dimanche 10 novembre 2013

Graslin : (1) S’il te plaît, dessine-moi un photon

« On s’risque sur le bizarre », dira-t-on, en ces temps d’hommage nantais aux Tontons flingueurs, au vu des luminaires de la place Graslin. Beaux, pas beaux ? C’est une affaire de goût, mais en tout cas, ce ne sont pas ceux de n’importe qui.

Le plus bizarre quand même, c’est cette impression qu’ils donnent d’être tournés vers le haut, comme si l’on voulait éclairer les étoiles plutôt que les passants. Ces allumées foutraques, ça doit être une idée de l’allumeur en chef : à défaut d’une « ville renversée par l’art », il aura renversé les candélabres… Et c’est peut-être conforme à sa vocation, après tout. « Je me demande si les étoiles sont éclairées », dit le petit prince après avoir rencontré l’allumeur de réverbères.

Bizarres aussi ces ondoiements fourchus, façon chevelure de Méduse. Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur nos têtes ? Eh ! bien, mais c’est sans doute une allusion au serpent du petit prince, pas celui qui avale l’éléphant, l’autre, celui auprès de qui il s’enquiert de l’éclairage des étoiles.

Et si, à gaspiller vers le ciel l’énergie de nos précieux photons, la place est mal éclairée, ce sera encore en hommage au petit prince. Vous n’y voyez goutte ? De toute façon, « on ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux ».


15 commentaires:

Coralie a dit…

Vous n'en savez rien, si la place sera mal éclairée avec ces réverbères, ils ne sont pas encore activés.
Cet article est digne du petit vieux qui se plaint sans arrêt, et surtout qui râle dès qu'il y a un truc nouveau. Un papier réac qui se croit humoristique. Je ne dirais pas que l'ensemble du blog est dans cette tonalité, mais on n'en est pas loin...

Sven Jelure a dit…

Je n'en sais rien, et c'est pourquoi j'ai écrit "si". Mais peut-être, tout occupée par votre indignation a priori, ne l'avez-vous pas vu ? Eh ! oui, même bien éclairé, on ne voit pas ce qu'on ne veut pas voir.

Coralie a dit…

J'ai bien vu le "si", mais vous choisissez de nous faire toute une tartine de critique négative sur ce truc et son hypothétique dysfonctionnement sans rien en savoir réellement.
Et puis c'est assez gonflé de m'accuser d'indignation a priori, alors que c'est exactement ça l'objet de votre article...

Anonyme a dit…

J'ai, pour ma part, était plutôt agréablement surpris par les réverbères installés place Graslin ; non que je les trouve à mon goût (loin de là...), mais les images destinées à nous vendre le projet les rendaient plus présents encore. Un moindre mal, en somme. Du fait de leur couleur café-crème, de leur base pas-si-large-que-ça, on pourrait presque passer à côté sans les remarquer. Ce que nous ferons bientôt. N'apprend-t-on pas, en vieillissant, à vivre environné de petites douleurs, de gènes multiples que l'habitude estompe à la longue. Le design post-moderne des luminaires (tendance gadget citationnel) vieillira vite et mal, bien sûr, mais de nouveaux projets, plus kitsch encore, nous les feront peut-être regretter un jour.
Avec les vasques dans les pattes, le travail d'abstraction risque d'être plus ardu - sauf à considérer le chaos qui les aura précédés : fini les travaux, on respire enfin !

Chère Coralie, rassurez-vous, les scories que nous sommes, que vous qualifiez de réactionnaires, disparaîtront bientôt ; rien ne salira plus votre paysage urbain plasticoïde, sinon vous-même (lorsqu'en baissant les yeux, vous évaluerez la progression de votre propre bedaine). Votre adhésion au monde à venir ne vous protégera pas nécessairement, lorsque de jeunes gens arrogants vous enverront valser, à votre tour, dans le caniveau...

Coralie a dit…

@anonyme

Je n'ai pas fait de procès d'intention aux "réactionnaires" que vous seriez vous et SVEN (puisque vous vous reconnaissez), c'était juste un constat suite à un article de vieux gâteux qui critique par principe quasiment toute nouveauté. Et votre commentaire est du même acabit.
Enfin, pas besoin de me rassurer et de prendre ce ton paternaliste, je n'ai jamais dit rêver d'un paysage urbain kitch en plastique ou je ne sais quelle élucubration. On critique un article et on finit par nous faire dire qu'on souhaite défigurer la ville entière. On se calme...

Sven Jelure a dit…

On s'étonne qu'un lampadaire éclaire les étoiles plutôt que les passants et hop ! ça y est, on est un vieux gâteux réactionnaire. Et en plus, c'est "juste un constat". Ben voyons ! Quel esprit raisonnable disait donc "on se calme" ?
Je n'ai pas été bien méchant dans ce billet ; évoquer le petit prince est même plutôt gentil, non ? Coralie, gardez un peu de votre indignation en réserve : je serai beaucoup plus critique dans le billet n°2.

