30 septembre 2026

Qu’est-ce qu’il nous dit, Cambronne ?

Les lecteurs de Presse Océan ont élu Jules Verne comme leur personnalité préférée, et le général Cambronne n’a obtenu que 1 % des suffrages. Le premier était logiquement attendu malgré ceux qui le regardent de travers dans les milieux municipaux. Mais le second ? Qu’on aime Napoléon ou pas, le commandant de sa Garde impériale s’est toujours montré un soldat d’un grand courage, fidèle à sa parole (je ne dis pas à son mot) et attaché à sa ville natale, Nantes. Contrairement à Jules Verne, il y a fini sa vie et y a été enterré. Cela aurait dû lui valoir plus de 1 %, non ?

Certes, l’œuvre littéraire de Pierre Cambronne n’égale pas celle de Jules Verne. Elle se ramène en fait à un seul mot. La phrase que la ville de Nantes a gravée sur le monument qu’elle a consacré au général, « La Garde meurt mais ne se rend pas », n’est pas de lui mais d’un journaliste inspiré, c’est à peu près certain.

Son « Merde ! » ne sera en quelque sorte « officialisé » et réhabilité qu’en 1862, quand paraît le tome II des Misérables. Victor Hugo y décrit ainsi les derniers instants de la bataille de Waterloo : « Alors, ému, tenant la minute suprême suspendue au-dessus de ces hommes, un général anglais, Colville selon les uns, Maitland selon les autres, leur cria : Braves français, rendez-vous ! Cambronne répondit : Merde ! »

Plus fort même : d’après Victor Hugo, « L’homme qui a gagné la bataille de Waterloo, c’est Cambronne. Foudroyer d’un tel mot le tonnerre qui vous tue, c’est vaincre » ! Prends ça dans les gencives, Wellington ! Ce toupet magnifique ne dénote-t-il pas une connivence entre Pierre Cambronne et Victor Hugo ? Car si le premier est Nantais, le second l’est plus qu’à moitié par sa mère, Sophie Trébuchet, et par sa femme, Adèle Foucher, dont le père était le meilleur ami du sien.

Rendre hommage au « Merde ! » de Cambronne, c’est en même temps célébrer celui de Victor Hugo, d’où cette proposition : sur le monument à Cambronne, dans le cours éponyme, remplaçons la formule imaginaire par le juron glorieux !

Voir article complet dans Nantes Plus :

https://nantesplus.org/cambronne/

Pétition pour inscrire le mot de Cambronne sur son monument nantais

22 septembre 2026

De la rémanence de l’Arbre aux Hérons

L’Arbre aux Hérons est toujours là ! Il y a bien sûr la pauvre machine à 2,9 millions d’euros, immobile et rouillée, enfermée dans un centre de rétention grillagé à côté des Nefs de l’île de Nantes. Mais il y a mieux : la webosphère tout entière peut s’informer sur le projet de l’Arbre aux Hérons – ou plutôt « la » projet de l’Arbre aux Hérons.

Le site web des Machines de l’île comprend toujours une page qui a pour petit nom « L’arbre aux hérons dans la galerie des Machines – Les Machines de l’île ». Elle précise, au passé quand même, que « cet arbre était un élément très important du projet initial des Machines de l’île, et ce dès les premières présentations à Jean Marc Ayrault, Président de Nantes Métropole, en 2002 ».


Cette page existe en fait depuis 2018. Pendant longtemps, elle a rappelé que « en juillet 2017, Johanna Rolland, Présidente de Nantes Métropole a officialisé le lancement de ce projet » et annoncé, au futur, que « sa réalisation se fera sur 5 ans. Il sera implanté sur le site remarquable de la Carrière de Misery, en bord de Loire. »

Cette annonce est restée sans changement jusqu’en mars 2023, soit six mois après l’annonce de l’abandon du projet. Le nom de Johanna Rolland a alors disparu de la page : autant on savait auparavant qui avait « officialisé le lancement du projet », autant on ignore désormais qui a officialisé son abandon...

