dimanche 6 août 2017

Miroir d’eau z’alouettes : (4) une maintenance poétique mais coûteuse

L’avis de marché commence mal : « Le Miroir d’Eau de Nantes Métropole situé sur l’espace public « Château Mercoeur » face au Château des Ducs de Bretagne à Nantes a été mis en service en juillet 2015. » En juillet, on aurait bien voulu, c’est mieux en plein été. Mais n’importe quel site web bien informé, y compris celui de la ville de Nantes, vous dira que le miroir d’eau a été inauguré en réalité le 5 septembre 2015. « Mis en service et inauguré » précisait même Presse Océan, ce qui n’était pas inutile puisque les pannes n’avaient pas manqué.

On se souvient de l’énorme battage médiatique orchestré à l’époque autour de cet équipement de 3,75 millions d’euros voulu par Jean-Marc Ayrault dans l’espoir de faire la nique à celui de Bordeaux – une ambition qui fait légèrement ricaner les Bordelais. Aujourd’hui, toutes ces jactances sont bien oubliées. Oui, quoi, on a là une surface aqueuse de 1.300 m² ‑ presque trois fois moins qu’à Bordeaux – où se déclenchent de temps en temps des jets d’eau ou de brume. Impeccable pour rafraîchir les enfants aux beaux jours mais pas de quoi crier au génie non plus.

Seulement, puisqu’on l’a, il faut bien l’entretenir, d’où l’avis de marché cité plus haut. Le miroir d’eau est géré par la direction de l’espace public de Nantes Métropole. Celle-ci veut confier son entretien et sa maintenance à un prestataire extérieur « pour garantir son bon fonctionnement ». Douterait-elle de ses propres compétences ? Ou préfère-t-elle se laver les mains des dysfonctionnements éventuels ? Car le miroir d’eau est surtout une énorme usine à gaz souterraine. La description de son fonctionnement occupe pas moins de cinq pages du cahier des clauses techniques particulières. En voici le premier paragraphe :

Sur l’idée d’un phénomène naturel volontairement suscité, le niveau des eaux monte et descend sur un rythme de 5 minutes pour générer ainsi une inondation d’environ 2 centimètres sur la totalité de la surface de la place, à l’image des marées transformant constamment le paysage en place inondable et la vie du lieu en créant à tout instant une situation nouvelle*.

Pourquoi des plombiers ne seraient-ils pas poètes, après tout ? Hélas, le retour aux réalités prosaïques ne tarde pas. Cet « accord-cadre à bons de commande avec minimum et maximum et un opérateur économique » coûtera aux Nantais entre 40.000 et 160.000 euros hors taxes par an. Une fourchette dont la largeur dénote bien les doutes de Nantes Métropole sur le bon fonctionnement du miroir d’eau.
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* Comme le signale un lecteur anonyme (voir les commentaires de ce billet), cette « idée d'un phénomène naturel volontairement suscité » est purement et simplement pompée d'un avis de marché concernant la canopée du Forum des halles à Paris !

Les billets précédents de la série Miroir d’eau z’alouettes :

4 commentaires:

Anonyme a dit…

cet équipement a coûté
http://www.nantesmetropole.fr/deliberations/co_20160628/45_20160628_CM_DELA1_Synthese_financiere_CA2015v9.pdf

" la livraison des espaces publics Château Mercoeur et du Miroir d'eau à Nantes a été réalisée, pour un total de 3,75 M€."

Acela il faut ajouter les 350.000 euros d' études du miroir d'eau qui primitivement devait longer les rails du tramway
Prudents, les responsables de Nantes Métropole préfèrent attendre une année pour se prononcer sur coût de fonctionnement d’un tel ouvrage. Mais en moyenne, il tourne autour de 1 à 3% de l’investissement, soit en 30 000 et 90 000 euros par an.
http://www.lemoniteur.fr/article/les-dessous-du-miroir-d-eau-de-nantes-29797673

Sven Jelure a dit…

Merci pour ce complément d'information, j'étais resté sur un montant de 3,3 millions, donc incomplet. Que d'argent dépensé pour si peu d'eau !

Anonyme a dit…

poétique ??? COPIEUR !!!!
2012
Construction de la Canopée dans le cadre du projet de réaménagement du quartier des Halles 75001 Paris.
Sur l'idée d'un phénomène naturel volontairement suscité, le niveau des eaux monte et descend sur un rythme de 5 minutes pour générer ainsi une inondation d'environ 2 centimètres sur la totalité de la surface du bassin (environ 200 m 2), à l'image des marées transformant constamment le
paysage et la vie du lieu en créant à tout instant une situation nouvelle.
http://www.sempariseine.fr/IMG/pdf/Canopee_Macrolots_J4_L2_N.pdf

Sven Jelure a dit…

Epatante découverte ! Merci pour cette référence, je la signale en note dans l'article.