samedi 28 avril 2018

Le nouveau moteur de l’Éléphant : (5) zéro décibel, zéro émission

En attendait-on des merveilles, du nouveau moteur du Grand éléphant des Machines de l’île ! Au point de susciter ici mes sarcasmes :

Le nouveau moteur « va consommer dix fois moins et sera moins bruyant », a assuré Pierre Orefice à 20 Minutes. « Il polluera bien moins en rejetant vingt fois moins de particules dans l'atmosphère », a-t-il aussi promis à Ouest France. Dix fois moins de carburant, vingt fois moins de particules ? Soit le patron des Machines de l’île nous raconte des histoires, soit le moteur d’origine était un choix vraiment catastrophique.

Je me trompais, et Pierre Orefice aussi, d’ailleurs. Ces jours-ci, les progrès sont bien supérieurs aux prévisions. La consommation, le bruit et la pollution sont totalement supprimés par moments : l’engin est en panne. [Après divers incidents, il a été totalement arrêté les 2 et 3 mai, puis n'a assuré que le spectacle sans prendre de passagers le 4.]


Le nouveau moteur hybride diesel + électrique installé voici trois mois a coûté 413.000 euros H.T. aux contribuables de Nantes Métropole. Autant qu’un bus hybride Heuliez en état de marche, a noté Médiacités. Il était pourtant à l’abri de tout reproche puisqu’il a été fourni à La Machine par des copains. On espère que le contrat prévoyait quand même une garantie d’indemnisation en cas de dysfonctionnement. Car en ce début de vacances scolaires, le manque à gagner des Machines de l’île peut représenter dans les 4.000 euros par jour de panne.

Samedi 28 avril : encore une journée sans éléphant. Date de
remise en marche indéterminée, et le cordon électrique ne
présage rien de bon.

Retrouvez les billets précédents sur
le nouveau moteur du Grand éléphant :


jeudi 26 avril 2018

Elon Musk concurrent de Long Ma ? Une affaire de dragons…

Long Ma, le dragon mécanique construit par François Delarozière pour un milliardaire chinois, va-t-il avoir un concurrent américain ?

Tesla, SpaceX, l’Hyperloop et The Boring Company ne suffisent pas à Elon Musk. Après les voitures électriques, les lanceurs spatiaux, les transports à haute vitesse et les tunnels anti-embouteillages, le serial-entrepreneur américano-sud-africain prétend construire… un dragon.

Il l’a dit hier sans y toucher, au détour d’un simple tweet : « Oh btw I’m building a cyborg dragon » (« à propos, je suis en train de construire un dragon robot »). Peu de tweets suscitent autant de réactions : à cette heure, en moins d’une journée, dans les 90.000 retweets, 376.000 j’aime et 14.000 commentaires !

C’est qu’Elon Musk fait généralement ce qu’il dit, aussi fou que cela paraisse. Il avait annoncé l’an dernier son intention de construire un lance-flamme grand public ? L’arme (semi-factice) a été lancée en janvier dernier, à 600 dollars pièce ! Pas sérieux, ce milliardaire ? C’est un habitué de longue date du festival californien Burning Man, après lequel Les Machines de l’île tirent la langue. S’il veut vraiment construire un dragon robot, Long Ma n’aura qu’à aller se rhabiller. Surtout si l’engin est aussi un lance-flamme.

Le pire n’est pas certain. La capsule spatiale créée par Elon Musk pour ses fusées SpaceX en vue d’une expédition vers Mars a pour nom Dragon. Le dragon robot annoncé pourrait bien n’être « que » un engin spatial qui ne disputerait pas à Long Ma le plancher des vaches. Mais avec Elon Musk, on n'est jamais à l'abri d'une surprise...

mercredi 25 avril 2018

La garde plie mais ne se rompt pas

Les voleurs présumés du cœur-reliquaire de la duchesse Anne sont sous les verrous, très bien. Mais d’autres vandales courent encore.

Au milieu du cours Cambronne, le général éponyme a été dégradé. Du moins sa statue l'a été. Son épée tordue évoque peut-être la défaite proche mais sûrement pas l’attitude héroïque du commandant de la Garde impériale.


