dimanche 18 septembre 2016

Lohengrin mal servi par la com’ d’Angers Nantes Opéra

Le Lohengrin de Wagner produit par Angers Nantes Opéra à La Cité, vendredi soir, fut un spectacle magnifique, salué par près d’un quart d’heure de rappels. Pourquoi en parler, alors, dans un blog consacré à ce qui ne va pas ?

Oh ! pas pour chipoter sur de minimes décalages ou sur le manque d’ampleur de Juliane Banse en Elsa de Brabant qui, AMHA, malgré sa technique parfaite, peinait un peu à donner la réplique à la formidable Catherine Hunold en Ortrud. Pas moyen même de ricaner sur les costumes, les scènes de duel ou le cygne censé amener Lohengrin à Anvers puisque cette version de concert était dépourvue de tout artefact scénique. Non, l’ensemble était superbe et généreux.

Généreux, ô combien : l’Orchestre national des Pays de la Loire au grand complet et le chœur d’Angers Nantes Opéra avaient reçu le renfort du chœur de l’Opéra national Montpellier Languedoc-Roussillon. La scène du grand auditorium était bondée et l’ONPL dirigé par Pascal Rophé a fait preuve d’un engagement, d’un enthousiasme qu’on ne lui a pas toujours vu dans le passé. Et sans fléchir, malgré trois heures de représentation quand même.

Bon, alors, qu’est-ce qui ne va pas ?

Les spectateurs. Ou plutôt les non-spectateurs. La salle de l’auditorium était loin d’être aussi bondée que la scène. À la louche, peut-être un cinquième des fauteuils restèrent inoccupés, surtout aux balcons et aux corbeilles. Une production si brillante et si coûteuse pour si peu de spectateurs, quel gâchis ! Qui plus est, ce joyau n’aura eu que trois représentations, deux à Nantes et une à Angers, alors que les spectacles d’Angers Nantes Opéra ont « huit représentations en moyenne », assure la ville de Nantes !

Les absents ont toujours tort ? Les Nantais se contrefichent de l’opéra ? Allons donc ! Angers Nantes Opéra n’a pas pour seule vocation d’organiser des spectacles. La première mission du syndicat mixte est l’action culturelle. À lui de faire venir les spectateurs. S’il n’y parvient pas, il est en échec, il jette par les fenêtres l’argent public englouti dans la création des spectacles (environ 80 % de subventions de l’État, de la région, des départements et des villes).

Or il ne déploie pas une grande pugnacité. Les billets pour Lohengrin étaient en prévente depuis le 29 mars : cela laissait pas mal de temps pour faire monter la mayonnaise. Un dépliant au format PDF a été mis en ligne sur le site d’Angers Nantes Opéra le 1er juin 2016. Depuis lors, rien hormis les mentions d’actualité, pas un seul article sur le blog de l’institution ! Un peu mieux sur Facebook avec une ou deux vidéos et quelques reprises d’articles extérieurs pour appuyer des informations essentiellement administratives du genre « Version de Concert. Billetterie ouverte », le 30 août.

Moins de trois semaines avant la représentation, ce passionnant avis a attiré neuf (9 !) mentions « j’aime », dont celles d’Angers Nantes Opéra soi-même, de sa responsable de communication, et d’un ses barytons et de madame, et quatre (4 !) partages, dont ceux de la même responsable de communication, du Cercle Richard Wagner de Lyon et de Catherine Hunold elle-même. Autant dire qu’il y avait le feu au lac des cygnes. Mais pas grand chose n’a été fait pour redresser la barre d’urgence.

Peut-être était-il trop tard de toute manière pour remédier à une communication qui manque de peps depuis longtemps. Avec un résultat mesurable : la page Facebook d’Angers Nantes Opéra a recueilli 2 350 mentions « j’aime ». Celle de l’Opéra de Paris 154 186. Celle de l’Opéra national de Bordeaux 8 363. Et celle de l’Opéra de Rennes, qui s’adresse en principe à une population trois fois moins nombreuse, 4 524.

