17 mars 2026

Les fontaines (électoralement miraculeuses?) de Nantes Métropole ?

Le petit parking de la Duchesse-Anne était naguère orné par un personnage de Jean Jullien, Le Débitumeur. Cette effigie en métal découpé roulait des bandes de bitume comme on roule un tapis, révélant la terre naturelle. Pour faire un jardin, on a enlevé Le Débitumeur puis le revêtement du parking... qu’on a remplacé pour l’essentiel par un autre revêtement, plus clair. Histoire de parler quand même de jardin, on a semé un peu de gazon. Impossible de faire mieux : le tunnel du canal Saint-Félix passe juste au-dessous. 

Mais rien n’aurait empêché la création d’une fontaine. La re-création, plutôt. Il y en avait une là, magnifique, jusqu’au percement du canal en 1929. Son bassin de pierre d’environ 20 x10 m a été réutilisé comme pataugeoire au jardin d’enfants de Procé et s’y trouve toujours. L’absence d’une nouvelle fontaine a de quoi étonner.

On connaît le rapport particulier de Johanna Rolland avec les arbres, qu’elle n’hésite pas à abattre en grand nombre tout en en plantant d’autres à grands frais. On connaît moins sa relation avec les fontaines. Depuis une douzaine d’années, Nantes a créé le miroir d’eau, l’aire de jeux aquatiques du Clos-Toreau, les brumisateurs du square des Lauriers, les huit « fontaines Feydeau » de la nouvelle place du Commerce, quatre nouvelles fontaines Wallace, la cascade du Jardin extraordinaire, le rideau d’eau temporaire de Stéphane Thidet sur le théâtre Graslin, etc. Elle a aussi rénové la fontaine de la place Royale, après lui avoir fait subir diverses avanies sous prétexte de Voyage à Nantes (paroi d’escalade, chambre d’hôtel, lieu d’échouage...).

Des fontaines où coule plus d’argent que d’eau

Tout cela coûte fort cher. L’installation du miroir d’eau devant le château des ducs de Bretagne a coûté plus de 3 millions d’euros. Le coût des fontaines Feydeau, non précisé, se chiffre certainement en millions d’euros lui aussi. La rénovation de cinq fontaines Wallace et la création de quatre nouvelles par Cyril Pedrosa auraient coûté environ un demi-million. En comparaison, les 497 687,40 euros HT de la fontainerie et de la brumisation du nouveau bassin en cours d’aménagement au Jardin extraordinaire paraissent presque modérés.

Une fois les fontaines construites, reste à les gérer. Qui croirait que l’eau coule toute seule ? En plein centre-ville, les fontaines du Pont-Morand, de la place de l’Écluse et même de la place Graslin ne fonctionnent qu’épisodiquement. La cascade du Jardin extraordinaire, quant à elle, propulse quotidiennement des quantités énormes d’eau et de kw/h devant un public parfois très réduit. La cascade de l’île de Versailles débite bien ; en revanche, la cascade du Jardin des plantes est souvent réduite à un goutte-à-goutte.

Ce n’est pas faute de consacrer des moyens à ces équipements. Le parc de fontaines de Nantes Métropole comprend officiellement 23 fontaines à eau recyclée, 3 fontaines à eau perdue et 32 bornes à eau perdue. Leur entretien et leur maintenance a fait l’objet en 2024 d’un contrat dont le montant peut atteindre 498 287,00 euros hors TVA. Ce qui ne paraît pas si cher en comparaison du coût de la maintenance des huit fontaines Feydeau : jusqu’à 320 000 euros HT pour deux ans. Soit à peu près le double de celle du miroir d’eau.

13 mars 2026

Petite histoire du « Nantes bashing »

À qui a l’outrecuidance de les critiquer, Johanna Rolland et les siens reprochent volontiers un Nantes bashing :

  • « Nous avons toujours fait l’objet d’un "bashing" de l’opposition. Cela remonte à 1983 avec Michel Chauty » Jean Blaise, Presse Océan, 21 mai 2014

  • « Les campagnes de bashing de Nantes et les émissions à la c… qui sont toujours à charge », Yann Trichard, Presse Océan, 26 septembre 2023

  • « Le Nantes bashing entendu ces dernières années ne résiste pas à l’épreuve des faits », Johanna Rolland, France 3 Pays de la Loire, 27 mars 2025

  • « Les acteurs économiques sont nombreux à demander de ne pas alimenter le Nantes Bashing », Francky Trichet, communiqué, 11 décembre 2025

  • « Loin du Nantes bashing et du pessimisme des conservateurs de tous bords, les faits parlent », Robin Salecroix, X, 4 février 2026

  • « Voilà qu'il dénigre les acteurs locaux qui travaillent sur un projet exceptionnel qui incarne une métropole durable et fait la fierté de notre territoire. Encore du Nantes bashing. » Thomas Quéro, Facebook, 8 février 2026

L’anglicisme fait peut-être chic (« bashing » signifie simplement « dénigrement »), mais le reproche est mal fondé. Les critiques s’adressent à ceux qui ont pris de mauvaises décisions, pas à la ville de Nantes elle-même. Parlez de Rolland bashing, si vous y tenez.

