La
publication de Nantes
destination !
par Le Voyage à Nantes,
début
août, n’a pas passionné les foules. Dommage. Ce livret d’une
vingtaine de pages présente Nantes en français « FALC »
(Facile
à lire et à comprendre),
à l’intention des personnes handicapées ou parlant très mal le
français. Pas sûr que leur connaissance de Nantes y gagne beaucoup.
Une
« destination touristique », apprend-on dès la deuxième
ligne du livret, est « un lieu (comme une ville, un pays ou une
région) où les gens viennent pour visiter ». « Visiter »
est un verbe
transitif.
Est-on sûr que renoncer à préciser le but de la visite par un
complément d’objet direct le rende plus FALC ?
Le
Voyage à Nantes a cru nécessaire de définir façon FALC un certain
nombre de mots et expressions, par exemple :
« œuvre d’art » : « un objet créé par un
artiste ». Faute de précisions sur ce que sont un « objet »
et un « artiste », les œuvres immatérielles risquent
bien de passer à l’as. Tant pis pour les poètes et les
musiciens...
« marché
de Noël » : « un endroit où l’on peut acheter
des objets ou de la nourriture en rapport avec Noël ». Sauf
objection laïque, sans doute.
« art
contemporain » : « art fait par des artistes
d’aujourd’hui pour parler du
monde actuel ».
« bar » : « un endroit où les gens vont pour
boire des boissons ». Des fois qu’on risquerait de confondre
avec la poissonnerie...
« installations » :
« œuvre d’art faite avec plusieurs objets placés dans un
espace, pour faire vivre une expérience au public. » Le
lecteur FALC comprendra sans peine que les objets placés dans un
espace ne sont pas des objets
placés dans l’espace,
mais comprend-il que « vivre une expérience » ne fait
pas de lui un animal de laboratoire ?
Bien
entendu, le propos essentiel du livret reste de présenter la ville
de Nantes. Il évite les complications :
Un croquis voisin
permet de comprendre que l’ouest doit signifier la gauche et que
« pas loin de la mer » pourrait signifier le diamètre
d’une loupe. En revanche, « à côté de la Bretagne »
reste mystérieux jusqu’au moment où l’on découvre, trois pages
plus loin, le « château des ducs de Bretagne ». « À
côté » doit donc signifier la distance entre Nantes Tourisme
et le pont-levis, soit environ 75 mètres.
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| Capture d'écran du livret "Nantes destination!" |
Ce château des ducs
de Bretagne est « un vieux château », lit-on. Vieux
comment ? Il suffit de savoir qu’il a été construit par
« François 2 » et sa fille Anne de Bretagne. À quelle
époque ? N’allons pas compliquer le FALC !
En dehors du
château, le livret ne tente pas de présenter toute la ville mais se
focalise sur une dizaine d’attractions seulement. Étrangement,
elles sont pour la plupart situées dans l’île Saint-Anne et pas
de première fraîcheur. Parmi elles figurent :
L’Absence,
de l’Atelier Van Lieshout : « La forme de cette
sculpture rappelle un gros chewing-gum. » Il est bleu ciel,
votre très gros chewing-gum ?
Zebra
Crossing, d’Angela Bulloch,
qui « représente un passage piéton anglais ». Mais, il
est bon de le préciser, « ce passage piéton est une oeuvre
d’art. »
Air,
de Rolf Julius, œuvre visuelle et sonore – mais « pour
entendre le son de l’œuvre, il faut se rapprocher très près du
bâtiment ».
Mètre à
ruban, de Lilian Bourgeat, qui
« représente un mètre à ruban de très grande taille ».
Plus d’un mètre, donc ?
Les Anneaux,
de Daniel Buren et Patrick Bouchain. « En regardant à travers
les anneaux, on voit d’un côté la ville et de l’autre la
nature ». Est-ce bien raisonnable ? La personne parlant
mal le français ou handicapée qui cherchera à regarder à travers
un anneau d’un côté puis de l’autre aura bien des chances de
tomber dans la Loire. Pour les mal-voyants sans doute, il est
précisé que « la journée, les anneaux sont de couleur
grise ».
Hors
île Sainte-Anne figure tout de même L’Évasion,
de Cyril Pedrosa (de Wallace et de Lebourg, il n’est pas question,
ne compliquons pas), des fontaines qui sont « dans 4 lieux
différents ». Utiles : « les fontaines permettent
de boire et de se rafraîchir avec de l’eau ». Le mode
d’emploi est FALC lui aussi : « il faut appuyer sur
bouton [sic] pour faire couler l’eau ». À la différence des
Anneaux de Buren,
« les fontaines sont des sculptures de couleur vert foncé ».
Elles représentent « 4 femmes qui portent un dôme ».
Pas un homme, un dôme – pour éviter toute confusion, il a fallu
définir le dôme : « un toit ou une construction en forme
de demi-sphère, comme une moitié de ballon. On le voit souvent sur
des églises, des mosquées ou des bâtiments importants ».
Églises et mosquées sont donc des bâtiments négligeables ?
Jean-Marc Ayrault
espérait faire de Nantes une destination touristique internationale.
Avec ce livret, on comprend que Le Voyage à Nantes a réduit ses
ambitions.