21 février 2026

Mémoires nantaises (2) Jean Blaise a-t-il perdu le mode d’emploi oulipien ?

Les mémoires de Pierre Orefice tiennent leurs promesses, et au-delà : les critiques adressées à Johanna Rolland ont douloureusement choqué du côté de l’hôtel de ville. Enfin quoi, le co-auteur des Machines de l’île n’a-t-il pas palpé assez d’argent public pour s’obliger à tenir sa langue même une fois parti en retraite ?

On se demande si Jean Blaise va à son tour entrer dans la danse. « Peut-être aussi va-t-il se remettre à écrire », prévenait Véronique Escolano en conclusion du portrait aimable qu’elle lui a consacré dans Ouest-France le jour de son départ en retraite. Se « remettre » à écrire, dit-elle ? Certes, Jean Blaise s’était rêvé écrivain, mais a-t-il en réalité publié quoi que ce soit, hormis le modeste Remettre le poireau à l’endroit (Éditions de l’Aube, 2015) pour lequel il s’est contenté d’un rôle de co-interviewé aux côtés du sociologue-businessman Jean Viard ?

Eh ! bien, oui, quand même, en quittant Nantes, Jean Blaise a laissé derrière lui une œuvre écrite à peu près aussi considérable que les « œuvres pérennes » achetées par lui pour le compte et aux frais de Nantes Métropole. Elle se compose principalement des introductions du livret annuel de présentation du Voyage à Nantes estival, toujours signées de sa main. Ces textes très travaillés visent à présenter en une page l’ambition de toute une ville. Leur importance est donc touristiquement majeure. Leur vaste tirage (180 000 exemplaires en 2016) en fait l’égal de best-sellers littéraires.


Ces manifestes ciselés abondent en morceaux de bravoure stylistiques, en oracles ésotériques et en visions sociologiques fulgurantes.Il serait donc légitime, à défaut de mémoires formelles, que leurs meilleures pages soient rassemblées en un recueil de citations. En voici quelques exemples :

  • Nous avons la réputation ici d’une grande modestie. (2012)
  • Pas de panique, ce qu’il y a de réjouissant avec les artistes, c’est qu’ils mettent le doigt là où ça fait mal, mais toujours avec une dose d’humour dans leur désespoir. (2013)
  • Qu’on nous pardonne d’avance cette vision grave de notre société, mais les artistes ne sont pas là pour amuser la galerie. (2017)
  • C’est peut-être ce que nous avons inventé ici, une manière de stimuler la ville et parfois de la bouleverser par des intrusions créatives qui lui donnent de l’humour et l’air intelligent. (2019)
  • Nantes est intimement liée aux questions d’alimentation depuis longtemps. (Les Tables de Nantes, 2019)
  • Dans le film de la ville, l’arbre est un figurant immobile quand tout bouge autour de lui. (2024)

Tout naturellement, les œuvres qu’il a commissionnées ont fait de Jean Blaise un subtil critique d’art :

  • Cette sculpture de bronze a été conçue par un artiste qui n’a pas craint de se représenter lui-même, jambes et bras écartés, en équilibre sur un seul pied dans une posture défiant la gravité, comme si, vivant, il avait été figé dans un geste par une mauvaise fée. (2018)
  • Une piste de roller derby gigantesque recouvre la quasi-totalité de la place Graslin pour que des centaines de glisseurs s’y étourdissent devant des centaines de badauds béats assis sur les marches de l’opéra. (2021)

Pince sans rire, il ne renie pas quelques images cocasses, comme de voir des « coquilles vides » là ou il y a trop-plein, et Nantes  « évidemment » au-dessus du lot  :

  • Le tourisme de masse peut tuer la « personnalité » d’une ville et la transformer en coquille vide. C’est le cas à Barcelone, Venise ou Prague. Ce n’est évidemment pas le cas à Nantes où l’offre touristique que nous proposons n’est pas seulement patrimoniale. (2020)

Mais quand les circonstances l’exigent, l’humour s’efface devant l’élévation morale :

