jeudi 17 décembre 2015

Lobbying pour NDDL (20) : demain, la faute à Retailleau ?

« L’action se passe dans les Pays de la Loire, c’est-à-dire nulle part »
Sven Jelure, d’après Alfred Jarry, Ubu roi

JupitAir France rend-il fous ceux qu’ils veut perdre ? Le projet de NDDL a inspiré à Jacques Auxiette les gestes les plus grotesques de son mandat de président de région. Bruno Retailleau semble prêt à assumer pleinement la succession. Quelle mouche l’a donc piqué pour que son premier geste présidentiel soit de réclamer le début des travaux ?

Sa profession de foi pour le second tour des élections régionales avançait 21 propositions. « L’évacuation immédiate de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes » ne venait qu’en dix-neuvième position. La construction d’un nouvel aéroport n’y figurait pas*. Il y avait dans le lot des mesures autrement plus urgentes et aux avantages plus évidents : la relance de l’apprentissage (numéro un de la liste), le patriotisme économique régional, la fin du matraquage fiscal…

Surtout, se poser d’emblée en champion de la construction d’un nouvel aéroport pourrait s’avérer désastreux pour une carrière politique. Déjà, il n’y a pas si longtemps, l’appellation « Ayraultport » était une banderille piquée sur un premier ministre en perdition. Bientôt, ce sera pire. L’électorat commence à s’inquiéter massivement du réchauffement climatique. Deux ou trois catastrophes naturelles apportées par El Niño cet hiver et la cause sera entendue : un constructeur d’aéroport sera un ennemi du genre humain.

Plus prosaïquement, si le projet se réalise, ses conséquences seront imputées à celui dont le nom sera attaché au projet d’aéroport. Les pertubations routières occasionnées par les travaux ? L’augmentation de la fiscalité locale ? Les manifestations violentes des zadistes ? C’est la faute à Retailleau ! Et s’il y a des morts, MM. Hollande, Valls et Cazeneuve seront bien aise de rester en seconde ligne.

Les avantages futurs de l’aéroport feraient-ils oublier ces désagréments ? On peut en douter. Les taxes d’aéroport plus lourdes pour les passagers ? Les déménagements imposés aux agents aéroportuaires ? Le coût de l’entretien de Nantes Atlantique conservé pour Airbus ? C’est la faute à Retailleau !

Bruno Retailleau sait tout cela, bien sûr. Pour limiter ses risques personnels, il aurait pu commander une étude ouverte réalisée publiquement par des prestataires indépendants afin d’administrer la preuve qu’un nouvel aéroport reste nécessaire aujourd’hui. Faut-il que les enjeux occultes de l’aéroport soient lourds pour qu’il ait préféré reprendre à son compte le flambeau de Jacques Auxiette.
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* Ce qu'on est tenté d'expliquer ainsi : les sondages d'avant régionales montraient que les électeurs étaient majoritairement hostiles aux zadistes tout en étant défavorables au projet d'aéroport.

2 commentaires:

Cyril44 a dit…

Retailleau a fait des déclarations sur l'évacuation de la ZAD comme un mammifère qui veut marquer son territoire...en territoire quasi inconnu : c'est tout.

Vu les espèces protégées découvertes il y a peu et non signalées par la Préfecture, aucun travail encore moins d'évacuation de la ZAD ne sera à l'ordre du jour dans les semaines qui arrivent.

Et depuis 48 heures, le Préfet du Tarn et Garonne a définitivement mis fin au projet de Sievens dont la surface d'emprise était infiniment plus élevée que celle de NDDL.

Enfin, le préfet actuel en loire atlantique est le même que celui qui avait mis fin au projet de transfert de l'aéroport de Toulouse Blagnac vers un nouvel aéroport éloigné du centre ville.

Sven Jelure a dit…

ça se défend... Mais la découverte d'espèces protégées n'empêcherait pas de lancer les travaux, quitte à dire ensuite : "zut, on ne savait pas, mais trop tard, hein, maintenant y'en a pus". A la limite, ça pourrait être une raison de presser le mouvement. Le préfet a mis fin au transfert d'un autre aéroport ? NDDL pourrait être une occasion de se racheter avant sa fin de carrière (vous imaginez, partir en retraite avec la réputation de celui qui bat en retraite partout ?). Quant à Sievens, ça pourrait être une amorce de donnant-donnant. Donc méfiance...