03 septembre 2026

303 casse sa pipe

« L’action se passe dans les Pays de la Loire, c’est-à-dire nulle part. »
Sven Jelure, d’après Alfred Jarry, Ubu Roi

La revue trimestrielle 303 a été créée en 1984. Olivier Guichard, ancien ministre du général de Gaulle, entendait alors construire, aux frais des contribuables, une identité artificielle pour la région créée de toutes pièces dont il était président, les Pays de la Loire. La revue devait servir cet objectif au même titre que l’ONPL et l’abbaye de Fontevraud.

Fontevraud a fait l’objet voici quelques années d’une série de rapports catastrophiques de la chambre régionale des comptes. L’ONPL ne se porte pas très bien à la suite de baisses de ses subventions publiques. Aujourd’hui, c’est 303 qui annonce sa disparition prochaine : ses lecteurs et ses acheteurs ne suffisent pas à couvrir ses frais. Elle a failli dans sa mission : les Pays de la Loire ne forment toujours pas une entité culturelle. Quel paradoxe, d’ailleurs, de chercher à créer une identité avec un titre qui ne représente qu’une addition de numéros de départements !

Copie partielle d'écran du site editions303.com

Les textes publiés par la Revue 303 étaient souvent d’excellente qualité. Mais la qualité n’a jamais été une raison suffisante pour légitimer l’existence d’une publication. On connaît d’excellents poètes qui peinent à se faire éditer, et plus encore à trouver des lecteurs. (Cela dit, le nombre de lecteurs n’assure pas non plus une légitimité ; Je suis partout publiait une pléïade d’auteurs célèbres et tirait chaque semaine à 250 000 exemplaires.)

En 2024 encore, 303 percevait 319 000 euros de subvention annuelle de la part de la région. La somme a été divisée par deux en 2025. Reste quand même une jolie somme. Il est difficile cependant d’en apprécier l’utilisation : bien qu’une association soit tenue de publier ses comptes au JOAFE si elle reçoit plus de 153 000 euros de subvention dans l'année, il semble que l’Association 303 se soit toujours soustraite à cette obligation légale (sanctionnée en principe par une amende de 9 000 euros). À laquelle elle échappe désormais puisque la région ne la subventionne plus.

303 ne travaillait pas que pour la région. En mars 2022, Le Voyage à Nantes lui a accordé pour quatre ans une convention cadre d’édition d’un montant de 39 999 euros – soit juste au plafond alors autorisé par le code de la commande publique pour passer un marché négocié sans publicité ni mise en concurrence préalable ! Nantes Métropole lui a aussi confié cette année, dans le cadre peu contraignant d’une « procédure adaptée », pour un montant de 54 309 euros, l’édition, l’impression et la diffusion du catalogue de l’exposition « Maternités, archéologie du bien naître » au Chronographe de Rezé. Ces secours amicaux n’auront pas suffi.

31 août 2026

Le Belvédère de l’Hermitage est-il plus robuste que la passerelle de Lavau ?

Démolie, pas démolie ? Les habitants de Lavau-sur-Loire aimeraient bien conserver la passerelle qui mène à l’Observatoire de Tadashi Kamawata. Sophie Lévy, directrice du Voyage à Nantes, elle, voudrait arrêter les frais, car cette construction en bois réclame des réparations. On imaginerait un débat aisément clos : suffirait-il pas que Le Voyage à Nantes vende la passerelle à la commune pour un euro symbolique ?

Hélas, qui dit Tadashi Kamawata dit grosses sommes. Depuis qu’il a exposé une installation à la Biennale de Venise en 1982, cet artiste est « coté », surtout en France, où il a installé son atelier. Ses œuvres ne sont pas faites de matériaux coûteux mais il assure les étudier longuement – pour aboutir le plus souvent à des tas de planches formant une sorte de cabane ou de nid géant.


