lundi 30 octobre 2017

Le Fonds de dotation de l’Arbre aux hérons en danger de transparence

« Nouvelle étape clef pour l'arbre aux hérons avec le premier conseil d'administration du fonds de dotation réuni ce soir avec tous les partenaires économiques du projet qui a élu Bruno Hug de Larauze à sa présidence », a proclamé Johanna Rolland dans la soirée du 26 octobre sur son compte Facebook, avant de confirmer en 121 signes sur Twitter quelques minutes plus tard.


Que MM. de Larauze et Delarozière s’accrochent aux mêmes branches n’a rien d’un scoop. L’information avait été éventée dès le 14 septembre à l’occasion d’un entretien avec Johanna Rolland réalisé par Franck Renaud, pour Place Publique, et Éric Chalmel pour son blog Les États et empires de la Lune. « Vous avez nommé un chef d’entreprise, Bruno Hug de Larauze, ancien président de la Chambre de commerce et d’industrie des Pays de la Loire, à la tête du fonds de dotation destiné à réunir des fonds privés pour le projet d’Arbre aux hérons », avaient-ils noté. Non seulement le maire de Nantes n’avait pas démenti mais elle avait placé un lien vers l’article sur son propre blog.

Ce détail chronologique a-t-il la moindre importance ? Ça se pourrait. Que sait-on à ce jour du Fonds de dotation de l'Arbre aux hérons ?

De toute évidence, il n’a pas l’indépendance exigée par la loi. C'est un instrument entre les mains de Nantes Métropole. Vis-à-vis de celle-ci, on pourrait dire qu'il est « transparent ». Cette transparence-là n'est pas une qualité. C'est une notion dégagée par la jurisprudence à propos d'associations créées par des collectivités pour réaliser des opérations en s'affranchissant des contraintes du droit public. Elle est sanctionnée par la Cour des comptes et la justice administrative ; en substance, c’est comme si l’association n’existait pas. 

Sauf erreur, les fonds de dotation étant de création récente, aucun n’a encore été jugé « transparent ». Mais celui de l’Arbre aux hérons pourrait être un bon candidat. Avec quelles conséquences ? Eh ! bien, que diriez-vous par exemple d’une remise en cause de la déductibilité fiscale des dons ? Mais pas d'affolement : à ce stade, il ne s'agit que d'hypothèses. Les premiers donateurs serviront de cobayes.

mercredi 25 octobre 2017

Glissements progressifs du blaisir

Paysage glissé, alias le toboggan du château des ducs de Bretagne, est-il là pour toujours ? Ce sera une installation « pérenne et remontée chaque été », avait dit, ou laissé entendre, Jean Blaise lors de la présentation du Voyage à Nantes 2017. Pour être remonté, encore faudrait-il qu’il fût démonté. Ce n’est pas le genre d’opération qu’on improvise. La dépose de l’installation devrait être à peu près aussi coûteuse et délicate que sa pose et faire intervenir à nouveau personnels et matériels spécialisés. Elle a été prévue dès le début.

Ou plutôt, manifestement, elle ne l’a pas été. Par oubli, par négligence, par calcul ? Quelle que soit l’explication, elle n’est pas à la gloire du Voyage à Nantes. Le toboggan est donc là pour un moment. « On va le laisser pendu aux remparts pour le transformer et le rallonger », avouait Jean Blaise à Julie Charrier-Jégo (Presse Océan du 1er septembre 2017) dès la fin du VAN 2017. Et voilà comment ce Paysage glissé d’un été glisse à la fois dans le temps et dans l’espace, devenant plus durable afin de devenir plus long.

Cette non-dépendaison pose quand même problème à plus d’un titre.

L’aspect esthétique n’est sans doute pas le plus important. Le toboggan zèbre un pan de rempart sans intérêt historique ni architectural, reconstruit à moindres frais après l’explosion de la poudrière du château en 1800. Sa courbe puissante, ses teintes brunâtres aux reflets métalliques font assez heroic fantasy, dans le fond. S’il paraît incongru, il n’est pas forcément une catastrophe visuelle.