Les étrangers peuvent cependant le deviner puisque les versions étrangères de la page commencent en allemand par « Der Reiherbaum – Im Juli 2017 gab Johanna Rolland, die Präsidentin von Nantes Métropole, den offiziellen Startschuss für dieses Projekt » ; en espagnol par « El Árbol de las Garzas – En julio de 2017, Johanna Rolland, presidenta de Nantes Métropole, hizo oficial el lanzamiento de este proyecto » ; en anglais par « Heron Tree – On July 2017, Johanna Rolland, Mayor of Nantes and President of Nantes Métropole announced the launch of The Heron Tree project. » Les Machines de l’île économisent sur les frais de traduction.

Depuis 2023, une note de bas de page signale que « le projet d’Arbre aux Hérons, dont les études ont été commandées et financées par Nantes Métropole, sera poursuivi par la CCI Nantes Saint-Nazaire qui recherche des financements privés pour le réaliser ». Et précise quand même à la fin : « Il ne s’agit pas d’un projet porté par Les Machines de l’île sous l’égide du Voyage à Nantes ». Ouf, on aurait pu s’y tromper. Surtout en anglais, en espagnol ou en allemand.

L’Arbre aux Hérons : comment Nantes s’est prise à rêver
et ce qui s’est passé ensuite 
:
le livre de référence sur le projet de l’Arbre aux Hérons
est toujours disponible en ligne
ou à la librairie Coiffard, rue de la Fosse à Nantes.

20 septembre 2026

Le pont Johanna-de-Bretagne est hors délai depuis le premier jour

« Les délais des travaux du pont Anne-de-Bretagne sont tenus ? » demande Presse Océan (19 septembre 2026) à Johanna Rolland. « Oui », répond la maire de Nantes.

On note que la question porte sur le pont. Mais le sujet, ce sont les nouvelles lignes de tram. Le pont Anne-de-Bretagne n’est en travaux que pour permettre leur passage. Sans elles, on n’y aurait pas touché. Peu importe que ses délais soient tenus si ceux du tram ne le sont pas ! Or la concertation préalable de 2020-2021, une obligation légale, portait sur une ouverture de trois nouvelles lignes de tram en 2026.

« En 2026, les futures lignes 6, 7 et 8 de tramway emprunteront un tracé qui reste encore à stabiliser définitivement » confirmait la ville de Nantes sur Facebook. « En 2026, le sudouest sera connecté aux nouvelles lignes de tramway, et au pont Anne-de-Bretagne qui sera transformé », plussoyaient Nantes Métropole et la Samoa dans un dossier de presse de 2021. Le délai ne sera pas tenu.


Quant au pont lui-même, la vraie réponse à la question des délais est : « Non ». Johanna Rolland admet elle-même que « pour les piétons et les vélos, le pont Anne-de-Bretagne va rouvrir la première semaine des vacances de la Toussaint. Un mois plus tard, il sera rouvert dans un sens (sud-nord) aux voitures. » Pour Noël, donc, avec un peu de chance.

On se souvient pourtant que l’une des conditions du marché public de construction du pont était ainsi libellée : « maintien de la circulation en phase chantier (sur et sous le pont pour tous les flux) ». Autrement dit, le pont a déjà deux ans et demi de retard pour son ouverture aux piétons et vélos ! Quant aux voitures, on verra plus tard.

Et même si l’on admet l’excuse douteuse alléguée par Nantes Métropole (la nécessité de remplacer des tuyaux sous le boulevard Léon-Bureau, découverte après l’attribution du marché), il y a longtemps que ces travaux-là sont terminés et que la circulation aurait dû être rétablie « sur et sous le pont pour tous les flux ». D’ailleurs, Nantes Métropole l’avait promis, et la promesse est encore affichée en ligne : le boulevard Léon-Bureau serait fermé « à partir d’avril 2024 pour une durée d’un an ». Si ce délai de secours avait été tenu, la circulation serait rétablie depuis un an et demi.

