20 septembre 2026

Le pont Johanna-de-Bretagne est hors délai depuis le premier jour

« Les délais des travaux du pont Anne-de-Bretagne sont tenus ? » demande Presse Océan (19 septembre 2026) à Johanna Rolland ? « Oui », répond la maire de Nantes.

On note que la question pose sur le pont. Mais le sujet, ce sont les nouvelles lignes de tram. Le pont Anne-de-Bretagne n’est en travaux que pour permettre leur passage. Sans elles, on n’y aurait pas touché. Peu importe que ses délais soient tenus si ceux du tram ne le sont pas ! Or la concertation préalable de 2020-2021, une obligation légale, portait sur une ouverture de trois nouvelles lignes de tram en 2026.

« En 2026, les futures lignes 6, 7 et 8 de tramway emprunteront un tracé qui reste encore à stabiliser définitivement » confirmait la ville de Nantes sur Facebook. « En 2026, le sudouest sera connecté aux nouvelles lignes de tramway, et au pont Anne-de-Bretagne qui sera transformé », plussoyaient Nantes Métropole et la Samoa dans un dossier de presse de 2021. Le délai ne sera pas tenu.


Quant au pont lui-même, la vraie réponse à la question des délais est : « Non ». Johanna Rolland admet elle-même que « pour les piétons et les vélos, le pont Anne-de-Bretagne va rouvrir la première semaine des vacances de la Toussaint. Un mois plus tard, il sera rouvert dans un sens (sud-nord) aux voitures. » Pour Noël, donc, avec un peu de chance.

On se souvient pourtant que l’une des conditions du marché public de construction du pont était ainsi libellée : « maintien de la circulation en phase chantier (sur et sous le pont pour tous les flux) ». Autrement dit, le pont a déjà deux ans et demi de retard pour son ouverture aux piétons et vélos ! Quant aux voitures, on verra plus tard.

Et même si l’on admet l’excuse douteuse alléguée par Nantes Métropole (la nécessité de remplacer des tuyaux sous le boulevard Léon-Bureau, découverte après l’attribution du marché), il y a longtemps que ces travaux-là sont terminés et que la circulation aurait dû être rétablie « sur et sous le pont pour tous les flux ». D’ailleurs, Nantes Métropole l’avait promis, et la promesse est encore affichée en ligne : le boulevard Léon-Bureau serait fermé « à partir d’avril 2024 pour une durée d’un an ». Si ce délai de secours avait été tenu, la circulation serait rétablie depuis un an et demi.

19 septembre 2026

FALC news au Voyage à Nantes

La publication de Nantes destination ! par Le Voyage à Nantes, début août, n’a pas passionné les foules. Dommage. Ce livret d’une vingtaine de pages présente Nantes en français « FALC » (Facile à lire et à comprendre), à l’intention des personnes handicapées ou parlant très mal le français. Pas sûr que leur connaissance de Nantes y gagne beaucoup.

Une « destination touristique », apprend-on dès la deuxième ligne du livret, est « un lieu (comme une ville, un pays ou une région) où les gens viennent pour visiter ». « Visiter » est un verbe transitif. Est-on sûr que renoncer à préciser le but de la visite par un complément d’objet direct le rende plus FALC ?

Le Voyage à Nantes a cru nécessaire de définir façon FALC un certain nombre de mots et expressions, par exemple :

  • « œuvre d’art » : « un objet créé par un artiste ». Faute de précisions sur ce que sont un « objet » et un « artiste », les œuvres immatérielles risquent bien de passer à l’as. Tant pis pour les poètes et les musiciens...

  • « marché de Noël » : « un endroit où l’on peut acheter des objets ou de la nourriture en rapport avec Noël ». Sauf objection laïque, sans doute.

  • « art contemporain » : « art fait par des artistes d’aujourd’hui pour parler du monde actuel ».

  • « bar » : « un endroit où les gens vont pour boire des boissons ». Des fois qu’on risquerait de confondre avec la poissonnerie...

  • « installations » : « œuvre d’art faite avec plusieurs objets placés dans un espace, pour faire vivre une expérience au public. » Le lecteur FALC comprendra sans peine que les objets placés dans un espace ne sont pas des objets placés dans l’espace, mais comprend-il que « vivre une expérience » ne fait pas de lui un animal de laboratoire ?

