dimanche 26 mars 2017

Arbre aux hérons : la Tour Eiffel est à tout le monde

« L’Arbre aux hérons sera à Nantes ce que la Tour Eiffel est à Paris » : l’expression paraît tout droit sortie du Dictionnaire des idées reçues de Gustave Flaubert. Elle est en réalité de Yann Trichard, président de la Chambre de Commerce et d'Industrie de Nantes Saint-Nazaire, et elle fait florès depuis le mois de février.

Un lecteur, E.L., que je remercie une fois de plus, s’est penché sur les monuments, sites et autres curiosités qui sont à X « ce que la Tour Eiffel est à Paris ». Sa moisson est non seulement abondante, mais stupéfiante. Parmi les tours Eiffel d’ailleurs qu’à Paris, on trouve évidemment la statue de la Liberté et Big Ben à l’étranger, le viaduc de Millau et le Capitole de Toulouse en France. Et des tas d'autres !

Interrogé sur « ce que la Tour Eiffel est à Paris », le moteur de recherche de Google retourne « environ » 56.500 résultats. Il faut y ajouter 48.700 résultats pour « ce qu’est la Tour Eiffel à Paris ». Et je vous épargne « what the Eiffel Tower is for Paris », qui donne « about 299,000 results » !

Parmi les Tours Eiffel de France et de Navarre, on trouve entre autres :

Ce monument ou ce site…
…est la Tour Eiffel de
Tour Perret
Amiens
Puy de Dôme
Auvergne
Grande dune du Pilat
Bassin d’Arcachon
Port des Fourmis
Beaulieu-sur-Mer
Rocher de la Vierge
Biarritz
Mirador
Bruyères
Aiguille du Midi
Chamonix
Phare de la Perdrix
Île Tudy
Tour Dreyfus
Kourou
Église Saint-Joseph
Le Havre
Sainte-Croix
Lessay
Nouvelle Bourse
Lille
Château Turpault
Quiberon
Cathédrale Notre-Dame
Rouen
Face nord de la Foglietta
Tarentaise
Hangar Farman
Toussus-le-Noble
Château de Chambord
Val de Loire

L’honneur de la tour-eiffelisation échoit parfois à des établissements commerciaux comme le Splendid de Dax, le Brestoâ de Brest, le café Meo de Lille. Il arrive que la comparaison soit de haute lignée : « le Negresco est à la Promenade des Anglais ce que la Tour Eiffel est à Paris », a dit Jean Cocteau.

À l’étranger, le nombre d’ouvrages qui sont à leur ville ce que la Tour Eiffel est à Paris est proprement stupéfiant. Il y a parfois encombrement comme à Londres (Big Ben, le London Bridge et le London Eye), à San Francisco (Golden Gate Bridge, Coit Tower et Painted Ladies), à New York (statue de la Liberté et Empire State Building), à Lisbonne (Sintra et tour de Belém), à Bruxelles (Manneken-Pis et Atomium), à Québec (pont du Saint-Laurent et château Frontenac), à Berlin (tour de la télévision et Porte de Brandebourg), à Barcelone (Sagrada Familia et colonne Christophe-Colomb), à Hambourg (Der Michel et la Philarmonie de l’Elbe) à Buenos-Aires (Caminito et stade El Monumental), à Moscou (Place Rouge et cathédrale Saint-Basile-le-Bienheureux). Ont aussi été comparés à la Tour Eiffel le Bellsouth Building de Nashville, le Cloud Gate de Chicago, le Costanera Center de Santiago-du-Chili, la Tour CN de Toronto, la mosquée Koutoubia de Marrakech, le Kinkaku-ji de Kyoto, la petite sirène de Copenhague, le temple Tanah Lot de Bali, le Merlion de Singapour, la Mole Antoniellana de Turin, la grande roue du Prater de Vienne, les jets d’eau de Genève et de Djedda, la tour de télévision de Nagoya, le château d’eau de Palafrugell, la Maison Arthur-Villeneuve de Chicoutimi, le Spire de Dublin, le quartier rouge d’Amsterdam… Et ce n’est là qu’un aperçu.

