mardi 21 février 2017

Lobbying pour NDDL (41) : Jean-Marc Ayrault a déjà la tête ailleurs

Dire que certains l’imaginaient naguère siégeant au Conseil constitutionnel ! Jean-Marc Ayrault vient de révéler des lacunes juridiques étonnantes pour un homme qui a si longtemps voté les lois comme député. Interrogé par Ouest France, il n’a pas seulement parlé de sa retraite politique, il s’est aussi aventuré sur le terrain de Notre-Dame-des-Landes. « Il y a eu un référendum », a-t-il dit, « il faudra bien que l'on passe à la mise en œuvre de la décision ».

A-t-il déjà oublié que le vote du mois de juin n’était pas un « référendum » mais, différence capitale, une « consultation locale » ‑ et donc pas une « décision » ? C’était écrit partout, même sur les bulletins de vote. Mais Jean-Marc Ayrault a pu voter les yeux fermés…

Il a pu aussi accorder trop de crédit à son camarade Alain Supiot qui, quoique professeur au Collège de France, a commis la même erreur dans une tribune publiée par Le Figaro. Ou bien s’agirait-il d’un acte manqué dû à son antagonisme avec Manuel Valls, qui lui a pris sa place de premier ministre ? Car c’est Manuel Valls qui, au lieu du « référendum local » annoncé par le président de la République, a décidé de créer une formule de « consultation locale » pour les besoins de la cause. Ignorer la « consultation », serait-ce ignorer son auteur ? Ce qui permet au passage d’ignorer aussi que, dix mois après, l’ordonnance créant ladite consultation n’a toujours pas été ratifiée.

L’ancien maire de Nantes ne s’en est pas tenu là. « Notre-Dame-des-Landes n’est pas un but en soi », a-t-il dit. « Ce n’est un trophée pour personne. C’est la question de l’aéroport actuel de Nantes dont le trafic ne cesse d’augmenter. On sera bientôt à cinq millions de passagers, l’actuel aéroport ne répondra plus. » A-t-il déjà oublié que depuis des années la saturation a été annoncée à 4 millions de passagers ? L’obstacle ayant été franchi sans encombre, on a seulement déplacé le curseur, et c’est reparti pour un tour ! Mais Jean-Marc Ayrault a-t-il déjà oublié aussi que la loi du 3 août 2009 a exclu de créer de nouveaux aéroports ? Elle n’autorise que les transferts « pour raisons environnementales ». En invoquant une raison technico-économique, il patauge dans la mare aux tritons crêtés.

samedi 18 février 2017

« Invitée d’honneur » à Hambourg, Nantes doit quand même payer l’addition

« Du 5 au 7 mai prochains, la Métropole nantaise sera l’invitée d’honneur de l’anniversaire du port de Hambourg » : dit comme ça, c’est flatteur. Ainsi le site web de Nantes Métropole présente-t-il la présence de Nantes au Hafengeburtstag Hamburg, plus grand festival maritime d’Europe, doublé d’une kolossale fête foraine. Et de poursuivre : « Cette présence métropolitaine à Hambourg permettra non seulement de faire rayonner la Métropole, mais également de nouer de nouveaux partenariats pour des échanges économiques durables. » Devant le conseil métropolitain du 10 février, Johanna Rolland a insisté sur le grand privilège accordé à Nantes : d’habitude, Hambourg n’invite que des capitales.


C’est simplement faux. Hambourg invite des pays, non des villes : Hongrie en 2016, Pays-Bas en 2015, Argentine en 2014, Italie en 2013… Et la France, donc, en 2017. Mais les pays sont en général représentés par une ville : Budapest, Groningue, Buenos Aires, Gênes… Aïe ! si Budapest et Buenos Aires sont bien des capitales, Groningue et Gênes ne le sont pas : madame le maire va devoir réviser sa géographie.

Pour ces pays et ces villes, l’honneur est relatif. Nantes Métropole n’étant manifestement pas une source fiable, on se référera au communiqué officiel de la ville de Hambourg : « Chaque année, un pays différent a la possibilité de se présenter comme partenaire de l’anniversaire du port de Hambourg et d’enthousiasmer les visiteurs pour sa culture et son mode de vie, en particulier ses spécialités culinaires. En 2017, la France se présente avec la ville occidentale de Nantes. »

Quand Nantes Métropole se flatte d'être «l’invitée d’honneur », il faut comprendre plus prosaïquement que la France pourra « se présenter comme partenaire » de l’événement allemand, à charge pour Nantes de faire le boulot. Et de payer son écot, soit 250.000 euros alloués par Nantes Métropole au Voyage à Nantes (on se demande d’ailleurs pourquoi il a fallu attendre le 10 février pour s’en préoccuper : l’opération est officiellement prévue depuis le printemps 2016*). Tout ça pour faire goûter le muscadet à des fêtards allemands au nom de la culture française.

