15 octobre 2026

On a cloué le bec au Héron de Nantes Métropole

 Que va devenir le Héron destiné à feu l’Arbre aux Hérons, toujours exposé sur l’esplanade des Riveurs, dans un enclos grillagé géré non par les Machines de l’île mais en direct par Nantes Métropole, propriétaire de l’engin ?

Il sera mis en exploitation. C’est sûr. Un an tout juste après l’abandon du projet de l’Arbre aux Hérons, un communiqué publié par Nantes Métropole le 15 septembre 2023 précisait : « Johanna Rolland et Fabrice Roussel ont confirmé aux mécènes que les fonds collectés par le fonds de dotation financeront la mise en exploitation du Grand Héron ».

Il aurait été dommage en effet de mettre à la ferraille une machine qui avait coûté dans les 3 millions d’euros. La mise en exploitation devait intervenir dès la saison 2024/2025 « pour que se poursuivent la magie et la féérie des Machines à Nantes ». Dussent la magie et la féérie en souffrir, Nantes Métropole a pris un peu de retard. La faute peut-être aux experts chargés à l’automne 2024 d’expertiser le Héron puis de superviser les « actions correctives et travaux de réhabilitation ».

Mais patience : les choses commencent à bouger. Récemment encore, le Héron de Nantes Métropole se présentait ainsi :


S’il est encore loin d’avoir ressuscité, on a gommé son aspect cadavérique en lui fermant le bec :


Pour tout savoir du projet raté de l'Arbre aux Hérons, voir L'Arbre aux Hérons : comment Nantes s'est prise à rêver et ce qui s'est passé ensuite (voir ci-contre, colonne de droite)

06 octobre 2026

DSP des Machines de l’île : l’échéance approche !

Les Machines de l’île vont être sécurisées en journée, le conseil métropolitain l’a décidé la semaine dernière. Voyons le verre à moitié plein : il est réconfortant que le besoin ne s’exprime qu’en 2026, dix-neuf ans après l’ouverture du site.
Cette mesure fait l’objet d’un avenant au contrat de délégation de service public (DSP) conclu entre Nantes Métropole et la SPL Le Voyage à Nantes. « L’extension de la mission de sécurité sûreté en journée vise à garantir la sécurité des publics et des personnels et à prévenir les risques de dégradation et évidemment à préserver les qualités d’accueil sur ce site métropolitain très fréquenté », a expliqué Olivier Chateau au conseil métropolitain, en ajoutant : « cette prestation existe déjà la nuit ». On note donc que le contrat d’origine avait pourvu à la sécurité des publics et des personnels et à la qualité de l’accueil en nocturne ! Excès de prudence la nuit, défaut de prudence le jour : l’équilibre sera désormais rétabli.


Nantes Métropole a voté à cet effet une subvention supplémentaire de 48 400 euros, ce qui représente à peu près le coût chargé de 1,5 agent de sécurité à plein temps.

Avec ce nouvel avenant, Nantes Métropole confirme le caractère anormal du contrat de DSP signé avec Le Voyage à Nantes.

La durée du contrat, déjà, est excessive. L’article R3114-2 du code de la commande publique dispose que la durée des contrats de concession (et donc de DSP) ne doit pas excéder le temps « raisonnablement escompté » pour amortir les investissements réalisés par le concessionnaire. Les investissements réalisés par Le Voyage à Nantes pour les Machines de l’île sont minimes puisque l’essentiel des immeubles et équipements – les Nefs, les machines... – ont été financés par Nantes Métropole.

« La durée des contrats dépasse souvent cinq ans pour les secteurs nécessitant des investissements importants (énergie, eau et assainissement, mobilité…) » confirme la Cour des comptes dans un rapport de 2024. En revanche, « sont discutables de longues durées contractuelles lorsque les entreprises délégataires ne financent qu’une part réduite des investissements ». Et elle en donne comme exemples 15 ans pour le palais des congrès de Saint-Brieuc, 10 ans pour un espace culturel et sportif au Mans, 7 ans pour un centre de vacances à Landerneau-Daoulas. La DSP des Machines de l’île, qui s’achèvera fin 2026, aura duré 16 ans !