En fait, la Tour Eiffel est capable d’inspirer les délires les plus improbables : 
« la bière est à Lille ce que la tour Eiffel est à Paris », 
« la châtaigne est à Revest-du-Bion ce que la tour Eiffel est à Paris »,
« la poule au pot est à la gastronomie béarnaise ce que la Tour Eiffel est à Paris »,
«
 l
e rhum arrangé est à la Réunion ce que la tour Eiffel est à Paris »,
« 
le fromage de Savoie est ce que la Tour Eiffel est à Paris »,
« 
la
mode de Caen est aux tripes ce que la Tour Eiffel est à Paris »,
« 
le vent d'autan est à Toulouse (et ses environs) ce que la tour Eiffel est à Paris »,
« l
e baisemain est au savoir-vivre à la française ce que la Tour Eiffel est à Paris »,
« le surf est à l'Atlantique ce que la Tour Eiffel est à Paris », 
« le paréo est au G.M. ce que la Tour Eiffel est à Paris »,
« Le diplôme est à l’école ce que la Tour Eiffel est à Paris »,
« 
Le droit fiscal est ce que la Tour Eiffel est à Paris
 »,
« Claude Lelouch est sans doute au cinéma d'amour comprenez à la comédie romantique, ce que la Tour Eiffel est à Paris »,
« 
Kenzo Takada est à la création ce que la Tour Eiffel est à Paris »,
« 
Le cinéma français est à la France, à l'Europe et au monde ce que la Tour Eiffel est à Paris » (Institut français de Slovaquie, à propos de la semaine du film français qui a lieu en ce moment même),
« Michel Drucker est à la télévision
ce que la tour Eiffel est à Paris »,
« 
Peter Drucker est au management ce que la Tour Eiffel est à Paris »,
« 
René Goscinny était à la bande dessinée ce que la tour Eiffel est à Paris »,
« 
Aimé Césaire était à la Martinique ce que la Tour Eiffel est à Paris »,
« 
Les fraises à la crème sont à Wimbledon ce que la Tour Eiffel est à Paris »,
« l’hydravion est à l'ouest Canadien ce que la Tour Eiffel est à Paris »,
« les tongs sont à l'été
ce que la Tour Eiffel est à Paris »,
« la gamme Hansgrohe PuraVida est à la robinetterie ce que la Tour Eiffel est à Paris »,
 « la Civic est à Honda ce que la tour Eiffel est à Paris »,
« 
la bimbo peroxydée est à la Méditerranée ce que la Tour Eiffel est à Paris »,
etc.

Ce-que-la-Tour-Eiffel-est-à-Paris peut même être mis au service du romantisme le plus débridé. Le site web Comment draguer une fille propose « 3 conseils pour faire mouche à chaque fois ». L’un d’eux est d’envoyer des « SMS d’amour » dont l’un des grands classiques, paraît-il, est : « Ton amour est pour moi ce que la Tour Eiffel est à Paris : féerique et inoubliable ! »

Conclusion positive : si l’on y tient, l’Arbre aux Hérons trouvera bien sa place dans tout ce fatras. Dragueurs bretons, faites le test et dites-nous quel résultat aura produit « ton amour est pour moi ce que l’Arbre aux hérons est à Nantes ».

dimanche 19 mars 2017

Qu’allaient-ils faire dans cette Maker Faire ? (8) Redressement acrobatique

Deux ou trois fois, j’ai exprimé ici un sérieux doute sur le retour d’une Maker Faire à Nantes en 2017. Je me trompais. Maker Media, Inc., propriétaire américain du concept et de la marque (déposée à l’INPI sous le numéro 10889046), vient de la réinscrire dans la liste des Maker Faire du monde entier (elles se comptent par centaines) en date des 7, 8 et 9 juillet.