[À l’heure où j’écris ces lignes, il reste deux occasions d’assister à une représentation de Lohengrin : ce dimanche à 14h30 à La Cité, mardi à 19h00 au Centre de congrès d’Angers]

Illustration : extrait d’une copie d’écran du site web d’Angers Nantes Opéra

lundi 12 septembre 2016

Voyage à Nantes 2016 : (4) de l'art d'arranger les chiffres

Comme chaque année, l’œuvre la plus créative du Voyage à Nantes estival est peut-être son bilan. Mais ça commence quand même à devenir laborieux. Ainsi s’ouvre le bilan de fréquentation estivale 2016 :

« Toute l’année le Voyage à Nantes travaille pour le développement du tourisme à Nantes et si l’événement estival reste la partie la plus visible de son action, cette édition 2016 marque, après 5 ans d’activités, combien l’art dans l’espace public bouscule la forme de la ville jusqu’à inventer de nouveaux usages pour ses habitants et visiteurs extérieurs. »

Soixante mots pour ne rien dire (« l’art bouscule la forme de la ville jusqu’à inventer de nouveaux usages » : bravo à l’exégète qui saura décrypter cette formule boursouflée) : personne n’a donc eu l’idée de faire relire le dossier de presse par un professionnel de la com’ ? Même un stagiaire aurait suffi… À titre de comparaison, voici comment débute le bilan de saison départemental de Loire-Atlantique développement :

« Dans un contexte national de baisse de la fréquentation touristique, l’été de la Loire-Atlantique a été sauvé par une météo très favorable. Le département se révèle ainsi une valeur sûre ! »

C’est toute la différence entre les pros et les amateurs…

Mais attendez ! Le Voyage à Nantes se rattrape aux branches avant la fin de la première page :

« nous sommes heureux de constater une fréquentation stable sur les deux mois d’été. »

Eh ! bien voilà ! Ce qui va sans dire va mieux en le disant. Hélas ça va beaucoup moins bien en le comptant. « Cette édition 2016 réunit 1 700 684 visites le long de la ligne verte », précise Le Voyage à Nantes. Puisqu’il y a stabilité, c’est donc que la fréquentation de 2015 devait se situer dans les mêmes eaux ? Pas du tout : l’édition 2015 avait revendiqué 2 065 000 visites. Le compte est vite fait : la « fréquentation stable » a en réalité baissé de 364 316 personnes. Ce 0 % est en fait un –17,6 %…

Ça vous paraît trop gros pour être vrai ? Inutile de vous jeter sur l’internet pour vérifier : le bilan 2015 est aujourd’hui introuvable, à l’instar du bilan 2013. Mais la piste peut quand même être remontée grâce à… Nantes Métropole : on n’est jamais si bien trahi que par les siens ! Voici ce qu’on lit, à ce jour encore (mais demain qui sait ?), sur son site officiel concernant l'été 2015 :


Le bilan de 2015 est donc bel et bien de 2 065 000 visites (« soit 66 745 en plus par rapport à 2014 ») alors que le dossier de presse 2016 présenté jeudi dernier par Le Voyage à Nantes n’en compte plus que 1 665 294. Maintenant, que faut-il en conclure : que le bilan 2016 est trafiqué ou que le bilan 2015 était gonflé ? Je ne me prononcerai pas*.

Il faut ajouter à cela que les visites ont eu tendance à se concentrer sur deux sites seulement : le jardin des plantes et la cour du château des ducs. Ils totalisent à eux deux 871 136 visites, soit plus de la moitié du total. On dirait que « l’art dans l’espace public » ne bouscule pas grand chose.

Faute de temps, on ne pinaillera pas sur telle ou telle rubrique du bilan du VAN 2016. Sauf une quand même, pour le plaisir. Voici un extrait du tableau des fréquentations publié par Le Voyage à Nantes :


Une partie des commentateurs, à l’instar de Julie Urbach dans 20 Minutes, en ont conclu que Les Machines de l’île, avec 185.469 entrées payantes (95 419 + 90 050), ont gagné près de 3.000 visiteurs par rapport à juillet-août 2015. Mais où est donc passé l’Éléphant dans ce tableau ? Les chiffres indiqués par Le Voyage à Nantes sont ceux des billetteries, or Les Machines ont deux billetteries : l’une à l’entrée de la Galerie, qui vend aussi les billets pour l’Éléphant, l’autre à l’entrée du Carrousel. Il est donc probable que les chiffres 2016 de la Galerie incluent ceux de l’Éléphant… alors qu’ils sont comparés à ceux de la Galerie seule pour 2015.

