jeudi 31 mai 2012

La ligne rose (2) : Jean Blaise émule de Dan Brown ?


Des lignes roses, bien des villes en avaient avant Nantes, à commencer par Paris. Les lecteurs du Da Vinci Code de Dan Brown s’en souviennent : dans les dernières pages du roman, son héros, Robert Langdon, est guidé vers la clé de l’énigme par une ligne rose, ou plutôt une « Rose Ligne » formée de 135 médaillons de bronze fixés sur le pavé parisien.

Si cette ligne-là est pointillée et non continue, elle est bien marquée au sol comme la ligne nantaise. C’est un « monument dispersé », selon l’expression chère à Jean Blaise, conçu voici une vingtaine d’années en l'honneur de l’astronome François Arago  par un artiste néerlandais, Jan Dibbets, et qui matérialise le méridien de Paris.

La parenté ne s’arrête pas là. Dans la foulée du Da Vinci Code, la ligne rose de Paris, qui court de Montmartre à la Cité internationale via le Louvre et le Luxembourg, est devenue un fil conducteur pour les touristes. Des guides la font découvrir aux étrangers. Le Voyage à Nantes voudrait bien pouvoir en dire autant de la sienne. Et cette « œuvre pérenne », autre expression fétiche de Jean Blaise, a la pérennité aussi problématique que certaines réalisations d’Estuaire 2007 et 2009. Sur les 135 médaillons d’origine, des dizaines manquent à l’appel.

Cette ligne n’a jamais porté le nom que lui donne Dan Brown, elle s'appelle en réalité Hommage à Arago. Le romancier avait juste besoin d’une rime à Rosslyn -- d'où Rose Line. Et il n’hésite pas à la déplacer de plus de cent mètres pour la faire passer place du Carrousel afin de coller à son énigme. Une ligne bidon ? On se gardera de pousser jusque-là la comparaison entre la ligne nantaise et la ligne parisienne.

mercredi 30 mai 2012

La ligne rose (1) : ne pas transgresser

Merci à David d’avoir accroché le grelot à la ligne rose censée matérialiser Le Voyage à Nantes sur le pavé de la ville. Et qui suscite des réactions d'une réjouissante verdeur. Montrer ses fesses à la ligne rose, comme le fait le site Jambleze, rien n'est plus pertinent. La ligne rose rappelle le téléphone rose, le minitel rose… et tout simplement La Ligne rose  : « pour des appels érotiques de tout genre. Tu veux une hôtesse sexy, une dominatrice perverse. Appelles [sic] sur la ligne rose. »

Et après tout, si en hommage à Jacques Demy on reconstitue la boutique de M. Leroyer passage Pommeraye, une allusion aux techniques qu’emploierait de nos jours Mme Leroyer ne peut pas faire de mal. Plus besoin de chambre en ville : un téléphone suffit. Le Voyage à Nantes pratiquerait-il le racolage subliminal ?

Et les touristes d’affluer en fredonnant :
Quand je pense à faire Nantes, tsoin-tsoin, tsoin-tsoin…
Quand je pense à Jean Blaise, tsoin-tsoin, tsoin-tsoin…

vendredi 25 mai 2012

Le Voyage à Nantes inspiré de lille3000 ?

Les voyages forment la jeunesse et informent les citoyens. Le combi promotionnel du Voyage à Nantes est en ce moment à Lille pour tenter de racoler des touristes. Or le VAN ressemble étrangement à la manifestation annuelle lille3000, constate Laurie Moniez dans le quotidien Nord éclair.

« En découvrant le programme de ce Voyage à Nantes, on établit des parallèles avec Lille », précise la journaliste. « La gare Saint-Sauveur transparaît à travers ‘Le lieu unique’, scène nationale et lieu de vie avec bar, librairie, resto et hammam. Les chambres de l'Hôtel Europa font écho aux chambres d'artistes commandées à des artistes au château du Pé, au bord de la Loire. Même certaines oeuvres sont identiques comme l'autruche de Maurizio Cattelan vue au Tri Postal l'hiver dernier. » Et dire qu’on se croyait originaux*…

Cette parenté d’inspiration n’est pas si étonnante puisque Jean Blaise et Didier Fusillier, directeur de lille3000, sont de vieux amis. Au passage, l’homologue lillois de Jean Blaise livre une information intéressante : Nantes « met le paquet » puisque Le Voyage à Nantes disposerait d’un budget de 16 millions d’euros. C’est deux fois plus qu’annoncé, et 60 % de plus que les 10 millions d’euros de retombées économiques espérées pour la ville de Nantes. Fusillier en a trop dit, ou Blaise pas assez.
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* Il faut quand même préciser que l'aménagement du Lieu unique est largement antérieur à celui de la Gare Saint-Sauveur.

mercredi 23 mai 2012

À la recherche du temps de pause perdu

Place de la Bourse, un drôle de panneau indicateur signale un « Temps de pause », des « Chants d’oiseaux » et des « Couchers de soleil », ces derniers en direction du sud-est à en juger d'après l'orientation de la pancarte. C’est sans doute pour souligner qu’il reste des oiseaux dans la future capitale verte de l’Europe 2013, et que le ciel n’est pas pollué au point d’occulter le soleil.
À moins que... ne serait-ce pas un vestige d’Estuaire 2009 ? On a les oeuvres « pérennes » qu'on peut. En tout cas, un petit nettoyage ne ferait pas de mal.

lundi 21 mai 2012

Graslin vieilli

Le théâtre Graslin sera ouvert à la visite du public en dehors des spectacles pendant la durée du Voyage à Nantes. « Nantes est l’une des quatre villes françaises pouvant se vanter de conserver des salles d’époque XVIIIe, et l’une des rares dont les velours sont bleus » explique Le Voyage à Nantes. Si l'idée est bonne, l'argument est chimérique.