  • Et puis nous nous mettons à penser que si la petite cervelle de Poutine avait été percutée par la force de l’art plutôt que par celle des tanks, nous n’en serions pas là aujourd’hui. (2022)

Jean Blaise mérite aussi d’être étudié en tant que styliste. Oserait-on qualifier sa phrase de « proustienne » ? Il arrive en tout cas qu’elle dépasse cinquante mots :

  • Clairement, il ne s’agit pas de fourrer dans un même sac tout ce qui se fait sur un territoire à un moment donné, mais au contraire de faire le choix de propositions susceptibles de montrer la richesse d’une ville qui a créé en plusieurs décennies un dispositif culturel très complet, qui l’a entretenu, qui le montre aujourd’hui toute l’année. (2014)
  • Nous pensions nous être « débarrassés » du théâtre mais il revient sans cesse et le monde en est un a dit William, comme nous croyions, dans notre petite Europe avoir trouvé la paix alors que les ruines de Marioupol montent à quel point les constructions humaines sont fragiles et friables. (2022)
  • Chaque année, et ce depuis maintenant dix ans, le Voyage à Nantes modifie le tracé au sol d’une ligne verte au rythme de la transformation de la ville, au rythme où nos horizons urbains ne cessent de se développer et s’affranchir des frontières physiques pour célébrer une nouvelle façon de voyager. (Guide officiel du tourisme, 2023/2024)

Inspiration oulipienne

La source d’inspiration littéraire de Jean Blaise est connue. Lors de l’aménagement du Lieu Unique dans l’ancienne usine LU, la façade sud du bâtiment, au lieu de s’ouvrir au soleil, a été opacifiée au profit d’un Grenier du siècle où chaque Nantais pouvait déposer un objet selon lui emblématique du XXe s. « Et qu’a déposé Jean Blaise dans le Grenier ? » demande Véronique Escolano. « La vie mode d’emploi, de Georges Perec ». Ce « romans » avec un « s », prix Médicis 1978, décrit avec une précision d’entomologiste toutes les pièces d’un immeuble de huit étages et la vie de ses occupants à la date du 23 juin 1975.

Perec (1936-1982), membre fécond de l’OuLiPo, était un maniaque des pastiches, jeux de mots, palindromes et autres curiosités littéraires surprenantes et, d’une manière générale, sans autre utilité que de surprendre. Son œuvre la plus connue, La Disparition, est un roman de trois cents pages où la lettre « e » ne figure pas une seule fois. Un tour de force, absolument, mais qui est en définitive le seul intérêt de l’ouvrage.

Dans l’immensité du monde contemporain, Jean Blaise a retenu La Vie mode d’emploi comme témoignage ultime de sa sensibilité. Cela pourrait en dire beaucoup sur ses choix artistiques pour le Voyage à Nantes. Et comme son bilan en manitou du tourisme n’est pas très flatteur, c’est plutôt sur le terrain littéraire que ses mémoires devraient se situer. On attend avec curiosité son Nantes mode d’emploi.

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Rappel : 

L'Arbre aux Hérons : comment Nantes s'est prise à rêver et ce qui s'est passé ensuite

Toute l'histoire de l'Arbre aux Hérons rapportée dans un livre de 152 pages, 12 €


09 février 2026

Du bulletin de vote comme un billet de loto

 Avec un peu de chance, on aurait pu pasticher les Frères Jacques :

Encore heureux qu’il ait fait beau
Et qu’la Marie-Johanna soit un bon bateau !

Mais voilà, il n’a pas fait beau. La barge qui devait livrer à Nantes le tablier du pont Anne-de-Bretagne n’a pu affronter le mauvais temps, on a chargé le tout, barge plus tablier, sur un énorme navire  qui atteindra l’estuaire de la Loire dans trois ou quatre jours. Le coût du transport aura probablement été multiplié par quatre ou cinq par rapport à l’estimation initiale. La consommation de fuel aussi : la proclamation écologique de Nantes Métropole est devenue ridicule.