Il a ainsi réalisé plusieurs œuvres pour Le Voyage à Nantes 2019. On se souvient par exemple du « nid » composé d’une centaine de planches de bois clair posé sur le toit de la gare (ci-dessus). Il est même l'auteur d'une « œuvre pérenne », le Belvédère de l’Hermitage. Prix estimé : 1 041 600 euros grâce à des études ayant « permis de fiabiliser le coût et le délai de réalisation ». Nonobstant cette « fiabilisation », il avait fallu porter le budget à 1 326 000 euros. Les automobilistes qui passent au pied de cette œuvre sur le quai d’Aiguillon sont invités à jeter un coup d’œil respectueux à ce legs de l’époque Jean Blaise.

Un jugement à 1,5 million d’euros

À côté du Belvédère de Nantes, celui de Lavau aurait presque l’air d’un cadeau : il n’a coûté « que » 850 000 euros à Estuaire 2007. Cependant, il a fallu y ajouter 600 000 euros pour la passerelle. Et les frais ne s’arrêtent pas là. La dégradation accélérée de la passerelle a vite abouti à une action en justice pour malfaçons. En 2018, le tribunal administratif a condamné les protagonistes de la construction à verser presque 1,5 million d’euros de dédommagements au Voyage à Nantes et au Conservatoire de l’espace littoral et des rivages lacustres.

Le jugement a été confirmé par la cour administrative d’appel en 2020, avec cette intéressante précision : « le préjudice retenu par le jugement repose sur un calcul qui permet, non pas la remise en état de l'ouvrage, mais la construction d'un nouvel ouvrage d'une durée de vie de 50 ans et accessible aux PMR alors que le contrat initial prévoyait un ouvrage d'une durée de vie de 20 ans non accessibles aux PMR. » Et Le Voyage à Nantes refuserait à présent cette reconstruction ? On comprend que ça rouspète dur du côté de Lavau.

Principe de précaution

Mais voilà : selon Presse Océan, « Tadashi Kawamata a donné son feu vert pour l’enlèvement de la passerelle, précise Sophie Lévy. Ses œuvres étant toutes construites en bois, il a l’habitude que leur durée de vie ne soit pas infinie et estime que 20 ans, c’est déjà bien. » M. Kamawata compte peut-être mieux les euros que les années, puisque depuis la création de son œuvre en 2007, il ne s’est écoulé que 19 ans et pas 20.

Cet avis autorisé oblige à se poser la question : quelle est l’espérance de vie de la passerelle de l’Hermitage construite en 2019 ? Si vingt ans n’en valent que dix-neuf aux yeux de son créateur, il vaudrait mieux ne pas attendre 2039 ! Car le risque principal n’est pas de mettre les pieds dans la vase comme à Lavau : sur le quai d’Aiguillon, il s’agit de chuter dans la circulation dix mètres plus bas...

21 août 2026

Royal de Luxe, une vache sacrée à deux doigts de l’équarrissage

La compagnie de théâtre arrachée à Toulouse par Jean-Marc Ayrault en 1989 a contribué à l’aura culturelle de Nantes dans les années 1990 mais ne produit plus grand chose depuis une dizaine d’années tout en absorbant de grosses subventions. Johanna Rolland va-t-elle continuer à payer sans voir ?

Les comptes 2025 de Royal de Luxe montrent un frémissement : après une année 2024 pratiquement nulle (1 512 euros), la troupe a vendu pour 176 000 euros de spectacles en 2025. Il lui en faudrait au moins cinq ou six fois plus pour assurer son existence, mais pas d’inquiétude : elle est assise sur un trésor, ses spectacles passés, comptabilisés comme des immobilisations incorporelles. Leur valeur résiduelle nette inscrite au bilan dépasse 1,2 million d’euros.

