dimanche 17 janvier 2016

Les trois mystères pékinois du cheval-dragon : (10) des cadeaux comme s’il en pleuvait

Long Ma n’est-il qu’un Minotaure recarrossé ? On avait émis l’hypothèse ici, au grand scandale de certains. Le Minotaure était une machine construite par La Machine pour la ville de Toulouse moyennant 2,5 millions d’euros. Elle devait initialement être livrée en 2013. L’élection d’un nouveau maire à Toulouse en 2014 avait obscurci l’avenir : M. Moudenc ne voulait plus du Minotaure. Gros coup de chance, un milliardaire chinois plein d’égards pour la France ‑ et réciproquement ‑ avait alors commandé un cheval-dragon qui lui ressemblait énormément : même gabarit, même technologie… et même prix. Il avait suffi de huit mois pour construire Long Ma, alors qu’une construction ex nihilo prenait normalement dix-huit mois. D’où les soupçons…

Les voici confirmés par Émilie Demeulemeester. Après avoir rencontré François Delarozière à Calais, la journaliste de Nord Littoral écrit : « le minotaure se transforme en un cheval-dragon sur l’idée du mécène Adam Yu, un promoteur sino-hongkongais ».

Le créateur de la machine était à Calais afin de préparer un spectacle prévu pour le mois de juin. L’annonce en a été faite fin novembre dernier dans La Voix du Nord : « Natacha Bouchart, sénatrice-maire de Calais et Francis Peduzzi, directeur du Channel, sont tombés d’accord pour offrir au public calaisien un spectacle unique, du 23 au 26 juin 2016 : la compagnie La Machine revient en ville, accompagnée d’une araignée et d’un cheval-dragon... » Pas donné, le cadeau : 800.000 euros. Mais c’est un prix d’ami, assure Francis Peduzzi : la ville de Reims a payé 1,1 million d’euros un spectacle avec la seule araignée. Au fait, qui paie ce cadeau « offert au public calaisien » ? Eh ! bien, le contribuable calaisien, à hauteur d’un demi-million d’euros, le reste étant apporté par le Channel, scène nationale largement subventionnée… par la ville de Calais. Calais avait déjà ses migrants, « une richesse culturelle exceptionnelle » selon Mme Bouchart ; avec le cadeau, ça fera deux.

Mais que devient le Minotaure ? À peine élu, M. Moudenc a changé d’avis : il y aura quand même un Minotaure. « Ce sera un cadeau qui sera dévoilé, en temps utile, devant les Toulousains, assure le service communication de La Machine », écrivait La Dépêche en décembre. Un cadeau à 2,5 millions d’euros versés par les contribuables, plus une quinzaine de millions pour un centre d’exposition. On se rappelle que Long-Ma était aussi « un cadeau fait par la France à la Chine ». Il y a décidément beaucoup de cadeaux dans cette affaire.

Pour revoir les précédents épisodes des
Mystères pékinois du cheval-dragon :

4 commentaires:

Anonyme a dit…

Bien vu pour le transformisme !

Peut-être l'usage du cheval-dragon ne sera pas seulement ludique...
Je doute qu'un spectacle de rue suffise à faire oublier aux calaisiens leurs petits problèmes de voisinage. Sauf bien sûr à (re)transformer la grosse bête en cerbère, avec son lance-flamme incorporé. Mais ce ne serait pas trop humaniste... Une solution : l'utiliser pour réchauffer des plats distribués aux migrants, des grillades. Ça ferait un peu cher le barbecue, bien sûr. Mais de toute façon, ça fait déjà un peu cher pour un spectacle...
Quant à l'image de la ville, elle ne s'en trouvera pas durablement améliorée. Les élus, en désespoir de cause, choisissent d'investir dans un illusionnisme aussi vain qu'il est ruineux.

Anonyme a dit…

Un prix d'ami, c'est la moindre des choses : Nord Littoral nous apprenait avant-hier que MM. Peduzzi et Delarozière sont unis par "une belle amitié". Le copinage met de l'huile dans les rouages.

Emilie Demeulemeester a dit…

Etrange de retrouver mon nom cité dans votre blog, inconnu pour moi jusqu'à ce qu'un ami me précise que j'y apparais.
Beaucoup de non calaisiens se permettent d'émettre des jugements sur les solutions ou sur l'état même de la ville...Vous étiez là lors du spectacle de juin dernier? Non je ne le pense pas sinon vous auriez pu juger (puisque vous aimez tant ça) par vous même de l'attachement des calaisiens et des habitants de la côte d'opale au sens large pour La Machine.
Ces 4 jours de festivités ont dépassé les espérances de tous et sur tous les points, les retombées économiques sont énormes pour la ville!
Encore maintenant le musée des beaux arts de Calais a vu sa fréquentation explosée grâce notamment à l'exposition Extraordinaires Machines de la compagnie Nantaise.
Quant au prix de 800 000 euros annoncé, revoyez un peu votre copie.
Pour information, certains ouvrages urbains tels que des ronds points dépassent très souvent le million d'euros...A titre de comparaison, on dépense bien plus à obliger les automobilistes à tourner rond qu'à la culture pour les citoyens!
Dans un gouvernement de dictature, la première chose que l'on brise c'est la culture...Cherchez l'erreur!
Si vous ne voulez plus de La Machine à Nantes, ne vous en faites pas ici ils seront bien accueillis.

Sven Jelure a dit…

Si vous êtes la "vraie" Emilie et pas un anonyme usurpant ce nom, je vois mal en quoi vous trouvez "étrange" que votre nom apparaisse dans mon blog. Je cite un article que vous avez écrit, je précise mes sources, un point c'est tout. Ce que je trouve étrange, moi, c'est que votre commentaire n'a rien à voir avec ma citation. Vous saisissez le prétexte pour faire la publicité d'un spectacle, ce qui n'est pas le rôle d'un journaliste (d'où l'hypothèse d'une usurpation d'identité).
A propos du prix de 800.000 euros, ce n'est pas à moi de réviser ma copie : ce prix est celui indiqué par vos confrères (?) de La Voix du Nord, citant Francis Peduzzi, en novembre dernier. Apparemment, vous êtes moins bien informée qu'eux, ou vous avez de moins bonnes lectures que moi. Quant à la comparaison avec un rond-point, qui ira droit au cœur des artistes, c'est juste comparer des pommes et des oranges, ou même de pommes et des vistemboires : quelle parenté entre quelques spectacles étalés sur quatre jours et un rond-point qui sera utilisé des millions de fois en l'espace de vingt ans ? Cela dit, je veux bien admettre que beaucoup de ronds-points sont aussi du gaspillage.