Et tous les gars du côté de Noirmoutier Ne sont pas prêts de s'arrêter de rigoler

Ce n’est pas le premier coup de malchance de ce chantier. Mais on a vu pire avec l’Arbre aux Hérons, quand Johanna Rolland a dû abandonner le projet parce que le prix de l’acier avait monté. Peut-être un peu aussi parce qu’elle avait elle-même décrété que le secteur privé financerait un tiers du budget et que le fonds de dotation à la tête duquel elle avait nommé Karine Daniel était très loin du compte.

On a échappé au pire

De YelloPark à la SEM La Folle Journée en passant par l’IEA, Johanna Rolland a souvent eu le mauvais œil. Et ça pourrait même être contagieux. Quand Anne Hidalgo a annoncé sa candidature à l’élection présidentielle de 2022, les sondages lui donnaient 5,5 % des voix. Elle a nommé Johanna Rolland directrice de campagne et elle a fini à 1,7 %. Alors, pour les municipales de mars prochain, effet pied gauche ou pas ?

Voir article complet sur Nantes Plus :

https://nantesplus.org/johanna-rolland-4/

Johanna Rolland a-t-elle de la chance ?


03 février 2026

Nantes aurait dû tourner sept fois sa langue dans sa rue

Le conseil municipal de Nantes a-t-il voulu fourguer en vitesse avant les élections des noms de rue qu’une autre municipalité n’aurait jamais validés ? Il ne faut pas confondre vitesse et précipitation : sa dernière promotion du 30 janvier comprend au moins deux cas très litigieux, dont on n’a probablement pas étudié le pedigree avec assez d’attention. 

Le premier est celui de Sanité Bélair (1781-1802). Pas vraiment la « figure de la révolution haïtienne » annoncée au conseil municipal puisqu’elle n’avait que 10 ans en 1791, mais une victime quand même, exécutée par l’expédition Leclerc en 1802 en même temps que son mari le général Bélair. Ce dernier avait d’abord choisi le camp français, puis avait changé de bord. Pour rejoindre sa femme captive, il s’était rendu à son ancien collègue le général Dessalines, futur empereur de Haïti qui, allié des Fançais à cette date, l’avait aussitôt livré au peloton d’exécution. Un souvenir plutôt gênant pour Haïti, donc.

Le second cas est celui de Madeleine Pelletier (1874-1939), présentée comme psychiatre et féministe. On n’avait vraiment pas mieux en magasin ? Mesures chiffrées en main, elle assure que « Les races inférieures [...] ont le maxillaire plus développé que la race blanche » ou que « c'est le crâne masculin qui, beaucoup plus que le crâne féminin, se rapproche de celui du singe ». Elle milite pour l’euthanasie et l’eugénisme. C’était l’ambiance de l’époque, plaident ses partisans. Cette époque était aussi celle d’Alexis Carrel (1873-1944), prix Nobel de médecine, mais Nantes a débaptisé pour cause d’eugénisme le boulevard qui portait son nom. On le re-nomme au prochain conseil municipal ?

Lire l’article complet sur Nantes Plus

https://nantesplus.org/nouveaux-noms-de-rues-nantais/

Nouveaux noms de rues nantais :
deux grosses erreurs de casting

28 janvier 2026

Un livre en souvenir (provisoire ?) de l’Arbre aux Hérons

Près de vingt-deux ans après ses débuts, l’aventure de l’Arbre aux Hérons est-elle terminée ? En guise d’épitaphe, je viens de publier un livre sur lesujet. Tous les aspects de l'histoire y sont rappelés en 152 pages :


Cependant, pour livrer le fond de ma pensée, je ne suis pas sûr du tout que cet « ensuite » soit complètement achevé. « Quand c'est fini, N.I. ni ni, ça recommen-ence », chantait Léo Ferré. Les zombies, ça existe ! Plus exactement :

1)       Le prototype de Héron construit à grands frais est toujours là, branlant et rouillé, entre les Machines de l’île et l’école Aimé-Césaire.