En réalité, les visiteurs du Hafengeburtstag sont surtout intéressés par les bateaux. L’élite maritime du monde entier se donne rendez-vous sur l’Elbe. La meilleure façon de promouvoir Nantes serait d’y envoyer le Belem. À cette date, hélas, il croisera du côté du Portugal. Encore une occasion manquée.


P.S. du 19 février : RSE-Nantes Métropole, un comité Théodule local à « gouvernance partagée » sur le thème de la responsabilité sociale des entreprises, n'allait pas laisser passer une si belle occasion d'organiser une « Learning Expedition », ce qui est quand même autrement plus chic qu'un voyage d'étude  Si vous voulez « challenger vos pratiques» à Hambourg, c'est par là.
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* Pour être exact, on n’a pas attendu que le budget soit voté pour le dépenser : voici quelque temps déjà, le stand nantais a été confié à Carré final, une entreprise de la banlieue parisienne qui a la bonne idée de posséder une filiale à Hambourg.

mercredi 15 février 2017

Le Voyage à Nantes en ballon, pour apprécier notre art voyer

Personne ne fait plus attention au passage pour piétons britannique installé par Angela Bulloch rue Lanoue-Bras-de-fer, à moins d’avoir en main le catalogue des œuvres pérennes d’Estuaire. Alors on en a fait plus avec les passages genre plat de spaghettis d’Aurélien Bory, boulevard Léon-Bureau. C’est bien sûr pour contempler cette « intervention permanente » que le monde entier afflue chez nous pendant la période du Voyage à Nantes.

Mais il faudra trouver quelque chose de nouveau pour l’été prochain, car nos presque voisins anglais de Bristol sont en train de faire bien mieux. Ils vont installer dans leurs rues des passages pour piétons lumineux et musicaux intitulés « Stop, Walk, Stroll ». Les promoteurs de ce machin inventé par le studio de création Hirsh & Mann espèrent que des airs entraînants pousseront les piétons à traverser les rues en dansant. Alors que chez nous on se contente de zigzaguer sur le boulevard Léon-Bureau.

Route de Saint-Joseph
Mais qu’attend donc Nantes Métropole ? Nous avons une réputation à défendre. Et à élargir. Car – il est étonnant que Jean Blaise n’en ait pas déjà fait un argument d’autopromotion – Nantes a inventé une discipline artistique nouvelle : l’art voyer, ou voyerisme. Hélas, nous ne le faisons pas savoir. Nantes, ton art voyer n’est pas assez voyant. Car il ne se borne pas à deux passages piétonniers sur l’île de Nantes. Prenons de la hauteur. C’est d’ailleurs le seul moyen d’apprécier vraiment l’œuvre d'Aurélien Bory, qui au ras du sol évoque plutôt un travail d’apprenti stimulé au muscadet. Vus d’en haut, les ronds-points multipliés par nos édiles depuis vingt-cinq ans révèlent une intention artistique globale.

Ils n’ont rien à envier à l’art aborigène australien. Il faut bien sûr les contempler depuis le ciel. Mettons-y les moyens : le prochain Voyage à Nantes sera un voyage en ballon. C’est Jules Verne qui sera content à titre posthume !

samedi 11 février 2017

L’Arbre aux hérons plus cher que la Tour Eiffel

Yann Trichard voudrait que l’Arbre aux hérons soit « la Tour Eiffel de Nantes ». Prendre la Tour Eiffel pour référence d’une réalisation du 21e siècle, est-ce la marque d’un simple manque d’imagination, le symptôme d’une grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf ou la conclusion d’une étude raisonnée ? Puisque le vœu vient du président de la CCI, la troisième réponse doit être la bonne.

À première vue, pourtant, l’Arbre aux hérons fait pâle figure face à la Tour Eiffel :
  • 50 mètres de côté au lieu de 125 mètres
  • 30 ou 40 mètres de hauteur (elle varie d’une déclaration à l’autre) contre 300 mètres
  • entre 1.500 et 2.000 tonnes d’acier contre 7.300 tonnes de fer puddlé

Mais ça n’est déjà pas si mal si l’on considère que l’agglomération de Paris est au moins douze fois plus peuplée que celle de Nantes. Et puis, il y a quand même un point sur lequel l’Arbre aux hérons surpasserait la Tour Eiffel : son coût. On annonce 35 millions d’euros. La Tour Eiffel a coûté 7,8 millions de francs de 1889.« Corrigé de l’inflation, cela représente environ 32 millions d’euros de 2015 », lisait-on dans Ouest France il y a deux ans.