Bien entendu, le propos essentiel du livret reste de présenter la ville de Nantes. Il évite les complications :

  • « La ville de Nantes est une grande ville.
    La ville de
    Nantes est située à l’ouest de la France, à côté de la Bretagne, et pas loin de la mer. »

Un croquis voisin permet de comprendre que l’ouest doit signifier la gauche et que « pas loin de la mer » pourrait signifier le diamètre d’une loupe. En revanche, « à côté de la Bretagne » reste mystérieux jusqu’au moment où l’on découvre, trois pages plus loin, le « château des ducs de Bretagne ». « À côté » doit donc signifier la distance entre Nantes Tourisme et le pont-levis, soit environ 75 mètres.

Capture d'écran du livret "Nantes destination!"

Ce château des ducs de Bretagne est « un vieux château », lit-on. Vieux comment ? Il suffit de savoir qu’il a été construit par « François 2 » et sa fille Anne de Bretagne. À quelle époque ? N’allons pas compliquer le FALC !

En dehors du château, le livret ne tente pas de présenter toute la ville mais se focalise sur une dizaine d’attractions seulement. Étrangement, elles sont pour la plupart situées dans l’île Saint-Anne et pas de première fraîcheur. Parmi elles figurent :

  • L’Absence, de l’Atelier Van Lieshout : « La forme de cette sculpture rappelle un gros chewing-gum. » Il est bleu ciel, votre très gros chewing-gum ?

  • Zebra Crossing, d’Angela Bulloch, qui « représente un passage piéton anglais ». Mais, il est bon de le préciser, « ce passage piéton est une oeuvre d’art. »

  • Air, de Rolf Julius, œuvre visuelle et sonore – mais « pour entendre le son de l’œuvre, il faut se rapprocher très près du bâtiment ».

  • Mètre à ruban, de Lilian Bourgeat, qui « représente un mètre à ruban de très grande taille ». Plus d’un mètre, donc ?

  • Les Anneaux, de Daniel Buren et Patrick Bouchain. « En regardant à travers les anneaux, on voit d’un côté la ville et de l’autre la nature ». Est-ce bien raisonnable ? La personne parlant mal le français ou handicapée qui cherchera à regarder à travers un anneau d’un côté puis de l’autre aura bien des chances de tomber dans la Loire. Pour les mal-voyants sans doute, il est précisé que « la journée, les anneaux sont de couleur grise ».

Hors île Sainte-Anne figure tout de même L’Évasion, de Cyril Pedrosa (de Wallace et de Lebourg, il n’est pas question, ne compliquons pas), des fontaines qui sont « dans 4 lieux différents ». Utiles : « les fontaines permettent de boire et de se rafraîchir avec de l’eau ». Le mode d’emploi est FALC lui aussi : « il faut appuyer sur bouton [sic] pour faire couler l’eau ». À la différence des Anneaux de Buren, « les fontaines sont des sculptures de couleur vert foncé ». Elles représentent « 4 femmes qui portent un dôme ». Pas un homme, un dôme – pour éviter toute confusion, il a fallu définir le dôme : « un toit ou une construction en forme de demi-sphère, comme une moitié de ballon. On le voit souvent sur des églises, des mosquées ou des bâtiments importants ». Églises et mosquées sont donc des bâtiments négligeables ?

Jean-Marc Ayrault espérait faire de Nantes une destination touristique internationale. Avec ce livret, on comprend que Le Voyage à Nantes a réduit ses ambitions.

03 septembre 2026

303 casse sa pipe

« L’action se passe dans les Pays de la Loire, c’est-à-dire nulle part. »
Sven Jelure, d’après Alfred Jarry, Ubu Roi

La revue trimestrielle 303 a été créée en 1984. Olivier Guichard, ancien ministre du général de Gaulle, entendait alors construire, aux frais des contribuables, une identité artificielle pour la région créée de toutes pièces dont il était président, les Pays de la Loire. La revue devait servir cet objectif au même titre que l’ONPL et l’abbaye de Fontevraud.