L’aspect sanitaire mériterait plus ample analyse. La plate-forme où atterrissent les hardis
tobogganautes est posée au-dessus des douves. Que trouverait-on au-dessous, mijotant dans l’obscurité des eaux stagnantes ? L’idée même n’est pas ragoûtante.

L’aspect technique laisse dubitatif. « Nous avions fait les études nécessaires », assure Jean Blaise lui-même. Si les études nécessaires ont donné un toboggan raté, par quel miracle des études superflues donneraient-elles un toboggan réussi ? En rallongeant le toboggan d’un tronçon en pente douce, on espère sans doute éviter des chutes brutales à la minorité des visiteurs qui descendent trop vite. Ceux qui descendent à petite vitesse devront terminer la descente à pied ; le cas n’était déjà pas rare dans la configuration actuelle. Régler un défaut ne ferait qu’accentuer l’autre. Le vrai problème est qu’on ne peut pas faire un toboggan pour toutes les morphologies et toutes les positions. Ce n’est pas un hasard si la plupart des grands toboggans aboutissent dans une piscine, ce qui règle la question radicalement : tout le monde à l’eau. Mais qui désire plonger dans les douves du château (voir le paragraphe précédent) ? Quant au second gros problème technique du toboggan, la température, une prolongation n’y changerait rien. Quand le soleil tape, l’acier chauffe. À moins d’en faire une attraction nocturne ou de lui ajouter une toiture, il faudra toujours fermer Paysage glissé les après-midi de grand beau temps.

L’aspect juridique enfin est franchement abusif. Paysage glissé adorne le château au titre non d’un permis de construire mais d’une simple autorisation temporaire d’occupation. Il devait être démonté à la fin de la manifestation estivale. En se dispensant de l’enlever, le Voyage à Nantes s’est placé délibérément dans l’illégalité. Le comble est qu’il est aussi chargé par la ville de Nantes de gérer le château des ducs de Bretagne dans le cadre d’une délégation de service public (DSP) ! Toutes proportions gardées, il se conduit envers le château comme une famille d’accueil pédophile envers un enfant confié par les services sociaux...

Remarque complémentaire : Nantes Métropole accorde ses DSP au Voyage à Nantes sans appels d’offres. Elle se fonde pour cela sur une disposition dérogatoire du code général des collectivités territoriales : la mise en concurrence n’est pas obligatoire quand le délégant exerce sur le délégataire « un contrôle analogue à celui qu'il exerce sur ses propres services ». Nantes Métropole laisserait-elle ses propres services s’asseoir sur le droit de la construction ?

De l’autre côté de la douve, la statue d’Anne de Bretagne par Jean Fréour contemple le toboggan avec comme un petit sourire ironique. Les Malouins avaient reproché à la duchesse de construire au flanc de leur château une tour dont ils ne voulaient pas. « Quic-en-groigne, avait-elle répondu, ainsi sera car tel est mon bon blaisir. » Plaisir, pardon.

mardi 24 octobre 2017

La pancarte sauvage du cours Saint-Pierre fait encore des siennes

« Ce n’est pas la girouette qui tourne, c'est le vent », disait un politicien de la IVème République habitué à retourner sa veste. Serait-ce un vent surréaliste qui transforme en girouette la pancarte du cours Saint-Pierre censée orienter les piétons vers le musée d’arts et le jardin des plantes ? Elle s’est longtemps ingéniée à les égarer en les dirigeant vers la Tour LU.

On croyait les choses revenues dans l’ordre et la pancarte replacée dans le bon sens – même si l’indocile engin en avait profité pour raccourcir le temps de marche jusqu'au musée, passé de 3 minutes en 2016 à 2 en 2017. Or voici que cette pancarte indomptable pointe à nouveau vers la Tour LU !

samedi 14 octobre 2017

Les nouveaux remparts de Nantes

Place Louis XVI, on peut voir des vestiges de la muraille médiévale de Nantes.


Et aussi de la muraille contemporaine.


 Un nouveau Moyen-âge ? Plutôt un âge très moyen.

jeudi 12 octobre 2017

Royal de Luxe va-t-il rendre l’argent ? (Question rhétorique.)