Le deuxième aspect anormal de la DSP des Machines de l’île est son financement. « La définition légale de la délégation de service public prévoit que le délégataire soit réellement exposé aux aléas du marché et au risque de pertes », souligne la Cour des comptes. Pourtant, « certains contrats conclus par les collectivités ne comportent pas de risque significatif pour l’entreprise délégataire ». Ou, comme à Nantes, certains avenants rattrapent le coup quand les pertes se creusent. « La délégation se voit dénaturée lorsque la collectivité assume l’essentiel des conséquences financières de la survenance d’un risque d’exploitation prévisible pour éviter à l’entreprise délégataire de subir des pertes », insiste la Cour.

La troisième grande anomalie de cette DSP, ce sont justement ses avenants. L’avenant voté la semaine dernière par le conseil métropolitain porte le numéro 20. En seize ans (la DSP est entrée en vigueur le 1er janvier 2011), il aura donc fallu modifier vingt fois le contrat d’origine pour que le système tienne debout ! La Loi ne plafonne pas le nombre d’avenants, mais la pratique est plus modérée. Dans sa thèse sur 39 DSP relatives à l’eau potable et à l’assainissement, Florence Bonnet-Beaugrand a constaté que ces contrats de longue durée, exigeant de gros investissements, avait été modifiés en moyenne par 4,2 avenants seulement, le maximum constaté étant de 18. Les 20 avenants nantais dénotent un contrat mal bordé dès le départ.

La quatrième et dernière anomalie de la DSP, l’absence de pénalités, confirme cette indigence native du contrat. « Il convient que les collectivités généralisent les clauses prévoyant des pénalités proportionnées aux conséquences de l’absence d’atteinte des objectifs », insiste la Cour des comptes. Des objectifs, il faudrait déjà en avoir ! La DSP des Machines de l’île en a depuis 2017, en termes de chiffre d’affaires, de nombre de visiteurs et d’effectifs. Elle ne les a jamais respectés. Mais en l’absence de pénalités, elle n’en a jamais subi les conséquences.

Le contrat de DSP doit être renouvelé au 1er janvier 2027. Nantes Métropole prévoit apparemment de conserver le même délégataire, c’est-à-dire Le Voyage à Nantes, sans publicité ni mise en concurrence. La loi le lui permet à condition qu’elle exerce sur le délégataire un « contrôle analogue à celui qu’elle exerce sur ses propres services ». Vu les anomalies du contrat actuel, c’est inquiétant pour les « propres services ».

Le préfet de Loire-Atlantique a soumis à la chambre régionale des comptes le contrat conclu l’an dernier entre Nantes Métropole et la Semitan. La Chambre a déniché un nombre de défauts considérable qui pourrait conduire à l’annulation du contrat par le tribunal administratif. Pour les Machines de l’île, il serait bon d’interroger la Chambre avant signature du contrat, comme la Loi le permet.

03 octobre 2026

Estuaire penche dangereusement vers l’art funéraire

Dans un long billet sur Facebook, Aymeric Seassau, adjoint à la culture communiste de Johanna Rolland, tire un signal d’alarme : « le projet Estuaire est en difficulté. Il est en danger. » Le danger immédiat vient de l’Observatoire de Kawamata, à Lavau-sur-Loire, ou plus exactement de sa longue passerelle d'accès, dont l’état est très dégradé.

Pouvoir le dire en 2026 devrait déjà être un motif de satisfaction. Qui aurait imaginé qu’il en resterait quelque chose vingt ans après ? Kawamata lui-même n’en espère pas davantage et dit amen à la destruction de la passerelle.

Projet sympathique à divers égards, la Biennale Estuaire était néanmoins entachée d’amateurisme dès l’origine. Son concepteur, Jean Blaise, s’était lancé à 55 ans dans un type d’événement qu’il ne maîtrisait pas. Le seul vrai succès de sa carrière, Les Allumées, de nature très différente, datait déjà d’une douzaine d’années et avait été suivi de plusieurs échecs. Les trois biennales prévues devaient être organisées sous couvert d’une association, le CRDC, gestionnaire du Lieu Unique.

Le Pendule de Roman Signer (186 141,94 €) bat stoïquement
la mesure à Trentemoult depuis Estuaire 2009. Tic tac...

La chambre régionale des comptes a jugé Estuaire sévèrement dans un rapport de 2011 consacré au CRDC. Aux deux premières biennales estivales, qui ont coûté respectivement 8,8 et 9,3 millions d’euros, elle reprochait avant tout un financement inadapté. La troisième édition, prévue pour 2011, a été repoussée à 2012 et phagocytée en pratique par la première manifestation estivale du Voyage à Nantes.