2)       Il a fait l’objet d’une promesse explicite : « Johanna Rolland et Fabrice Roussel ont confirmé aux mécènes que les fonds collectés par le fonds de dotation financeront la mise en exploitation du Grand Héron, déjà visible sur l’esplanade des nefs et déjà propriété de la Métropole. » 

3)       À l’automne 2024, Nantes Métropole a passé avec un grand bureau d’études un marché public intitulé Diaghéron et portant non seulement sur un diagnostic de la machine mais aussi sur un suivi de sa remise en état.

4)       Les Machines de l’île ont désespérément besoin d’une nouveauté pour se relancer et réduire leur trou financier.

5)       Johanna Rolland elle aussi a besoin d’une annonce forte, pas seulement pour dynamiser sa campagne mais aussi pour faire oublier la manière chaotique dont elle a géré le dossier. 

Comment faire ? Mais en annonçant la prochaine ressuscitation du Grand Héron, quels qu’en soit le coût et l’équation économique ! Une telle annonce lors de la réouverture des Machines de l’île, le 7 février, dynamiserait du même coup leur saison 2026. On prend le pari ?

En attendant, ne manquez pas de lire L’Arbre aux Hérons : comment Nantes s’est prise à rêver et ce qui s’est passé ensuite, qui relate en détail l’histoire du projet et les raisons de son échec.

  • Disponible sur Amazon et à la librairie Coiffard, rue de la Fosse à Nantes.

·         ISBN 979-8279277322, 152 pages, 12 €.


Lire article complet sur Nantes Plus : 

https://nantesplus.org/arbre-aux-herons-3/

Un livre sur l’Arbre aux Hérons : histoire d’un flop extraordinaire peut-être pas achevé



Libérez nos camarades !

 

23 janvier 2026

Le Muscadet du Voyage, muscadet commun mais pas communal

Chapeau bas devant les vignerons du pays nantais. Des décennies d’efforts ont fait du muscadet un grand vin. Leur démarche culmine avec dix dénominations communales : Clisson, Gorges, Le Pallet, Goulaine, Château-Thébaud, Mouzillon-Tillères, Monnières-Saint-Fiacre, La Haye Fouassière, Vallet et Champtoceaux. « Chaque "communale" possède une personnalité qui lui est propre » souligne la Fédération des vins de Nantes. « Le terroir est bien là pour les différencier les uns des autres, et leurs signes distinctifs se ressentent dans le verre. » Issus de vignes à faible rendement, ils sont élevés sur lie pendant au moins vingt-quatre mois.

Le Voyage à Nantes a décidé de faire exactement l’inverse : des vins issus de cinq terroirs mélangés dans une cuve unique cinq mois après la vendange. Zéro différenciation. Les négociants en vin pratiquent de tels assemblages depuis plus d’un siècle. Leur produit n’est pas forcément mauvais : il est « générique », un adjectif pas exactement flatteur.


Le Voyage à Nantes se pique de « promotion culinaire ». Son dernier-né n’aura été sélectionné ni par un vigneron, ni par un négociant, ni par un œnologue mais par un journaliste. Il s’appellera le Muscadet du Voyage. Le risque est évidemment que le touriste pressé le considère comme « le » muscadet de référence et reparte avec le sentiment d’un petit vin. Et dire que, cet été, Le Voyage à Nantes avait présenté à l’admiration des foules, place Royale, une statue hyperréaliste de Jo Landron, l’un des vignerons les plus représentatifs de la démarche des « communales »…

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https://nantesplus.org/muscadet/

Muscadet ou bibine pour Le Voyage à Nantes ?