Ce qui soulève cependant un petit mystère. La compagnie a renoncé en 2025 à une provision de 150 000 euros destinée à la « réparation/restauration des "Géants" ». En effet, explique-t-elle, les demandes des organisateurs de spectacles ont changé : « Désormais nous nous devons de répondre à des demandes spécifiques, ce qui implique à chaque fois une réinvention de notre patrimoine technique et artistique ». C’en est donc fini des « Géants », qui ne seront pas réparés : sic transit... Mais si les machines et matériels utilisés pour les spectacles ne valent plus rien, est-il réaliste de penser que les biens immatériels, les scénarios et mises en scène, sont assez conformes aux « demandes spécifiques » pour valoir plus de 1,2 million d’euros ? Apesanteur, par exemple, vaut-il plus de 350 000 euros ?


Heureusement pour la compagnie, les subventions sont reparties de l’avant : en 2025, elle a touché 519 512 euros versés principalement par Nantes Métropole. En contrepartie, elle a donné douze représentations de son spectacle Apesanteur à Nantes, Orvault et Vertou, avec à chaque fois entre cinq cents et mille spectateurs. Entre six mille et douze mille métropolitains ont ainsi pu le voir, c’est-à-dire que le coût moyen d’Apesanteur, pas si léger que ça, doit se situer entre 43,29 et 86,59 euros par spectateur : pas mal pour un spectacle « gratuit » qui a suscité des commentaires mitigés. À ces subventions s’ajoute le prêt gracieux d’une usine entière, soit un avantage en nature estimé à 251 885 euros par an.

La compagnie a cherché à rétablir ses comptes en faisant des économies et en étalant ses dettes, mais son commissaire aux comptes reste prudent, et même dubitatif : « Au-delà de ces actions engagées qui sont nécessaires mais non suffisantes, la continuité d'exploitation demeure conditionnée à l'obtention de marchés artistiques avec des encaissements sur le 2S 2026 [c’est nous qui soulignons], pour lesquels des échanges commerciaux sont en cours. » Sans ces encaissements, c’est la discontinuité assurée : boum !

En janvier 2026, Royal de Luxe a joué Apesanteur une douzaine de fois au Chili, un pays où La Petite géante lui avait valu un franc succès il y a presque vingt ans, en 2007 (et qui est prétexte cette année à une accusation de détournement local)... Pour le deuxième semestre (2S), rien n’est annoncé à ce jour. Royal de Luxe a longtemps disposé d’un compte en banque bien fourni – 846 000 euros à fin 2023 encore. De quoi voir venir... Au 31 décembre 2025, avec 55 543 euros, il lui restait de quoi financer tout au plus quatre ou cinq mois d’existence frugale. La discontinuité menace. Nantes laissera-t-elle crever sa vache sacrée ?

13 août 2026

Laennec, le bicentenaire oublié par Nantes

René Théophile Laennec est mort le 13 août 1826. Comme on le craignait, Nantes se montre incapable de célébrer ce médecin qui a révolutionné l’anatomie pathologique avec le stéthoscope et les Principes de l’auscultation médiate.

À Paris, le Collège de France, où Laennec fut professeur, a marqué le bicentenaire de sa mort par une grande exposition organisée dans sa bibliothèque patrimoniale du 4 mai au 31 juillet 2026. Il a aussi publié un article détaillé de Leandro Daza Dadan et Gabrielle Mota dans son bulletin Colligere.

Laennec a été élevé à Nantes par son oncle Guillaume, refondateur et directeur de l’école de médecine, qui a guidé ses premières années d’études. L’essentiel de ses archives scientifiques se trouve à Nantes. En 1981, à l’initiative du doyen Jean-Pierre Kerneis et du docteur Charles Le Séac’h, la ville a célébré le bicentenaire de sa naissance en érigeant un monument devant la fac de médecine.


En 2026, Nantes ne fait rien. La métropole prétend occuper une place dans les technologies médicales. Peut-être ne voulait-elle pas trop rappeler que son projet de « biopark Laennec », à Saint-Herblain, est surtout marqué à ce jour par le départ de Valneva pour Lyon (qui, à propos, a aussi créé un bioparc Laennec !) ; elle vient de racheter ses bâtiments vides, dont elle avait pourtant cofinancé la construction !