C’est un beau rétablissement, car le contexte était défavorable. La première Maker Faire de Nantes en juillet 2016, n’a attiré que 6.106 visiteurs payants. Ce faible nombre de participants n’était suffisant en principe que pour une « Mini Maker Faire », comme à Rouen ou Chartres. Nantes aura néanmoins une Maker Faire à part entière (« Featured Maker Faire »), comme Paris, Lille et Grenoble.

Quelques précisions manquent cependant. Maker Media renvoie au site www.makerfairenantes.com. Celui-ci est inactif, et pour cause : le nom de domaine appartient à la société Avro Tech qui l’a déposé il y a deux ans mais qui a été mise en liquidation judiciaire. L’administrateur du site est à ce jour un administrateur… judiciaire, Me Paul Laurent, de Saint-Malo, chargé de la liquidation d’Avro Tech.

Le statut de la manifestation n’est pas précisé. La Maker Faire 2016 avait eu lieu aux Machines de l’île mais son producteur était une entreprise indépendante, Makers Events, qui avait pris la suite d’Avro Tech. Hélas, Makers Events a été mise en liquidation judiciaire à son tour en novembre dernier. La SPL Le Voyage à Nantes, qui gère Les Machines de l’île, pourrait-elle reprendre en direct l’organisation d’une Maker Faire ? Les Maker Faire sont des opérations commerciales, organisées dans le cadre d’une licence accordée moyennant finances par Maker Media, Inc. Comment les faire entrer dans la délégation de service public des Machines de l’île ? En pratique, cela ne devrait pas troubler leurs animateurs, que la confusion des genres ne dérange pas. Quant au respect des principes, bon courage aux juristes qui démêleront l’affaire…

Reste bien sûr le problème du financement. La liquidation judiciaire de Makers Events semble indiquer que la Maker Faire 2016 n’a pas été une bonne affaire. D’où viendra l’argent si l’opération commerciale 2017 ne couvre pas ses frais ? Une délégation de service public est gérée aux risques et périls du délégataire, mais comme le délégataire des Machines de l’île, c’est-à-dire Le Voyage à Nantes, appartient aux collectivités locales, ses risques et périls sont supportés in fine par les contribuables. Pas de liquidation à craindre, mais il faudra peut-être éponger…

mardi 14 mars 2017

Nantes Métropole veut surveiller les opposants notoires sur le web

Johanna Rolland communique sur la vidéoprotection. Encore une façon de tuer le père ? Jean-Marc Ayrault avait toujours dit qu’il n’en voulait pas. Ce qui n’avait pas empêché l’installation des dizaines de caméras d’InfoCirculation™. Vous passez place du Cirque ? Rue de Strasbourg ? Pont de Pirmil ? Place de la Croix-Bonneau ? Souriez, vous êtes filmé !

Prudence, on vous observe
« Les caméras seront uniquement positionnées sur l’espace public et non sur des bâtiments privés ou municipaux », assure-t-elle. Cet « uniquement » signifie-t-il qu’on va retirer, par exemple, la douzaine de caméras surveillant le Mémorial de l’abolition de l’esclavage ? Car oui, en principe hostile aux caméras, Jean-Marc Ayrault en a quand même truffé ce monument cher à son cœur. Ce qu’une signalétique trop modeste se garde de proclamer.

La vidéoprotection dont parle Johanna Rolland n’est donc pas une nouveauté. À ce stade, d’ailleurs, il s’agit uniquement d’une étude sur une possible évolution des équipements. Pourquoi en parler, alors ? Peut-être pour détourner l’attention d’une surveillance moins visible mais plus ambiguë, qui ne vise pas les délinquants mais les opposants.

Les bad buzzers identifiés 

Nantes Métropole vient de publier un appel d’offres pompeusement intitulé « Marché d'accompagnement stratégique et opérationnel sur les contenus numériques (sites et réseaux sociaux) de la Ville de Nantes et de Nantes Métropole ». Nantes est déjà très présente sur le web, elle possède plusieurs sites, des applications, une page Facebook, etc. Mais il faut croire que Johanna Rolland juge insuffisant le travail de ses communicants : la consultation porte sur les « contenus » et non sur la technologie. Comme le précise le cahier des clauses techniques particulières, la ville veut « élaborer une stratégie de présence et d’influence sur les espaces numériques ».