15 janvier 2026

Mémoires nantaises (1) Nantes sous Pierre Orefice, c’était sûrement mieux avant

Pierre qui ? Les peuples sont oublieux. De 2007 à 2023, Pierre Orefice, comme salarié de la SPL Le Voyage à Nantes, a dirigé les Machines de l’île, dont il était l’un des concepteurs. Il s’apprête à publier ses mémoires* rédigées avec le concours de Philippe Dossal, polygraphe plus à l’aise dans l’éloge que dans la critique. Raconteur d’histoires de profession, Pierre Orefice résistera-t-il à la tentation d’en rajouter ? Et surtout à la tentation d’en retrancher ?

Pierre Orefice est l’un de ces enfants du baby-boom qui, dans les années d’après mai 1968, ont renoncé à des carrières classiques et abandonné leurs études à HEC, à Sciences Po ou en fac de droit (ah ! Isabelle…) pour devenir saltimbanques. Beaucoup d’entre eux ont fini par rentrer dans le rang : il faut bien vivre. Lui a réussi à vivre de sa vocation, et même confortablement. Il a été aux côtés de Jean-Luc Courcoult l’un des acteurs du succès de Royal de Luxe. Il en a été administrateur de 1985 à 1998, d’abord à Toulouse puis à Nantes à partir de 1989. « Cette histoire a mal fini », admet-il, mais elle a été fructueuse.

L’arrivée de Royal de Luxe à Nantes n’était pas un hasard. Dès les année 1980, l’idée de faire de la culture une arme politique agitait la gauche nantaise, sous l’influence entre autres de Yannick Guin, ancien surveillant à Saint-Stan, professeur d’histoire à la faculté de droit et bon connaisseur d’Antonio Gramsci. Une fois élu à la mairie de Nantes, Jean-Marc Ayrault a fait de Guin un éphémère adjoint à la culture, qui s’en ira déçu. Surtout, il s’est entouré de chapeaux à plumes culturels. On l’a peu remarqué, mais l’Angevin Ayrault a alors désigné principalement des boomers venus d’ailleurs que de Nantes, où pourtant les compétences ne manquaient pas. Jean Blaise a été élevé dans la région parisienne et a travaillé à Bordeaux. Originaires respectivement d’Aix-en-Provence, de Marseille et de Lorraine, Jean-Luc Courcoult, François Delarozière et Pierre Orefice venaient de passer plusieurs années à Toulouse.

Pierre Orefice (à gauche), au chevet de l'Eléphant en panne

Plusieurs livres ont relaté l’histoire glorieuse de Royal de Luxe. Ils ne vont pas au-delà de l’année 2011**. On comprend pourquoi, hélas : la saga des Géants s’est répétée en boucle moyennant des changements de costume tandis que les « spectacles de place », représentés devant une assemblée de spectateurs admis souvent sur réservation (!), rompaient avec le théâtre de rue. Pierre Orefice n’en dira pas davantage, il ne décrira pas le long déclin de la compagnie puisqu’il a préféré officier indépendamment sous l’étiquette Manaüs dès 1999. Avec François Delarozière, qui a aussi abandonné Royal de Luxe pour s’occuper de sa propre structure, La Machine, il a présenté à Jean-Marc Ayrault un projet à plusieurs millions d’euros d’abord connu sous le nom de « Machines de Manaüs », qui devait compter une demi-douzaine d'attractions. Les Machines de l’île ouvrent leurs portes en 2007 ; Pierre Orefice en sera le directeur jusqu’en septembre 2023.

Pendant toute cette période, Les Machines de l’île auront été pour Nantes Métropole un gouffre financier. Oh ! Pierre Orefice a sûrement fait de son mieux pour donner vie à un concept faiblard dès le début. Il a fait tourner la boutique, organisé des animations sympathiques (Noël aux Nefs…), tenté quelque diversification (Nantes Maker Campus…). Sans nul doute, ses Mémoires en témoigneront. Mais son premier talent pendant toutes ces années aura peut-être été sa capacité à obtenir des subventions de fonctionnement, passées de 400 000 euros l’année du démarrage à 3,1 millions d’euros en 2024. Vient ensuite son don pour les déclarations glorieuses assaisonnées parfois d’un peu de burlesque. Quelques exemples :