Un hommage à Laennec aurait aussi été l’occasion de parler d’autre chose que de la surchauffe caniculaire de Gina, ce bâtiment proche du CHU inauguré l’an dernier à l’intention des medtechs. Même le site web Nantes Métropole Innovation Santé, créé pour faire de la retape envers la profession, ne dit rien de René Théophile Laennec.

Heureusement, la faculté de médecine de Nantes va sauver l’honneur in extremis. Elle organise le 17 novembre à 18 heures, dans l’amphi Kerneis, une table ronde ouverte à tous. Autour du modérateur, le professeur Antoine Hamel, doyen de la faculté, six universitaires de premier plan (les professeurs Jacalyn Duffin, José Maria Urkia, Frédéric Le Blay, Bertrand Cariou, Jean-Noël Trochu et François-Xavier Blanc) mettront en lumière l'ancrage local de Laennec ainsi que l'excellence de la recherche et de l'enseignement médical nantais.

10 août 2026

Le Voyage à Nantes 2026 : quand la terre atterre

Le Voyage à Nantes 2026 « initie un cycle sur les éléments ». Cette année est celle de la terre. Viendront ensuite l’eau, l’air et le feu. Les organisateurs s’offrent ainsi trois ans d’existence supplémentaire sans avoir à se creuser les méninges pour trouver un thème fédérateur.

D’autant plus que le thème proposé paraît facultatif. Il y a bien Ce que la terre retient, élégante mais minimaliste exposition de Caroline Le Méhauté au au Passage Sainte-Croix ; pour le reste, ça part un peu dans tous les sens : vidéos aériennes et aquatiques d’Anne-Charlotte Finel dans les cryptes de la cathédrale, début d’incendie de Pierrick Sorin au Jardin des plantes, épaves automobiles et gravats de Théo Mercier place Graslin, ange en pièces détachées d’Ali Cherri place Félix-Fournier, palmier-dattier artificiel de Louis Guillaume au château, bouses de vache de Barbara Schroeder au Jardin extraordinaire...

Même le son s'y met avec L'eau est là, de Dominique Petitgard, installation sonore pour 24 hauts-parleurs, au square Daviais.


Qu’importe, Le Voyage à Nantes 2026 donne à philosopher – l’esprit est là, sous la terre, pas très profond. « L’art sert à faire réfléchir », répètent en boucle les défenseurs de Fossil Opera, qui n’osent quand même pas trop vanter ses qualités esthétiques. « Ses installations sont des lieux où se télescopent l’esthétique du cabinet de curiosité, le cadavre exquis, le marchand de souvenirs cheap, le sex-shop, la culture punk, la composition florale et le mauvais goût », s'épatait le Musée des Beaux-arts de Rouen au sujet de Théo Mercier. On ne peut pas dire qu’on aura été volé.

Le palmier-dattier du château est un « symbole de transformation et de victoire de la vie sur le temps » et une « mémoire des routes coloniales », les basiques Mistériennes du Jardin extraordinaire renvoient « à la monumentalité des civilisations anciennes », Edgar Sarin montre à la chapelle de Clem’s des « points de cristallisation de pensées sur la manière d’habiter l’espace d’exposition mais plus globalement le "monde" ». On ne dira pas que Le Voyage à Nantes manque d’ambition. Hélas, les touristes en semblent moins convaincus que lui-même.

Voir article complet sur Nantes Plus

https://nantesplus.org/voyage-a-nantes-6/

Le Voyage à Nantes 2026 : La terre, elle, ne ment pas


28 juillet 2026

La SPL Le Voyage à Nantes file toujours un mauvais coton

La SPL Le Voyage à Nantes a publié en juillet ses comptes pour 2025. Elle affiche un joli bénéfice : 451 421 euros, presque deux fois plus qu'en 2024. Est-elle sortie du trou où l'avait menée Jean Blaise (918 961 euros de pertes en 2023) ? Pas vraiment, hélas : les 2 millions d'euros de subventions d’exploitation supplémentaires accordées d'urgence par Nantes Métropole en 2024 été versés aussi en 2025. La SPL a perçu 23,2 millions d'euros de subventions d'exploitation.

