03 février 2026

Nantes aurait dû tourner sept fois sa langue dans sa rue

Le conseil municipal de Nantes a-t-il voulu fourguer en vitesse avant les élections des noms de rue qu’une autre municipalité n’aurait jamais validés ? Il ne faut pas confondre vitesse et précipitation : sa dernière promotion du 30 janvier comprend au moins deux cas très litigieux, dont on n’a probablement pas étudié le pedigree avec assez d’attention. 

Le premier est celui de Sanité Bélair (1781-1802). Pas vraiment la « figure de la révolution haïtienne » annoncée au conseil municipal puisqu’elle n’avait que 10 ans en 1791, mais une victime quand même, exécutée par l’expédition Leclerc en 1802 en même temps que son mari le général Bélair. Ce dernier avait d’abord choisi le camp français, puis avait changé de bord. Pour rejoindre sa femme captive, il s’était rendu à son ancien collègue le général Dessalines, futur empereur de Haïti qui, allié des Fançais à cette date, l’avait aussitôt livré au peloton d’exécution. Un souvenir plutôt gênant pour Haïti, donc.

Le second cas est celui de Madeleine Pelletier (1874-1939), présentée comme psychiatre et féministe. On n’avait vraiment pas mieux en magasin ? Mesures chiffrées en main, elle assure que « Les races inférieures [...] ont le maxillaire plus développé que la race blanche » ou que « c'est le crâne masculin qui, beaucoup plus que le crâne féminin, se rapproche de celui du singe ». Elle milite pour l’euthanasie et l’eugénisme. C’était l’ambiance de l’époque, plaident ses partisans. Cette époque était aussi celle d’Alexis Carrel (1873-1944), prix Nobel de médecine, mais Nantes a débaptisé pour cause d’eugénisme le boulevard qui portait son nom. On le re-nomme au prochain conseil municipal ?

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https://nantesplus.org/nouveaux-noms-de-rues-nantais/

Nouveaux noms de rues nantais :
deux grosses erreurs de casting

28 janvier 2026

Un livre en souvenir (provisoire ?) de l’Arbre aux Hérons

Près de vingt-deux ans après ses débuts, l’aventure de l’Arbre aux Hérons est-elle terminée ? En guise d’épitaphe, je viens de publier un livre sur le sujet. Tous les aspects de l'histoire y sont rappelés en 152 pages :


Cependant, pour livrer le fond de ma pensée, je ne suis pas sûr du tout que cet « ensuite » soit complètement achevé. « Quand c'est fini, N.I. ni ni, ça recommen-ence », chantait Léo Ferré. Les zombies, ça existe ! Plus exactement :

1)       Le prototype de Héron construit à grands frais est toujours là, branlant et rouillé, entre les Machines de l’île et l’école Aimé-Césaire.

2)       Il a fait l’objet d’une promesse explicite : « Johanna Rolland et Fabrice Roussel ont confirmé aux mécènes que les fonds collectés par le fonds de dotation financeront la mise en exploitation du Grand Héron, déjà visible sur l’esplanade des nefs et déjà propriété de la Métropole. » 

3)       À l’automne 2024, Nantes Métropole a passé avec un grand bureau d’études un marché public intitulé Diaghéron et portant non seulement sur un diagnostic de la machine mais aussi sur un suivi de sa remise en état.

4)       Les Machines de l’île ont désespérément besoin d’une nouveauté pour se relancer et réduire leur trou financier.

5)       Johanna Rolland elle aussi a besoin d’une annonce forte, pas seulement pour dynamiser sa campagne mais aussi pour faire oublier la manière chaotique dont elle a géré le dossier. 

Comment faire ? Mais en annonçant la prochaine ressuscitation du Grand Héron, quels qu’en soit le coût et l’équation économique ! Une telle annonce lors de la réouverture des Machines de l’île, le 7 février, dynamiserait du même coup leur saison 2026. On prend le pari ?