 « Nous remplissons quotidiennement plus de 100 % de nos capacités » (à propos du taux de remplissage des Machines de l’île)

« Tous les gens qui ont croisé les deux éléphants ont reconnu que le nôtre était unique et bien plus beau » (à propos d’un éléphant géant montré au Carnaval de Nice)

« Du haut de la vigie, on pourra voir le pont de Saint-Nazaire et la mer par temps clair » (à propos du Carrousel des mondes marins)

« La puissance, la démesure et l’accessibilité de l’Arbre aux Hérons permettent à une ville de préempter le thème de l’Arbre et tous ses attributs » (à propos du projet initial de l’Arbre aux Hérons)

« La bonne santé financière des Machines de l’île doit leur permettre de contribuer au financement de l’Arbre aux Hérons, via un emprunt, à hauteur de 8 millions d’euros »

L’Arbre aux Hérons, justement, devrait logiquement être le dernier chapitre des mémoires nantaises de Pierre Orefice. Celui-ci livrera-t-il toute la vérité sur l’hallucination à 10 millions d’euros qui semble avoir saisi pendant une quinzaine d’années Jean-Marc Ayrault, Johanna Rolland, un grand nombre de Nantais, 5 511 donateurs et une cinquantaine de mécènes ? On est impatient, du moins, de savoir s’il maintient son pronostic pessimiste de 2013 : « Ne pas faire l’Arbre aux Hérons casserait complètement la dynamique des Machines », lesquelles n’auraient alors pas plus de dix ans à vivre. Le Héron serait-il un oiseau de malheur ?

* Producteur d’impossible : de Royal de Luxe aux Machines de l’île, 2026, Les Chantuseries et Coiffard éditions.
** Les Mémoires des Géants, de Hee-Hyung Lee (L’Harmattan) date de 2019 mais traite des spectateurs plutôt que de la troupe.


à lire aussi :

Un livre en souvenir (provisoire ?) de l’Arbre aux Hérons

https://lameformeduneville.blogspot.com/2026/01/un-livre-en-souvenir-provisoire-de.html

08 janvier 2026

Il n’y a pas que la neige pour désarçonner la Semitan

Le président de la Semitan n’a pas aimé, mais alors pas du tout, que les défaillances de son logiciel Navocap soient étalées au grand jour. Il l’a reproché à Foulques Chombart de Lauwe, en oubliant de citer Ouest-France et Presse Océan, qui en ont dit tout autant ! Pour lui, le choix était le bon ; la suite, c’est la faute à pas de chance…

Mais non, le choix n’était pas bon : Navocap, pourtant filiale de la RATP, n’était pas de taille à assumer un contrat de 8,9 millions d’euros TTC alors que son chiffre d’affaires annuel ne pesait que 5 millions d’euros. La Semitan l’a si bien compris que, lors d’un autre achat récent de logiciel, elle a exigé que l’attributaire du marché réalise un chiffre d’affaires double du montant du contrat.


La Semitan n’a pas payé la totalité de la somme prévue, assure Pascal Bolo, qui ne dit pas pour autant combien elle a payé à Navocap, ni combien il va lui en coûter de remettre le système d’aplomb. Elle espère toucher des pénalités (que Navocap serait bien incapable de verser à ce jour), mais elle-même a dû augmenter le salaire de ses régulateurs, comme une sorte de pretium doloris pour le surcroît de travail occasionné par le ratage.

Voir article complet sur Nantes Plus

https://nantesplus.org/semitan/

Logiciel du tram : comment la Semitan s’est plantée

05 janvier 2026

Publications de comptes en 2025 : pas vraiment roses

Les associations percevant plus de 153 000 euros de subventions dans l’année, les fonds de dotation et, sauf exception, les sociétés commerciales doivent publier leurs comptes chaque année. Ces publications sont parfois pleines d’enseignements. Les comptes 2024 publiés (ou non) en 2025 par des entités liées d’une manière ou d’une autre à Nantes Métropole sont plutôt moroses.

