mardi 29 mars 2011

Après les Labex, Nantes en passe de rater les Idex

On disait dimanche que Christophe Clergeau, vice-président de la région, n’avait pas réagi « à cette heure » à la présentation vendredi de la liste des Laboratoires d’excellence qui fait si peu de place à Nantes. Il suffisait d’attendre : une réaction officielle a été publiée hier.

Une protestation énergique ? Pas du tout ! M. Clergeau semble presque content. Son communiqué est intitulé « Laboratoires d'excellence. 4 projets sélectionnés en Bretagne et Pays de la Loire ». Et précise : « Les deux premiers Labex associent des équipes de Bretagne et des Pays de la Loire. Les deux suivants sont des Labex nationaux en réseau au sein desquels sont impliquées des équipes ligériennes. »


Oui. Sauf que les Laboratoires d’excellence Mer et COMIN Labs sont des laboratoires de Brest et de Rennes. Des chercheurs extérieurs, y compris nantais, y participent, mais les établissements nantais n’ont aucune place institutionnelle parmi les lauréats de l’appel à projets. Et les Laboratoires en réseau, qui impliquent l’université de Nantes pour l’un, celle d’Angers pour l’autre, ont leur tête respectivement à l’Université d’Amiens et à l’Université Paris 8. Les Pays de la Loire en sont réduits à se féliciter des succès des autres.

Et le pire reste à venir. Les Laboratoires d’excellence ne sont qu’un hors-d’œuvre, les choses sérieuses vont venir avec la désignation des « Initiatives d’excellence » (Idex), soit, explique le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche, « 5 à 10 pôles pluridisciplinaires d'excellence d'enseignement supérieur et de recherche de rang mondial, capables de rivaliser avec les plus grandes universités du monde ». Les Idex se partageront 7,7 milliards d’euros : c’est dire l’importance de l’enjeu. Les Pays de la Loire ont été suffisamment réalistes pour comprendre qu’ils n’avaient aucune chance seuls : ils se sont associés à la région Bretagne pour présenter une candidature intitulée « Campus d’innovation Ouest ».

 M. Clergeau assure contre toute vraisemblance que le choix des Laboratoires d’excellence « conforte l’idée que la qualité scientifique [de] la candidature Idex 'Campus d’Innovation Ouest' est connue et reconnue ». Plein d’espoir, il ajoute : « Nous attendons désormais l’annonce attendue en début de semaine prochaine des 5 à 10 projets présélectionnés dans le cadre de la première vague de l'appel à projets Idex. »

Là, ça devient pathétique. Car la liste des projets présélectionnés est affichée en page d’accueil du site web du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche depuis vendredi soir ! M. Clergeau, pour qui l’enjeu est si important, n’en savait apparemment rien. Et comme il n’a toujours rien dit ce mardi 29 mars à 11h00, trois jours et demi après la publication de la liste, on suppose qu’il espère toujours. Alors, voici les Idex présélectionnées :
  • Grenoble-Alpes Université de l'Innovation,
  • Initiative d'excellence de l'université de Bordeaux,
  • Université de Lyon, imagine : Lyon / Saint Etienne, métropole d'innovation et de création,
  • Paris Sciences et Lettres étoile : rendons possible le nécessaire,
  • Sorbonne Université à Paris pour l'Enseignement et la Recherche,
  • Toulouse initiative d'excellence,
  • Université de Strasbourg : par delà les frontières, l'université de Strasbourg.

7 commentaires:

Anonyme a dit…

Le Campus Ouest est du bricolage. Les Rennais auraient mieux fait d'y aller seuls.

Anonyme a dit…

D'accord avec le com précédent, comment croire à une idex qui réunirait Brest et Nantes ; les campus sont distants de 300km, soit 3-4h de route. Ce grand écart n'est pas crédible.

ifremer a dit…

300km, c'est pas gérable.... par contre, tous les montages foireux et lucratifs "sciences po à abu dhabi" ou "mon école de commerce à singapour" ou "mon école d'informatique dans 5 pays", ça ne pose pas de problème à la droite.

Ca serait mieux de savoir de quoi on parle, ça changerait un peu.

un chercheur ifremer.

Sven Jelure a dit…

M. Ifremer, votre amertume est compréhensible, et je la partage à mon modeste niveau de spectateur car j'eusse préféré voir l'université nantaise couverte de lauriers et de subventions, mais si Abou Dabi veut se payer une école avec le label Sciences Po, après tout, tant mieux pour Sciences Po. Je comprends que ça ne pose pas de problème à la droite et franchement, je me demande pourquoi ça vous en poserait à vous.

PR27 a dit…

"Sauf que les Laboratoires d’excellence Mer et COMIN Labs sont des laboratoires de Brest et de Rennes. Des chercheurs extérieurs, y compris nantais, y participent, mais les établissements nantais n’ont aucune place institutionnelle parmi les lauréats de l’appel à projets."

Lisez donc les informations un peu plus précisément. L'université de Nantes et l'Ecole des Mines de Nantes ne sont pas des "partenaires extérieurs", ils sont partenaires scientifiques du labex COMIN à part entière.

Sven Jelure a dit…

Le tout est de s'entendre sur les informations à considérer ! Si vous lisez "un peu plus précisément" les résultats officiels de l'appel à projets publiés par le ministère, vous constaterez qu'en effet, les établissements nantais n'ont "aucune place institutionnelle" dans les projets MER et COMIN Labs. Ces projets ne font pas partie des projets en réseau retenus au titre des Labex, ils sont expressément localisés l'un à Brest, l'autre à Rennes, et concrètement, c'est là que les cordons de la bourse seront tenus.

Cela n'exclut pas que des chercheurs "extérieurs", ni Brestois ni Rennais, y jouent un rôle réel (vous citez COMIN Labs, et c'est sûrement vrai aussi pour le Labex MER avec des chercheurs de l'Ecole centrale ou de l'Ifremer) mais les établissements nantais ne sont pas reconnus en tant que tels.

Cela dit, tout le monde a intérêt à faire semblant du contraire, les uns par amour-propre, les autres courtoisie et le ministère par souci de câlinothérapie...

PR27 a dit…

ca n'est pas tout à fait cela... j'ai le bonheur de disposer des documents de première main, mais probablement vous aussi... ou si on compte Nantes comme extérieur, on compte les deux tiers des rennais comme extérieurs, vu la multiplicité des acteurs rennais de statuts divers (et l'entente cordiale-glaciale entre nombre de ces institutions rennaises).