mardi 17 mars 2015

Nantes et la Loire (10) : Ne m’appelez plus jamais Loire

Cinquième et dernière contribution au Grand débat.

Nommer, c’est posséder : pour nous réapproprier la Loire, appelons-la autrement.

Au début de la Genèse, l’homme à peine créé affirme sa primauté sur la nature en nommant tous les animaux. La toponymie a toujours reflété la volonté humaine. Devenue capitale de l’empire romain sous Constantin, Byzance devient Constantinople. Conquise par les Turcs, la voilà Istanbul. La Révolution transforme Saint-Nazaire en Port-Nazaire, Saint-Père-en-Retz en Fraternité, Le Pellerin en Port-Brutus, etc.

Noms de fleuve : le nom. Pour un non-Nantais, a fortiori pour le touriste étranger dont la présence en nos murs est si fortement souhaitée, qu’évoque la Loire ? Les châteaux, bien sûr ! Une France paisible, agreste et harmonieuse, la France du tuffeau, du chenin, de Ronsard. Ou plutôt de Joachim du Bellay : « et plus que l’air marin, la douceur angevine ». Ça n’est pas Nantes, ça. D’histoire, d’esprit et de nature, Nantes est tournée vers le large et pas vers l’amont. Ce n’est pas un hasard si sa devise, Favet Neptunus Eunti, rend hommage au dieu de l’Océan.

Noms de fleuve : le fleuve. S’il y avait un embryon d’idée dans la biennale Estuaire, c’était bien dans son titre. Elle ne s’appelait pas Loire-quelque-chose. Il y a dans « Estuaire » une énergie sonore que « Loire » n’a pas. Il y a le souffle du large. L’estuaire commence là où pointe la marée, quelque part du côté de Varades. Le fleuve change de nature et de force en entrant en Bretagne. De même que la Gironde n’est plus la Garonne, notre estuaire à nous n’est plus tout à fait la Loire. Donnons-lui aussi un nom qui n'appartienne qu'à lui !
Lors de notre Genèse à nous, Adam et Eve n'ont pas rebaptisé l'Estuaire
(extrait du site Nantes, la Loire et nous)

3 commentaires:

Michel Villette a dit…

Excellente idée et Excellent Texte.

Sven Jelure a dit…

Merci.

Anonyme a dit…

Je m'incline @Sven, vous avez reussi à rendre J.Blaise génial, heuheu seulement quelques secondes. Mon consentement à l'impôt s'est transformé, certes de manière éphémère, en orgasme intellectuel et culturel. L'appellation "Estuaire" aurait dû être pour un amoureux de Nantes-la-Belle et de l'Océan, très poétique et prometteur, de cela je n'avais jamais réalisé avant la lecture de votre post ! Malheureusement des souvenirs de ces manifestations aussi déprimants que la vision d'un noeud pratiqué sur un préservatif après l'amour...

OLS