Car en 2015, Les Machines de l’île n’ont pas vendu les 182 563 billets (88 497 + 94 066) indiqués par la colonne de droite du tableau ci-dessus. Comme le révèle Nantes Métropole (voir plus haut), elles en ont vendu en réalité 215 843. Au lieu de gagner près de 3 000 visiteurs en 2016, il se pourrait bien qu’elles en aient perdu plus de 30 000 ! Ce qui serait cohérent avec leur baisse de forme en mai et juin (fréquentation en baisse de 8,4 %) révélée par Loire-Atlantique développement.
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* Une autre explication possible serait qu’on n’a pas utilisé les mêmes outils : comme une partie du bilan est faite de comptages effectués le long de la ligne verte par des médiateurs, il suffit d’augmenter ou de diminuer le nombre de médiateurs pour faire varier le nombre apparent de visites !

dimanche 11 septembre 2016

Arbre aux hérons : Les Échos lointains de Miséry

« L’Arbre aux hérons, nouvelle curiosité touristique nantaise », titrait vendredi le quotidien Les Échos. Si la « curiosité » est nouvelle, l’information ne l’est pas puisque deux mois se sont écoulés entre l’annonce du projet et la parution de l’article. Son auteur, Emmanuel Guimard, se serait-il fait un peu tirer l’oreille ? Du moins n’affiche-t-il pas le même enthousiasme que les services de com’ de Nantes Métropole.

S’il décrit le projet au futur, il se réfugie quant au financement derrière un prudent conditionnel : « Nantes Métropole ne paierait qu’un tiers de l’addition ». Pour le reste, Johanna Rolland « souhaite au moins un tiers de financements privés, qui restent à collecter, et un tiers d’autres partenaires publics ». Ce « souhaite » n’annonce rien qui vaille pour les contribuables nantais. « D’autres mécènes seront recherchés », insistent Les Échos, façon de souligner qu’ils ne sont pas trouvés.

Pour l’avenir, le quotidien ne se prononce pas. Il préfère se réfugier derrière les conjectures municipales : « Nantes Métropole estime que l'arbre pourrait attirer jusqu'à 1 million de visiteurs par an, amortissant vite l'investissement ».

En réalité, Nantes Métropole n’en espère même pas tant. « Avec l'Arbre aux hérons, les Machines - site le plus visité du département avec 620.000 entrées payantes en 2015 - devraient atteindre le cap du million de visiteurs annuels » indique-t-elle sur son site web. Ce qui ramène donc les espérances pour l’Arbre aux hérons à 380.000 billets par an. De quoi amortir « vite » l’investissement, comme l’envisagent Les Échos ?

Les Échos est le grand quotidien de l’économie. Ses lecteurs savent bien ce que signifie l’amortissement d’un investissement : l’étalement de son coût sur sa durée d’utilisation. Si l’on suppose par exemple que « vite » signifie cinq ans, il faudrait en pratique répartir le coût de l’Arbre aux hérons, soit 35 millions d’euros, sur 380.000 x 5 = 1,9 millions de visiteurs. C’est-à-dire que chaque billet vendu devrait contribuer à financer l’Arbre à hauteur de 18,42 euros ! Sur dix ans (mais dix ans, est-ce encore « vite » ?), ce serait 9,21 euro par billet. Cela propulserait le prix du billet à des hauteurs incompatibles avec l’objectif de 380.000 visiteurs par an.

L’idée même d’un amortissement rapide est absurde. Et l'idée d'un amortissement tout court est déjà d'un fol optimisme. Voyez Les Machines de l’île. Neuf ans après leur création, cet investissement a été amorti exactement à hauteur de 0 % : Les Machines continuent à perdre de l’argent chaque année. Les Échos le savent bien. En concluant leur article sur un espoir d’amortissement, ils montrent une ironie subtile mais féroce envers Nantes Métropole.


jeudi 25 août 2016

David Bartex (re)collé au mur

« Inauguration de la fresque Jazzorama Sully », annonce le site municipal www.nantes.fr au programme du 26 août 2016. Une fresque ? La direction de la communication de Nantes a décidément le chic pour se tromper de vocabulaire, involontairement ou pas. Une fresque est une peinture murale effectuée sur un enduit frais. Cette fresque-ci est en réalité imprimée en trois parties sur un support textile amovible.