La statue avait déjà subi des outrages voici trois ans : à quelques mois du deux centième anniversaire de la bataille de Waterloo, la lame entière de son arme avait disparu.


Espérons une réparation rapide. En attendant, il y a des coups d’épée aux fesses qui se perdent.

lundi 23 avril 2018

L’Arbre aux Hérons : une étrange campagne sur Kickstarter

La campagne de financement participatif de L’Arbre aux Hérons / The Herons’ Tree sur Kickstarter se termine à l’instant avec 373.525 euros de dons. On en tirera un bilan plus tard, mais on peut déjà remarquer son déroulement un peu étrange sur deux points.

Le premier est la faiblesse des animations. On ne sait toujours pas très bien qui est le patron de la campagne : Karine Daniel, embauchée pour ça, Pierre Orefice, qui en parle comme si c’était lui, Bruno Hug de Larauze, désigné par Kickstarter ? Pourtant, malgré l’abondance de chefs, la campagne a été anémique.

« Nous avons gardé des cartouches pour tenir le buzz », disait Pierre Orefice à Magali Grandet, de Ouest France, le lendemain du lancement. Ces cartouches, on ne les a pas beaucoup vues. Au cinquième jour de la campagne, les « récompenses » accordées aux gros contributeurs (500 et 1.000 euros) ont été renforcées par des « pass ambassadeurs ». Ensuite, pendant quarante jours, il ne s’est pas passé grand chose. Peu d’actus (3), peu de FAQ (5), relativement peu de commentaires (52) sur le site Kickstarter. Quelques tweets, pas toujours à bon escient d’ailleurs, des messages stéréotypés sur le site web des Machines de l’île (« il reste quatre jours pour participer », « il reste trois jours pour participer »…).

Résultat : après un bon départ grâce à l’énorme fichier des Machines de l’île, la campagne de crowdfunding s’est vite essoufflée. D’après les statistiques de Kicktraq, elle a recueilli 83.529 euros le premier jour, 37.659 le deuxième, 17.049 le troisième. Au-delà du dixième jour, elle est entrée dans une période de vaches maigres avec des recettes quotidiennes de l’ordre de 2 à 3.000 euros, voire moins. Sauf…

La cavalerie arrive toujours à temps

Sauf, et c’est là le deuxième point étrange, sauf ces derniers jours. De gros donateurs sont soudain apparus. Dans la seule journée du 15 avril, cinq dons de 1.000 euros ont été enregistrés. Puis ça a continué : dans ses huit derniers jours, la campagne a bénéficié de trente-trois dons de 1.000 euros, soit plus que dans les cinq semaines précédentes !

Ces secours de dernière minute arrivent à point nommé pour redorer la campagne. Celle-ci a largement atteint un objectif officiel tout aussi largement sous-calibré (100.000 euros pour une œuvre à 35 millions d’euros !) mais s’avère très en retard sur des objectifs officieux évoqués à plusieurs reprises. À défaut du million espéré, ils lui permettent de franchir un seuil symbolique : 350.000 euros, soit 1 % du coût du projet. Et aussi le seuil des 100 gros donateurs (101) qui verront leur nom gravé sur un banc.

D’où viennent ces gros donateurs ? On pourrait imaginer que les promoteurs de L’Arbre aux Hérons ou leurs proches ont cassé leur tirelire pour donner meilleure mine au projet. Mais ça ne peut pas être ça puisque cette pratique, appelée self-pledging, est formellement interdite par Kickstarter. Le mystère reste entier. 

Les statistiques de Kicktraq (http://www.kicktraq.com/projects/arbreauxherons/larbre-aux-herons-the-herons-tree/#chart-daily) révèlent une campagne partie très fort le premier jour et vite devenue anémique... avant un réveil inexpliqué dans les derniers jours.

vendredi 20 avril 2018

Au bord du sacrilège, Médiacités démonte le système économique des Machines

Médiacités s’avance audacieusement en terrant glissant : le site d’investigation enquête sur la politique touristico-culturelle de Nantes Métropole. Dans un premier volet, Médiacités avait mis en évidence la « lourde facture des Machines de l’île ». Dans le deuxième volet qui vient de sortir, documenté et sans concession, Les Machines de l’île apparaissent comme une « ingénieuse mécanique à transformer l’argent public » !


