mercredi 26 juin 2013

La Folle Journée : je SEM moi non plus

Quand on parle de La Folle Journée à Nantes, le ton hagiographique est de rigueur. Le rapport sur la SEM La Folle Journée publié ce matin par la Chambre régionale des comptes fera donc grincer quelques dents.

Rien de très grave il est vrai. Sur le plan financier, principale préoccupation de la Chambre, la situation de la structure organisatrice de La Folle Journée est « satisfaisante sur la période examinée » (2007-2011). Les recettes tarifaires sont « en augmentation significative » et les partenariats avec des entreprises privées progressent aussi. Les subventions des collectivités publiques représentent le tiers des charges totales, ce qui est « considéré comme très faible dans le secteur culturel » (4,5 euros par place, quand même). âgé et aisé dans l’ensemble, le public se renouvelle peu mais provient d’un « bassin géographique d’attraction […] bien plus large que pour les autres structures culturelles nantaises ».  Même si la SEM les surévalue quelque peu, les effets de la manifestation sont positifs : « il apparaît que l’investissement initial de la ville (la subvention de 1 M€) génère des retombées économiques de court, moyen et long terme assez substantielles ».

Néanmoins, les détails qui clochent ne manquent pas. La Chambre signale des « imprécisions et absences d’information » dans la collaboration de la SEM avec la Cité des congrès et le CREA. Par exemple, la SEM n’a jamais remis en concurrence ses marchés avec la Cité des congrès en invoquant l’article 35 du code des marchés publics… qui ne lui est pas applicable ! La comptabilité de la SEM est assurée par la Cité, situation « doublement problématique » puisque « le prestataire comptable de la SEM est en même temps son principal fournisseur » et que les prestations de comptabilité n’entrent pas dans l’objet social de la Cité ! Quand au CREA de René Martin, dont la Chambre salue le rayonnement et le rôle capital, il « demeure formellement un fournisseur de la SEM » mais ses prestations ne sont jamais détaillées ; sa facture globale a bondi d’un tiers d’un seul coup sans la moindre justification (au demeurant, elle ne semble pas délirante : 120.000 euros HT par an, à quoi il faut quand même ajouter des invitations et avantages tarifaires équivalant à près de 45.000 euros en 2011).

La Chambre s’étonne aussi du nombre de billets exonérés : 15 % en moyenne, l’équivalent de 20.181 billets en 2011, sans que la SEM sache très bien à qui ils bénéficient finalement. Ils représentent un manque à gagner important puisqu’ils concernent le plus souvent les concerts les plus chers, dont le public comprend 16 à 20 % d’invités !

La Chambre critique encore au passage une pratique qui semble fréquente à Nantes. « La ville prend en charge la diffusion sur le réseau public d’affichage de 167 affiches animées », relève-t-elle. « Mais cette action n’est ni refacturée à la société ni valorisée, ce qui nuit à la bonne connaissance des coûts de la manifestation. »

À propos de coût, un peu indiscrètement, la Chambre révèle en creux celui de la directrice de la SEM. En 2010, la rémunération des personnels de la SEM La Folle Journée a fait un bond de 80 %. Celui-ci est dû, note le rapport, « à la fin de la mise à disposition, à compter du 1er janvier 2010, de la directrice générale par la Cité des Congrès et à son intégration dans les effectifs de la SEM, et donc au versement de sa rémunération ». Comme un tableau donne les montants globaux, il n’est pas difficile d’évaluer le salaire honorable de Michèle Guillossou…

Les lecteurs du rapport de la Chambre ne manqueront pas de parcourir aussi la réponse qu’y fait Jacques Auxiette. Le président de région tient à souligner « le rôle moteur qu’occupe la Folle Journée de Nantes dans la vie culturelle métropolitaine dont elle est sans doute l’événement culturel le plus important ». Et vlan ! pour Le Voyage à Nantes. Jean Blaise appréciera.

La région dispose d’un représentant au conseil d’administration de la SEM. Il se signale par un absentéisme massif. Il « a même été absent durant deux années consécutives », dénonce impitoyablement la Chambre régionale des comptes. La région reconnaît peut-être à La Folle Journée un « rôle moteur », mais elle-même ne se soucie guère de tenir le volant.

6 commentaires:

Anonyme a dit…

Si on comprend bien entre les lignes, dans toutes ces organisations para-publiques pour le moins "assez opaques" certains se sucrent hardiment !