Et pour cause : elle devra être déposée dans deux ans lors de la rénovation intégrale de son support, la cité communale de la rue Pitre-Chevalier. (Avec une belle densification au passage : des locaux commerciaux et un tiers de logements en plus.) Poser et déposer, et reposer peut-être, c’est toujours travailler, mais c’est aussi une drôle de manière de gérer les finances municipales.

L’œuvre est signée par le graphiste nanto-auvergnat David Bartex. Mais elle ne ressemble pas du tout à sa réalisation nantaise la plus célèbre : le mur de Royal de Luxe, d’abord tombé du ciel place de la Bourse puis transféré à côté du CHU. C’était en 2011 : une éternité dirait-on. Aujourd’hui, tout le monde paraît l’avoir oublié alors qu’il était censé être la coqueluche des Nantais à sa création. Sic transit gloria mundi… Le Voyage à Nantes s’est bien gardé de l’intégrer dans le parcours de sa ligne verte. On comprend pourquoi : bien que rénovée en 2013, la fresque est à l’agonie. 

mardi 23 août 2016

VAN 2016 : (3) Pour voyager à l’ombre

Les trois jours de canicule qui nous attendent sont-ils l’occasion de visiter les œuvres du Voyage à Nantes exposées en intérieur, pour ceux qui les auraient snobées jusqu’ici ? Le tout est de savoir ce que vous pouvez supporter !

Au théâtre Graslin, La Syzygie. Appelez ça de l’art si vous voulez, moi j’appelle ça du foutage de gueule. C’est une œuvre sonore : différentes voix choisies par James Webb commentent le bâtiment. Il faudrait des heures pour en faire le tour et dénicher les passages qui pourraient vous intéresser. Si vous n’avez qu’un temps limité à lui consacrer, c’est une loterie, et je vous assure, il y a du très casse-pied là-dedans. En contrepartie, la clim’ du théâtre vous met à l’abri des grosses chaleurs, la pénombre est propice à une petite sieste sur les sièges de velours, la rareté des visiteurs vous assure une certaine tranquillité et les toilettes sont accessibles.

Au manoir Dobrée, L’Inconnu me dévore. Je n’aime pas dire du mal des gens, mais effectivement il est gentil, Julien Amouroux, alias Le Gentil Garçon. Du musée désaffecté, il a fait un vaste cabinet de curiosités. On y trouve des phasmes vivants, un zèbre empaillé, un cœlacanthe en plastique couleur chocolat, quelques œuvres empruntées au musée des Beaux-arts voisinant avec quelques œuvre non empruntées (seul un crochet d’accrochage les signale, ah ! ah ! ah ! on a de l’humour au VAN), des bras porteurs de torches (électriques) qui dépassent du mur, une défense de narval transformée en nez de Pinocchio… L’ensemble est sympa et ne fait pas mal à la tête. Et puis c’est l’occasion de revoir les charpentes du manoir, car on peut monter en haut de la tour.

À la HAB Galerie, La mer allée avec le soleil. C’est peut-être l’œuvre la plus ambitieuse de cette édition du Voyage à Nantes. Sur quatre immenses murs d’images, Ange Leccia (l’auteur de la projection du visage de Laetitia Casta sur le canal Saint-Félix), expose sa vision de la mer, du ciel et des jeunes filles. Tantôt sombre, tantôt lumineux, le spectacle est puissant et prenant. Hélas, la HAB Galerie surchauffée par le soleil, et imprégnée d’une odeur tenace de poulet rôti venue sans doute de la Cantine du voyage voisine, s’avère un lieu bien inconfortable.

dimanche 14 août 2016

La Cantine du Voyage à l’unisson du VAN : tout le monde descend

En 2013, La Cantine du Voyage fut un désastre. On changea la déco. En 2014, ce fut un désastre. On changea le menu. En 2015, ce fut un désastre. On ajouta un potager. Et en 2016, c’est encore un désastre. Les avis publiés sur TripAdvisor depuis début mai – plus de 70, excusez du peu – sont tout aussi éloquents que par le passé : hormis quelques jobards toujours contents (ou peut-être des comparses), les commentateurs, dans leur majorité, adorent le cadre, déplorent le service et fustigent l’assiette. Résultat : malgré la Loire, malgré le grand air, malgré les transats, malgré le design, malgré le label du Voyage à Nantes, La Cantine du Voyage est classée à ce jour n° 845 sur 1 054 restaurants à Nantes !