En attendant, ne manquez pas de lire L’Arbre aux Hérons :comment Nantes s’est prise à rêver et ce qui s’est passé ensuite, qui relate en détail l’histoire du projet et les raisons de son échec.

  • Disponible sur Amazon et à la librairie Coiffard, rue de la Fosse à Nantes.

·         ISBN 979-8279277322, 152 pages, 12 €.


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https://nantesplus.org/arbre-aux-herons-3/

Un livre sur l’Arbre aux Hérons : histoire d’un flop extraordinaire peut-être pas achevé



Libérez nos camarades !

 

23 janvier 2026

Le Muscadet du Voyage, muscadet commun mais pas communal

Chapeau bas devant les vignerons du pays nantais. Des décennies d’efforts ont fait du muscadet un grand vin. Leur démarche culmine avec dix dénominations communales : Clisson, Gorges, Le Pallet, Goulaine, Château-Thébaud, Mouzillon-Tillères, Monnières-Saint-Fiacre, La Haye Fouassière, Vallet et Champtoceaux. « Chaque "communale" possède une personnalité qui lui est propre » souligne la Fédération des vins de Nantes. « Le terroir est bien là pour les différencier les uns des autres, et leurs signes distinctifs se ressentent dans le verre. » Issus de vignes à faible rendement, ils sont élevés sur lie pendant au moins vingt-quatre mois.

Le Voyage à Nantes a décidé de faire exactement l’inverse : des vins issus de cinq terroirs mélangés dans une cuve unique cinq mois après la vendange. Zéro différenciation. Les négociants en vin pratiquent de tels assemblages depuis plus d’un siècle. Leur produit n’est pas forcément mauvais : il est « générique », un adjectif pas exactement flatteur.


Le Voyage à Nantes se pique de « promotion culinaire ». Son dernier-né n’aura été sélectionné ni par un vigneron, ni par un négociant, ni par un œnologue mais par un journaliste. Il s’appellera le Muscadet du Voyage. Le risque est évidemment que le touriste pressé le considère comme « le » muscadet de référence et reparte avec le sentiment d’un petit vin. Et dire que, cet été, Le Voyage à Nantes avait présenté à l’admiration des foules, place Royale, une statue hyperréaliste de Jo Landron, l’un des vignerons les plus représentatifs de la démarche des « communales »…

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Muscadet ou bibine pour Le Voyage à Nantes ?

15 janvier 2026

Mémoires nantaises (1) Nantes sous Pierre Orefice, c’était sûrement mieux avant

Pierre qui ? Les peuples sont oublieux. De 2007 à 2023, Pierre Orefice, comme salarié de la SPL Le Voyage à Nantes, a dirigé les Machines de l’île, dont il était l’un des concepteurs. Il s’apprête à publier ses mémoires* rédigées avec le concours de Philippe Dossal, polygraphe plus à l’aise dans l’éloge que dans la critique. Raconteur d’histoires de profession, Pierre Orefice résistera-t-il à la tentation d’en rajouter ? Et surtout à la tentation d’en retrancher ?

Pierre Orefice est l’un de ces enfants du baby-boom qui, dans les années d’après mai 1968, ont renoncé à des carrières classiques et abandonné leurs études à HEC, à Sciences Po ou en fac de droit (ah ! Isabelle…) pour devenir saltimbanques. Beaucoup d’entre eux ont fini par rentrer dans le rang : il faut bien vivre. Lui a réussi à vivre de sa vocation, et même confortablement. Il a été aux côtés de Jean-Luc Courcoult l’un des acteurs du succès de Royal de Luxe. Il en a été administrateur de 1985 à 1998, d’abord à Toulouse puis à Nantes à partir de 1989. « Cette histoire a mal fini », admet-il, mais elle a été fructueuse.