En fait, ce serait même moins, assure HomeAdvisor, spécialiste américain des devis immobiliers. Compte tenu des techniques disponibles aujourd’hui, construire la Tour Eiffel ne coûterait « que » 31.184.900 dollars, soit au cours actuel 29.305.074 euros. Donc, oui, on pourrait dire que l’Arbre aux hérons serait la Tour Eiffel de Nantes, « en plus cher, même » : 19,4 % de supplément, ça n’est pas rien. Les Nantais s’emplissent de fierté tandis que leur bourse se vide.

Mais si l’Arbre aux hérons était la Tour Eiffel de Nantes, le risque serait que Nantes soit le Paris de l’Arbre aux hérons. La Tour Eiffel, construite pour une exposition internationale l’année du centenaire de la Révolution, était alors le plus haut bâtiment du monde et l’est restée pendant quarante ans. Elle n'est pas enfermée dans une ancienne carrière, de ses plates-formes, on voit toute la capitale de la France. Trois coups de crayon suffisent pour évoquer sa forme d’une géniale simplicité, immédiatement reconnaissable.  Elle est aussitôt devenue le symbole de Paris, dont elle s'est arrogé le prestige, inégalé à l’époque. L’Arbre aux hérons deviendrait le symbole de Nantes ? Ouais, et alors ?

(image Wikimedia)

jeudi 9 février 2017

Arbre aux hérons et usine à gaz

Dira-t-on que le dossier de l’Arbre aux hérons suit son cours ou que Nantes Métropole cherche péniblement la sortie ? Le cinquième point de l’ordre du jour du conseil communautaire du 10 février est ainsi libellé : « Lancement des études pour le projet arbre aux hérons et co création d’un fonds de dotation avec les acteurs économiques ». Johanna Rolland l’a présenté hier à la presse comme si c’était fait.

Le fonds de dotation est une forme juridique créée par une loi de 2008 sur la modernisation de l’économie – une loi dont la gauche ne voulait pas à l’époque. Ce n’est pas une nouveauté dans la région ; il existe plus d’une centaine de fonds de ce type en Bretagne, un peu moins dans les Pays de la Loire. Ils sont liés à La Folle Journée, au Festival interceltique de Lorient, au CHU de Nantes… Un fonds de dotation est soumis à différentes formalité de déclaration, de contrôle et de publicité. Il lui faut un conseil d’administration, un comité consultatif, un commissaire aux comptes. C’est donc le contraire d’une simplification.


Un fonds de dotation « gère, en les capitalisant, des biens et droits de toute nature (…) et utilise les revenus de la capitalisation en vue de la réalisation d’une œuvre ou d’une mission d’intérêt général » (loi du 4 août 2008, article 140). Vu le taux de rendement actuel des capitaux notre fonds devrait recevoir des centaines de millions d’euros pour financer l’Arbre aux hérons dans un délai raisonnable. Il devra donc recourir à une disposition dérogatoire, qui supposera une habile rédaction de ses statuts (idem pour la définition de son objet, qui doit lui laisser une marge de manœuvre, sous peine d’être considéré comme un organisme transparent).

Un fonds de dotation ne peut pas recevoir de fonds publics, ni directement ni indirectement. Pour déroger à cette règle, il faut un arrêté des ministres de l’économie et du budget : inutile d’y songer. Restent les dons de particuliers ou d’entreprises. Des dons destinés à être redistribués à l’opérateur de l’Arbre aux hérons. Certes, un fonds de dotation peut redistribuer son argent « pour assister une personne morale à but non lucratif dans l'accomplissement de ses œuvres et de ses missions d'intérêt général ». Hélas, Le Voyage à Nantes, qui gère les Machines de l’île, n’est pas une personne morale à but non lucratif mais une société publique locale, régie par le code de commerce. Il faudra donc créer une structure ad hoc pour L’Arbre aux hérons. Encore une complication !