« Entre Pierre Orefice, le patron des « Machines de l’île » et François Delarozière, l’inventeur des attractions, les négociations se jouent dans la cordialité et l’estime réciproque » , explique Erwan Seznec, auteur de l’article. « Les deux amis fixent ensemble le format et le prix que la société publique dirigée par le premier (et donc la collectivité) paiera à l’association du second. » En effet, une disposition du code des marchés publics autorise les acheteurs à se dispenser de toute mise en concurrence pour les achats d’œuvres d’art. Et, comme on le sait, Les Machines de l’île veillent toujours à dire que leurs attractions touristiques sont « artistiques ».

« Je ne peux imaginer que Pierre Orefice et François Delarozière ne parviennent pas aux tarifs les plus équitables pour la Métropole comme pour La Machine », déclare Morgan Airiau, délégué général du Voyage à Nantes. Mais à cet administratif diplômé d’une école de commerce, on ne demande pas d’avoir de l’imagination ! L’imagination, c’est justement le domaine de Pierre Orefice et François Delarozière. Et Erwan Seznec de citer le cas du nouveau moteur du Grand Éléphant. Cette œuvre d’art a coûté 413.000 euros H.T. Soit le prix d’un bus hybride complet chez Heuliez !

Est-ce une consolation ? Toulouse Métropole, note Médiacités, est en train d’adopter la même voie. Elle va exposer les créations de François Delarozière dans un vaste bâtiment tout neuf dont la gestion est confiée, moyennant 577.000 euros de subvention par an… à l’association La Machine !

mercredi 18 avril 2018

L’Arbre aux Hérons surclassé chez Kickstarter

Tout le monde peut se tromper, moi le premier, mais il y a des multirécidivistes. Les Machines de l’île ont publié hier ce tweet victorieux : 


Le financement participatif de l’Arbre aux Hérons, second de l’histoire de Kickstarter dans la catégorie Arts ? Pas mal du tout, si c’était vrai. Un coup d'oeil aux statistiques officielles de Kickstarter révèle que ça ne l’est pas. Dans la catégorie Art, cinq projets ont réuni plus de 1 million de dollars. L’Arbre aux Hérons est très, très loin derrière.

Comme on l’a déjà montré, Les Machines de l’île ne maîtrisent peut-être pas toutes les subtilités de Kickstarter. Non seulement la catégorie « Art » n’est que l’une des quinze catégories distinguées par le site de financement participatif, mais elle est elle-même subdivisée en douze sous-catégories, dont l’une est intitulée « Art public ». C’est uniquement dans cette sous-catégorie que le projet L’Arbre aux Hérons / The Herons’ Tree est classé numéro 2, derrière le projet We the People: public art for the inauguration and beyond, qui a recueilli 1.365.105 dollars, soit 3,5 fois plus que le projet nantais à cette heure.

L’Arbre aux Hérons est souvent présenté comme une « sculpture », une sous-catégorie également présente chez Kickstarter. Il a bien fait de se classer ailleurs, car là il ne serait que troisième. La seconde place sur le podium des financements est occupée par « The Official World's Greatest Troll Sculpt By Chuck Williams », qui a recueilli 438.737 dollars.

Mais il aurait aisément dominé le candidat suivant, « Bring Ai Weiwei's Tree sculptures to London's Royal Academy ». Une autre histoire d’arbre. La campagne était destinée à financer une exposition d’arbres morts sculptés par l’artiste chinois Ai Weiwei ; elle a eu lieu (l'exposition, pas la campagne) à Londres de septembre à décembre 2015.

lundi 16 avril 2018

Dobrée, reviens, ils bafouent ton héritage

En France deux fois reine, la duchesse Anne avait tenu à ce que son cœur, après sa mort, revienne à jamais en Bretagne, et plus précisément à Nantes. D’où le reliquaire qui était jusqu’à son vol vendredi dernier la pièce la plus émouvante détenue par nos musées. Une composante essentielle de notre identité, évoquant la douceur des sentiments et non la violence des combats.

