dimanche 15 mai 2016

Qu’allaient-ils faire dans cette Maker Faire ? (3) l’île de Nantes et la Bay Area complètement à l’ouest

Avec le Nantes Maker Campus, alias Maker Faire®, organisé à Nantes début juillet, Pierre Orefice, patron des Machines de l'île, se trouve dans son élément naturel, celui de l’événementiel médiatique. Et aussi dans son élément artificiel, celui du mélange des genres.

Extrait du site web des Machines de l'île
Événement médiatique, d’abord. Avec l’aimable concours de la presse locale (Anne Augié, qui décrit la Maker Faire comme une « grande foire à tout faire » dans Ouest France, semble cependant plus circonspecte que Stéphane Pageot dans Presse Océan), le patron des Machines de l’île s’enthousiasme pour cette opération présentée comme d’avant-garde. Ce qu’elle n’est pas.

La première Maker Faire a eu lieu en Californie il y a dix ans. Son succès a incité son organisateur, Maker Media, Inc., à étendre la formule, d’abord aux États-Unis puis dans le monde entier. Les « Maker Faire » se sont ainsi multipliées depuis quatre ou cinq ans. Rien qu’en Europe, il en est annoncé une dizaine en 2016 à Berlin, Bilbao, Bodensee, Dortmund, Hanovre, Lisbonne, Newcastle, Rome, Trondheim, Vienne… Sans parler d’une foule de Mini Market Faire, dont celles de Saint-Malo, Perpignan, Lille, Rouen, etc. Au total, quelque 200 événements porteront le label Maker Faire dans le monde en 2016.

Nantes n’est donc pas en avance sur les autres mais figure au contraire dans un gros peloton de suiveurs. S’il n’est pas factice, l’enthousiasme de Pierre Orefice relève de la jobardise et du provincialisme !

Et encore, on s’en tient là aux événements signés Maker Faire. Car le concept est en réalité bien antérieur. Qu’est-ce qu’un « maker » ? Wikipédia, reprenant sa version en anglais, dit ceci : « La culture maker (de l'anglais make, lit. faiseur) est une culture (ou sous-culture) contemporaine constituant une branche de la culture Do it yourself (DIY) (qu'on peut traduire en français par « faites-le vous-même ») tournée vers la technologie. » Cela fait beaucoup de culture et de sous-culture pour désigner ce qu’il suffirait en bon français d’appeler « bricolage », voire « bidouillage » puisqu'il y a un peu d’informatique dedans. Et encore, pas toujours : beaucoup d’objets artisanaux très low-tech (sacs fabriqués à partir de vieux vêtements, jouets en peluche décalés, systèmes de meubles en kit, etc.) sont exposés dans les Maker Faire du monde entier. 

Or les foires-expositions de bricoleurs ne datent pas d’hier : le Concours Lépine est organisé à Paris depuis 1901. Son palmarès ne le cède en rien à celui des Maker Faire : aspirateur, stylo-bille, moteur deux-temps, hélice à pas variable, lave-linge, lave-vaisselle, fer à vapeur y ont fait leurs premiers pas. Les Maker Faire prétendent réinventer le fil à couper le beurre : la jobardise est aussi de mise dans la Bay Area, et le Nantes Maker Campus a en réalité plus d’un siècle de retard sur l’événement !

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Précisons également qu'il y a déjà eu une sorte de maker faire à Nantes avec le festival D en septembre 2015 au lieu unique ...
@fb

Sven Jelure a dit…

Absolument ! Et quelques autres manifestations qui mettent l'innovation et l'industrie au contact du public. Je compte y revenir dans le volet suivant de la série "Mais qu'allaient-ils faire dans cette Maker Faire" -- le n°4. Un n°5 est aussi prévu.