L'augmentation du bénéfice ne résulte pas d'un surcroît d'activité de la SPL mais d'une baisse des frais de personnel (moins 1 172 018 euros en 2025) du fait d'une réduction des effectifs, ramenés de 335 équivalents temps plein (ETP) en 2024 à 316 en 2025.

Le chiffre d'affaires de la SPL, fruit de son activité propre (partie gauche du graphique ci-dessous), augmente peu. Il a péniblement rattrapé en 2025 son niveau de 2019 en euros courants. Le tourisme, activité volatile, a eu du mal à remonter la pente après la pandémie de covid-19. Le grand succès de l'exposition Hokusai au château des ducs de Bretagne n'a pas suffi à compenser la baisse de fréquentation des Machines de l'île (qui ont essayé de se rattraper par une augmentation de leurs tarifs...).

Aucun passage à vide en revanche pour les subventions d’exploitation perçues par le Voyage à Nantes (partie droite du graphique ci-dessus). Leur part dans les recettes de la SPL augmente sans cesse. En 2019, pour 1 euro de chiffre d'affaires réalisé, la SPL recevait 1,35 euro des contribuables. En 2025, elle en est à 1,75 euro (+ 30 %). 

Dans le cadre des délégations de service public (DSP), les subventions d'exploitation sont subordonnées aux services rendus à la collectivité. Les subventions reçues par Le Voyage à Nantes ont augmenté de 32,2 % entre 2019 et 2025. Honnêtement, quel Nantais a l’impression que les services qui lui sont rendus par le Voyage à Nantes ont augmenté de 32,2 % au cours des six dernières années ?

Voir article complet sur Nantes Plus :

https://nantesplus.org/spl-le-voyage-a-nantes-sophie-levy-na-pas-encore-fait-de-miracle/

SPL Le Voyage à Nantes : Sophie Lévy n’a pas (encore?) fait de miracle


13 juillet 2026

La critique du contrat Semitan vient semi-tard ; quid des Machines de l’île ?

L’affaire du contrat de la Semitan n’est pas anodine. Il met en jeu plus d’un milliard d’euros ! Nantes Métropole ne gère pas elle-même son réseau de transport public. Elle le confie à un gestionnaire extérieur. Comment le choisit-elle ? Conformément à la loi, elle publie un appel d’offres, reçoit les dossiers des candidats et retient le meilleur. Et à la fin, c’est la Semitan qui gagne.

Le match était plié d’avance, estime la chambre régionale des comptes. Dans son rapport Contrat de concession de service public pour l’exploitation du réseau de transports publics urbains de personnes et la coordination des services de mobilité de Nantes métropole, elle met en évidence de nombreuses anomalies. Le préfet de Loire-Atlantique a transmis le dossier au tribunal administratif. 


Reste un petit mystère. Le contrat de la Semitan a été signé le 21 novembre 2025. Le préfet n’a demandé l’avis de la Chambre que le 23 avril 2026. En prenant le temps de la réflexion, il a évité d’agiter la campagne des élections municipales. Et à la fin c’est Johanna Rolland qui gagne.

Mais le préfet a désormais une occasion d’anticiper. Le contrat par lequel Nantes Métropole a confié au Voyage à Nantes la gestion des Machines de l’île est renouvelable en fin d’année. Vu le mauvais calibrage du contrat en cours (il a fallu le corriger par une vingtaine d’avenants), il serait bon de demander l’avis de la chambre régionale de comptes avant que la nouvelle convention ne soit signée, comme le prévoit l’article 1411-18 du code général des collectivités territoriales.