« Tout doit être tenté pour sauver le reliquaire du cœur d’Anne de Bretagne », a écrit Philippe Grosvalet dans un tweet. Tout tenter ? Cela va de soi, à quoi sert-il même de le dire, si ce n’est à éviter de poser la question : Pourquoi n’a-t-on pas tout tenté, d’abord, pour protéger le reliquaire ?

Ridiculisé par la pantalonnade du permis de construire du nouveau musée Dobrée, le département aurait au moins pu s’attacher à accomplir parfaitement le peu qui restait à faire dans cet établissement fermé pour l’essentiel depuis plus de sept ans : protéger les collections. J’ai qualifié autrefois Dobrée de « chef d’œuvre du couac ». Hélas ! il y avait encore moyen de faire pire.

Chacun espère que le reliquaire sera retrouvé et les voleurs châtiés. Pour meubler cette attente anxiogène, voici un petit rappel des épisodes précédents vécus par ce malheureux musée, décidément victime d’une malédiction départementale tenace :

·        Schadenfreudobrée

samedi 14 avril 2018

Le mur de Royal de Luxe et le verdict de l’Histoire

La fresque de Royal de Luxe, place Ricordeau, allait être « restaurée début 2018 », disait David Martineau à Frédéric Brenon, de 20 Minutes, il y a déjà plus de six mois. L’idée d’une « restauration » pouvait laisser sceptique : réduit à l’état de ruine malpropre depuis longtemps, le mur paraît mort de chez mort. Qu’importe, le budget prévu, 70.000 euros, devait largement permettre de le ressusciter.

L’adjoint à la culture de Nantes est-il crédible ? Voici déjà la mi-avril, et rien ne se passe. Écaille par écaille, la fresque disparaît inexorablement. Cependant, l’usure n’y est pas uniforme. Certains des 200 personnages représentés à l’origine résistent bien mieux que d’autres aux outrages du temps.

Faut-il y voir un phénomène surnaturel ? Le mur de Royal de luxe s'affiche réactionnaire. Le personnage le mieux conservé est la duchesse Anne de Bretagne. En numéro deux, Jules Verne. Derrière eux, Gilles de Rais, Louis XII, Henri IV et Danyel de Kervégan ne s’en tirent pas trop mal.


De Jean-Marc Ayrault et de ses séides, il ne reste rien d'autre qu'un fouillis indistinct.

jeudi 12 avril 2018

Nantes Food Forum dénoyauté

Nantes Food Forum aura lieu à nouveau cette année, du 3 au 7 octobre 2018, mais vous aurez du mal à trouver une mention d’Artevia sur son site web. Ce cofondateur de la manifestation en a disparu au moment même où il accédait d’un coup à la célébrité nationale, quand Médiapart, le 10 avril, et Le Canard enchaîné, le 11, ont révélé qu’il a laissé au Havre une ardoise de plus d’un million d’euros.

Quand le groupement d’intérêt public du Havre a confié à Artevia les festivités du 500ème anniversaire de la ville, il pouvait ignorer la situation réelle de la société. Il n’avait en main que son bilan au 31 décembre 2014. Il n'en allait pas de même quand Jean Blaise a organisé à Nantes l’événement Nantes Food Forum. Très proche d'Artevia et de son patron Alain Thuleau, comme on l’a vu hier, il savait que la société avait vécu un exercice 2015 catastrophique : elle avait perdu 320.300 euros.

Jean-Blaise avait-il des raisons de croire que 2016 avait été meilleur ? Il aurait au moins dû s’en assurer avant de traiter avec Artevia pour l’organisation de Nantes Food Forum. Il aurait découvert que la société avait en réalité doublé ses pertes. 