L’arrivée de Royal de Luxe à Nantes n’était pas un hasard. Dès les année 1980, l’idée de faire de la culture une arme politique agitait la gauche nantaise, sous l’influence entre autres de Yannick Guin, ancien surveillant à Saint-Stan, professeur d’histoire à la faculté de droit et bon connaisseur d’Antonio Gramsci. Une fois élu à la mairie de Nantes, Jean-Marc Ayrault a fait de Guin un éphémère adjoint à la culture, qui s’en ira déçu. Surtout, il s’est entouré de chapeaux à plumes culturels. On l’a peu remarqué, mais l’Angevin Ayrault a alors désigné principalement des boomers venus d’ailleurs que de Nantes, où pourtant les compétences ne manquaient pas. Jean Blaise a été élevé dans la région parisienne et a travaillé à Bordeaux. Originaires respectivement d’Aix-en-Provence, de Marseille et de Lorraine, Jean-Luc Courcoult, François Delarozière et Pierre Orefice venaient de passer plusieurs années à Toulouse.

Pierre Orefice (à gauche), au chevet de l'Eléphant en panne

Plusieurs livres ont relaté l’histoire glorieuse de Royal de Luxe. Ils ne vont pas au-delà de l’année 2011**. On comprend pourquoi, hélas : la saga des Géants s’est répétée en boucle moyennant des changements de costume tandis que les « spectacles de place », représentés devant une assemblée de spectateurs admis souvent sur réservation (!), rompaient avec le théâtre de rue. Pierre Orefice n’en dira pas davantage, il ne décrira pas le long déclin de la compagnie puisqu’il a préféré officier indépendamment sous l’étiquette Manaüs dès 1999. Avec François Delarozière, qui a aussi abandonné Royal de Luxe pour s’occuper de sa propre structure, La Machine, il a présenté à Jean-Marc Ayrault un projet à plusieurs millions d’euros d’abord connu sous le nom de « Machines de Manaüs », qui devait compter une demi-douzaine d'attractions. Les Machines de l’île ouvrent leurs portes en 2007 ; Pierre Orefice en sera le directeur jusqu’en septembre 2023.

Pendant toute cette période, Les Machines de l’île auront été pour Nantes Métropole un gouffre financier. Oh ! Pierre Orefice a sûrement fait de son mieux pour donner vie à un concept faiblard dès le début. Il a fait tourner la boutique, organisé des animations sympathiques (Noël aux Nefs…), tenté quelque diversification (Nantes Maker Campus…). Sans nul doute, ses Mémoires en témoigneront. Mais son premier talent pendant toutes ces années aura peut-être été sa capacité à obtenir des subventions de fonctionnement, passées de 400 000 euros l’année du démarrage à 3,1 millions d’euros en 2024. Vient ensuite son don pour les déclarations glorieuses assaisonnées parfois d’un peu de burlesque. Quelques exemples :

 « Nous remplissons quotidiennement plus de 100 % de nos capacités » (à propos du taux de remplissage des Machines de l’île)

« Tous les gens qui ont croisé les deux éléphants ont reconnu que le nôtre était unique et bien plus beau » (à propos d’un éléphant géant montré au Carnaval de Nice)

« Du haut de la vigie, on pourra voir le pont de Saint-Nazaire et la mer par temps clair » (à propos du Carrousel des mondes marins)

« La puissance, la démesure et l’accessibilité de l’Arbre aux Hérons permettent à une ville de préempter le thème de l’Arbre et tous ses attributs » (à propos du projet initial de l’Arbre aux Hérons)

« La bonne santé financière des Machines de l’île doit leur permettre de contribuer au financement de l’Arbre aux Hérons, via un emprunt, à hauteur de 8 millions d’euros »

L’Arbre aux Hérons, justement, devrait logiquement être le dernier chapitre des mémoires nantaises de Pierre Orefice. Celui-ci livrera-t-il toute la vérité sur l’hallucination à 10 millions d’euros qui semble avoir saisi pendant une quinzaine d’années Jean-Marc Ayrault, Johanna Rolland, un grand nombre de Nantais, 5 511 donateurs et une cinquantaine de mécènes ? On est impatient, du moins, de savoir s’il maintient son pronostic pessimiste de 2013 : « Ne pas faire l’Arbre aux Hérons casserait complètement la dynamique des Machines », lesquelles n’auraient alors pas plus de dix ans à vivre. Le Héron serait-il un oiseau de malheur ?