Fontevraud a fait l’objet voici quelques années d’une série de rapports catastrophiques de la chambre régionale des comptes. L’ONPL ne se porte pas très bien à la suite de baisses de ses subventions publiques. Aujourd’hui, c’est 303 qui annonce sa disparition prochaine : ses lecteurs et ses acheteurs ne suffisent pas à couvrir le salaire de ses permanents, la rémunération de ses auteurs et les frais d'édition. Elle a failli dans sa mission : les Pays de la Loire ne forment toujours pas une entité culturelle. Quel paradoxe, d’ailleurs, de chercher à créer une identité avec un titre fait d’une addition de numéros de départements !

Copie partielle d'écran du site editions303.com

En général très « institutionnels », les textes publiés par la Revue 303 étaient souvent de qualité. Mais la qualité n’a jamais été une raison suffisante pour légitimer l’existence d’une publication. On connaît d’excellents poètes qui peinent à se faire éditer, et plus encore à trouver des lecteurs. (Cela dit, le nombre de lecteurs n’assure pas non plus une légitimité ; Je suis partout publiait une pléïade d’auteurs célèbres et tirait chaque semaine à 250 000 exemplaires.)

En 2024 encore, 303 percevait 319 000 euros de subvention annuelle de la part de la région. La somme a été divisée par deux en 2025. Reste quand même une jolie somme. Il est difficile cependant d’en apprécier l’utilisation : bien qu’une association soit tenue de publier ses comptes au JOAFE si elle reçoit plus de 153 000 euros de subvention dans l'année, il semble que l’Association 303 se soit toujours soustraite à cette obligation légale (sanctionnée en principe par une amende de 9 000 euros). À laquelle elle échappe désormais puisque la région ne la subventionne plus.

303 ne travaillait pas que pour la région. En mars 2022, Le Voyage à Nantes lui a accordé pour quatre ans une convention cadre d’édition d’un montant de 39 999 euros – soit juste au plafond alors autorisé par le code de la commande publique pour passer un marché négocié sans publicité ni mise en concurrence préalable ! Nantes Métropole lui a aussi confié cette année, dans le cadre peu contraignant d’une « procédure adaptée », pour un montant de 54 309 euros, l’édition, l’impression et la diffusion du catalogue de l’exposition « Maternités, archéologie du bien naître » au Chronographe de Rezé. Ces secours amicaux n’auront pas suffi.

31 août 2026

Le Belvédère de l’Hermitage est-il plus robuste que la passerelle de Lavau ?

Démolie, pas démolie ? Les habitants de Lavau-sur-Loire aimeraient bien conserver la passerelle qui mène à l’Observatoire de Tadashi Kamawata. Sophie Lévy, directrice du Voyage à Nantes, elle, voudrait arrêter les frais, car cette construction en bois réclame des réparations. On imaginerait un débat aisément clos : suffirait-il pas que Le Voyage à Nantes vende la passerelle à la commune pour un euro symbolique ?

Hélas, qui dit Tadashi Kamawata dit grosses sommes. Depuis qu’il a exposé une installation à la Biennale de Venise en 1982, cet artiste est « coté », surtout en France, où il a installé son atelier. Ses œuvres ne sont pas faites de matériaux coûteux mais il assure les étudier longuement – pour aboutir le plus souvent à des tas de planches formant une sorte de cabane ou de nid géant.


Il a ainsi réalisé plusieurs œuvres pour Le Voyage à Nantes 2019. On se souvient par exemple du « nid » composé d’une centaine de planches de bois clair posé sur le toit de la gare (ci-dessus). Il est même l'auteur d'une « œuvre pérenne », le Belvédère de l’Hermitage. Prix estimé : 1 041 600 euros grâce à des études ayant « permis de fiabiliser le coût et le délai de réalisation ». Nonobstant cette « fiabilisation », il avait fallu porter le budget à 1 326 000 euros. Les automobilistes qui passent au pied de cette œuvre sur le quai d’Aiguillon sont invités à jeter un coup d’œil respectueux à ce legs de l’époque Jean Blaise.