Certes, une hostilité institutionnelle envers Nantes a pu exister à travers l’histoire. Quand Jules César a soutenu la construction de Ratiatum, c’était, pensent certains historiens, pour embêter la tribu des Namnètes, alliés aux Vénètes contre Rome. Quand les Normands ont brûlé la ville et décapité l’évêque Gohard en 843, ils leur voulaient sans doute du mal. Quand le roi de France Charles VIII a vainement attaqué la capitale de François II en 1487, ses intentions étaient clairement hostiles. Quand, cent deux ans plus tard, Henri III a d’un trait de plume transférés à Rennes la chambre des comptes et l’université, il voulait ostensiblement punir la ville du duc de Mercœur. Et même les bombardements américains de 1943 n’étaient pas forcément une amabilité envers la ville.

Alain Croix, relais contemporain du Nantes bashing historique

Mais le « bashing », le dénigrement systématique d’une ville en tant que telle, en vue de salir sa réputation, n’est pas si fréquent. Parmi les auteurs anciens, les bons connaisseurs de Nantes n’en ont rien dit de mal. Rabelais, pourtant prompt aux sarcasmes, en dit plutôt du bien. Les romans arthuriens voient en elle une cité prestigieuse. Le grincheux Jean Meschinot, auteur local des Lunettes des princes, premier livre imprimé en France, ne la critique pas. Machiavel, qui peut avoir la dent dure, n’a pas commenté ses séjours dans la cité des ducs.

La première médisance avérée est rapportée par Dubuisson-Aubenay dans son Itinéraire de Bretagne en 1636(1). À l’époque, les clochers de quatre églises nantaises portent des « gyrouettes » en forme de main (au lieu du coq traditionnel), Elles s’expliqueraient ainsi : en 1341, pendant la Guerre de Succession de Bretagne, « les Nantois ayans livré pour argent aus partisans de Charles de Blois le comte Jean de Montfort qui estoit à Nantes, se fiant à eux, Jean le Conquérant son fils […] voulut, pour marque de cela, que des mains fussent mises au ault des clochers de cette ville, in signum ac monimentum corruptelae, parce qu’ils s’estoient là-dedans laissé graisser et corrompre les mains. » 

Noyades de Nantes, par Joseph Aubert

Des traîtres cupides, les Nantais de 1341, qui avaient pourtant soutenu trois semaines de siège contre l'armée française ? À vrai dire, Dubuisson-Aubenay doute de cette explication : il a vu une girouette identique à Coetz (Les Couëts), où elle ne pouvait servir qu'à indiquer le sens du vent.

Cette calomnie médiévale trouve néanmoins un relais là où on ne l’attendrait pas : dans le Dictionnaire de Nantes publié en 2013 grâce à une copieuse subvention municipale. Alain Croix affecte d'y voir une tradition avérée parce qu’elle a été exposée à Dubuisson-Aubenay par « le très savant dominicain Albert Le Grand ». En fait de « très savant », ce Nantais d'adoption est l'auteur d'une Vie des saincts de la Bretaigne armorique réputée très fantaisiste. Entre historiens, on sait se ménager...

Le même Alain Croix, pour une raison opaque, a tenu à publier en appendice du récit de Dubuisson-Aubenay le fort dénigrant Profil de Bretagne de Jean-Baptiste Babin (1663), Nantais mais surtout fonctionnaire royal. Les « Nantois » montrent une « horrible ardeur pour le bien » ainsi que « des rudesses choquantes et des aspretez qui surprennent les étrangers ». Qui plus est, « comme il n’est pas de peuple plus sujet à l’envie et que chacun y souffre le martire des prospéritez de son voisin, ils se déchirent tous par la médisance et sans se faire justice ny penser à leurs desfautz, ils n’ont de plaisir qu’à parler de ceux des autres. » Nous voilà habillés pour l'hiver.

Du Nantes bashing soft en littérature

Chacun connaît les quelques lignes féroces de Jules Verne sur Nantes (« Il faut que cette inepte ville de Nantes ne soit en partie habitée que par des crétins, des vachers, des albinos »). Ce sont des propos privés, tenus dans une lettre à son père par un garçon de 19 ans sous le coup d’un chagrin d’amour. Il n’a pas cherché à leur donner de publicité.

En revanche, de nombreux littérateurs ont publiquement évoqué Nantes dans leurs œuvres(2). Le Nantes bashing n’y abonde pas. Quelques auteurs glissent néanmoins des vacheries en douce. « Je crois que Nantes est une ville assez bête, mais j’y ai tant mangé de salicoques que j’en garde un doux souvenir », écrit ainsi Flaubert.

Le plus faux-jeton est probablement Julien Gracq : « D’où vient que cette ville qui n’est pas immense, constituée aux trois-quarts d’immeubles de sous-préfecture, ingrate pour le regard, dénaturée dans son assise primitive sur la Loire par des comblements artificiels […] donne si fortement le sentiment d’une "grande ville"… ? » L’image fabriquée qui prend le pas sur le réel : on comprend pourquoi Jean-Marc Ayrault manifestait tant de respect à l’écrivain de Saint-Florent-sur-Loire.