Elle arrive loin derrière de nombreux fast-foods, une foule de pizzerias, plusieurs libre-service comme la cafeteria d’IKEA et même quelques établissements disparus (Gusto, Le Bistroquet…). Or  avec deux cents commentaires tout rond, elle est l’un des restaurants nantais les plus abondamment commentés par rapport à son ancienneté, quatre ans soit au total une quinzaine de mois d’activité seulement.

Chaque année, on prend les mêmes et on recommence, avec les mêmes résultats. Le gag est à ce point répétitif qu’on se demande si ça n’est pas un système. Se taper le poulet de la Cantine serait-il une sorte de rite de passage pour le bobo néo-nantais ? Une petite brimade pas trop douloureuse qu’il faut supporter vaillamment pour que l’assistance entonne : « Il est des nôôôtres ! » ? On songe au Tord-Boyaux de Pierre Perret, un « boui-boui bien crado » mais aussi bien bobo (en 1963, déjà…) :

Cet endroit est tellement sympathique
Qu'y a déjà l'tout Paris qui rapplique
Un p'tit peu déçu d'pas être invité
Ni filmé par les actualités.

Cette place to be est une émanation du Voyage à Nantes, qui l’a créée, financée, avalisée. Comme chaque année, elle fait partie de son programme estival officiel ; elle en forme cette année les étapes n°27, 28 et 29. Le VAN prétend faire dans la « promotion culinaire ». C’est très légitime de la part d’un office de tourisme, mais encore faudrait-il le faire bien. Si le poulet-pommes de terre ‑ et encore, pas toujours bien cuit ‑ est le summum de la cuisine nantaise, Nantes n’est sûrement pas une destination pour les gourmets.

Comme le note un commentateur de TripAdvisor, plutôt bienveillant d’ailleurs : « Il faudrait réellement que le Voyage à Nantes réagissent au plus vite avant qu'il soit trop tard car le concept est très bien si il est bien exploité et avant que la réputation du Voyage à Nantes se dégrade a cause de cette " cantine ". » Mais Le Voyage à Nantes aurait eu tout le temps de réagir depuis 2013. S’il ne l’a pas fait, c’est que la formule lui convient*. Et dans le fond, on voit bien pourquoi. La Cantine du Voyage est à l’unisson du reste. Comme l’ensemble de l’opération estivale, elle se situe sur une ligne racoleuse, tape à l’œil, bas de gamme, de nature à attirer un public peu exigeant qu’elle ne cherche pas à éduquer davantage. Ce n’est pas plus de la cuisine que le VAN n’est de l’art – mais pas moins non plus. On y va en tongs.

Et la formule n’est pas encore épuisée. Après la création d’un potager bio (quoique exposé aux particules fines du boulevard de la Prairie au duc) en 2016, parions sur l’installation d’un poulailler en 2017. Le client pourra y choisir son poulet en direct, peut-être même l’égorger lui-même. Quant à savoir lequel des deux sera le plus plumé…
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* Et à Jean-Marc Ayrault aussi, revenu tout sourire manger avec les copains et les copines voici quelques jours.

vendredi 5 août 2016

Qui croit vraiment à l’Arbre aux hérons ?

Je fais semblant comme ça, mais au fond, l’Arbre aux hérons dans la carrière de Miséry, je n’y crois pas beaucoup. Voici pourquoi.