Un jugement à 1,5 million d’euros

À côté du Belvédère de Nantes, celui de Lavau aurait presque l’air d’un cadeau : il n’a coûté « que » 850 000 euros à Estuaire 2007. Cependant, il a fallu y ajouter 600 000 euros pour la passerelle. Et les frais ne s’arrêtent pas là. La dégradation accélérée de la passerelle a vite abouti à une action en justice pour malfaçons. En 2018, le tribunal administratif a condamné les protagonistes de la construction à verser presque 1,5 million d’euros de dédommagements au Voyage à Nantes et au Conservatoire de l’espace littoral et des rivages lacustres.

Le jugement a été confirmé par la cour administrative d’appel en 2020, avec cette intéressante précision : « le préjudice retenu par le jugement repose sur un calcul qui permet, non pas la remise en état de l'ouvrage, mais la construction d'un nouvel ouvrage d'une durée de vie de 50 ans et accessible aux PMR alors que le contrat initial prévoyait un ouvrage d'une durée de vie de 20 ans non accessibles aux PMR. » Et Le Voyage à Nantes refuserait à présent cette reconstruction ? On comprend que ça rouspète dur du côté de Lavau.

Principe de précaution

Mais voilà : selon Presse Océan, « Tadashi Kawamata a donné son feu vert pour l’enlèvement de la passerelle, précise Sophie Lévy. Ses œuvres étant toutes construites en bois, il a l’habitude que leur durée de vie ne soit pas infinie et estime que 20 ans, c’est déjà bien. » M. Kamawata compte peut-être mieux les euros que les années, puisque depuis la création de son œuvre en 2007, il ne s’est écoulé que 19 ans et pas 20.

Cet avis autorisé oblige à se poser la question : quelle est l’espérance de vie de la passerelle de l’Hermitage construite en 2019 ? Si vingt ans n’en valent que dix-neuf aux yeux de son créateur, il vaudrait mieux ne pas attendre 2039 ! Car le risque principal n’est pas de mettre les pieds dans la vase comme à Lavau : sur le quai d’Aiguillon, il s’agit de chuter dans la circulation dix mètres plus bas...

21 août 2026

Royal de Luxe, une vache sacrée à deux doigts de l’équarrissage

La compagnie de théâtre arrachée à Toulouse par Jean-Marc Ayrault en 1989 a contribué à l’aura culturelle de Nantes dans les années 1990 mais ne produit plus grand chose depuis une dizaine d’années tout en absorbant de grosses subventions. Johanna Rolland va-t-elle continuer à payer sans voir ?

Les comptes 2025 de Royal de Luxe montrent un frémissement : après une année 2024 pratiquement nulle (1 512 euros), la troupe a vendu pour 176 000 euros de spectacles en 2025. Il lui en faudrait au moins cinq ou six fois plus pour assurer son existence, mais pas d’inquiétude : elle est assise sur un trésor, ses spectacles passés, comptabilisés comme des immobilisations incorporelles. Leur valeur résiduelle nette inscrite au bilan dépasse 1,2 million d’euros.

Ce qui soulève cependant un petit mystère. La compagnie a renoncé en 2025 à une provision de 150 000 euros destinée à la « réparation/restauration des "Géants" ». En effet, explique-t-elle, les demandes des organisateurs de spectacles ont changé : « Désormais nous nous devons de répondre à des demandes spécifiques, ce qui implique à chaque fois une réinvention de notre patrimoine technique et artistique ». C’en est donc fini des « Géants », qui ne seront pas réparés : sic transit... Mais si les machines et matériels utilisés pour les spectacles ne valent plus rien, est-il réaliste de penser que les biens immatériels, les scénarios et mises en scène, sont assez conformes aux « demandes spécifiques » pour valoir plus de 1,2 million d’euros ? Apesanteur, par exemple, vaut-il plus de 350 000 euros ?


Heureusement pour la compagnie, les subventions sont reparties de l’avant : en 2025, elle a touché 519 512 euros versés principalement par Nantes Métropole. En contrepartie, elle a donné douze représentations de son spectacle Apesanteur à Nantes, Orvault et Vertou, avec à chaque fois entre cinq cents et mille spectateurs. Entre six mille et douze mille métropolitains ont ainsi pu le voir, c’est-à-dire que le coût moyen d’Apesanteur, pas si léger que ça, doit se situer entre 43,29 et 86,59 euros par spectateur : pas mal pour un spectacle « gratuit » qui a suscité des commentaires mitigés. À ces subventions s’ajoute le prêt gracieux d’une usine entière, soit un avantage en nature estimé à 251 885 euros par an.