* Producteur d’impossible : de Royal de Luxe aux Machines de l’île, 2026, Les Chantuseries et Coiffard éditions.
** Les Mémoires des Géants, de Hee-Hyung Lee (L’Harmattan) date de 2019 mais traite des spectateurs plutôt que de la troupe.


à lire aussi :

Un livre en souvenir (provisoire ?) de l’Arbre aux Hérons

https://lameformeduneville.blogspot.com/2026/01/un-livre-en-souvenir-provisoire-de.html

08 janvier 2026

Il n’y a pas que la neige pour désarçonner la Semitan

Le président de la Semitan n’a pas aimé, mais alors pas du tout, que les défaillances de son logiciel Navocap soient étalées au grand jour. Il l’a reproché à Foulques Chombart de Lauwe, en oubliant de citer Ouest-France et Presse Océan, qui en ont dit tout autant ! Pour lui, le choix était le bon ; la suite, c’est la faute à pas de chance…

Mais non, le choix n’était pas bon : Navocap, pourtant filiale de la RATP, n’était pas de taille à assumer un contrat de 8,9 millions d’euros TTC alors que son chiffre d’affaires annuel ne pesait que 5 millions d’euros. La Semitan l’a si bien compris que, lors d’un autre achat récent de logiciel, elle a exigé que l’attributaire du marché réalise un chiffre d’affaires double du montant du contrat.


La Semitan n’a pas payé la totalité de la somme prévue, assure Pascal Bolo, qui ne dit pas pour autant combien elle a payé à Navocap, ni combien il va lui en coûter de remettre le système d’aplomb. Elle espère toucher des pénalités (que Navocap serait bien incapable de verser à ce jour), mais elle-même a dû augmenter le salaire de ses régulateurs, comme une sorte de pretium doloris pour le surcroît de travail occasionné par le ratage.

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https://nantesplus.org/semitan/

Logiciel du tram : comment la Semitan s’est plantée

05 janvier 2026

Publications de comptes en 2025 : pas vraiment roses

Les associations percevant plus de 153 000 euros de subventions dans l’année, les fonds de dotation et, sauf exception, les sociétés commerciales doivent publier leurs comptes chaque année. Ces publications sont parfois pleines d’enseignements. Les comptes 2024 publiés (ou non) en 2025 par des entités liées d’une manière ou d’une autre à Nantes Métropole sont plutôt moroses.

La situation financière de Royal de Luxe a changé du tout au tout, mais quel rapport avec l’arrivée à son secrétariat général d’une future co-listière de Johanna Rolland à l’élection municipale ?

Les fonds de dotation créés par Nantes Métropole sont dans les choux et restent silencieux hormis le Fonds métropolitain pour la culture, dont la situation est tendue mais pas désespérée. La clôture de liquidation du Fonds de dotation pour le développement culturel a été annoncée début décembre, mais sa dissolution n’a pas été annoncée au JOAFE et son liquidateur reste tenu de publier ses comptes 2024/2025. Le préfet de Loire-Atlantique y veillera certainement.

Le siège d'Iadvize, rue Nina-Simone. La société a changé de logo depuis lors.

La société Iadvize, naguère start-up favorite de Johanna Rolland, silencieuse depuis des années, a publié d’un coup ses comptes 2023 et 2024, qui révèlent une situation très dégradée.