Anonyme a dit…

Vous avez raison, Coralie, le paternalisme du ton était déplacé... convenez cependant que votre insistance concernant l'âge mental présumé du rédacteur du blog, des auteurs de commentaires, ainsi que les liens que vous établissez, de manière systématique, entre vieillesse et stupidité crasse, puisse froisser certaines personnes. Le "nous" que j'ai employé désignait l'ensemble informel des vieux (scories) dont je suis membre objectif ; je ne prétendais pas parler au nom de Sven Jelure (qui sait parfaitement se défendre), ni comme réactionnaire (que je suis peut-être, par ailleurs). La lutte contre l'âgisme n'étant pas une priorité gouvernementale, vous pouvez en profiter pour "nous" lancer des bananes, par la fenêtre virtuelle de notre enclos gériatrique... mais alors, caricature pour caricature, je peux très bien vous imaginer hystériquement amoureuse de votre iPad, vous gargarisant du nombre de vos "amis" Facebook !
Ceci précisé, je vous donne à nouveau raison, il est encore trop tôt pour juger de la qualité de l'éclairage de la place Graslin. Des objets existent cependant, un projet, des arguments ont été diffusés.
Pour commencer, ce n'est pas la dimension fonctionnelle des réverbères de la place (l'effet de leur lumière) qui prime : se sont des signes qui composent, avec les vasques, ainsi qu'avec l'ensemble des aménagements du site, une "phrase" urbaine, qui produisent un discours (un peu de la grossière sémiologie municipale). D’après la Ville, Yves Steff, l’architecte urbaniste qui a conçu le projet a voulu dix lampadaires "inspirés des grands lustres de l’opéra, pour accentuer le caractère théâtral de la place en recourant au même type d’expression architecturale."
Daniel Rabreau, historien de l'art, avait déjà montré "comment l'effet spatial créé par la place et le théâtre était une création particulièrement heureuse d'architecture symbolique révolutionnaire. Tout se jouant dans la mise en rapport de deux volumes homothétiques, celui, extérieur, de la place et celui, intérieur, du théâtre, à leur point de jonction, le vestibule du théâtre ouvert par la colonnade monumentale."
"La place est assimilée à la salle, où le spectateur est lui-même acteur ; l'espace environnant, loin d'être limité, s'étend vers des perspectives d'illusion..."
"La conscience sociale, urbanisée, s'offre une représentation à laquelle, seuls, l'Eglise et les princes avaient droit précédemment..."

Anonyme a dit…

...

Le discours qu'énonce le projet est donc parfaitement redondant ; un coup de stabulo jaune fluo sur une phrase déjà écrite, plutôt qu'une nouveauté. Il n'est pas non plus pédagogique : les nantais s'assoient tout naturellement sur les marches du théâtre, pour rêvasser, et contempler le spectacle urbain.
La sobriété des immeubles renforçait également l'effet monumental du portique, véritable chef d'oeuvre du néo-classisme de Mathurin Crucy : la lourdeur du mobilier installé, ses rondeurs empilés trahissent aujourd'hui le style unitaire de la place : il n'appartiennent absolument pas "au même type d'expression architecturale" revendiqué par les défenseurs du projet. Ils ne sont qu'une série de signes disgracieux qui surlignent un usage. Je maintiens : si le post-modernisme en architecture a commencé comme un exercice de déconstruction, il a souvent dégénéré en une simple transposition décalée de motifs typiques (de Venise, par exemple, on ne retient que la tête de gondole dorée...). Un kitsch qui procède par citations, et qui sert aujourd'hui d'alibi au vandalisme des promoteurs. Dans la même logique, l'extension commerciale du passage Pommeraye sera prétendue cohérente parce qu'on aura reproduit, par la lumière, quelques vagues ornements.
Lorsque l'architecte Rem Koolhass lance son provocateur "fuck the context", il s'attaque ouvertement à la ville-musée. On aimerait que nos urbanistes fasse preuve de la même franchise : on peut parfaitement fucker la place Graslin, et par tous les trous, mais on ne peut pas prétendre en même temps respecter son intégrité. Il ne s'agit pas seulement d'une querelle de générations, comme vous le supposez, mais d'honnêteté, et de pertinence dans les choix effectués.
Bien sûr, les lampadaires et les vasques, en eux-mêmes, sont affreux ! (et là, je veux bien me faire traiter de vieux con par une petite conne !)