Cela n’évitera pas de s’interroger sur le caractère d’œuvre ou de mission d’intérêt général de L’Arbre aux hérons : entrerait-il dans le cadre défini par les articles 200 et 238 bis du code général des impôts, sur lequel les services fiscaux veillent jalousement ? C’est indispensable, sans quoi les dons versés au fonds de dotation ne seront pas déductibles fiscalement. Mais c’est loin d’être acquis. D’autant plus que, selon les déclarations de Pierre Orefice, les apports des entreprises consisteraient en parrainage de branches – qui à tous les coups seront considérés comme des dépenses publicitaires.

La sécurité juridique d’un tel montage est loin d’être assurée. C’est un handicap de plus pour l’Arbre aux hérons, qui déjà n’en manque pas et dont les perspectives financières sont hautement incertaines. Pourquoi se lancer dans ce méandre supplémentaire que constituerait la création d'un fonds de dotation ? Peut-être pour pouvoir dire un jour : « Vous voyez bien, on a tout essayé et ça n’a pas marché »…
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P.S. -- L'Arbre aux hérons « sera une bonne occasion de rappeler que [Audubon] est nantais », dit Pierre Orefice, cité par Presse Océan. Pas de chance, le patron des Machines est tombé à côté une fois de plus : comme le signale E.L, un fidèle lecteur que je remercie, Audubon est né à Saint-Domingue. 

mercredi 1 février 2017

La nouille qui se fait encore plus grosse que l’Éléphant

Bingo ! Les Machines de l’île ont vendu 665.000 billets en 2016, a assuré Pierre Orefice à Presse Océan. Sophie Trebern et Stéphane Pajot ont fidèlement reproduit ce score, encore plus élevé que celui annoncé à 20 Minutes début janvier, qui n’était « que » de presque 660.000.

Vus dans le rétroviseur, d’ailleurs, les chiffres des Machines paraissent toujours plus gros. Près de 8.000 personnes ont participé à la « Nantes Maker campus » en juillet dernier, lit-on dans Presse Océan. Un bilan à la louche plus flatteur que les 6.106 visiteurs très exactement revendiqués par le même Pierre Orefice en juillet dernier dans un entretien avec François Chrétien publié par Ouest France. Le campement d’artistes organisé à cette occasion « a rassemblé plus de 200 000 personnes » ; en juillet, toujours selon Ouest France, le patron des Machines n’en avait vu qu’entre 80.000 et 100.000.

« La grande surprise a été ces deux vidéos virales de l’Éléphant qui ont fait 30 millions de vues aux États-Unis », assure aussi Pierre Orefice. Où les trouver ? Presse Océan ne l’indique pas. Une recherche sur le web ne révèle que deux vidéos à gros scores publiées en 2016, toutes deux sur le site Insider Travel, l’une le 27 septembre, l’autre le 1er octobre. La première a totalisé à cette heure 11.243.822 vues. Et la seconde 11.243.822. Égalité donc. Et pour cause : il s’agit de la même vidéo publiée deux fois. Même en comptant double, ça ne fait encore pas 30 millions. Mais les choses se présentent bien pour 2017 puisque la vidéo a été à nouveau publiée le 19 janvier.

Ce score, on l’a déjà dit, est typique d’Insider Travel, qui n'est surpassé sur le net que par National Geographic. Et cela reste vrai même pour les sujets les plus improbables. Une vidéo sur « la manière la plus sympa de manger des nouilles » postée elle aussi le 27 septembre en est à 20.895.045 vues (ou faut-il dire « presque 63 millions de vues », sachant que cette vidéo a été mise en ligne trois fois l’an dernier ?). Hors Insider Travel, les scores des Machines sont loin d’être aussi copieux, on en trouve maint exemple sur YouTube. Mais c’est compter sans la magie du verbe oreficien : soyons audacieux, voyons double. Ou triple.
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Mise à jour à l'intention de ceux qui se demanderaient pourquoi Les Machines veulent changer le moteur de l’Éléphant :

samedi 28 janvier 2017

Qui a quelque chose contre la Straed ar C’hastell ?

Straed ar C’hastell – rue du Château : pour la première fois, une rue porte un nom bilingue français-breton à Nantes. Enfin… à un bout de la rue, car à l’autre, l’obscurantisme semble faire de la résistance. Le nom breton est occulté par un adhésif noir.

Il est vrai que ce Straed ar C’hastell-là est apposé sur le mur d’une pizzeria : la cuisine cosmopolite aurait-elle du mal à s’accommoder de l’identité régionale ? Et cette pizzeria n’est qu’un début : continuez la Straed ar C’hastell de l’autre côté de la rue de Strasbourg, vous y trouvez en moins de cent mètres de ligne verte une boutique de sushis, le pub irlandais Buck Mulligan’s, le kebab Kefta n’Chips, le restaurant vénitien San Marco et le glacier italien Amareno*.