On espère une année 2026 plus prospère…

Voir article complet sur Nantes Plus :

https://nantesplus.org/lheure-de-faire-les-comptes-pour-commencer-lannee-nantaise/

L’heure de faire les comptes pour commencer l’année nantaise

25 décembre 2025

Le rayon vert vu du pont Anne-de-Bretagne : un conte de Noël nantais

Héléna Cambelle et Olivier Sinclair le verront-ils, ce Rayon-Vert que les héros de Jules Verne ont chassé avec tant de constance ? Le meilleur lieu pour cela est le pont Anne-de-Bretagne depuis que Nantes a décidé de devenir une ville lover-friendly. Ou comment, sans se ruiner, attirer les amoureux du monde entier…

Voir le conte de Noël sur Nantes Plus :

https://nantesplus.org/le-rayon-vert/

Le Rayon-Vert : voyage extraordinaire à Nantes

Image IA Dall-E 3


16 décembre 2025

Le pont Anne-de-Bretagne attend son tablier

Depuis plus de trois ans, Nantes Métropole bredouille le même narratif bricolé à propos du futur pont Anne-de-Bretagne : « Une place ou une promenade ? Un jardin ou un belvédère ? Une piste cyclable ou une voie de tram ? Un peu de tout ça, c’est ce que sera, fin 2027, le pont Anne-de-Bretagne. » Un peu de tout ça : mettez ça dans un shaker, secouez et servez frais, le tout étant d’éviter que le pont soit un pont ; on note que l’automobile n’a pas sa place dans le « un peu de tout ça ».


J’ai signalé voici trois ans que le pont nantais pourrait devenir le deuxième pont le plus large du monde, derrière le Bay Bridge de San Francisco. Nantes Métropole aime mieux être première dans son village que seconde dans Rome : elle affirme à présent que son pont sera le plus large d’Europe. En réalité, c’est discutable : le Sinyi Most, le « pont bleu » de Saint-Pétersbourg, à côté de Saint-Isaac, restera moitié plus large que le nôtre, quoique trois fois moins long. Ce qui lui permet d’être aussi… un parking. Vu la difficulté de circulation qui s’annonce sur le pont Anne-de-Bretagne (toute la circulation automobile devra croiser celle des trams), quelques places de stationnement n’auraient pas déparé dans le « un peu de tout ça ».

Mais j’extrapole, là. Ce que le service de com’ de Nantes Métropole devrait plutôt raconter, en ce moment, c’est comment le pont va venir jusqu’à nous. Car le gigantesque tablier métallique construit près de Venise, attendu à Nantes au plus tard cette semaine, patiente depuis trois semaines dans le golfe de Cadix, tout au sud de l’Espagne. Eh ! faire traverser le golfe de Gascogne en pleine saison des tempêtes à une charge de 3 000 tonnes posée sur une barge, ça suppose quelques précautions. Sur lesquelles Nantes Métropole n’a apparemment pas grand-chose à dire.

Voir article complet sur Nantes Plus :

https://nantesplus.org/nantes-metropole-4/

La com’ de Nantes Métropole a du mal à faire le pont

21 novembre 2025

Tourisme à Nantes (5) : feue l’ambition touristique de Jean-Marc Ayrault

Juin 2004 : Jean-Marc Ayrault fait adopter par Nantes Métropole un projet destiné à créer de toutes pièces une destination touristique internationale : les Machines de l’île. François Delarozière et Pierre Orefice proposent sept ou huit attractions étonnantes. Huit ans plus tard, en 2012, deux d’entre elles seulement sont opérationnelles quand Jean-Marc Ayrault quitte Nantes pour l’hôtel Matignon : l’Éléphant et la Galerie. Le Carrousel est en voie d’achèvement. 

Avril 2014 : Johanna Rolland est élue présidente de Nantes Métropole. Les Machines de l’île comptent alors trois attractions. Fin 2025… toujours trois. Pendant presque douze ans, les Machines sont restées pratiquement en l’état. Johanna Rolland a abandonné en 2022 le projet d’Arbre aux Hérons qu'elle avait confirmé en 2016. Au moins dix millions d’euros ont été dépensés en pure perte. La vocation internationale de Nantes est en déshérence. 