Un coproducteur qu'on ne veut plus connaître

Cette précaution aurait été d’autant plus indispensable qu’Artevia n’est pas un simple fournisseur pour Le Voyage à Nantes : Nantes Food Forum est une coproduction entre la SPL, Artevia et un média spécialisé, Alimentation générale. Cette formule suppose une grande confiance dans son partenaire.

Un partenaire que Le Voyage à Nantes fait semblant aujourd’hui de ne pas connaître. Plus aucune mention d’Artevia ne figure sur son site web, pas plus que sur nantes-tourisme.com. Mais la coproduction a laissé des traces ailleurs. Sur le site de Nantes Métropole, on lit par exemple que « Le Voyage à Nantes avec ses partenaires Artevia et le magazine Alimentation Générale lance un nouvel évènement autour de l’alimentation du 2 au 5 juin 2017 ». Artevia est aussi mentionné sur le site de la Ville de Nantes :


 La trace d’un lien indissoluble entre Artevia et Le Voyage à Nantes reste visible aussi du côté de l’Institut national de la propriété industrielle : la marque « NANTES FOOD FORUM MANGER DEMAIN LE MARCHÉ DES PAYS DE LA LOIRE » a été déposée en commun par Le Voyage à Nantes, Artevia et Alimentation générale en avril 2017. À travers son nom, Artevia reste présent dans l’événement !

Qui donc a fait le ménage ?

J’ai dit qu’on avait du mal à trouver Artevia sur le site de Nantes Food Forum. Un œil observateur découvre quand même son logo, un grand « A » bleu, au détour d’une petite vidéo incrustée dans le site, aux côtés de ceux des deux autres partenaires fondateurs, Le Voyage à Nantes et Alimentation générale.


En dehors de cette mention, rien. « Les partenaires 2017 » sont désormais indiqués ainsi : 


Mais sur les copies conservées par Web Archive, début avril 2018, on trouve encore une présentation complète des partenaires fondateurs :


Ainsi, le site Nantes Food Forum a été expurgé. Mais par qui et pourquoi ? Qui a honte de figurer aux côtés d’Artevia (lequel a certes été mis en règlement judiciaire mais n'est pas mis en examen, à ce stade, pour les affaires du Havre) ?

Et puis, pourquoi Nantes Food Forum a-t-il été organisé avec une telle précipitation l’an dernier ? Le « projet » a été présenté au conseil métropolitain du 26 juin 2017, qui a accordé une subvention ad hoc ; la manifestation avait eu lieu en réalité trois semaines auparavant, du 2 au 5 juin !

L’opposition municipale, par la voix de Rozenn Hamel, avait alors exprimé des réserves à l’égard d’une délibération « relativement floue ». Sans nul doute, elle devra à présent exiger des explications supplémentaires.

mercredi 11 avril 2018

Jean Blaise et le million d’impayés du 500ème anniversaire du Havre

« J’ai de l’affection pour lui », déclare Jean Blaise à Emmanuel Vautier, de Presse Océan (11 avril 2018). « Lui », c’est Alain Thuleau, PDG de la société Artevia, qui a planté les festivités du 500ème anniversaire de la ville du Havre, ainsi que viennent de le révéler Médiapart et Le Canard enchaîné.

De l’affection pour Alain Thuleau ? C’est peu de le dire. Artevia et Jean Blaise ont un long passé de collaboration*.