Côté fringues, galeries d’art et autres, quelles enseignes trouve-t-on dans cette rue typique ? Chez Milord, de Arte, Mellow Yellow, Million Dollar Baby, Nice Things, Picktoshop, Saint Market, Sorong… Mais personne ne semble s’offusquer de ces noms en langue étrangère. Pas au point de jouer de l’adhésif noir, en tout cas.
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* La Crêperie du Château – une bonne adresse, soit dit en passant – est quand même là pour sauver l’honneur régional. Si l’on était à Saint-Malo ou Quimper, la moitié des boutiques de la rue seraient devenues des crêperies ; il faudra encore beaucoup ramer avant de faire de Nantes une ville touristique.

jeudi 26 janvier 2017

Lobbying pour NDDL (40) : Manuel Valls reste droit dans ses votes

On croyait que les socialistes avaient préféré mettre de côté le projet de Notre-Dame-des-Landes le temps de la campagne présidentielle. Patatras ! l'aéroport est revenu en direct hier soir devant les millions de téléspectateurs du débat entre Manuel Valls et Benoît Hamon, qui n’allaient pas manquer une si belle occasion de s’écharper.

"J'ai très confiance en la vigilance
sourcilleuse de Jean-Marc Ayrault"
Manuel Valls n’a pas été très convaincant dans le rôle d’avocat de la défense. Il a surtout brandi l’argument d’autorité : « c’est un projet ancien, soutenu par les élus, la plupart d’entre eux, le maire de Nantes… » Sur l’utilité réelle du projet, il s’est réfugié derrière les on-dit : « tout le monde dit que Notre-Dame-des-Landes serait très utile, pas seulement aux Pays de la Loire mais aussi à la Bretagne… » N’est-il pas étrange, alors, qu’il ait lui-même décidé de ne consulter que les électeurs de Loire-Atlantique ?

Les électeurs, bien sûr, il n’allait pas manquer de les appeler à la rescousse : « quand ils [les citoyens] votent en faveur de ce projet en toute connaissance de cause avec une forte participation et un oui très clair, on leur dit ‘on remet en cause la décision’… » On pourrait gloser sur ce « en toute connaissance de cause » qui blanchit trop vite le document établit par la Commission nationale du débat public. Mais surtout, on doit faire remarquer que de « décision », il n’y avait pas. Le vote du mois de juin dernier était une « consultation publique », purement consultative comme son nom l’indique.

Manuel Valls n’a pas prononcé le mot « référendum ». Mais certains ont pu s’y tromper. « Manuel Valls a estimé de son côté qu'il était difficile de renoncer à un chantier approuvé par référendum », écrivait hier soir l’agence Reuters dans une dépêche reprise par certains journaux.

Le débat Valls-Hamon a aussi omis un autre élément. Pour les besoins du projet de Vinci Airports, Manuel Valls avait imaginé le système de la « consultation publique », au lieu du référendum annoncé par François Hollande. Il l’avait imposé par une ordonnance du 21 avril 2016. Mais une ordonnance doit être validée rétroactivement par une loi. Où en est-on ? Le gouvernement a bien déposé en septembre le projet de loi ad hoc. Mais il dort depuis lors dans les tiroirs de la commission du développement durable et de l’aménagement du territoire, qui a d’autres chats à fouetter.

On nous ressort à tout bout de champ le vote du 26 juin 2016. Pile-poil sept mois plus tard, la légalité de cet ersatz de référendum demeure pourtant incertaine.

samedi 21 janvier 2017

Royal de Luxe à Montréal : un scoop éculé

Comme les maris trompés, Royal de Luxe aura été le dernier au courant. La nouvelle lui est enfin parvenue : il défilera à Montréal au mois de mai. Il s’est empressé de l’annoncer hier dans un communiqué de presse répercuté par Presse Océan et Ouest France.

L’information avait été publiée dès le le 10 avril 2016 dans le grand quotidien canadien La Presse ! Faut-il soupçonner Jean-Luc Courcoult de chercher à faire du neuf avec du vieux ? Cela rappellerait assez les spectacles de géants, qu’on peut « renouveler » à l’infini en affublant les marionnettes de costumes différents. Ou bien ne lit-il pas La Presse tous les jours ? Qu’il se rassure : moi non plus. Mais Ouest France avait repris l’information le lendemain. Là, l’ignorance devient moins excusable.