Structurellement déficitaires, les Machines de l’île devraient disparaître. Mais l’écosystème touristico-congressiste de Nantes ne s’en remettrait sans doute pas. Il va donc falloir conserver les Machines et tout le reste, quitte à y engloutir chaque année plusieurs millions d’euros de subventions, sans perspectives d’amélioration à moyen terme. 

Et avec une épée de Damoclès au-dessus du système. Nantes a confié ses activités touristiques à la SPL Le Voyage à Nantes dans le cadre de délégations de service public (DSP). Légalement, elle ne peut les assortir de subventions que dans la mesure des sujétions de service public qu’elle impose à son délégataire. Dans les faits, elle adapte ses copieuses subventions aux déficits d’exploitation du Voyage à Nantes. 

Le contrat de DSP des Machines de l’île vient à échéance fin 2026. Si Nantes tente de le reconduire sans changement majeur, la logique voudrait que le préfet demande l’avis de la chambre régionale des comptes. Elle n’aura pas les moyens d’améliorer la situation, mais elle pourrait l’aggraver encore !

Voir article complet sur Nantes Plus :

https://nantesplus.org/machines-de-lile-2/

L’ambition touristique de Jean-Marc Ayrault :
une voie sans issue pour Nantes

Précédents billets :

Tourisme à Nantes (1) : Le Voyage à Nantes 2025 a changé de patron mais a gardé ses compteurs (enfin, pas tous…)

Tourisme à Nantes (2) Le Voyage à Nantes ne fait pas mieux que vivoter depuis vingt ans

Tourisme à Nantes (3) : Les Machines de l’île en danger

Tourisme à Nantes (4) : les Machines de l’île implicitement condamnées

13 novembre 2025

Tourisme à Nantes (4) : les Machines de l’île implicitement condamnées

« Dire non à l'Arbre aux Hérons, ce serait dire non à la pérennité des Machines », avaient prévenu Pierre Orefice et François Delarozière dès 2013. « Ce serait stopper une belle aventure et condamner la dynamique des Machines dans les dix ans à venir. » Tout parc d’attraction doit évoluer régulièrement pour inciter le public à revenir. Même si elles n’étaient pas très spectaculaires – un « paresseux », des « colibris »… ‑ les nouveautés destinées in fine à l’Arbre aux Hérons permettaient aux Machines de stimuler leur fréquentation grâce à une communication ardemment relayée par la presse locale. De plus, le succès de la Galerie des Machines repose sur le talent de ses animateurs, qui ont besoin de perspectives pour maintenir leur motivation. Plus d’Arbre, plus de nouveautés. Voilà pourquoi les Machines de l’île sont en danger.

Johanna Rolland s’est donné le temps de réfléchir à la question. Le 7 juillet 2016, elle annonce la construction de l’Arbre aux Hérons puis lance une longue et coûteuse série d’études préalables. Il y en a au total pour 8,6 millions d’euros de dépenses préliminaires ‑ et même 9,2 millions en comptant la branche prototype construite dès 2007 devant les Nefs des Chantiers. Le 9 juillet 2021 enfin, entourée de Fabrice Roussel, Pierre Orefice, Yann Trichard et Ben Barbaud, patron du Hellfest, Johanna Rolland déclare : «  Le projet entre dans une phase décisive ». Mais au lieu de faire voter un feu vert formel par le conseil métropolitain, elle remet le sujet à plus tard, de séance en séance, pendant plus d’un an. Puis, soudain, le 15 septembre 2022, elle annonce l’abandon du projet pour des raisons économiques fort peu convaincantes.


L’Arbre aux Hérons est un projet mal fichu à plusieurs égards : il est raisonnable d’y renoncer et déraisonnable d’avoir tergiversé si longtemps. Mais il faut en assumer les conséquences. Johanna Rolland sait que, conformément à la prophétie de MM. Delarozière et Orefice, elle risque de tuer les Machines en abandonnant l’Arbre aux Hérons. Elle le sait si bien qu’elle avance un plan B. L’abandon de l’Arbre aux Hérons « ne marque pas la fin des Machines de l’île », assure expressément Nantes Métropole (c’est nous qui soulignons), « puisque Johanna Rolland et Fabrice Roussel ont confirmé aux mécènes que les fonds collectés par le fonds de dotation financeront la mise en exploitation du Grand Héron […] dès la saison touristique 2024/2025 ».