  1. Quand on veut mettre en valeur la taille d’une construction, on ne commence pas par  la placer dans un trou. De Stonehenge à l’opéra de Sydney en passant par les pyramides d’Égypte, le Parthénon ou la tour Eiffel, on a toujours choisi des sites dégagés. L’affiche « officielle » de l’Arbre aux hérons conçue par Stephan Muntaner et diffusée par Les Machines de l’île représente un arbre qui flotte dans les airs sous le titre « Une cité dans le ciel » : tout le contraire d’une installation engoncée dans une ancienne carrière.
  2. Le terrain de l’ancienne brasserie mérite sûrement d’être aménagé et cette proposition n’est pas la première (ainsi, Yves Lainé suggérait d’y créer une estufa fria comme à Lisbonne). Mais sa transformation en site touristique majeur imposerait de reconfigurer les voies de circulation depuis les Salorges jusqu'à la gare de Chantenay, de créer un parking de plusieurs centaines de places et de revoir les transports en commun (presque 800 m depuis la station de tram Gare maritime, c’est trop pour beaucoup de piétons, surtout quand ils n’ont pas l’objectif en ligne de mire tout au long du chemin). Ce serait pas mal de millions d’euros à ajouter aux 35 millions de la construction de l’Arbre elle-même.
  3. L’Arbre aux hérons serait bien plus vulnérable aux intempéries que Les Machines de l’île : qui voudrait parcourir ses branches sous une pluie battante ou chevaucher un héron mécanique par grand vent à 45 m de hauteur ? Largement ouverte aux vents dominants de sud-ouest, la carrière ne le protégerait pas. Il est probable en outre qu’elle est le cadre de mouvements aérauliques locaux. Heureusement, la maquette au 1/10e  construite par Les Machines de l’île et la soufflerie climatique Jules Verne du CSTB permettent de les étudier. Ça n’a pas été fait avant la décision de Johanna Rolland ? Hoho, ça ne donne pas l’impression d’un projet bien bordé.
  4. Éloigné des Machines de l’île, l’Arbre aux hérons formerait un établissement distinct, avec peu de synergies et un risque de cannibalisation commerciale. Une partie des visiteurs seraient probablement « volés » à l’établissement principal, aggravant son déficit. Si l’Arbre attirait comme espéré 400.000 visiteurs par an (soit un tiers de moins que Les Machines de l’île, alors qu’il coûterait au minimum 75 % plus cher) et qu’on calculait son amortissement sur dix ans, comme c’est la norme, il coûterait 8,75 euros par visiteur aux contribuables nantais et autres financeurs, sans même tenir compte des frais d’aménagement du site et d’un éventuel déficit d’exploitation.
Donc, pour résumer, non, je ne crois pas que la construction de l’Arbre aux hérons soit une idée sérieuse. Mais pourquoi Johanna Rolland l’aurait-elle avancée, alors ? Là, j’ai deux hypothèses. Non exclusives l’une de l’autre.

D’abord, Madame le maire de Nantes a besoin de détourner l’attention. Le numéro de juin du bulletin municipal Nantes Passion s’ouvrait sur un éditorial signé par elle et intitulé « Le tourisme, atout majeur du territoire nantais ». L’annulation de certaine université d’été l’a mise en sérieux porte-à-faux. Comment éviter que les professionnels du tourisme ne comprennent : « le socialisme, handicap majeur du tourisme nantais » ? En faisant miroiter des lendemains qui chantent grâce à un nouvel équipement censé attirer les foules.

Ensuite, Madame le maire de Nantes a besoin de préparer le terrain. L’an prochain, elle va devoir annoncer des restrictions budgétaires à des tas de gens, ainsi que le proclamait Presse Océan samedi dernier sur toute la largeur de sa Une : « Nantes Métropole va se serrer la ceinture ». Pour atténuer les amertumes, elle devra montrer qu’elle s’impose elle aussi des sacrifices. Annoncer un grand projet pour pouvoir annoncer son abandon, croyez-vous que ce soit au-dessus de l’imagination des communicants nantais ?

mardi 2 août 2016

Stendhal, non, l’eau ferrugineuse, oui

Pour animer ses pages estivales, Presse Océan a lancé une série d’articles sur le thème « Un hôtel, une histoire ».  Le numéro 3, hier, était consacré au séjour de Stendhal à l’Hôtel de France, situé place Graslin. L’écrivain le relate dans ses Mémoires d’un touriste.

« C’est la première fois que le mot ‘touriste’ apparaît dans la littérature », déclare Jean-Yves Paumier, cité par Julie Fortun. Ce n’est pas tout à fait exact, n’en déplaise au chancelier de l’Académie de Bretagne : le mot était présent dans les récits de voyage bien avant la parution des Mémoires d’un touriste en 1838. Et, sans remonter jusqu’au voyage en Bretagne de Dubuisson-Aubenay deux siècles plus tôt, l’existence même de ces récits montre que Stendhal n’a pas été « véritablement l’un des premiers touristes ».