Dût la fierté de Royal de Luxe en souffrir, sa prestation ne sera pas le clou de la fête. Il y aura aussi la création mondiale d’un opéra inspiré de Pink Floyd, une Électroparade, un hommage à Leonard Cohen et bien d’autres festivités organisées en l’honneur du 375e anniversaire de Montréal. Pourquoi fêter un 375e anniversaire ? Probablement parce que le maire de la ville aura changé d’ici le 400e. Après tout, Néron n'a pas attendu Vespasien pour offrir « panem et circenses » aux Romains. Toutes les occasions sont bonnes. « Montréal sait faire la fête quelle que soit l’année », ricane le quotidien anglophone National Post. « Donnez-lui une occasion comme son 375e anniversaire et le boucan monte d’un cran. »

Le morceau de roi, en réalité, ce sera l’illumination numérique interactive du pont Jacques-Cartier, le grand pont à cantilever jeté par-dessus le Saint-Laurent. Un projet à 40 millions de dollars canadiens qui fait tousser localement – mais il s’agira d’une installation permanente. Quant aux marionnettes géantes, à vrai dire, l’idée est déjà un peu déflorée à Montréal. Il s’y déroule chaque année à la Saint-Jean, pour la fête nationale du Québec, un Défilé des géants, qui évoque ceux des villes flamandes. On y promène les effigies géantes de personnalités locales vivantes ou défuntes comme l’explorateur Jacques Cartier, le chanteur Félix Leclerc, le premier ministre René Levesque ou le champion de hockey Maurice Richard. Pas de quoi concurrencer un gros chien noir ou une grand-mère en charentaises, bien entendu.

Royal de Luxe n’a que quatre mois pour se préparer. Mais pas d’affolement, la Société des célébrations du 375e anniversaire de Montréal a pris les devants : dès le mois de novembre, elle s’est souciée – à l’insu de la troupe, probablement – de trouver un transporteur pour trimballer les géants « avec précaution, précision et célérité ». Elle a spécifié qu’il faudrait les enlever à Nantes. Utile précision, car si Royal de Luxe est le plus souvent présenté là-bas comme une « troupe française », et parfois « nantaise », certains y voient une institution… belge.

mardi 17 janvier 2017

Qu’allaient-ils faire dans cette Maker Faire ? (7) Et vont-ils le refaire ?

« Comme en 2016, la Maker Faire de Nantes réunira aux Nefs, dans une grande fête populaire sur l'île de Nantes, des passionnés de technologies, des Makers », etc., assure le bulletin municipal Nantes Passion dans son numéro de janvier 2017. Dates annoncées : du 7 au 9 juillet.

Peut-être faudrait-il quand même en informer Maker Media, Inc. ? Cette entreprise américaine a créé le concept. Propriétaire de la marque Maker Faire, elle la concède sous licence à des organisateurs d’événements. Sur son site web, makerfaire.com, on trouve un atlas des Maker Faire du monde entier. Nantes n’y figure pas, ni à la date du 7 juillet ni à une autre. Pour la France, seules trois Mini Maker Faire sont programmées en 2017, à Perpignan, Grenoble et Strasbourg. Aucune à Nantes.

Pour plus de renseignements, Nantes Passion renvoie à un site web : http://www.makerfairenantes.com. Un nom enregistré en juin 2015 par la société Avro Tech. Inutile d’aller y voir : le site ne fonctionne plus depuis quelque temps déjà. Le cache de Google montre seulement des informations sur la Maker Faire 2016. Les mêmes, à peu près, que sur le site web des Machines de l’île.

Comme l’indique celui-ci, la Maker Faire 2016 de Nantes a été organisée par Makers Events. Cette société a pris la suite d’Avro Tech, mise en règlement judiciaire en septembre 2015 puis en liquidation judiciaire en 2016. Sans plus de succès : constituée le 3 novembre 2015, elle a à son tour été mise en liquidation judiciaire le 22 novembre 2016. Il faut croire, donc, que la Maker Faire de Nantes n’a pas été une si bonne affaire, malgré les commentaires réjouis de Pierre Orefice.

Le fondateur d’Avro Tech puis de Makers Events est du genre persévérant : en août dernier, il a déposé à l’INPI le nom « Makers Fest ». Ce qui ne lui garantit pas la bienveillance de Maker Media, Inc. Nantes Passion aurait bien fait de creuser un peu ses informations.

Retrouvez les épisodes précédents de la série
Qu’allaient-ils faire dans cette Maker Faire ?