Une stratégie d’influence ? En termes moins techno, cela s’appelle « propagande ». Et ce n’est pas tout. Parmi les missions du prestataire de Nantes Métropole figurent aussi les deux tâches suivantes :
  • « Alerting : remontée d’alerte en cas de bad buzz, de rumeurs ou de mentions négatives concernant Nantes sur les réseaux sociaux et les médias en ligne ».
  • « Identification d'influenceurs thématiques sur Twitter, Facebook, Instagram et Youtube ».
Ça ne vous rappelle rien ? Il y a dix ans de cela, Jean-Marc Ayrault avait entrepris un fichage des « opposants notoires ». Il comptait pour cela sur les  militants socialistes. Faute de militants peut-être, Johanna Rolland, s’apprête à ficher ses opposants en ligne aux frais des contribuables. Le montant du marché pourrait s’élever jusqu’à 1.920.000 euros hors taxes.

mardi 21 février 2017

Lobbying pour NDDL (41) : Jean-Marc Ayrault a déjà la tête ailleurs

Dire que certains l’imaginaient naguère siégeant au Conseil constitutionnel ! Jean-Marc Ayrault vient de révéler des lacunes juridiques étonnantes pour un homme qui a si longtemps voté les lois comme député. Interrogé par Ouest France, il n’a pas seulement parlé de sa retraite politique, il s’est aussi aventuré sur le terrain de Notre-Dame-des-Landes. « Il y a eu un référendum », a-t-il dit, « il faudra bien que l'on passe à la mise en œuvre de la décision ».

A-t-il déjà oublié que le vote du mois de juin n’était pas un « référendum » mais, différence capitale, une « consultation locale » ‑ et donc pas une « décision » ? C’était écrit partout, même sur les bulletins de vote. Mais Jean-Marc Ayrault a pu voter les yeux fermés…

Il a pu aussi accorder trop de crédit à son camarade Alain Supiot qui, quoique professeur au Collège de France, a commis la même erreur dans une tribune publiée par Le Figaro. Ou bien s’agirait-il d’un acte manqué dû à son antagonisme avec Manuel Valls, qui lui a pris sa place de premier ministre ? Car c’est Manuel Valls qui, au lieu du « référendum local » annoncé par le président de la République, a décidé de créer une formule de « consultation locale » pour les besoins de la cause. Ignorer la « consultation », serait-ce ignorer son auteur ? Ce qui permet au passage d’ignorer aussi que, dix mois après, l’ordonnance créant ladite consultation n’a toujours pas été ratifiée.

L’ancien maire de Nantes ne s’en est pas tenu là. « Notre-Dame-des-Landes n’est pas un but en soi », a-t-il dit. « Ce n’est un trophée pour personne. C’est la question de l’aéroport actuel de Nantes dont le trafic ne cesse d’augmenter. On sera bientôt à cinq millions de passagers, l’actuel aéroport ne répondra plus. » A-t-il déjà oublié que depuis des années la saturation a été annoncée à 4 millions de passagers ? L’obstacle ayant été franchi sans encombre, on a seulement déplacé le curseur, et c’est reparti pour un tour ! Mais Jean-Marc Ayrault a-t-il déjà oublié aussi que la loi du 3 août 2009 a exclu de créer de nouveaux aéroports ? Elle n’autorise que les transferts « pour raisons environnementales ». En invoquant une raison technico-économique, il patauge dans la mare aux tritons crêtés.

samedi 18 février 2017

« Invitée d’honneur » à Hambourg, Nantes doit quand même payer l’addition

« Du 5 au 7 mai prochains, la Métropole nantaise sera l’invitée d’honneur de l’anniversaire du port de Hambourg » : dit comme ça, c’est flatteur. Ainsi le site web de Nantes Métropole présente-t-il la présence de Nantes au Hafengeburtstag Hamburg, plus grand festival maritime d’Europe, doublé d’une kolossale fête foraine. Et de poursuivre : « Cette présence métropolitaine à Hambourg permettra non seulement de faire rayonner la Métropole, mais également de nouer de nouveaux partenariats pour des échanges économiques durables. » Devant le conseil métropolitain du 10 février, Johanna Rolland a insisté sur le grand privilège accordé à Nantes : d’habitude, Hambourg n’invite que des capitales.