« Ville négrière », ça n’est pas du bashing, ça ?

Or, puisqu’on parle de lui, Jean-Marc Ayrault lui-même est l’instigateur principal du Nantes bashing le plus manifeste de notre époque. Et en plus il s’en dit fier ! Grâce à lui, Nantes est présentée ici et là comme une « ville négrière ». C’est par exemple le titre d’un documentaire de l’Institut national de l’audiovisuel (INA) où l’on retrouve... Alain Croix. Et, circonstance aggravante, la ville aurait cherché à dissimuler ses fautes (ce qui est parfaitement faux).

L’essentialisation est grossière ! Il y a eu des négriers à Nantes ; cela ne signifie pas que leur trafic soit consubstantiel à l’identité de la ville (en son temps, la traite ne dépassait pas un cinquième de l’activité du port de Nantes, qui lui-même n’était pas la seule industrie de la ville, et elle se déroulait exclusivement outremer, entre l’Afrique et l’Amérique) et encore moins que les Nantais contemporains composent, deux ou trois siècles plus tard, une cité esclavagiste. Mais cet auto-bashing reste pratiqué et subventionné au plus haut niveau. Et cette persévérance produit ses effets : quel Nantais ose aujourd’hui se rebeller contre l’étiquette accolée à sa ville ? La construction médiatique entreprise depuis plus d’une génération est devenue vérité d’évangile. Et Agnès Chauveau, nouvelle présidente de l’INA, présente son institution en « garante de la vérité »(3).

Entre « Nantes, ville insécure », bashing contemporain qui exaspère les chapeaux à plumes municipaux et « Nantes, ville négrière », autobashing pratiqué par les mêmes depuis quarante ans, franchement, lequel est le plus offensant et le plus excessif ?

  1. Voir le formidable La Bretagne d'après l'itinéraire de Monsieur Aubenay-Dubuisson, coordonné par Alain Croix, Presses universitaires de Rennes et Société d'histoire et d'archéologie de Bretagne, Rennes, 2006.

  2. Voir l’indispensable Nantes et la littérature – Anthologie de Patrice Locmant, Coiffard édition, Nantes, 2006.

  3. Caroline Sallé « Le fonds d’archives de l’INA peut devenir un garant de la vérité », Le Figaro, 27 janvier 2026.

06 mars 2026

Foin des « Imaginaires » gazeux, c'est Jules Verne qu'il nous faut !

 Nantes Métropole recrute un dircom pour la Cité des Imaginaires – Musée Jules Verne. Le poste est à pourvoir à partir du 1er mars ! S'agit-il de désigner quelqu'un en vitesse pour occuper le poste en cas de malheur électoral ? Car la stratégie de communication suivie pourrait dépendre fortement du résultat des urnes.

Foulques Chombart de Lauwe promet un « grand musée Jules Verne », L'équipe Rolland prévoit une Cité des Imaginaires, au sein de laquelle il y aura un musée Jules Verne. Ce n’est pas du tout la même chose. Le double nom Cité des Imaginaires – Musée Jules Verne est d'emblée un handicap. Le public ne retient pas deux noms à la fois. Et Nantes Métropole elle-même, en réalité, n'en connaît qu'un. Quand elle évoque le futur établissement sur son site web, c'est toujours sous le seul non « Musée des Imaginaires ».

Buste de Jules Verne au Jardin des plantes

Qui trop embrasse mal étreint. Au lieu d'attirer le public international avec le nom du plus célèbre de ses enfants, Nantes risque de dépenser beaucoup d'argent pour proclamer un concept gazeux qui ne dira rien à personne. Il ne suffit pas de mettre 50 millions dans un bâtiment pour faire venir les touristes si l'on n'a pas un message parlant à y attacher.

J'enfonce là une porte ouverte. Mais pourquoi Nantes tient-elle à la maintenir fermée ? De toute évidence, l’idéologie s’en mêle ! Si quelqu’un dit « Jules Verne », il y a toujours un demi-intellectuel pour ressortir le cliché de l’écrivain colonialiste et antisémite au nom d'une demi-douzaine de phrases anecdotiques, dispersées dans une œuvre abondante. Des clichés anodins, courants sous la plume des écrivains de son temps, mais devenus condamnables de nos jours.

Jules Verne pourrait inspirer mille messages enthousiasmants. Alexandra Müller, directrice de la Cité des imaginaires, a déjà promis que le musée mettra en valeur ses textes « mais aussi ce qu’ils peuvent avoir, parfois, de choquant aujourd’hui ». La cause est entendue : on administrera au visiteur une leçon de morale. On y amènera les enfants des écoles, qui de toutes façons n'auront pas leur mot à dire. Faire venir les touristes risque d'être plus difficile.

Voir article complet sur Nantes Plus :

https://nantesplus.org/jules-verne/

Nantes a le Jules Verne honteux

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