La compagnie a cherché à rétablir ses comptes en faisant des économies et en étalant ses dettes, mais son commissaire aux comptes reste prudent, et même dubitatif : « Au-delà de ces actions engagées qui sont nécessaires mais non suffisantes, la continuité d'exploitation demeure conditionnée à l'obtention de marchés artistiques avec des encaissements sur le 2S 2026 [c’est nous qui soulignons], pour lesquels des échanges commerciaux sont en cours. » Sans ces encaissements, c’est la discontinuité assurée : boum !

En janvier 2026, Royal de Luxe a joué Apesanteur une douzaine de fois au Chili, un pays où La Petite géante lui avait valu un franc succès il y a presque vingt ans, en 2007 (et qui est prétexte cette année à une accusation de détournement local)... Pour le deuxième semestre (2S), rien n’est annoncé à ce jour. Royal de Luxe a longtemps disposé d’un compte en banque bien fourni – 846 000 euros à fin 2023 encore. De quoi voir venir... Au 31 décembre 2025, avec 55 543 euros, il lui restait de quoi financer tout au plus quatre ou cinq mois d’existence frugale. La discontinuité menace. Nantes laissera-t-elle crever sa vache sacrée ?

13 août 2026

Laennec, le bicentenaire oublié par Nantes

René Théophile Laennec est mort le 13 août 1826. Comme on le craignait, Nantes se montre incapable de célébrer ce médecin qui a révolutionné l’anatomie pathologique avec le stéthoscope et les Principes de l’auscultation médiate.

À Paris, le Collège de France, où Laennec fut professeur, a marqué le bicentenaire de sa mort par une grande exposition organisée dans sa bibliothèque patrimoniale du 4 mai au 31 juillet 2026. Il a aussi publié un article détaillé de Leandro Daza Dadan et Gabrielle Mota dans son bulletin Colligere.

Laennec a été élevé à Nantes par son oncle Guillaume, refondateur et directeur de l’école de médecine, qui a guidé ses premières années d’études. L’essentiel de ses archives scientifiques se trouve à Nantes. En 1981, à l’initiative du doyen Jean-Pierre Kerneis et du docteur Charles Le Séac’h, la ville a célébré le bicentenaire de sa naissance en érigeant un monument devant la fac de médecine.


En 2026, Nantes ne fait rien. La métropole prétend occuper une place dans les technologies médicales. Peut-être ne voulait-elle pas trop rappeler que son projet de « biopark Laennec », à Saint-Herblain, est surtout marqué à ce jour par le départ de Valneva pour Lyon (qui, à propos, a aussi créé un bioparc Laennec !) ; elle vient de racheter ses bâtiments vides, dont elle avait pourtant cofinancé la construction !

Un hommage à Laennec aurait aussi été l’occasion de parler d’autre chose que de la surchauffe caniculaire de Gina, ce bâtiment proche du CHU inauguré l’an dernier à l’intention des medtechs. Même le site web Nantes Métropole Innovation Santé, créé pour faire de la retape envers la profession, ne dit rien de René Théophile Laennec.

Heureusement, la faculté de médecine de Nantes va sauver l’honneur in extremis. Elle organise le 17 novembre à 18 heures, dans l’amphi Kerneis, une table ronde ouverte à tous. Autour du modérateur, le professeur Antoine Hamel, doyen de la faculté, six universitaires de premier plan (les professeurs Jacalyn Duffin, José Maria Urkia, Frédéric Le Blay, Bertrand Cariou, Jean-Noël Trochu et François-Xavier Blanc) mettront en lumière l'ancrage local de Laennec ainsi que l'excellence de la recherche et de l'enseignement médical nantais.