Gilbert a dit…

SVEN, PO première page, édition Sud, FINANCES PUBLIQUES: LA RÉGION SERRE LA VIS. Hélas, Pas de reportage FR3 à 900 000 € de bonus offert par les contribuables de la région? LA VIS DU "TOURNE VICE" RÉGIONAL?

Bonne journée. Gilbert.

Sven Jelure a dit…

"Certains se sucrent" ? Ah ! non, ce n'est pas le sens du rapport de la Chambre des comptes, ni de mon commentaire -- à moins que "se sucrer" signifie bénéficier de billets gratuits, pratique sûrement répandue à défaut d'être très républicaine. Les rémunérations indiquées directement ou non par la Chambre paraissent plutôt raisonnables. Malgré la vocation polémique de ce blog, il faut bien l'avouer : d'après la Chambre, la SEM La Folle Journée n'est coupable que de peccadilles. Le seul qui ne s'en sort pas avec les honneurs est Jacques Auxiette : tout seul comme un grand, sans qu'on lui demande rien, il a tenu à écrire une bêtise dans sa lettre à la Chambre !

Sven Jelure a dit…

La région serre la vis ? Ou bien il y a du règlement de comptes inter-clans dans l'air, avec une association comme bouc émissaire ? Moi, tant que la région n'aura pas fermé son bureau permanent au Burundi, ses protestations de vertu budgétaire me laisseront sceptique.

Leblanchet a dit…

Il semble que La Cour des Comptes ignore la nature du contrat "de diffusion sur le réseau public d'affichage de 167 affiches animées". En effet il est de notoriété publique le coût est assumé par le prestataire comme l'expliquait le journaliste des Echos : Les Echos n° 18290 du 30 Novembre 2000 • page 8
Nantes a préféré la filiale de l'américain Clear Channel, qui investira 170 millions de francs dans le remplacement total du mobilier urbain de la sixième ville de France.

Nous voulons faire de Nantes notre site pilote, un lieu d'exposition en taille réelle où nous pourrons faire venir les maires de grandes villes comme Rome, Rio, Londres ou Stockholm », explique Vincent Piot, directeur général de Dauphin Adshel, qui vient de remporter avec Nantes son plus important marché. Pôle mobilier urbain de Dauphin Communication, lui-même filiale de l'américain Clear Channel International, Dauphin Adshel vient d'être désignée par la commission d'appel d'offres de la ville pour installer 2.100 pièces de mobilier urbain, dont 783 abris-voyageurs, 257 « sucettes » d'affichage et une soixantaine de faces d'affichage de 8 mètres carrés. L'entreprise chiffre l'investissement initial à 170 millions de francs pour le remplacement du mobilier en place. Le chantier s'échelonnera d'octobre 2001 à mars 2002. Pendant les quinze années que durera le contrat de concession, Dauphin prévoit d'investir 600 millions en plus dans la maintenance et de l'entretien de son mobilier.
Internet dans la rue
....Selon l'élu, Dauphin a fait la différence grâce aux services proposés, notamment dans les nouvelles technologies de l'information. L'entreprise a conçu pour Nantes un concept de communication interactif. Baptisé Infoville, ce dispositif desservira depuis un serveur unique une quarantaine de panneaux d'affichage électroniques, une dizaine d'écrans plasma et sept grands écrans graphiques permettant la diffusion d'images vidéo. Mais la vraie nouveauté sera l'implantation dans les lieux publics d'une trentaine de bornes de consultation d'Internet et près des Abribus de 150 totems interactifs permettant aussi un accès simplifié à certains sites du réseau mondial. La ville et son nouveau partenaire envisagent d'offrir par ce biais un e-mail à chaque Nantais. Sur la fonction électronique et interactive, Dauphin Adshel fait intervenir la PME nantaise Lumiplan, ancienne filiale du groupe Lacroix.
EMMANNUEL GUIMARD

Sven Jelure a dit…

Merci pour cette utile précision. Toutefois, le fait que Dauphin ne facture pas les affiches à la ville ne signifie pas qu'elles ne coûtent rien aux contribuables ! Si Dauphin, qui n'est pas un mécène, offre à la ville un affichage dont il supporte les coûts (amortissements, maintenance, exploitation des panneaux), c'est autant de redevances qu'il ne lui verse pas par ailleurs. Il y a donc un manque à gagner pour la ville. La formule des services "gratuits" est opaque mais nullement "gratuite" !