Inauguré en 1788, le théâtre Graslin a été détruit presque totalement  par un incendie en 1796. « Le feu a consumé le théâtre et la salle entière » rapportait Crucy lui-même. La salle n’a été reconstruite qu’en 1811-1813, par Crucy mais sur des plans modifiés. Elle date donc en réalité du début du 19ème siècle. Et elle a été sensiblement remaniée par la suite, notamment en 1880. Le nombre de places, qui n’est pas une mince caractéristique, a ainsi été réduit d’un tiers.

Quant aux fauteuils, ils ont longtemps été rouges et ne sont (re)devenus bleus que lors de la rénovation de 1968 (conformément au désir de Crucy, a-t-on dit – mais Crucy avait aussi prévu de nombreuses fioritures qu’on n’a pas reconstituées). On aurait pu faire encore plus original pour obtenir un argument du genre : « …la seule dont les velours sont cacadoie ». Là, c’est vrai, on pinaille un peu.

dimanche 20 mai 2012

La culture par la face nord

Le site d’actualités économiques LaTribune.fr vient de présenter Le Voyage à Nantes sous le titre « À Nantes, la culture devient moyen de développement économique ». « Il y aura la fontaine de la Place Royale transformée en un mur d'escalade », commence l’article de Frédéric Thual, « le 36ème étage de la Tour Bretagne mué en un lieu de restauration et de contemplation aux allures de nid de cigogne, le rond-point de la place Graslin recouvert d'une immense motte de compost… ». Un mur d’escalade, un bar, un potager : la culture physique, la culture de bistro, la culture maraîchère, c’est toujours de la culture !

Transformer la fontaine de la place Royale en structure d’escalade n’est pas d’une radicale nouveauté : quel Nantais n’a jamais grimpé à l’assaut du défunt trident un soir de tonus ou d’anniversaire trop arrosé ? On s’interroge cependant sur le public visé par Jean Blaise avec cette installation de haute tenue culturelle. Imagine-t-on les touristes européens affluer à Nantes pour contempler un mur d’escalade ? Reviens Léon, on a les mêmes à la maison !

En réalité, le pseudo-mont Gerbier-de-Jonc de la place Royale ne peut attirer qu’un public d’ados nantais et péri-nantais. D’autant plus que Le Voyage à Nantes annonce lui-même : « capacité d’accueil restreinte, possibilité de file d’attente ». Un touriste accepte une heure de queue pour accéder à la Galerie des Offices de Florence ou au Space Mountain de Disneyland. Pour cinq minutes de grimpette à Nantes, c’est plus douteux.

Voyons quand même le bon côté des choses. Cachées aux yeux des touristes, les statues de Grootaërs et de Ducommun de Locle seront aussi à l’abri des vandales aux heures les plus chaudes de la saison. Les gamins escaladeurs bénéficieront d’une animation estivale gratuite qui les écartera peut-être d’activités moins avouables. Le Voyage à Nantes s’achètera de la fréquentation sans peine. Et on se sentira tous plus cultivés.

samedi 19 mai 2012

Crêpetomanie

Une maxi-crêperie dans la halle Alstom et un bar en haut de la tour Bretagne se chargeront de repaître et désaltérer les touristes attirés par Le Voyage à Nantes. En principe destiné à faire tourner le commerce local, celui-ci va donc reprendre d’une main ce qu’il distribue de l’autre. Les restaurateurs nantais ont exprimé leur mécontentement par la voix d’un de leurs représentants, Philippe Quintana.

On ne pourra pourtant pas reprocher à Crêpetown de fonctionner dans l’opacité, contrairement aux kebabs fermés ces derniers mois pour blanchiment d’argent sale. Ici, on sait d’où vient l’argent : sur proposition de Jean-Louis Jossic, la ville de Nantes a voté à Crêpetown 300.000 euros de subvention. Le blanchiment d’argent public est très tendance à Nantes !

Crêpetown explique ainsi  les raisons fondamentales qui lui ont valu les faveurs du Voyage à Nantes : « L’idée séduit Jean Blaise, sans doute parce qu’elle le fait rire et surtout parce qu’il n’est pas dupe sur la manière dont le concept peut être détourné ». Heureusement que seul le concept est détourné.