C’est simplement faux. Hambourg invite des pays, non des villes : Hongrie en 2016, Pays-Bas en 2015, Argentine en 2014, Italie en 2013… Et la France, donc, en 2017. Mais les pays sont en général représentés par une ville : Budapest, Groningue, Buenos Aires, Gênes… Aïe ! si Budapest et Buenos Aires sont bien des capitales, Groningue et Gênes ne le sont pas : madame le maire va devoir réviser sa géographie.

Pour ces pays et ces villes, l’honneur est relatif. Nantes Métropole n’étant manifestement pas une source fiable, on se référera au communiqué officiel de la ville de Hambourg : « Chaque année, un pays différent a la possibilité de se présenter comme partenaire de l’anniversaire du port de Hambourg et d’enthousiasmer les visiteurs pour sa culture et son mode de vie, en particulier ses spécialités culinaires. En 2017, la France se présente avec la ville occidentale de Nantes. »

Quand Nantes Métropole se flatte d'être «l’invitée d’honneur », il faut comprendre plus prosaïquement que la France pourra « se présenter comme partenaire » de l’événement allemand, à charge pour Nantes de faire le boulot. Et de payer son écot, soit 250.000 euros alloués par Nantes Métropole au Voyage à Nantes (on se demande d’ailleurs pourquoi il a fallu attendre le 10 février pour s’en préoccuper : l’opération est officiellement prévue depuis le printemps 2016*). Tout ça pour faire goûter le muscadet à des fêtards allemands au nom de la culture française.

En réalité, les visiteurs du Hafengeburtstag sont surtout intéressés par les bateaux. L’élite maritime du monde entier se donne rendez-vous sur l’Elbe. La meilleure façon de promouvoir Nantes serait d’y envoyer le Belem. À cette date, hélas, il croisera du côté du Portugal. Encore une occasion manquée.


P.S. du 19 février : RSE-Nantes Métropole, un comité Théodule local à « gouvernance partagée » sur le thème de la responsabilité sociale des entreprises, n'allait pas laisser passer une si belle occasion d'organiser une « Learning Expedition », ce qui est quand même autrement plus chic qu'un voyage d'étude  Si vous voulez « challenger vos pratiques» à Hambourg, c'est par là.
____________

* Pour être exact, on n’a pas attendu que le budget soit voté pour le dépenser : voici quelque temps déjà, le stand nantais a été confié à Carré final, une entreprise de la banlieue parisienne qui a la bonne idée de posséder une filiale à Hambourg.

mercredi 15 février 2017

Le Voyage à Nantes en ballon, pour apprécier notre art voyer

Personne ne fait plus attention au passage pour piétons britannique installé par Angela Bulloch rue Lanoue-Bras-de-fer, à moins d’avoir en main le catalogue des œuvres pérennes d’Estuaire. Alors on en a fait plus avec les passages genre plat de spaghettis d’Aurélien Bory, boulevard Léon-Bureau. C’est bien sûr pour contempler cette « intervention permanente » que le monde entier afflue chez nous pendant la période du Voyage à Nantes.

Mais il faudra trouver quelque chose de nouveau pour l’été prochain, car nos presque voisins anglais de Bristol sont en train de faire bien mieux. Ils vont installer dans leurs rues des passages pour piétons lumineux et musicaux intitulés « Stop, Walk, Stroll ». Les promoteurs de ce machin inventé par le studio de création Hirsh & Mann espèrent que des airs entraînants pousseront les piétons à traverser les rues en dansant. Alors que chez nous on se contente de zigzaguer sur le boulevard Léon-Bureau.