10 août 2026

Le Voyage à Nantes 2026 : quand la terre atterre

Le Voyage à Nantes 2026 « initie un cycle sur les éléments ». Cette année est celle de la terre. Viendront ensuite l’eau, l’air et le feu. Les organisateurs s’offrent ainsi trois ans d’existence supplémentaire sans avoir à se creuser les méninges pour trouver un thème fédérateur.

D’autant plus que le thème proposé paraît facultatif. Il y a bien Ce que la terre retient, élégante mais minimaliste exposition de Caroline Le Méhauté au au Passage Sainte-Croix ; pour le reste, ça part un peu dans tous les sens : vidéos aériennes et aquatiques d’Anne-Charlotte Finel dans les cryptes de la cathédrale, début d’incendie de Pierrick Sorin au Jardin des plantes, épaves automobiles et gravats de Théo Mercier place Graslin, ange en pièces détachées d’Ali Cherri place Félix-Fournier, palmier-dattier artificiel de Louis Guillaume au château, bouses de vache de Barbara Schroeder au Jardin extraordinaire...

Même le son s'y met avec L'eau est là, de Dominique Petitgard, installation sonore pour 24 hauts-parleurs, au square Daviais.


Qu’importe, Le Voyage à Nantes 2026 donne à philosopher – l’esprit est là, sous la terre, pas très profond. « L’art sert à faire réfléchir », répètent en boucle les défenseurs de Fossil Opera, qui n’osent quand même pas trop vanter ses qualités esthétiques. « Ses installations sont des lieux où se télescopent l’esthétique du cabinet de curiosité, le cadavre exquis, le marchand de souvenirs cheap, le sex-shop, la culture punk, la composition florale et le mauvais goût », s'épatait le Musée des Beaux-arts de Rouen au sujet de Théo Mercier. On ne peut pas dire qu’on aura été volé.

Le palmier-dattier du château est un « symbole de transformation et de victoire de la vie sur le temps » et une « mémoire des routes coloniales », les basiques Mistériennes du Jardin extraordinaire renvoient « à la monumentalité des civilisations anciennes », Edgar Sarin montre à la chapelle de Clem’s des « points de cristallisation de pensées sur la manière d’habiter l’espace d’exposition mais plus globalement le "monde" ». On ne dira pas que Le Voyage à Nantes manque d’ambition. Hélas, les touristes en semblent moins convaincus que lui-même.

Voir article complet sur Nantes Plus

https://nantesplus.org/voyage-a-nantes-6/

Le Voyage à Nantes 2026 : La terre, elle, ne ment pas


28 juillet 2026

La SPL Le Voyage à Nantes file toujours un mauvais coton

La SPL Le Voyage à Nantes a publié en juillet ses comptes pour 2025. Elle affiche un joli bénéfice : 451 421 euros, presque deux fois plus qu'en 2024. Est-elle sortie du trou où l'avait menée Jean Blaise (918 961 euros de pertes en 2023) ? Pas vraiment, hélas : les 2 millions d'euros de subventions d’exploitation supplémentaires accordées d'urgence par Nantes Métropole en 2024 été versés aussi en 2025. La SPL a perçu 23,2 millions d'euros de subventions d'exploitation.

L'augmentation du bénéfice ne résulte pas d'un surcroît d'activité de la SPL mais d'une baisse des frais de personnel (moins 1 172 018 euros en 2025) du fait d'une réduction des effectifs, ramenés de 335 équivalents temps plein (ETP) en 2024 à 316 en 2025.

Le chiffre d'affaires de la SPL, fruit de son activité propre (partie gauche du graphique ci-dessous), augmente peu. Il a péniblement rattrapé en 2025 son niveau de 2019 en euros courants. Le tourisme, activité volatile, a eu du mal à remonter la pente après la pandémie de covid-19. Le grand succès de l'exposition Hokusai au château des ducs de Bretagne n'a pas suffi à compenser la baisse de fréquentation des Machines de l'île (qui ont essayé de se rattraper par une augmentation de leurs tarifs...).

Aucun passage à vide en revanche pour les subventions d’exploitation perçues par le Voyage à Nantes (partie droite du graphique ci-dessus). Leur part dans les recettes de la SPL augmente sans cesse. En 2019, pour 1 euro de chiffre d'affaires réalisé, la SPL recevait 1,35 euro des contribuables. En 2025, elle en est à 1,75 euro (+ 30 %). 