  • Déjà en 2002, lors de la première Nuit blanche de Paris, dont Jean Blaise était commissaire, la recherche de partenaires avait été confiée à Alain Thuleau.
  • En 2007, Jean Blaise a chargé Alain Thuleau d’étudier la faisabilité financière de la biennale Estuaire. Une mission si bien menée que les dérapages d’Estuaire ont valu à Jean Blaise des reproches appuyés de la chambre régionale des comptes.
  • En 2009, Artevia (société créée cette année-là par Alain Thuleau) a défini un schéma d’aménagement culturel et urbain pour l’opération Les Terrasses de Nanterre, dont les commissaires étaient Jean Blaise et Jean de Loisy – lui aussi une vieille connaissance du patron du Voyage à Nantes.
  • En 2012, révèle Médiapart, Jean Blaise a fait partie de l’équipe constituée par Artevia pour établir une préfiguration des festivités du 500ème anniversaire de la ville du Havre. Quelques mois plus tôt, Jean Blaise avait rencontré Édouard Philippe, alors maire du Havre**.
  • En 2014, Artevia a intégré Jean Blaise dans son équipe constituée pour le projet « Réinventer Paris ».
  • En 2015, quand Artevia est chargé par Le Havre de concevoir la programmation des festivités du 500ème anniversaire de la Ville du Havre et de son Port en 2017 (Un été au Havre 2017), elle désigne Jean Blaise comme commissaire de l’opération.
Jean Blaise soutient avoir été désigné par le groupement d’intérêt public constitué autour de la Ville du Havre et non par Artevia. Mais sa participation à la mission de 2012 témoigne de son implication dans le projet d’Artevia. Et il admet que sa prestation a été rémunérée par Artevia. (Combien Jean Blaise, par ailleurs directeur général salarié du Voyage à Nantes, a-t-il touché pour cette prestation assurée à ses moments perdus ? Interrogé par Emmanuel Vautier, il refuse une fois de plus de le dire.)

Jean Blaise connaît donc très bien Artevia et a régulièrement travaillé avec l’entreprise de 2015 à 2017. Quand on lui demande pourquoi Artevia a laissé d’énormes ardoises au Havre (plus d’un million d’euros, selon Médiapart, 2,25 millions d’euros, selon Le Canard enchaîné qui totalise 1,2 million d’euros de dépassement de budget et 1,05 million de fournitures impayées), il a sa petite idée : « Artevia a subi un lourd préjudice lors d’une exposition, fin 2015, à l’Institut du monde arabe ».

De fait, c’est en 2015 que les comptes d’Artevia ont plongé dans le rouge avec 320.300 euros de pertes. On ne peut pourtant parler d’accident ponctuel. En 2016, Artevia a fait pire encore avec 785.900 euros de pertes ! Au 31 décembre 2016, ses capitaux propres sont négatifs à hauteur de 755.900 euros : à moins de mesures drastiques, la situation est désespérée. Ne serait-ce que parce qu’Artevia vit essentiellement de contrats publics, et qu’aucune collectivité sérieuse ne peut attribuer de marché à une société dans un tel état.

Aucune ? Si pourtant : malgré la déconfiture qui menace, Artevia obtient encore un contrat notable :
Hélas, les efforts de ses amis n’ont pas suffi : la société Artevia a déposé son bilan le 25 janvier dernier. « Alain Thuleau en prend plein la gueule », déplore Jean Blaise dans Presse Océan. Il ne devrait pas rester seul.
____________
* Ce recensement n'est sans doute pas exhaustif. Voir dans les commentaires sur cet article celui d'un lecteur anonyme qui indique :
on peut aller plus loin alain thuleau En 2001, rejoint le secteur privé et crée Carat Culture, filiale d''ingénierie culturelle du Groupe Carat France.
http://www.artevia.org/fr/equipe/alain-thuleau
et "travaille" pour jean blaise alors directeur du lieu unique
https://www.lalettrealulu.com/Prevention-contre-le-soda-Un-Coca-plein-de-flop_a1288.html 
*Extrait d’un mémoire de Léna Pujadas, étudiante à l’I.E.P. de Grenoble, qui a participé comme stagiaire à Un été au Havre 2017 : « [Jean Blaise] est d’ailleurs invité aux Assises de la culture au Havre en 2011. Il rencontre Édouard Philippe qui présentait à cette occasion son programme culturel et ce premier contact fructifie puisque c’est à Jean Blaise que sera confiée l’étude de préfiguration pour Le Havre 2017 ». Tiens, on croyait que cette étude avait fait l’objet d’un appel d’offres ?

Le Havre – Photo Pixabay

mardi 3 avril 2018

La propagande municipale nantaise tourne à la crue millénale

Vite, vite, vite, toutes affaires cessantes, la ville de Nantes veut débattre d’un sujet de la plus haute urgence : « une opportunité de comprendre collectivement le Nantes de demain ». L’avenir n’attend pas, et comme les Nantais ne sont sans doute pas très malins individuellement, il faut faire collectif.