Gratuit, le spectacle Miniatures de Royal de Luxe cet été ? Pas du tout : pour y assister, il fallait du temps, et le temps c’est de l’argent. Je ne parle pas ici des 80 minutes que durait le spectacle mais de l’attente pour obtenir l’un des 16.000 billets « gratuits ». On a vu des gens patienter plus de cinq heures ! Si chaque billet a « coûté » en moyenne deux heures de poireautage, il y en a pour 32.000 heures de perdues à faire la queue, soit plus de 60 % d’une vie entière de travail. Mais après tout, chacun utilise son temps à sa guise.

Jean-Luc Courcoult sur le mur de
Royal de Luxe
Miniatures a coûté 650.000 euros à la collectivité. Les contribuables ont donc payé 40,63 euros par spectateur. Pas mal pour un spectacle « gratuit ». D’autant plus que le spectacle a été montré aussi à Malines, en Belgique, essentiellement aux frais de la commune et du gouvernement flamand, à raison de 500.000 euros pour 12.000 spectateurs. (Oui, là aussi, le théâtre « de rue » se joue désormais en espace clos.)

Il faudrait bien sûr tenir compte aussi de la mise en place de la salle de spectacle en plein air, de la perte de recettes sur le parking de la Petite Hollande pendant près d’un mois, des frais de communication pris en charge par la ville, d’une partie des avantages permanents assurés à Royal de Luxe par Nantes Métropole, etc. Mais restons-en pour l’instant à ce montant : 650.000 + 500.000 = 1.150.000 euros.

Un spectacle tout petit-petit-petit-petit

Pour financer quoi ? Comme son nom l’indique, Miniatures, ce n’était pas grand chose. Hormis quelques centaines de verres cassés (416,67 euros les mille chez IKEA), les accessoires étaient réduits au strict minimum et la distribution n’était pas bien nombreuse. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est le patron de la troupe lui-même, Jean-Luc Courcoult, qui présentait Miniatures à Presse Océan comme « un spectacle tout petit-petit-petit-petit, avec pas grand monde dessus, pas beaucoup d'argent pour le monter, à peu près une dizaine de personnes pour le faire ».

Pas beaucoup d’argent pour monter le spectacle, plus d’un million pour le montrer : Royal de Luxe doit rouler sur l’or. Cela sera facile à constater puisque toute association qui perçoit plus de 153.000 euros de subventions publiques dans l’année doit publier ses comptes au Journal Officiel (article L612-4 du code de commerce et décret du 14 mai 2009). Rien que pour l’année 2016, la préparation de Miniatures avait valu à Royal de Luxe 310.000 euros de subvention de Nantes Métropole.

Royal de Luxe hors-la-loi depuis le 1er octobre

Qu’en dit donc le Journal Officiel ? Rien. Royal de Luxe n’a publié ses comptes annuels qu’une seule fois. Ceux de l’année 2012. L’association avait perçu cette année-là 1.459.602,80 euros de subventions, contre 1.607.393,36 euros en 2011. Il faut dire que l’obligation légale n’est assortie d’aucune sanction directe : pourquoi se gêner ? Heureusement pour Royal de Luxe, les Nantais ne sont pas très curieux, car n’importe lequel d’entre eux pourrait demander au président du tribunal de l’obliger à publier ses comptes.

Mais ici, l’obligation légale se double d’une obligation contractuelle. La convention portant sur la subvention 2016 signée entre Nantes Métropole et Royal de Luxe conditionne les versements au respect de différentes clauses dont l’une se réfère explicitement à l’article L612-4 du code de commerce, c’est-à-dire à la publication des comptes.

Fabrice Roussel et Jacques Leroy, signataires de cette convention respectivement au nom de Nantes Métropole et de Royal de Luxe, honoreront-ils leur engagement ? Pour le second, c’est déjà trop tard : les comptes de Royal de Luxe pour 2016 auraient dû être publiés au plus tard le 30 septembre. Reste à voir si le premier saura se faire respecter en résiliant la convention, comme le prévoit l’article 10 de celle-ci.