samedi 4 juin 2016

Lobbying pour NDDL (27) : la piste propagandiste

On a parlé ici de la grosse astuce sémantique du dossier NDDL : présenter la création de l’aérodrome de Notre-Dame-des-Landes comme un « transfert ». Elle se double d’une petite astuce sémantique : présenter l’aérodrome de Nantes Atlantique futur comme une « piste ». Observez les forums en ligne : le mot est systématiquement utilisé par les partisans du projet Vinci. Et ce n’est sûrement pas par hasard. Il y a de l’élément de langage là-dessous : la « piste » est le marqueur du propagandiste.

La manœuvre n’est nulle part aussi lourdement insistante que sur le site web de la ville de Nantes :

Dès l’ouverture du nouvel aéroport, l’aérodrome actuel sera fermé, marquant la fin des nuisances sonores. L’avenir de la piste en elle-même fait toujours l’objet de réflexions. Car au bord de cette piste se trouve un pôle industriel aéronautique, avec une usine Airbus, qui emploie 2 300 salariés et qui fabrique des pièces destinées à toute la gamme de l’avionneur européen. Les industriels utilisent la piste pour envoyer vers d’autres sites, par avion cargo, les éléments produits à Nantes. Cet usage pourrait perdurer, sachant que la fréquence de ces vols est très faible, de l’ordre de quelques avions par semaine.

La loi du 3 août 2009 interdit la création de nouveaux aéroports, sauf cas de transfert, conformément aux engagements du Grenelle de l’environnement*. Pour créer l’Aéroport du Grand Ouest, il faut fermer Nantes Atlantique (« l’aérodrome actuel sera fermé »). Mais pour préserver Airbus, il faut garder Nantes Atlantique (« cet usage pourrait perdurer »). Comment faire « perdurer » l’usage d’un aérodrome fermé ? En le réduisant à une « piste », qu’on fait semblant de considérer comme autre chose qu’un aérodrome.

Cette manipulation lexicale est parfaitement absurde. Si l’on veut que l’usage perdure, il faut une piste, mais aussi de quoi s’en servir : installations de contrôle, de guidage, d’accès, de stationnement, etc. Et surtout, il faut des avions qui décollent et atterrissent. Ce qui donne… un aérodrome** ! Et ce n’est pas mieux si l’on considère les autorisations, tout aussi nécessaires pour utiliser une piste d’atterrissage : dans tous les cas de figure, usage restreint comme usage privé, le code de l’aviation civile ne connaît que des « aérodromes ».

Et à propos, Nantes Métropole se fiche le doigt dans l’œil en écrivant que si l’usage de la piste perdurait « il se ferait sans contraintes réglementaires pour l’urbanisation de ce secteur de l’agglomération ». Les environs de l’aérodrome maintenu n’échapperaient pas aux nombreuses restrictions prévues par le code de l’aviation civile et le code de l’urbanisme.
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* « Lors des travaux du Grenelle, le projet de transfert de l’aéroport de Nantes a été spécifiquement validé pour cette raison, cas unique en France », prend soin de préciser Nantes Métropole.
** Un aérodrome est ainsi défini par l’ONU (International Civil Aviation Organization) : « A defined area on land or water (including any buildings, installations and equipment) intended to be used either wholly or in part for the arrival, departure and surface movement of aircraft. »

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Le guide lexical pro NDDL s'étoffe peu à peu : dernière bizarrerie ce jour, une déclaration en 160 caractères de Joël Guerriau, sénateur UDI Saint-Sebastien-lès-Nantes. Le cirque de Saint-Aignan à Notre Dame serait, selon ses dires, un transfert naturel (sic).

Souhaitez-vous le transfert naturel de Nantes Atlantique vers NDDL ?

Anonyme a dit…


Merci pour cette analyse imparable. Mais les manoeuvres sémantiques ne sont pas les seules employées. Non content de se faire passer pour la société civile, Des Ailes de l'Ouest se lance dans l'agit-prop :

"L'association Des ailes pour l'Ouest a organisé ce samedi à Nantes une action surprise basée sur le désagrément du bruit des avions survolant la ville. Deux camions, dont l'un avec de grosses enceintes. Une dizaine de militants de l'association Des ailes pour l'Ouest, se sont retrouvés ce samedi midi à Nantes afin "de donner une idée aux Nantais de ce que sera le bruit si l'aéroport n'est pas construit. Des dérogations, accordées jusqu'ici, deviendront caduques, et la zone place Royale, Tour de Bretagne, Talensac, sera alors très atteinte par le bruit". Devant la préfecture, puis place Royale, les enceintes diffusaient le bruit d'avions passant au-dessus du centre-ville. "Nous allons continuer à multiplier les petites actions surprises thématiques, afin de sensibiliser les habitants sur la sécurité, le bruit..."

Des menaces, mises en ligne par Ouest-France, que ne désavoueraient pas les plus radicaux de la CGT, lorsqu'ils s'attaquent directement aux centrales nucléaires (prenant alors en otages l'ensemble des citoyens) pour faire pression sur le gouvernement. Rappelons que l'agit-prop était, historiquement, "une technique de mobilisation de l'opinion publique sur les buts proposés à la nation par les partis communistes". Menacez, menacez, il en restera toujours quelque chose...
Que dirait-on si les partisans du Non menaçaient, massivement, de ne plus payer d'impôts, si ce nouvel aéroport devaient se construire ? Un projet illégal, absurde, défendu par le mensonge et par les manipulation les plus grossières, ne devrait-il pas, légitimement, être financé uniquement par ceux qui en profiteront ?