Un plan B peu convaincant

Autrement dit, cette mise en exploitation est le fil qui relie les Machines à la vie. C’est un plan B au rabais, mais il a le mérite d’exister. Il est confirmé début 2024 quand Fabrice Roussel, alors premier vice-président de Nantes Métropole, déclare : « Ce que nous voulons et nous nous y sommes engagés par rapport aux mécènes, c’est [mettre le Grand Héron] en exploitation comme le Grand Éléphant à partir de 2025 ». L’engagement initial pris « par rapport aux mécènes » est même la construction de l’Arbre aux Hérons tout entier, mais passons… Cette première promesse n’ayant pas été tenue, la seconde le sera-t-elle ? Elle figure encore à ce jour sur le site web de Nantes Métropole

Plusieurs mois passent encore avant qu’un bureau d’études soit chargé, en octobre 2024, pour un montant pouvant atteindre 220 000 euros HT, d’établir un diagnostic de la santé du Héron, puis de piloter son éventuelle réparation. Il semble que le diagnostic n’ait pas encore été livré. Même si ce n’est pas en 2025, la promesse de Nantes Métropole sera-t-elle tenue un jour ?

Il suffit de regarder la machine abandonnée à côté des Nefs pour en douter. En trois ans et demi de présence, utilisée une seule fois à l’automne 2022, elle semble devenue une épave. Elle a subi des intempéries, certes. Mais tel était son destin ‑ et à 40 mètres de hauteur ! ‑ si l’Arbre avait vu le jour. Et puis, on imagine mal sa proposition commerciale : qui aurait envie d’acheter un billet pour s’installer dans un de ses paniers d’osier afin de tourner en rond pendant quelques minutes à quatre ou cinq mètres du sol ?

Le plan C oublié

Puisque la survie des Machines dépend de ce Héron, faut-il en conclure, corrélativement, que Nantes Métropole s’est résignée à la « fin des Machines de l’île » ? Le soupçon est d’autant plus légitime que, tout le monde semble l’avoir oublié, il a existé un plan C dont Johanna Rolland n’a pas voulu.

En novembre 2022, Yann Trichard, président de la Chambre de commerce et d’industrie, propose une solution privée pour réaliser l’Arbre aux Hérons malgré le renoncement de Nantes Métropole. Il va même jusqu’à évoquer un investissement rentable, et Nantes Métropole admettra que la « faisabilité économique du projet » est démontrée. Ce qui revient à reconnaître entre les lignes que Johanna Rolland s’est trompée en affirmant le contraire deux mois plus tôt !

Nantes Métropole annonce néanmoins, le 15 septembre 2023, que « Johanna Rolland confirme l’arrêt de l’Arbre aux hérons ». Elle justifie cette fois sa décision par des insécurités juridiques aussi peu convaincantes que les arguments économiques avancés un an plus tôt. À tout le moins, si vraiment la « faisabilité économique » est démontrée, Nantes Métropole devrait reprendre sa copie, qui ne comporte pas, elle, ces « insécurités juridiques ».

Et puis non, l’emplacement prévu dans le Jardin extraordinaire sert à autre chose, la page est définitivement tournée. Et l’on en revient à la prophétie de départ : « Dire non à l'Arbre aux Hérons, ce serait dire non à la pérennité des Machines »… (À suivre)

 

Précédents billets :

Tourisme à Nantes (1) : Le Voyage à Nantes 2025 a changé de patron mais a gardé ses compteurs (enfin, pas tous…)

Tourisme à Nantes (2) Le Voyage à Nantes ne fait pas mieux que vivoter depuis vingt ans

Tourisme à Nantes (3) : Les Machines de l’île en danger