l’air du temps. Alphonse Allais préconisait de bâtir les villes à la campagne. La SNCF adore y construire des gares. Ainsi a-t-elle fait avec ses nouvelles gares de Reims (à 5 km de la ville), Belfort (9 km), Besançon (11 km), Aix-en-Provence (15 km) Bar-le-Duc (30 km), etc. Après hésitation entre Nancy et Metz, la gare Lorraine TGV a été construite à 37 km de la première et 27 km de la seconde.

À 25 km de Nantes, Notre-Dame-des-Landes se trouve dans un rayon plausible. Une fois le nouvel aéroport flanqué d’une « gare de Nantes Aéroport du Grand Ouest » financée par les contribuables des Pays de la Loire, il ne serait pas trop compliqué de prolonger le TGV atlantique de Rennes à « Nantes AGO », puis de là à La Baule en évitant Donges. De Montparnasse à la villa bauloise en deux heures chrono : au nom d’une vertueuse « intermodalité », plus d’un dirigeant parisien souscrirait des deux mains !

9 commentaires:

abonné fréquence SNCF a dit…

Cette hypothèse plausible, remettrait Nantes à sa juste place. Un bout de ligne pour des dessertes locales entravées par un souterrain et un site classé Seveso.

L'emplacement actuel, héritage de la Compagnie Paris-Orléans, ne présente que peu d'intérêt. Les accès pour les voyageurs sont et resteront inopérants et de plus les jours de match les trams sont bondés.

Sven Jelure a dit…

La juste place de Nantes est-elle vraiment à 25 km de Nantes ? Le réaménagement de la gare actuelle n'est sûrement pas simple, mais rajouter 20 mn de navette en tram-train pour prendre le TGV à NDDL serait-il plus confortable pour les voyageurs ? Sans compter qu'en cas de coupure de la ligne (accident, suicide, dépannage...), les solutions de rechange deviendraient bien plus compliquées encore qu'à partir de Nantes.

Anonyme a dit…

Au bout du compte, est-il envisagé de déménager Nantes à Notre-Dame-des-Landes ?

Sven Jelure a dit…

Voilà bien la question... qui nous ramène à la proposition d'Alphonse Allais : construire les villes à la campagne (et prolonger le boulevard Saint-Michel jusqu'à la mer).

abonné fréquence SNCF a dit…

La durée d'un parcours Paris- Nantes-AGO sera déterminant. Effectivement, la ligne Nantes-Paris connaît un taux de retard pour les causes les plus insolites qui pose question. Vous conviendrez touefois qu'un aéroport sans liaisons efficientes avec Nantes serait un succès contestable.
Avez-vous parfois entre deux lectures d'Alphonse Allais, pris un avion à Heathrow ou JF-Kennedy, par exemple? Expliqueriez-vous aux habitants de Londres ou de Manhattan situés à une vingtaine de Km de leurs aéroports que l'on a construit ces villes à la campagne?

Mais outre le train, il existe d'autres moyens hectométriques pour les courtes distances. Les systèmes type VAL, avec navettes cadencées.

Sven Jelure a dit…

Plus importante encore, me semble-t-il, serait la durée totale du parcours Paris-Nantes via NDDL, c'est-à-dire au mieux la même chose que le Paris-Nantes direct d'aujourd'hui, avec l'em... bêtement supplémentaire d'un changement à NDDL. Qu'un aéroport soit éloigné de la ville, c'est dans la nature des choses. Que la gare le soit, c'est plus ennuyeux. S'il vous est arrivé de prendre l'Eurostar à Londres, par exemple, vous avez sûrement apprécié de le prendre en pleine ville, sans avoir à prendre d'abord un train de banlieue pour y arriver. Et quand vous allez à Paris, j'imagine que vous préférez arriver directement à Montparnasse que de changer à Massy.

Anonyme a dit…

La comparaison avec la gare TGV lorraine est assez discutable : c'est une gare pour rien, Metz et Nancy disposant de leur propre TGV. Proche de l'Aéroport de Metz-Nancy-Lorraine, certes, mais au milieu de nulle part, elle jette, malgré tout, un éclairage cru sur des choix d'aménagements absurdes. L'intermodalité, dans le présent cas, n'est pas parvenu à faire de deux échecs (attendus) une réussite. Les infrastructures ne sont jamais une garantie de développement, ils en sont une condition (on a beaucoup parlé des "pays Club Med" à ce propos). Tourisme et Croc à Phynances ne feront pas toujours le poids, lorsque dans l'autre plateau de la balance, les dettes pèsent déraisonnablement...

CyrilD44 a dit…

De toute façon, ça parle de réaménagement de Nantes Atlantique avec les Echos parlant d'un cout bien moindre par rapport à la création de NDDL.
Autant dire que NDDL sera du passé d'ici quelques semaines ou quelques mois tout au plus.
Donc pas de déménagement de la gare de Nantes :)

Sven Jelure a dit…

C'est fort possible ! D'autant plus que le Premier ministre pro-aéroport pourrait bien lui aussi être du passé d'ici quelques semaines ou quelques mois tout au plus...