La situation financière de Royal de Luxe a changé du tout au tout, mais quel rapport avec l’arrivée à son secrétariat général d’une future co-listière de Johanna Rolland à l’élection municipale ?

Les fonds de dotation créés par Nantes Métropole sont dans les choux et restent silencieux hormis le Fonds métropolitain pour la culture, dont la situation est tendue mais pas désespérée. La clôture de liquidation du Fonds de dotation pour le développement culturel a été annoncée début décembre, mais sa dissolution n’a pas été annoncée au JOAFE et son liquidateur reste tenu de publier ses comptes 2024/2025. Le préfet de Loire-Atlantique y veillera certainement.

Le siège d'Iadvize, rue Nina-Simone. La société a changé de logo depuis lors.

La société Iadvize, naguère start-up favorite de Johanna Rolland, silencieuse depuis des années, a publié d’un coup ses comptes 2023 et 2024, qui révèlent une situation très dégradée.

On espère une année 2026 plus prospère…

Voir article complet sur Nantes Plus :

https://nantesplus.org/lheure-de-faire-les-comptes-pour-commencer-lannee-nantaise/

L’heure de faire les comptes pour commencer l’année nantaise

25 décembre 2025

Le rayon vert vu du pont Anne-de-Bretagne : un conte de Noël nantais

Héléna Cambelle et Olivier Sinclair le verront-ils, ce Rayon-Vert que les héros de Jules Verne ont chassé avec tant de constance ? Le meilleur lieu pour cela est le pont Anne-de-Bretagne depuis que Nantes a décidé de devenir une ville lover-friendly. Ou comment, sans se ruiner, attirer les amoureux du monde entier…

Voir le conte de Noël sur Nantes Plus :

https://nantesplus.org/le-rayon-vert/

Le Rayon-Vert : voyage extraordinaire à Nantes

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16 décembre 2025

Le pont Anne-de-Bretagne attend son tablier

Depuis plus de trois ans, Nantes Métropole bredouille le même narratif bricolé à propos du futur pont Anne-de-Bretagne : « Une place ou une promenade ? Un jardin ou un belvédère ? Une piste cyclable ou une voie de tram ? Un peu de tout ça, c’est ce que sera, fin 2027, le pont Anne-de-Bretagne. » Un peu de tout ça : mettez ça dans un shaker, secouez et servez frais, le tout étant d’éviter que le pont soit un pont ; on note que l’automobile n’a pas sa place dans le « un peu de tout ça ».


J’ai signalé voici trois ans que le pont nantais pourrait devenir le deuxième pont le plus large du monde, derrière le Bay Bridge de San Francisco. Nantes Métropole aime mieux être première dans son village que seconde dans Rome : elle affirme à présent que son pont sera le plus large d’Europe. En réalité, c’est discutable : le Sinyi Most, le « pont bleu » de Saint-Pétersbourg, à côté de Saint-Isaac, restera moitié plus large que le nôtre, quoique trois fois moins long. Ce qui lui permet d’être aussi… un parking. Vu la difficulté de circulation qui s’annonce sur le pont Anne-de-Bretagne (toute la circulation automobile devra croiser celle des trams), quelques places de stationnement n’auraient pas déparé dans le « un peu de tout ça ».

Mais j’extrapole, là. Ce que le service de com’ de Nantes Métropole devrait plutôt raconter, en ce moment, c’est comment le pont va venir jusqu’à nous. Car le gigantesque tablier métallique construit près de Venise, attendu à Nantes au plus tard cette semaine, patiente depuis trois semaines dans le golfe de Cadix, tout au sud de l’Espagne. Eh ! faire traverser le golfe de Gascogne en pleine saison des tempêtes à une charge de 3 000 tonnes posée sur une barge, ça suppose quelques précautions. Sur lesquelles Nantes Métropole n’a apparemment pas grand-chose à dire.

Voir article complet sur Nantes Plus :

https://nantesplus.org/nantes-metropole-4/

La com’ de Nantes Métropole a du mal à faire le pont