Voir article complet sur Nantes Plus :

https://nantesplus.org/semitan-2/

Semitan : Le contrat qui fragilise celui des Machines de l’île

29 mai 2026

Vocation touristique de Nantes : animatronique ta mémère

« Une innovation spectaculaire », s’enthousiasme Nantes Métropole, « un éléphant animatronique », « création unique », « touche de magie, d’émerveillement et de fantastique », « expérience immersive sans précédent ». Tout juste si l’on n’appelle pas à la rescousse Jules Verne et Léonard de Vinci... Depuis quelques années, les éléphants animatroniques se multiplient à travers le monde, et aussi les tigres, dinosaures et autres dragons – et voilà qu’ils viennent à Nantes narguer avec la complicité de la Métropole nos Machines de l’île, dont la singularité est en train de s’effilocher.


Ainsi va la technologie... Depuis 2012 et l’ouverture du Carrousel des mondes marins, les Machines de l’ïle n’ont pas fondamentalement évolué. On a juste installé quelques attractions nouvelles dans la Galerie – rien de bouleversifiant.

Elles étaient, avec Royal de Luxe, encore plus encalminé, le fer de lance de la stratégie de Jean-Marc Ayrault visant à faire de Nantes une destination touristique. En vingt ans, cet effort a coûté aux Nantais et péri-Nantais des centaines de millions d’euros. Avec au bilan de modestes réalités et une réputation fragile. Or dans ce domaine du culturo-divertissement, des réputations peu entretenues ne durent pas longtemps. Quant à l’industrie nantaise des machines de spectacle, son avenir devient incertain.

Voir l’article complet sur Nantes Plus :

https://nantesplus.org/machines-de-lile-3/

Machines de l’île : la concurrence montre le nez à la Beaujoire


12 mai 2026

Vous trouvez que la manucure coûte cher ? Essayez l’ignorance !

Jean Blaise a toujours refusé de dire combien les œuvres exposées par Le Voyage à Nantes coûtaient aux métropolitains. On le découvre quelquefois par la bande, et ça peut être consternant.

En 2021 a été exposée à la HAB Galerie une statue hyper-réaliste de Gilles Barbier. Elle représentait l’artiste vêtu de noir posé à l’envers sur le dossier de deux chaises et brandissant des panneaux indiquant le titre de l’œuvre : I had something sort of interesting to say... It’s Stupid but... I can’t remember! (défense de rire). Si vous voulez voir une photo, c’est par là. La tête et les mains étaient des moulages en cire de celles de l’artiste.

étude de mains par Baccio Bandinelli (1493-1560)
Palais des beaux-arts de Lille, domaine public, via Wikimedia

Las ! Le soleil printanier inondant la vitrine de la HAB Galerie a fait fondre les mains et provoqué la chute des panneaux qui ont fendu le crâne de la statue. Le Voyage à Nantes a fait procéder aux réparations avec l’accord de l’artiste, qui a prêté ses mains pour un nouveau moulage – en résine, cette fois, histoire de mieux résister à la chaleur. Mais quand le Voyage à Nantes a voulu restituer l’œuvre en fin d’exposition, Gilles Barbier s’y est opposé : elle n’était plus identique à l’original puisque ses jeunes mains moulées en 1995 avaient été remplacées par ses vieilles mains de 2021.

Vous avez du mal à y croire ? Le tribunal de Nantes a pourtant donné raison à l’artiste marseillais. Voici quelques semaines, il a condamné Le Voyage à Nantes à l’indemniser à hauteur de 85 000 euros, plus 1 500 euros pour le préjudice moral et 3 000 euros de frais. Ajoutez-y 14 140 euros de réparations, et la note atteint déjà 117 796 euros. Il faut y ajouter les frais de transport et d’installation, la prime d’assurance (qui excluait les dégâts liés à la chaleur!), les honoraires d’avocats, les frais de justice...

Lire le récit complet sur Nantes Plus :

https://nantesplus.org/voyage-a-nantes-5/

Des mains ruineuses pour Le Voyage à Nantes



Erratum : ce n'est pas l'artiste qui a refusé la restitution de l'oeuvre mais le particulier qui en était propriétaire et l'avait confié au VAN. Toutes mes excuses à Gilles Barbier.