19 septembre 2026

FALC news au Voyage à Nantes

La publication de Nantes destination ! par Le Voyage à Nantes, début août, n’a pas passionné les foules. Dommage. Ce livret d’une vingtaine de pages présente Nantes en français « FALC » (Facile à lire et à comprendre), à l’intention des personnes handicapées ou parlant très mal le français. Pas sûr que leur connaissance de Nantes y gagne beaucoup.

Une « destination touristique », apprend-on dès la deuxième ligne du livret, est « un lieu (comme une ville, un pays ou une région) où les gens viennent pour visiter ». « Visiter » est un verbe transitif. Est-on sûr que renoncer à préciser le but de la visite par un complément d’objet direct le rende plus FALC ?

Le Voyage à Nantes a cru nécessaire de définir façon FALC un certain nombre de mots et expressions, par exemple :

  • « œuvre d’art » : « un objet créé par un artiste ». Faute de précisions sur ce que sont un « objet » et un « artiste », les œuvres immatérielles risquent bien de passer à l’as. Tant pis pour les poètes et les musiciens...

  • « marché de Noël » : « un endroit où l’on peut acheter des objets ou de la nourriture en rapport avec Noël ». Sauf objection laïque, sans doute.

  • « art contemporain » : « art fait par des artistes d’aujourd’hui pour parler du monde actuel ».

  • « bar » : « un endroit où les gens vont pour boire des boissons ». Des fois qu’on risquerait de confondre avec la poissonnerie...

  • « installations » : « œuvre d’art faite avec plusieurs objets placés dans un espace, pour faire vivre une expérience au public. » Le lecteur FALC comprendra sans peine que les objets placés dans un espace ne sont pas des objets placés dans l’espace, mais comprend-il que « vivre une expérience » ne fait pas de lui un animal de laboratoire ?

Bien entendu, le propos essentiel du livret reste de présenter la ville de Nantes. Il évite les complications :

  • « La ville de Nantes est une grande ville.
    La ville de
    Nantes est située à l’ouest de la France, à côté de la Bretagne, et pas loin de la mer. »

Un croquis voisin permet de comprendre que l’ouest doit signifier la gauche et que « pas loin de la mer » pourrait signifier le diamètre d’une loupe. En revanche, « à côté de la Bretagne » reste mystérieux jusqu’au moment où l’on découvre, trois pages plus loin, le « château des ducs de Bretagne ». « À côté » doit donc signifier la distance entre Nantes Tourisme et le pont-levis, soit environ 75 mètres.

Capture d'écran du livret "Nantes destination!"

Ce château des ducs de Bretagne est « un vieux château », lit-on. Vieux comment ? Il suffit de savoir qu’il a été construit par « François 2 » et sa fille Anne de Bretagne. À quelle époque ? N’allons pas compliquer le FALC !

En dehors du château, le livret ne tente pas de présenter toute la ville mais se focalise sur une dizaine d’attractions seulement. Étrangement, elles sont pour la plupart situées dans l’île Saint-Anne et pas de première fraîcheur. Parmi elles figurent :

  • L’Absence, de l’Atelier Van Lieshout : « La forme de cette sculpture rappelle un gros chewing-gum. » Il est bleu ciel, votre très gros chewing-gum ?

  • Zebra Crossing, d’Angela Bulloch, qui « représente un passage piéton anglais ». Mais, il est bon de le préciser, « ce passage piéton est une oeuvre d’art. »

  • Air, de Rolf Julius, œuvre visuelle et sonore – mais « pour entendre le son de l’œuvre, il faut se rapprocher très près du bâtiment ».

  • Mètre à ruban, de Lilian Bourgeat, qui « représente un mètre à ruban de très grande taille ». Plus d’un mètre, donc ?

  • Les Anneaux, de Daniel Buren et Patrick Bouchain. « En regardant à travers les anneaux, on voit d’un côté la ville et de l’autre la nature ». Est-ce bien raisonnable ? La personne parlant mal le français ou handicapée qui cherchera à regarder à travers un anneau d’un côté puis de l’autre aura bien des chances de tomber dans la Loire. Pour les mal-voyants sans doute, il est précisé que « la journée, les anneaux sont de couleur grise ».