La ville veut organiser cinq débats publics auxquels elle fixe les cinq objectifs suivants :

  •  « Rentrer en conversation avec les Nantais »
  •  « Compréhension les enjeux [sic], les mutations de demain »
  •  « Découvrir les solutions nantaises face aux enjeux, aux mutations de demain »
  •  « Comment répondre collectivement à ces enjeux »
  •  « Au final : comment le Nantes de demain se réinvente avec vous »
Mutations de demain (bis), enjeux collectifs, réinvention du Nantes de demain : l’ambition est immense. Pas les délais : un avis de marché a été publié le 28 mars, la date limite de réponse est le 4 avril : sept jours, dont le week-end de Pâques !

 
Il est demandé au candidat (bizarre, l'avis de marché met le mot au singulier, comme si l'on n'en attendait qu'un...) « de soumettre à la Ville de Nantes une liste d’invités nationaux et locaux pour chaque table ronde à organiser », « de prendre contact avec les intervenants validés », « de déterminer avec eux la nature de leur intervention », etc. Pas mal, sous une semaine de délai.

Cependant, pour faciliter le travail conceptuel, la ville propose une idée qu'elle est bonne :
• Il est proposé d’organiser ces débats avec un média national en lien avec les initiatives technologiques, économiques, énergétiques, médicales, alimentaires et artistiques, pratiques qui réinventent le monde, un média qui scrute au quotidien ce changement d’époque aussi complexe qu’enthousiasmant afin d’animer ces débats dans une parfaite connaissance des éléments structurant le changement aujourd’hui et en prise directe avec les enjeux de la société actuelle.

Il n’est pas inutile de relire deux ou trois fois cette phrase de 64 mots pour apprécier la profondeur de la pensée municipale et la lourdeur de la tâche confiée au média. Dont on constate au passage qu’il sera « national » et « quotidien » : la PQR manque sûrement de la hauteur de vue nécessaire pour scruter ce « changement d’époque aussi complexe qu’enthousiasmant ». Et vlan ! pour Ouest France et Presse Océan !

Quatre jours ouvrables pour s’accorder avec un média national et des « invités » du même métal afin d’organiser des débats d’une immense ambition, cela exige une bien grande réactivité. (On ne soupçonnera évidemment pas l’honnête Direction Générale à l’Information et à la Relation au Citoyen de la Ville de Nantes d’un pipotage quelconque en complicité avec un journal vénal.)

Un tsunami de débats à Nantes

L’avis de marché n’explique pas pourquoi les débats doivent avoir lieu en mai et juin. L’énorme opération de com’ prévue dans la carrière de Miséry de la mi-avril à la fin juin doit déjà en proposer une grande quantité. Elle aussi a donné lieu fin novembre à un avis de marché portant sur la « création d’une équipe de reporters professionnels et amateurs, puis l’organisation et l’animation de débats et conférences » ‑ avis commenté ici-même en son temps. (Déjà, le travail devait être confié à des journalistes stipendiés.) N’en jetez plus, la carrière est pleine !

De l’organisation matérielle de la chose, l’avis de marché ne dit strictement rien : preuve que la plus grande confiance sera faite au prestataire retenu. Pas de problème : organiser des débats est une tâche classique pour les agences de relations publiques et autres sociétés de communication événementielle. Rien qu’à Nantes, au moins une douzaine de structures seraient à même de répondre à cet avis de marché… si les délais de réponse étaient  normaux.

Une fois de plus, la ville recourt à une procédure dite « adaptée ». Cela lui permet d’échapper au délai de réponse de 35 jours fixé par la loi pour les marchés publics. Mais, comme on l’avait déjà dit ici, tout n’est pas permis pour autant : le délai fixé doit être suffisant pour préparer un dossier de candidature et une offre. Sans quoi, tout prestataire putatif peut contester le marché devant le tribunal administratif.