Dans le cadre des délégations de service public (DSP), les subventions d'exploitation sont subordonnées aux services rendus à la collectivité. Les subventions reçues par Le Voyage à Nantes ont augmenté de 32,2 % entre 2019 et 2025. Honnêtement, quel Nantais a l’impression que les services qui lui sont rendus par le Voyage à Nantes ont augmenté de 32,2 % au cours des six dernières années ?

Voir article complet sur Nantes Plus :

https://nantesplus.org/spl-le-voyage-a-nantes-sophie-levy-na-pas-encore-fait-de-miracle/

SPL Le Voyage à Nantes : Sophie Lévy n’a pas (encore?) fait de miracle


13 juillet 2026

La critique du contrat Semitan vient semi-tard ; quid des Machines de l’île ?

L’affaire du contrat de la Semitan n’est pas anodine. Il met en jeu plus d’un milliard d’euros ! Nantes Métropole ne gère pas elle-même son réseau de transport public. Elle le confie à un gestionnaire extérieur. Comment le choisit-elle ? Conformément à la loi, elle publie un appel d’offres, reçoit les dossiers des candidats et retient le meilleur. Et à la fin, c’est la Semitan qui gagne.

Le match était plié d’avance, estime la chambre régionale des comptes. Dans son rapport Contrat de concession de service public pour l’exploitation du réseau de transports publics urbains de personnes et la coordination des services de mobilité de Nantes métropole, elle met en évidence de nombreuses anomalies. Le préfet de Loire-Atlantique a transmis le dossier au tribunal administratif. 


Reste un petit mystère. Le contrat de la Semitan a été signé le 21 novembre 2025. Le préfet n’a demandé l’avis de la Chambre que le 23 avril 2026. En prenant le temps de la réflexion, il a évité d’agiter la campagne des élections municipales. Et à la fin c’est Johanna Rolland qui gagne.

Mais le préfet a désormais une occasion d’anticiper. Le contrat par lequel Nantes Métropole a confié au Voyage à Nantes la gestion des Machines de l’île est renouvelable en fin d’année. Vu le mauvais calibrage du contrat en cours (il a fallu le corriger par une vingtaine d’avenants), il serait bon de demander l’avis de la chambre régionale de comptes avant que la nouvelle convention ne soit signée, comme le prévoit l’article 1411-18 du code général des collectivités territoriales.

Voir article complet sur Nantes Plus :

https://nantesplus.org/semitan-2/

Semitan : Le contrat qui fragilise celui des Machines de l’île

29 mai 2026

Vocation touristique de Nantes : animatronique ta mémère

« Une innovation spectaculaire », s’enthousiasme Nantes Métropole, « un éléphant animatronique », « création unique », « touche de magie, d’émerveillement et de fantastique », « expérience immersive sans précédent ». Tout juste si l’on n’appelle pas à la rescousse Jules Verne et Léonard de Vinci... Depuis quelques années, les éléphants animatroniques se multiplient à travers le monde, et aussi les tigres, dinosaures et autres dragons – et voilà qu’ils viennent à Nantes narguer avec la complicité de la Métropole nos Machines de l’île, dont la singularité est en train de s’effilocher.


Ainsi va la technologie... Depuis 2012 et l’ouverture du Carrousel des mondes marins, les Machines de l’ïle n’ont pas fondamentalement évolué. On a juste installé quelques attractions nouvelles dans la Galerie – rien de bouleversifiant.

Elles étaient, avec Royal de Luxe, encore plus encalminé, le fer de lance de la stratégie de Jean-Marc Ayrault visant à faire de Nantes une destination touristique. En vingt ans, cet effort a coûté aux Nantais et péri-Nantais des centaines de millions d’euros. Avec au bilan de modestes réalités et une réputation fragile. Or dans ce domaine du culturo-divertissement, des réputations peu entretenues ne durent pas longtemps. Quant à l’industrie nantaise des machines de spectacle, son avenir devient incertain.

Voir l’article complet sur Nantes Plus :

https://nantesplus.org/machines-de-lile-3/

Machines de l’île : la concurrence montre le nez à la Beaujoire