VertCocu a dit…

@Sven
Si je peux me permettre un conseil pour votre excellent blog: pensez à catégoriser.
Moi, ces lampadaires, je m'en fous. Si je conçois que Graslin est un symbole de Nantes et qu'il est légitime de se poser des questions de lampadaires, ça ne reste que des lampadaires et, j'ai envie de dire, que le théâtre Graslin. Ce n'est pas non plus un chef d'oeuvre ou le must-see à Nantes, on parle quand même d'une place où la brasserie en face est plus intéressante, c'est bien là d'ailleurs le charme de Nantes (j'attends avec impatience de voir comment la place va vivre avec ces nouveaux aménagements; la place Royale est un drame par exemple).
Mais j'aime bien votre billet.
Il est effectivement représentatif de votre esprit, souvent proche du "mauvais". Ca m'amuse. Et puis vous êtes chez vous, vous avez bien le droit de vous offrir des petites récréations rédactionnelles.
Mais d'un autre côté, votre blog est à ma connaissance (s'il y en a d'autres, je suis preneur), le seul qui se permet une critique détaillée sans parti(politique)-pris.
Certains semblent avoir du mal à différencier le léger du sérieux, le symbolique du fond, voire le 1er du 2nd degré, l'intervention de Coralie semble montrer que cela joue en votre défaveur.
J'ai l'impression d'ailleurs que c'est ce genre de billets qui provoque le plus de commentaires désobligeants. Quand vous vous attaquez au fond, les critiques sont plus rares. Coralie réagit là-dessus alors qu'un billet plus loin, il aurait été intéressant de savoir si mettre en avant que nos dirigeants, convaincus que l'aéroport "va désenclaver l'ouest", ne savent toujours pas comment on va désenclaver le-dit aéroport à 4 ans de l'ouverture est un réflexe de vieux réac aigri (ça va être une jolie charrue sans boeufs, on investit pour que les commerciaux aillent vendre leurs produits mais pas sur le maritime, le ferroviaire ou la route, qui en ont bien besoin, pour transporter ces produits -si les Chantiers de l'Atlantique ferment, STX étant en difficulté, on a pas fini d'avoir de la casse de mobilier urbain, ces lampadaires peut-être ? mais on aura plus de sous pour y mettre un scarabée bousier mécanique ou autres).
Perso, je trouve les réacs et les progressistes plus intéressants que les conservateurs.
Ce billet catégorisé en "humeur", le précédent du bonnet rouge en "humour", d'autres en "informations", "analyse"... Des petites balises comme ça pour ceux qui ont besoin qu'on les prenne par la main.
Enfin voilà, juste une suggestion qui ne remet aucunement en cause votre admirable travail.

Sven Jelure a dit…

Merci de vos remarques.
Dans l'absolu, vous avez sûrement raison, beaucoup de gens sont hermétiques au second degré, il faudrait mieux baliser le terrain.
Hélas, j'avoue que j'aurais moi-même un peu de mal à établir des catégories, car la tonalité des billets dépend de l'humeur du moment. Et puis, ces textes sont "interstitiels". Ils occupent des temps libres, jamais suffisants : il faut bien gagner sa vie... J'aurais donc du mal à gérer de véritables "rubriques". Enfin, je me demande si je n'aime pas cette glorieuse incertitude du sport : est-ce que mes moqueries, mes imprécations ou mes analyses vont intéresser quelqu'un ? Vont faire bouger quelqu'un ? Vont scandaliser quelqu'un ?

lucm.reze a dit…

Pour une fois, je les trouve très beaux et de bon goût ces candélabres.
J’aime bien l’humour de monsieur Vertcocu quand il évoque votre sans parti(politique)-pris.

Sven Jelure a dit…

Oh ! je n'ai pas dit que je ne les trouvais pas beaux, je m'interroge. J'ai besoin d'un peu de temps pour me faire une opinion. Ils sont en tout cas originaux et spectaculaires. Mais je suis peut-être marqué par une conception "années 70" du design selon laquelle est beau ce qui remplit bien sa fonction. Or la conception de ces lampadaires n'est sûrement pas optimale à cet égard : leurs branches se trouvent sous les ampoules et font donc de l'ombre. Ils n'ont sûrement pas été dessinés dans un souci d'économies d'énergie.

VertCocu a dit…

@lucm.reze
Comme je l'écrivais, si jamais vous connaissez un autre blog critique envers la politique municipale qui ne fait pas l'éloge d'un parti, je suis preneur.
Perso, je vais peut-être voter pour la liste EELV aux municipales, si je ne m'abstiens pas, ça dépendra de la météo.
Ayant déjà laisser quelques commentaires en "anonyme" ça et là, j'ai choisi ce pseudo parce qu'il permet d'en identifier certains. Et parce que j'aime l'humour foireux.

@Sven
Coralie a bien raison sur un point, on ne peut pas juger ces lampadaires définitivement sans les voir allumés.
Votre billet est donc bien motivé par la mauvaise foi et le mauvais esprit! J'adore!
Et effectivement, catégorisez vos billets ne conviendrait pas à un esprit libre.

Anonyme a dit…

moi je n'ai jamais vu des trucs aussi moches et kitch. On paye pour ça...quelle misère!

Beetlejuice a dit…

Wo nom de dieu, je viens de découvrir ce blog, et je ne savais pas que qq1 serait assez patient pour détailler et commenter les ménagements urbains ! Et bien j'en profite pour soulager ma colère, moi ces lampadères m'ont immédiatement fait penser à la famille Pierrafeu ! En l'occurence pour moi un immense gâchis subventionné, une fois de plus. Et un gâchis du paysage évidemment, pas du tout à la hauteur du théâtre.