Route de Saint-Joseph
Mais qu’attend donc Nantes Métropole ? Nous avons une réputation à défendre. Et à élargir. Car – il est étonnant que Jean Blaise n’en ait pas déjà fait un argument d’autopromotion – Nantes a inventé une discipline artistique nouvelle : l’art voyer, ou voyerisme. Hélas, nous ne le faisons pas savoir. Nantes, ton art voyer n’est pas assez voyant. Car il ne se borne pas à deux passages piétonniers sur l’île de Nantes. Prenons de la hauteur. C’est d’ailleurs le seul moyen d’apprécier vraiment l’œuvre d'Aurélien Bory, qui au ras du sol évoque plutôt un travail d’apprenti stimulé au muscadet. Vus d’en haut, les ronds-points multipliés par nos édiles depuis vingt-cinq ans révèlent une intention artistique globale.

Ils n’ont rien à envier à l’art aborigène australien. Il faut bien sûr les contempler depuis le ciel. Mettons-y les moyens : le prochain Voyage à Nantes sera un voyage en ballon. C’est Jules Verne qui sera content à titre posthume !

samedi 11 février 2017

L’Arbre aux hérons plus cher que la Tour Eiffel

Yann Trichard voudrait que l’Arbre aux hérons soit « la Tour Eiffel de Nantes ». Prendre la Tour Eiffel pour référence d’une réalisation du 21e siècle, est-ce la marque d’un simple manque d’imagination, le symptôme d’une grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf ou la conclusion d’une étude raisonnée ? Puisque le vœu vient du président de la CCI, la troisième réponse doit être la bonne.

À première vue, pourtant, l’Arbre aux hérons fait pâle figure face à la Tour Eiffel :
  • 50 mètres de côté au lieu de 125 mètres
  • 30 ou 40 mètres de hauteur (elle varie d’une déclaration à l’autre) contre 300 mètres
  • entre 1.500 et 2.000 tonnes d’acier contre 7.300 tonnes de fer puddlé

Mais ça n’est déjà pas si mal si l’on considère que l’agglomération de Paris est au moins douze fois plus peuplée que celle de Nantes. Et puis, il y a quand même un point sur lequel l’Arbre aux hérons surpasserait la Tour Eiffel : son coût. On annonce 35 millions d’euros. La Tour Eiffel a coûté 7,8 millions de francs de 1889.« Corrigé de l’inflation, cela représente environ 32 millions d’euros de 2015 », lisait-on dans Ouest France il y a deux ans.

En fait, ce serait même moins, assure HomeAdvisor, spécialiste américain des devis immobiliers. Compte tenu des techniques disponibles aujourd’hui, construire la Tour Eiffel ne coûterait « que » 31.184.900 dollars, soit au cours actuel 29.305.074 euros. Donc, oui, on pourrait dire que l’Arbre aux hérons serait la Tour Eiffel de Nantes, « en plus cher, même » : 19,4 % de supplément, ça n’est pas rien. Les Nantais s’emplissent de fierté tandis que leur bourse se vide.

Mais si l’Arbre aux hérons était la Tour Eiffel de Nantes, le risque serait que Nantes soit le Paris de l’Arbre aux hérons. La Tour Eiffel, construite pour une exposition universelle l’année du centenaire de la Révolution, était alors le plus haut bâtiment du monde et l’est restée pendant quarante ans. Elle n'est pas enfermée dans une ancienne carrière, de ses plates-formes, on voit toute la capitale de la France. Trois coups de crayon suffisent pour évoquer sa forme d’une géniale simplicité, immédiatement reconnaissable.  Elle est aussitôt devenue le symbole de Paris, dont elle s'est arrogé le prestige, inégalé à l’époque. L’Arbre aux hérons deviendrait le symbole de Nantes ? Ouais, et alors ?