En 1834, François-Jérôme-Léonard de Mortemart-Boisse avait publié Le Touriste, histoire, voyages et scènes intimes, avec une préface d’Eugène Sue. Mais déjà en 1824, dans Le Lycée armoricain, une note à propos d’un voyage en Suisse expliquait ironiquement : « les Anglais appellent Touristes les voyageurs semi-badauds qui, comme nous, se rendent d’un lieu à un autre pour n’y ouvrir à peu près que les yeux du corps. On peut les comparer aux personnes qui se bornent à feuilleter un livre et ne s’arrêtent qu’aux anecdotes, sans s’attacher au système qui les lie. Le Touriste a cependant le soin d’annoncer au public quels sont les lieux où il a bien dîné ou mieux soupé. » Et la revue bretonne de citer, en témoignage de ces anecdotes, « l’eau d’une fontaine ferrugineuse » consommée à La-Plaine-sur-Mer. Enfoncé Henri Beyle !

lundi 1 août 2016

Arbre aux hérons : La meilleure idée du monde ne peut donner que ce qu’elle a

« C’est la meilleure idée du monde », jurent François Delarozière et Pierre Orefice à propos de l’installation de leur Arbre aux hérons dans la carrière de Miséry. Cette assertion ridicule vous amuse ? Riez, riez toujours ! Vous aussi, vous seriez prêt aux flagorneries les plus éhontées si Johanna Rolland acceptait de claquer 35 millions d’euros pour votre idée chérie. Moi oui, en tout cas.

Mais pour dire qu’une idée est la meilleure, il faudrait d’abord la comparer à d’autres. Johanna Rolland prétend organiser de grands débats et recueillir des avis citoyens. Avec l’Arbre aux hérons, elle n’a rien demandé à personne. Sans lancer ni appel d’offres ni concours d’idées, elle a soudain décidé seule de ce qu’il fallait faire sur un terrain laissé en friche depuis des décennies.

L’étonnant n’est pas ce cocktail de procrastination et de précipitation : Jean-Marc Ayrault procédait de même. L’étonnant est la vacuité de la décision : sur un site à l’abandon, on colle un projet dont on ne sait que faire. C’est la version municipale de l’aveugle et du paralytique. Non seulement la « meilleure idée du monde » n’a pas été comparée à d’autres, mais elle n’est qu’étroitement locale… et ce n’est même pas vraiment une idée !

Du bout de l'île de Nantes, on aperçoit la carrière de Miséry.
MM. Orefice et Delarozière l'ignoraient apparemment.
Cette vacuité est proclamée par Pierre Orefice lui-même. « C’est le plus bel endroit du monde pour faire l’Arbre aux hérons », assure-t-il dans un entretien avec Les Inrocks (la meilleure idée du monde pour le plus bel endroit du monde : le patron des Machines de l’île manque à la fois de modestie et de vocabulaire). « On aurait été incapables de le trouver parce que l’on restait bloqués sur l’île de Nantes. Le jour où Karine Daniel (députée de Nantes) et Johanna Rolland (maire de Nantes) nous ont parlé de ce lieu, on a été le voir. On est tombés raides avec François Delarozière, on a trouvé ce lieu extraordinaire. » On se croyait créateur de calibre mondial et l'on était bloqué sur une douzaine d’hectares...

Avoir découvert le plus bel endroit du monde n’a d'ailleurs pas ôté aux créateurs des Machines une certaine étroitesse de vue. Ils situent la carrière de Miséry « à 400 mètres à vol de héron du Carrousel des mondes marins ». Raté : de la carrière au manège, il y a environ 900 mètres. À 400 mètres, on est au milieu de la Loire. Si leur héron tente le vol, il va faire plouf !

mardi 19 juillet 2016

Les Machines de l’île ont très chaud

N’est-il pas un peu étonnant que Les Machines de l’île n’aient pas davantage claironné leur score de fréquentation de l’an dernier ? Avec 613.496 billets vendus, elles ont franchi en 2015 la barre des 600.000 espérée depuis longtemps. (Au fait, pourquoi parlent-elles à présent de « billets vendus » et non de « visiteurs » comme par le passé ? Serait-ce parce que les tours doubles du Carrousel vendus certains jours sont comptés pour deux billets, mais qu’il serait difficile de les compter pour deux visiteurs ?)

