13 novembre 2025

Tourisme à Nantes (4) : les Machines de l’île implicitement condamnées

« Dire non à l'Arbre aux Hérons, ce serait dire non à la pérennité des Machines », avaient prévenu Pierre Orefice et François Delarozière dès 2013. « Ce serait stopper une belle aventure et condamner la dynamique des Machines dans les dix ans à venir. » Tout parc d’attraction doit évoluer régulièrement pour inciter le public à revenir. Même si elles n’étaient pas très spectaculaires – un « paresseux », des « colibris »… ‑ les nouveautés destinées in fine à l’Arbre aux Hérons permettaient aux Machines de stimuler leur fréquentation grâce à une communication ardemment relayée par la presse locale. De plus, le succès de la Galerie des Machines repose sur le talent de ses animateurs, qui ont besoin de perspectives pour maintenir leur motivation. Plus d’Arbre, plus de nouveautés. Voilà pourquoi les Machines de l’île sont en danger.

Johanna Rolland s’est donné le temps de réfléchir à la question. Le 7 juillet 2016, elle annonce la construction de l’Arbre aux Hérons puis lance une longue et coûteuse série d’études préalables. Il y en a au total pour 8,6 millions d’euros de dépenses préliminaires ‑ et même 9,2 millions en comptant la branche prototype construite dès 2007 devant les Nefs des Chantiers. Le 9 juillet 2021 enfin, entourée de Fabrice Roussel, Pierre Orefice, Yann Trichard et Ben Barbaud, patron du Hellfest, Johanna Rolland déclare : «  Le projet entre dans une phase décisive ». Mais au lieu de faire voter un feu vert formel par le conseil métropolitain, elle remet le sujet à plus tard, de séance en séance, pendant plus d’un an. Puis, soudain, le 15 septembre 2022, elle annonce l’abandon du projet pour des raisons économiques fort peu convaincantes.


L’Arbre aux Hérons est un projet mal fichu à plusieurs égards : il est raisonnable d’y renoncer et déraisonnable d’avoir tergiversé si longtemps. Mais il faut en assumer les conséquences. Johanna Rolland sait que, conformément à la prophétie de MM. Delarozière et Orefice, elle risque de tuer les Machines en abandonnant l’Arbre aux Hérons. Elle le sait si bien qu’elle avance un plan B. L’abandon de l’Arbre aux Hérons « ne marque pas la fin des Machines de l’île », assure expressément Nantes Métropole (c’est nous qui soulignons), « puisque Johanna Rolland et Fabrice Roussel ont confirmé aux mécènes que les fonds collectés par le fonds de dotation financeront la mise en exploitation du Grand Héron […] dès la saison touristique 2024/2025 ».

Un plan B peu convaincant

Autrement dit, cette mise en exploitation est le fil qui relie les Machines à la vie. C’est un plan B au rabais, mais il a le mérite d’exister. Il est confirmé début 2024 quand Fabrice Roussel, alors premier vice-président de Nantes Métropole, déclare : « Ce que nous voulons et nous nous y sommes engagés par rapport aux mécènes, c’est [mettre le Grand Héron] en exploitation comme le Grand Éléphant à partir de 2025 ». L’engagement initial pris « par rapport aux mécènes » est même la construction de l’Arbre aux Hérons tout entier, mais passons… Cette première promesse n’ayant pas été tenue, la seconde le sera-t-elle ? Elle figure encore à ce jour sur le site web de Nantes Métropole

Plusieurs mois passent encore avant qu’un bureau d’études soit chargé, en octobre 2024, pour un montant pouvant atteindre 220 000 euros HT, d’établir un diagnostic de la santé du Héron, puis de piloter son éventuelle réparation. Il semble que le diagnostic n’ait pas encore été livré. Même si ce n’est pas en 2025, la promesse de Nantes Métropole sera-t-elle tenue un jour ?

Il suffit de regarder la machine abandonnée à côté des Nefs pour en douter. En trois ans et demi de présence, utilisée une seule fois à l’automne 2022, elle semble devenue une épave. Elle a subi des intempéries, certes. Mais tel était son destin ‑ et à 40 mètres de hauteur ! ‑ si l’Arbre avait vu le jour. Et puis, on imagine mal sa proposition commerciale : qui aurait envie d’acheter un billet pour s’installer dans un de ses paniers d’osier afin de tourner en rond pendant quelques minutes à quatre ou cinq mètres du sol ?

Le plan C oublié

Puisque la survie des Machines dépend de ce Héron, faut-il en conclure, corrélativement, que Nantes Métropole s’est résignée à la « fin des Machines de l’île » ? Le soupçon est d’autant plus légitime que, tout le monde semble l’avoir oublié, il a existé un plan C dont Johanna Rolland n’a pas voulu.

En novembre 2022, Yann Trichard, président de la Chambre de commerce et d’industrie, propose une solution privée pour réaliser l’Arbre aux Hérons malgré le renoncement de Nantes Métropole. Il va même jusqu’à évoquer un investissement rentable, et Nantes Métropole admettra que la « faisabilité économique du projet » est démontrée. Ce qui revient à reconnaître entre les lignes que Johanna Rolland s’est trompée en affirmant le contraire deux mois plus tôt !

Nantes Métropole annonce néanmoins, le 15 septembre 2023, que « Johanna Rolland confirme l’arrêt de l’Arbre aux hérons ». Elle justifie cette fois sa décision par des insécurités juridiques aussi peu convaincantes que les arguments économiques avancés un an plus tôt. À tout le moins, si vraiment la « faisabilité économique » est démontrée, Nantes Métropole devrait reprendre sa copie, qui ne comporte pas, elle, ces « insécurités juridiques ».

Et puis non, l’emplacement prévu dans le Jardin extraordinaire sert à autre chose, la page est définitivement tournée. Et l’on en revient à la prophétie de départ : « Dire non à l'Arbre aux Hérons, ce serait dire non à la pérennité des Machines »… (À suivre)

 

Précédents billets :

Tourisme à Nantes (1) : Le Voyage à Nantes 2025 a changé de patron mais a gardé ses compteurs (enfin, pas tous…)

Tourisme à Nantes (2) Le Voyage à Nantes ne fait pas mieux que vivoter depuis vingt ans

Tourisme à Nantes (3) : Les Machines de l’île en danger

 

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