(image Wikimedia)

jeudi 9 février 2017

Arbre aux hérons et usine à gaz

Dira-t-on que le dossier de l’Arbre aux hérons suit son cours ou que Nantes Métropole cherche péniblement la sortie ? Le cinquième point de l’ordre du jour du conseil communautaire du 10 février est ainsi libellé : « Lancement des études pour le projet arbre aux hérons et co création d’un fonds de dotation avec les acteurs économiques ». Johanna Rolland l’a présenté hier à la presse comme si c’était fait.

Le fonds de dotation est une forme juridique créée par une loi de 2008 sur la modernisation de l’économie – une loi dont la gauche ne voulait pas à l’époque. Ce n’est pas une nouveauté dans la région ; il existe plus d’une centaine de fonds de ce type en Bretagne, un peu moins dans les Pays de la Loire. Ils sont liés à La Folle Journée, au Festival interceltique de Lorient, au CHU de Nantes… Un fonds de dotation est soumis à différentes formalité de déclaration, de contrôle et de publicité. Il lui faut un conseil d’administration, un comité consultatif, un commissaire aux comptes. C’est donc le contraire d’une simplification.


Un fonds de dotation « gère, en les capitalisant, des biens et droits de toute nature (…) et utilise les revenus de la capitalisation en vue de la réalisation d’une œuvre ou d’une mission d’intérêt général » (loi du 4 août 2008, article 140). Vu le taux de rendement actuel des capitaux notre fonds devrait recevoir des centaines de millions d’euros pour financer l’Arbre aux hérons dans un délai raisonnable. Il devra donc recourir à une disposition dérogatoire, qui supposera une habile rédaction de ses statuts (idem pour la définition de son objet, qui doit lui laisser une marge de manœuvre, sous peine d’être considéré comme un organisme transparent).

Un fonds de dotation ne peut pas recevoir de fonds publics, ni directement ni indirectement. Pour déroger à cette règle, il faut un arrêté des ministres de l’économie et du budget : inutile d’y songer. Restent les dons de particuliers ou d’entreprises. Des dons destinés à être redistribués à l’opérateur de l’Arbre aux hérons. Certes, un fonds de dotation peut redistribuer son argent « pour assister une personne morale à but non lucratif dans l'accomplissement de ses œuvres et de ses missions d'intérêt général ». Hélas, Le Voyage à Nantes, qui gère les Machines de l’île, n’est pas une personne morale à but non lucratif mais une société publique locale, régie par le code de commerce. Il faudra donc créer une structure ad hoc pour L’Arbre aux hérons. Encore une complication !

Cela n’évitera pas de s’interroger sur le caractère d’œuvre ou de mission d’intérêt général de L’Arbre aux hérons : entrerait-il dans le cadre défini par les articles 200 et 238 bis du code général des impôts, sur lequel les services fiscaux veillent jalousement ? C’est indispensable, sans quoi les dons versés au fonds de dotation ne seront pas déductibles fiscalement. Mais c’est loin d’être acquis. D’autant plus que, selon les déclarations de Pierre Orefice, les apports des entreprises consisteraient en parrainage de branches – qui à tous les coups seront considérés comme des dépenses publicitaires.

La sécurité juridique d’un tel montage est loin d’être assurée. C’est un handicap de plus pour l’Arbre aux hérons, qui déjà n’en manque pas et dont les perspectives financières sont hautement incertaines. Pourquoi se lancer dans ce méandre supplémentaire que constituerait la création d'un fonds de dotation ? Peut-être pour pouvoir dire un jour : « Vous voyez bien, on a tout essayé et ça n’a pas marché »…
_______________

P.S. -- L'Arbre aux hérons « sera une bonne occasion de rappeler que [Audubon] est nantais », dit Pierre Orefice, cité par Presse Océan. Pas de chance, le patron des Machines est tombé à côté une fois de plus : comme le signale E.L, un fidèle lecteur que je remercie, Audubon est né à Saint-Domingue. 

mercredi 1 février 2017

La nouille qui se fait encore plus grosse que l’Éléphant

Bingo ! Les Machines de l’île ont vendu 665.000 billets en 2016, a assuré Pierre Orefice à Presse Océan. Sophie Trebern et Stéphane Pajot ont fidèlement reproduit ce score, encore plus élevé que celui annoncé à 20 Minutes début janvier, qui n’était « que » de presque 660.000.