M. Quintana et ses collègues restaurateurs nantais ne sont pas forcément enchantés de savoir que leurs impôts locaux servent à financer la concurrence et à divertir Jean Blaise… C’est leur faute aussi : si au lieu de servir de la soupe ils servaient de la culture, le problème ne se poserait pas. Un tableau ou une « installation » en vitrine et hop ! le bouchon devient galerie d’art, doublée d’un espace restauration : quoi de plus VANesque ? Car la crêpe n’est qu’un cache-sexe pour Crêpetown, qui compte aussi montrer des spectacles et diffuser des œuvres sérigraphiées. Dont celles de Tangui Jossic. La crêperie est grande, le monde est petit.

vendredi 18 mai 2012

Une culture complète : jambon-œuf-fromage

« Le Voyage sort sa batterie de cuisine », titre ce matin Presse Océan à propos de l’un des plus beaux ornements du Voyage à Nantes, Crêpetown. C’est dire si l’on se situe dans les hautes sphères de la culture !

Le quotidien nantais signale qu’il existe déjà un Crêpetown à Chicago. Et ce n’est pas tout ! Il y en a un aussi à Cameron Park, en Californie. Et un troisième à Bellevue – mais ce Bellevue-là est un immeuble commercial du centre de Philadelphie. Le patron de la maison se vante d’avoir développé son concept à Paris, où l’on trouve des crêperies à tous les coins de rue, dit-il. Il s’apprête à ouvrir un second établissement.

Il y a encore un Crêpetown à Bangkok, et puis une petite chaîne de Crêpeville en Californie et quelques Crêpe-City de-ci, de-là, en Floride, en Californie ...et même un à Paris, stratégiquement situé entre un kebab et un japonais, pas loin des Galeries Lafayette.

Mais notre Crêpetown à nous sera le plus grand du monde ! Quelque chose comme un croisement entre la crêperie tradi et la Taverne bavaroise ! On va pouvoir choquer les bolées sur les tables en beuglant « Ein Yec’hed Mat ! Ein Yec’hed Mat ! » La culture comme ça, on aime bien.

mardi 15 mai 2012

La région veut sauver la Terre

« L’action se passe dans les Pays de la Loire, c’est-à-dire nulle part »
Sven Jelure, d’après Alfred Jarry, Ubu roi

Le Comité 21 œuvre pour le développement durable. Interrogé par Rémi Certain, son directeur régional annonce ce matin dans Presse Océan que la région des Pays de la Loire participera au prochain Sommet de la Terre, qui aura lieu du 20 au 22 juin à Rio de Janeiro.

Elle y enverra une délégation de… dix-huit personnes, dont Jacques Auxiette soi-même. On a du mal à y croire. Ce qui fera bouger le développement durable, dit lui-même le responsable du Comité 21, « c’est la protection de la rivière de son village ou le maintien du commerce de proximité ». Faut-il vraiment aller se promener de l’autre côté de l’Atlantique pour cela ? Est-ce le rôle de la région ? Les représentants régionaux ont-ils l’esprit si peu délié qu’il leur faille se mettre à dix-huit pour comprendre les enseignements du Sommet ?

D’après le calculateur Climat Mundi, un vol Nantes-Rio de Janeiro aller-retour, en ligne directe et en classe économique, représente 3,74 tonnes d’émissions de carbone par passager. Plus de 67 tonnes pour nos dix-huit représentants – à supposer que leur vol soit direct et qu’ils se contentent tous de la classe éco.

On espère que le reste du monde est aussi soucieux d’environnement que la région des Pays de la Loire. Toutes les collectivités auront sûrement à cœur d’être présente au Sommet de Rio. Si une région de 3,5 millions d’habitants y envoie dix-huit représentants, 7 milliards d’humains devraient y avoir 36.000 représentants. De quoi sauver la Terre à coup sûr.

lundi 14 mai 2012

L’endroit le plus fliqué de Nantes : (2) pas mal friqué aussi ?


On chercherait en vain mention du système de vidéoprotection dans les avis de marché publiés par Nantes Métropole pour la construction du Mémorial de l’abolition de l’esclavage. Avait-on initialement prévu de laisser un tel monument sous la seule sauvegarde du public ?

Probablement pas. Mais en en refilant le bébé à l’exploitant, c’est-à-dire la SPL Le Voyage à Nantes, Nantes Métropole s'est évité d’avoir à crier sur les toit les coûts du dispositif. C’est l’un des avantages d'une SPL : elle échappe aux obligations du code des marchés publics.

Combien coûte une installation de vidéoprotection ? La Cour des comptes en a fourni une estimation, pour les caméras installées sur la voie publique, dans un rapport publié l’été dernier. Sur un échantillon de seize communes ou intercommunalités, soit un total de 1.314 caméras, « le coût moyen pondéré est estimé à 36 600 € TTC par caméra » !

Voilà de quoi alourdir encore le coût affiché du Mémorial, qui compte une douzaine de caméras de surveillance, car il est probable que cet investissement n'est pas comptabilisé dans les 7,9 millions d’euros annoncés. Et il faut y ajouter les coûts d’exploitation, à la charge des contribuables nantais puisque le Mémorial ne rapporte rien. La Cour des comptes les a évalués, en moyenne pondérée, à 7 400 € par caméra et par an.