Même en retard sur les promesses, ce score de 613.496 billets vendus est un bon score. Enfin, plus ou moins. Comme on l’a déjà indiqué, il faudrait vendre au moins 630.000 billets pour retrouver le rythme de fréquentation du deuxième semestre 2012, après l’ouverture du Carrousel. Et puis, la progression des ventes d’une année sur l’autre n’a été en fait que de 3,8 %. C’est à peu près le rythme annoncé par Le Voyage à Nantes pour la saison estivale 2015, même si comme d’habitude les chiffres du VAN sont d’une fiabilité douteuse. Partout dans la région, les sites touristiques ont annoncé des progressions bien supérieures (+ 12 % au Puy-du-Fou). Donc, non, en fait, la saison 2015 n’a pas été si glorieuse pour Les Machines de l’île.

On s'en rend mieux compte au vu du cocorico publié début mai 2016 : depuis le début de l'année, Les Machines de l’île avaient accueilli 36.784 visiteurs de plus que l’an dernier à la même période soit + 24,63 % (Presse Océan du 13 mai 2016). Le progrès est incontestable : l’arrivée d’une araignée dans la Galerie, bien mise en valeur par la presse, a fait revenir des visiteurs locaux. Et l’animation de la Galerie, qui s’était dégradée, a été redynamisée. Mais ce mieux est relatif : il révèle surtout que Les Machines ne se portaient pas très bien début 2015. Ce qui confirme l’analyse faite ici l’an dernier : l’absence de célébration autour du 3 millionième visiteur signifiait que cet obscur objet statistique est passé à la caisse plus tard qu’espéré. 

Si l’amélioration du début d’année (+ 24,63 %) se confirme tout au long de 2016, Les Machines devraient vendre 764.600 billets cette année. Là, pour le coup, ce serait un beau succès : je m’engage à manger mon chapeau s’il se concrétise. Et je devrais assez vite savoir si je dois préparer le sel et le poivre en fonction de la date de célébration du 4 millionième visiteur. A fin 2015, le nombre total de visiteurs des Machines, à en croire les chiffres officiellement publiés (sous toutes réserves, donc), s’élevait à 3.520.619. Si l’on y ajoute les 186.130 du début de l’année, le total général atteignait 3.706.749. Il manquait donc 293.251 billets, soit 38,4 % de 764.000, pour arriver à 4 millions.

Relégué en panne sous les Nefs depuis la semaine dernière
le Grand éléphant assiste ce soir à un dîner de gala.
La fréquentation des Machines au mois le mois est difficile à connaître, mais du temps où elle était publiée, les quatre premiers mois de l’année représentaient entre 20 et 23,5 % de la fréquentation annuelle. Or les 186.130 billets vendus avant l’annonce du 13 mai sont cohérents avec cette proportion : ils représentent 24,34 % de 764.600. Poursuivons donc l’extrapolation. Les sept premiers mois de l’année représentaient 50 à 55 % de l’année environ. Et les huit premiers mois 73 à 75 % environ. C’est-à-dire que le 4 millionnième visiteur devrait se présenter aux alentours du 15 août, un moment idéal pour faire du buzz à l’intention des Nantais déjà rentrés de vacances. Au-delà du 20 août, les 764.600 billets vendus seraient sans doute à oublier. Et au-delà du 15 septembre, la réédition du score de 2016 deviendrait elle-même improbable.

Pas un chat à la billetterie du Carrousel sur le petit coup de
17h00. Les longues queues de naguère ne sont qu'un souvenir.
Or la situation, ces temps-ci, n’incite pas franchement à l’optimisme. Le Grand éléphant, qui avait pourtant subi sa révision annuelle début juin, est en panne depuis plusieurs jours, soit un déficit de plus de 500 billets par jour. Et l’on ignore à cette heure quand il pourra redémarrer. Quant au Carrousel, c’est une constante : il fonctionne mieux par temps gris en saison et par beau temps hors saison. La canicule a fait dégringoler sa fréquentation, qui ne devait déjà pas être trop fringante, puisqu’il doit vendre deux tours pour le prix d’un tous les jours de 10h00 à 14h00.

Ce n’est pas de chance. Mais la chance compte aussi dans l’exploitation d’un équipement touristique. Et l’Arbre aux hérons, au fait, il sera à l’abri des pannes mécaniques et des caprices de la météo, lui ?

L'esplanade des Chantiers vers 17h00. Moins de monde qu'un jour d'hiver.