Vus dans le rétroviseur, d’ailleurs, les chiffres des Machines paraissent toujours plus gros. Près de 8.000 personnes ont participé à la « Nantes Maker campus » en juillet dernier, lit-on dans Presse Océan. Un bilan à la louche plus flatteur que les 6.106 visiteurs très exactement revendiqués par le même Pierre Orefice en juillet dernier dans un entretien avec François Chrétien publié par Ouest France. Le campement d’artistes organisé à cette occasion « a rassemblé plus de 200 000 personnes » ; en juillet, toujours selon Ouest France, le patron des Machines n’en avait vu qu’entre 80.000 et 100.000.

« La grande surprise a été ces deux vidéos virales de l’Éléphant qui ont fait 30 millions de vues aux États-Unis », assure aussi Pierre Orefice. Où les trouver ? Presse Océan ne l’indique pas. Une recherche sur le web ne révèle que deux vidéos à gros scores publiées en 2016, toutes deux sur le site Insider Travel, l’une le 27 septembre, l’autre le 1er octobre. La première a totalisé à cette heure 11.243.822 vues. Et la seconde 11.243.822. Égalité donc. Et pour cause : il s’agit de la même vidéo publiée deux fois. Même en comptant double, ça ne fait encore pas 30 millions. Mais les choses se présentent bien pour 2017 puisque la vidéo a été à nouveau publiée le 19 janvier.

Ce score, on l’a déjà dit, est typique d’Insider Travel, qui n'est surpassé sur le net que par National Geographic. Et cela reste vrai même pour les sujets les plus improbables. Une vidéo sur « la manière la plus sympa de manger des nouilles » postée elle aussi le 27 septembre en est à 20.895.045 vues (ou faut-il dire « presque 63 millions de vues », sachant que cette vidéo a été mise en ligne trois fois l’an dernier ?). Hors Insider Travel, les scores des Machines sont loin d’être aussi copieux, on en trouve maint exemple sur YouTube. Mais c’est compter sans la magie du verbe oreficien : soyons audacieux, voyons double. Ou triple.
__________

Mise à jour à l'intention de ceux qui se demanderaient pourquoi Les Machines veulent changer le moteur de l’Éléphant :

samedi 28 janvier 2017

Qui a quelque chose contre la Straed ar C’hastell ?

Straed ar C’hastell – rue du Château : pour la première fois, une rue porte un nom bilingue français-breton à Nantes. Enfin… à un bout de la rue, car à l’autre, l’obscurantisme semble faire de la résistance. Le nom breton est occulté par un adhésif noir.

Il est vrai que ce Straed ar C’hastell-là est apposé sur le mur d’une pizzeria : la cuisine cosmopolite aurait-elle du mal à s’accommoder de l’identité régionale ? Et cette pizzeria n’est qu’un début : continuez la Straed ar C’hastell de l’autre côté de la rue de Strasbourg, vous y trouvez en moins de cent mètres de ligne verte une boutique de sushis, le pub irlandais Buck Mulligan’s, le kebab Kefta n’Chips, le restaurant vénitien San Marco et le glacier italien Amareno*.

Côté fringues, galeries d’art et autres, quelles enseignes trouve-t-on dans cette rue typique ? Chez Milord, de Arte, Mellow Yellow, Million Dollar Baby, Nice Things, Picktoshop, Saint Market, Sorong… Mais personne ne semble s’offusquer de ces noms en langue étrangère. Pas au point de jouer de l’adhésif noir, en tout cas.
__________________

* La Crêperie du Château – une bonne adresse, soit dit en passant – est quand même là pour sauver l’honneur régional. Si l’on était à Saint-Malo ou Quimper, la moitié des boutiques de la rue seraient devenues des crêperies ; il faudra encore beaucoup ramer avant de faire de Nantes une ville touristique.