Illustration : étude de mains par Baccio Bandinelli (1493-1560), Palais des beaux-arts de Lille, domaine public, via Wikimedia

17 mars 2026

Les fontaines (électoralement miraculeuses?) de Nantes Métropole ?

Le petit parking de la Duchesse-Anne était naguère orné par un personnage de Jean Jullien, Le Débitumeur. Cette effigie en métal découpé roulait des bandes de bitume comme on roule un tapis, révélant la terre naturelle. Pour faire un jardin, on a enlevé Le Débitumeur puis le revêtement du parking... qu’on a remplacé pour l’essentiel par un autre revêtement, plus clair. Histoire de parler quand même de jardin, on a semé un peu de gazon. Impossible de faire mieux : le tunnel du canal Saint-Félix passe juste au-dessous. 

Mais rien n’aurait empêché la création d’une fontaine. La re-création, plutôt. Il y en avait une là, magnifique, jusqu’au percement du canal en 1929. Son bassin de pierre d’environ 20 x10 m a été réutilisé comme pataugeoire au jardin d’enfants de Procé et s’y trouve toujours. L’absence d’une nouvelle fontaine a de quoi étonner.

On connaît le rapport particulier de Johanna Rolland avec les arbres, qu’elle n’hésite pas à abattre en grand nombre tout en en plantant d’autres à grands frais. On connaît moins sa relation avec les fontaines. Depuis une douzaine d’années, Nantes a créé le miroir d’eau, l’aire de jeux aquatiques du Clos-Toreau, les brumisateurs du square des Lauriers, les huit « fontaines Feydeau » de la nouvelle place du Commerce, quatre nouvelles fontaines Wallace, la cascade du Jardin extraordinaire, le rideau d’eau temporaire de Stéphane Thidet sur le théâtre Graslin, etc. Elle a aussi rénové la fontaine de la place Royale, après lui avoir fait subir diverses avanies sous prétexte de Voyage à Nantes (paroi d’escalade, chambre d’hôtel, lieu d’échouage...).

Des fontaines où coule plus d’argent que d’eau

Tout cela coûte fort cher. L’installation du miroir d’eau devant le château des ducs de Bretagne a coûté plus de 3 millions d’euros. Le coût des fontaines Feydeau, non précisé, se chiffre certainement en millions d’euros lui aussi. La rénovation de cinq fontaines Wallace et la création de quatre nouvelles par Cyril Pedrosa auraient coûté environ un demi-million. En comparaison, les 497 687,40 euros HT de la fontainerie et de la brumisation du nouveau bassin en cours d’aménagement au Jardin extraordinaire paraissent presque modérés.

Une fois les fontaines construites, reste à les gérer. Qui croirait que l’eau coule toute seule ? En plein centre-ville, les fontaines du Pont-Morand, de la place de l’Écluse et même de la place Graslin ne fonctionnent qu’épisodiquement. La cascade du Jardin extraordinaire, quant à elle, propulse quotidiennement des quantités énormes d’eau et de kw/h devant un public parfois très réduit. La cascade de l’île de Versailles débite bien ; en revanche, la cascade du Jardin des plantes est souvent réduite à un goutte-à-goutte.

Ce n’est pas faute de consacrer des moyens à ces équipements. Le parc de fontaines de Nantes Métropole comprend officiellement 23 fontaines à eau recyclée, 3 fontaines à eau perdue et 32 bornes à eau perdue. Leur entretien et leur maintenance a fait l’objet en 2024 d’un contrat dont le montant peut atteindre 498 287,00 euros hors TVA. Ce qui ne paraît pas si cher en comparaison du coût de la maintenance des huit fontaines Feydeau : jusqu’à 320 000 euros HT pour deux ans. Soit à peu près le double de celle du miroir d’eau.

Mise à jour du 3 avril 2025 : les fontaines du pont Morand et de la place de l'Ecluse fonctionnent à nouveau ! Une résurrection pascale ? Ou bien, peut-être suffisait-il de demander...