Hors île Sainte-Anne figure tout de même L’Évasion, de Cyril Pedrosa (de Wallace et de Lebourg, il n’est pas question, ne compliquons pas), des fontaines qui sont « dans 4 lieux différents ». Utiles : « les fontaines permettent de boire et de se rafraîchir avec de l’eau ». Le mode d’emploi est FALC lui aussi : « il faut appuyer sur bouton [sic] pour faire couler l’eau ». À la différence des Anneaux de Buren, « les fontaines sont des sculptures de couleur vert foncé ». Elles représentent « 4 femmes qui portent un dôme ». Pas un homme, un dôme – pour éviter toute confusion, il a fallu définir le dôme : « un toit ou une construction en forme de demi-sphère, comme une moitié de ballon. On le voit souvent sur des églises, des mosquées ou des bâtiments importants ». Églises et mosquées sont donc des bâtiments négligeables ?

Jean-Marc Ayrault espérait faire de Nantes une destination touristique internationale. Avec ce livret, on comprend que Le Voyage à Nantes a réduit ses ambitions.

03 septembre 2026

303 casse sa pipe

« L’action se passe dans les Pays de la Loire, c’est-à-dire nulle part. »
Sven Jelure, d’après Alfred Jarry, Ubu Roi

La revue trimestrielle 303 a été créée en 1984. Olivier Guichard, ancien ministre du général de Gaulle, espérait alors construire, aux frais des contribuables, une identité artificielle pour la région créée de toutes pièces dont il était président, les Pays de la Loire. La revue devait servir cet objectif au même titre que l’ONPL et l’abbaye de Fontevraud.

Fontevraud a fait l’objet voici quelques années d’une série de rapports catastrophiques de la chambre régionale des comptes. L’ONPL ne se porte pas très bien à la suite de baisses de ses subventions publiques. Aujourd’hui, c’est 303 qui annonce sa disparition prochaine : ses lecteurs et ses acheteurs ne suffisent pas à couvrir le salaire de ses permanents, la rémunération de ses auteurs et les frais d'édition. Elle a failli dans sa mission : les Pays de la Loire ne forment toujours pas une entité culturelle. Quel paradoxe, d’ailleurs, de chercher à créer une identité avec un titre fait d’une addition de numéros de départements !

Copie partielle d'écran du site editions303.com

En général très « institutionnels », les textes publiés par la Revue 303 étaient souvent de qualité. Mais la qualité n’a jamais été une raison suffisante pour légitimer l’existence d’une publication. On connaît d’excellents poètes qui peinent à se faire éditer, et plus encore à trouver des lecteurs. (Cela dit, le nombre de lecteurs n’assure pas non plus une légitimité ; Je suis partout publiait une pléïade d’auteurs célèbres et tirait chaque semaine à 250 000 exemplaires.)

En 2024 encore, 303 percevait 319 000 euros de subvention annuelle de la part de la région. La somme a été divisée par deux en 2025. Reste quand même une jolie somme. Il est difficile cependant d’en apprécier l’utilisation : bien qu’une association soit tenue de publier ses comptes au JOAFE si elle reçoit plus de 153 000 euros de subvention dans l'année, il semble que l’Association 303 se soit toujours soustraite à cette obligation légale (sanctionnée en principe par une amende de 9 000 euros). À laquelle elle échappe désormais puisque la région ne la subventionne plus.

303 ne travaillait pas que pour la région. En mars 2022, Le Voyage à Nantes lui a accordé pour quatre ans une convention cadre d’édition d’un montant de 39 999 euros – soit juste au plafond alors autorisé par le code de la commande publique pour passer un marché négocié sans publicité ni mise en concurrence préalable ! Nantes Métropole lui a aussi confié cette année, dans le cadre peu contraignant d’une « procédure adaptée », pour un montant de 54 309 euros, l’édition, l’impression et la diffusion du catalogue de l’exposition « Maternités, archéologie du bien naître » au Chronographe de Rezé. Ces secours amicaux n’auront pas suffi.