L’immensité de l’estuaire se prêtait mal à un événement conçu comme un ensemble et néanmoins composé d’œuvres disparates. Il en ressortait une impression de saupoudrage. Si quelques œuvres valent le détour encore aujourd’hui, la plupart étaient anecdotiques et deux au moins, la maison dans la Loire de Lavau et un canard gonflable géant, ont été des désastres grotesques.

Ruineux Observatoire

Malgré une couverture de presse abondante, la fréquentation a été médiocre. Estuaire 2007, avec six œuvres « pérennes » et dix-sept œuvres éphémères, a revendiqué 680 000 visites. Autrement dit, si tous les visiteurs avaient tenu à visiter toutes les œuvres, ils auraient été au total moins de 30 000, pour 8,8 millions d’euros de budget, soit pas loin de 300 euros dépensés en moyenne pour attirer un visiteur, venu souvent des environs ou du département. En 2009, quatorze œuvres pérennes (dont huit nouvelles) et treize œuvres éphémères auraient attiré au total 720 000 visites, pour 170 000 visiteurs. Chacun de ceux-ci aurait donc visité en moyenne 4,2 sites sur 27 proposés, ce qui dénote un degré d’intérêt faible.

C’est seulement en 2017 que la chambre régionale des comptes a révélé dans un autre rapport, celui-ci consacré à la SPL Le Voyage à Nantes, le coût parfois stupéfiant des œuvres d’Estuaire. Aymeric Seassau se garde de rappeler que la plus onéreuse était précisément l’Observatoire de Kawamata : 850 198,43 euros, hors passerelle. Si on l’avait fait ériger par un charpentier des environs selon les règles normales de la commande publique, la construction aurait sûrement coûté bien moins cher pour un résultat équivalent. Mais la signature d’un artiste, Japonais de surcroît, en fait une œuvre d’art, ce qui change tout financièrement...

L’Observatoire a été complété en 2009 par un cheminement en bois. Le cahier des charges initial prévoyait que l’ouvrage aurait une durée de vingt ans. Mais dès 2012, de nombreux désordres sont apparus. Il a fallu remplacer l’essentiel de la structure. « Certes il y a eu des malfaçons dans la conception et une remise en état avoisinant les deux millions d’euros que le Voyage à Nantes ne sait pas financer », constate Aymeric Seassau. Le tribunal administratif de Nantes a pourtant condamné différents protagonistes de la construction à verser plus de 1,5 millions d’euros en 2018.

Aucune sorcellerie

Eh ! bien, alors, l’argent est là, non ? Apparemment, non. Il a été dépensé dans les réparations et les travaux d’entretien du site contre l’envasement et une végétation envahissante. Et puis il y a tout le reste, tous les frais occasionnés chaque année par une dizaine d’œuvres « pérennes » subsistantes. Car, oui, « le coût d’entretien, de maintenance et de renouvellement de ce patrimoine va peser à l’avenir dans [l]es comptes » du Voyage à Nantes, avait souligné la chambre régionale des comptes en 2017.

L’avait-on oublié ? Aujourd’hui, se désole Aymeric Seassau, « Nantes Métropole se retrouve à financer 93% de l’entretien des œuvres dont 1/3 ne sont pas sur son territoire ». (Ce qui pourrait être juridiquement un peu limite puisqu’elles sont exploitées dans le cadre d’une délégation de service public.) « La Métropole nantaise qui tient le projet à bout de bras n’a pas à subir de procès en sorcellerie ! » En effet, elle n’a ni baguette ni magique ni pierre philosophale pour tirer Le Voyage à Nantes de ce mauvais pas autrement qu’en puisant dans les poches des contribuables...

« Très concrètement », ajoute Aymeric Seassau, « nous sommes aujourd'hui tout à fait prêts à aller plus loin en réunissant, autour d'une même table, l'ensemble des acteurs publics et privés du territoire volontaires pour apporter des financements complémentaires en vue de la reconstruction de la passerelle. […] Pour coopérer, il faut être plusieurs. » En voilà, du très concrètement, en voilà un langage énergique ! Estuaire est sauvé. Presque.