mercredi 18 mai 2016

Qu’allaient-ils faire dans cette Maker Faire ? (4) Gaston Lagaffe aux Machines de l’île

Il est bon assurément que le public s’intéresse aux inventions, à l’industrie, à la création. Mais Nantes n’a pas attendu la Maker Faire®. Nous disposons déjà d’un éventail de manifestations destinées à un large public comme le Festival D, Scopitone, Web2day, les soirées Pecha Kucha ou tout simplement la Foire de Nantes. Fallait-il en rajouter ?

Les passionnés qui n’en ont jamais assez apprécieront la création d’un événement supplémentaire. Cette vision additive est pourtant rejetée par les promoteurs de la Maker Faire qui voient en celle-ci un « concept totalement unique ». Unique en quoi ? Unique, un point c’est tout : la Maker Faire peine à verbaliser l’imagination qu'elle prétend déployer ! Ce qui la rend unique semble être la démarche « événementielle » qui a fait son succès. Elle pourrait attirer ainsi un public pas assez curieux pour visiter les manifestations existantes mais assez suiveur pour se rendre à une manifestation médiatisée. Les miroirs aux alouettes attirent les têtes de linotte…

Le problème de l’événementiel à répétition est qu’il faut en faire toujours plus pour continuer à susciter l’étonnement chez un public shooté au spectaculaire. Dale Dougherty, son fondateur, disait l’an dernier que la Maker Faire se situe « quelque part entre Burning Man et Disneyland – elle n’est pas aussi calibrée que Disneyland mais pas aussi déjantée que Burning Man ». À Nantes, Les Machines de l’île, qui rejettent un modèle Disneyland de toute manière hors de leur portée, accentuent explicitement le volet Burning man : elles doublent la Maker Faire d’un « Campement d’artistes internationaux » où figureront des « artistes associés à l’invitation de Burning Man ».

Extrait d'une copie d'écran du site web des Machines de l'île
Qu’auront-ils à montrer ? Entre autres choses déjà vues ailleurs, un robot-dessinateur capable de reproduire un portrait grâce à un crayon fixé à un bras articulé, une machine à écrire des lettres de sable sur le sol (de quoi mettre au chômage l’artiste de rue nantais qui orne la place Royale de ses textes en marc de café), une danseuse mécanique de 5 mètres de haut et les serpents articulés géants de l’artiste-métallo Jon Sarriugarte. Ce qui vous rappelle sûrement quelque chose : mais oui, ces premières annonces évoquent assez le catalogue des inventions de Gaston Lagaffe : machine à faire les nœuds de cravate, épouvantail à klaxon, bulles de savon noires, appeau à plombier-zingueur… Tout est possible !

Il n’est pas indispensable que la création soit « sérieuse », mais les créateurs ne se trouveront jamais chez les suiveurs. Et surtout, en donnant à voir un produit spectaculaire, on fait passer un mauvais message : on focalise les visiteurs sur un résultat et non sur un processus. Or l’important est le chemin : la joie est dans la création, dans l’invention, dans l’eurêka. La Maker Faire de Nantes sera sûrement distrayante mais probablement pas inspiratrice.

Accessoirement, elle pourrait avoir un autre effet pervers. Elle montrera à un public nanto-nantais convaincu de la singularité des Machines de l’île que leur type d’inspiration n’est pas unique. D’autres, ailleurs dans le monde, savent aussi utiliser habilement le bois, le métal et l’électronique pour fabriquer de grands trucs étonnants. La découverte de l’Amérique va rapetisser l’île de Nantes.

6 commentaires:

Leblanchet a dit…

eh oui, les Machines deviennent un franchise démasquée des créations steampunk, de l'expo universelle de 1900 et de Burning Man.

Enfin, comme vous le soulignez, les badauds nantais vont enfin découvrir l'origine de ce qu'il pensait originaire de Nantes et original de la part de l'équipe des Machines.

Mais l'esprit du désert et des grandes plaines US restera à l'évidence plus créatif que le désert de Loire-Atlantique, connu pour d'autres raisons sous le nom de St Mars le Désert.

Anonyme a dit…

Par désert, on désignait autrefois une étendue vide d'hommes et de culture. La zone des Machines grouille, et d'hommes et de culture ; c'est un anti-désert.
Le désert fécond est celui où on lutte contre la solitude, où l'on conjure l'angoisse de l'espace infini. Mais surtout, où l'absence de regards, de jugements, rend libre.
Lorsque tout est à portée de main, tout est offert, sur le mode du spectacle, à quoi bon imaginer, se dépasser ? Alors, comme l'écrivait Nietzsche : "Le désert croît, malheurs..."
L'anti-désert nantais est un désert nietzschéen malheureux.

Leblanchet a dit…

dans la lettre à Ernest Chevalier du 9 avril 1851, Flaubert écrivait "Nous avons vu partout par-là des choses, Monsieur, que l'on ne verrait pas à Paris, même en payant. O le désert! O le désert!"

Anonyme a dit…

Le voyage tue l'esthétisme... Il est impossible d'admirer un édifice, un batiment ou tout autre construction humaine après avoir vu le désert !

OLS

Sven Jelure a dit…

Il y a désert et désert. Le désert admirable de Flaubert n'est assurément pas celui de Nietzsche, et ni l'un ni l'autre n'est celui de Burning Man ! Et celui des Machines ? "J'ai envie d'aller (...) au Soudan voir la chasse aux nègres et aux éléphants", disait aussi Flaubert dans sa lettre à Ernest Chevalier. Ce n'est ni l'esprit des Machines ni celui du Mémorial : l'anti-désert nantais est aussi anti-Flaubert.

Anonyme a dit…

Notons que après le voyage de Orifice et Delarozière à la MakerCon de New York en octobre 2015, il semble que le sieurs soient en ce moment à San Francisco pour la 11ème MakerFaire de la ville pour dixit "vendre" la MakerFaire Nantaise ...

Doit on en conclure que l'édition Nantaise ne rassemble pas les foules des génies locaux ? Surtout que comme vous le notez, nous les avons certainement déjà vu lors du Festival D ou à Scopitone ?