vendredi 1 janvier 2016

Nantes et la Loire (12) : 483,48 euros la contribution

Le « grand débat » Nantes, la Loire et Nous a coûté officiellement autour de 600.000 euros. Environ 1 euro par habitant de l’agglomération nantaise. Il a été « un succès considérable avec la participation de près de 40.000 personnes », écrit Johanna Rolland dans le dernier numéro de Nantes passion. Environ 15 euros par participant. Mais seuls 5.000 de ces participants ont montré une « implication particulière », corrige le rapport final du grand débat, page 6. Environ 120 euros par impliqué particulier.
Site web Nos engagements pour demain
de Nantes Métropole (extrait)

Qu’est-ce donc qu’un impliqué particulier ? Nantes Métropole ne le définit pas mais évoque une commission du débat de 8 personnes, un comité citoyen de 24 personnes, 116 auteurs de cahier d’acteur, 4 séminaires d’acteurs au nombre de séminaristes indéterminé, 27 auditions publiques d’experts, 261 participants à une journée citoyenne le 30 mai et 791 contributions individuelles recueillies sur internet. Rien n’empêche d’ailleurs qu’un même participant ait adressé plusieurs contributions et assisté à plusieurs auditions publiques. Même avec le renfort des 1.500 « curieux » [sic] venus participer à une journée festive le 30 mai, on se demande par quel miracle mathématique on parvient au total de 5.000 impliqués à 120 euros l'un.

Mais c’est à la fin de la foire qu’on compte les bouses : seules méritent d’être dénombrées les idées recueillies. Au total, indique Nantes Métropole, 1.241 contributions ont été collectées : en moyenne, une contribution pour 32 participants, ce qui ne paraît pas beaucoup, et un prix de revient de 483,48 euros par contribution, ce qui paraît beaucoup. Soyons franc, j’aurais volontiers renoncé au tralala de la com’ métropolitaine pour toucher directement les 2.417,40 euros correspondant à mes cinq contributions personnelles :

9 commentaires:

Leblanchet a dit…

c'est ce que l'on appelle la démocratie participative. Mais qui sont les participants? Les citoyens ont un avis, il suffit d'écouter les micro-trottoirs qui sont au journalisme ce que le racolage est à la maison close pour apprécier cette parole publique brute de décoffrage. Quelques voix se distinguent : retraités de l'université ou de la fonction publique, jeunes militants encartés en mal de reconnaissance, contributeurs habitués à la réflexion et à l'expression de leurs idées. Un ensemble hétéroclite qui suce le hochet tendu par des élus en mal d'idées et en quête de reconnaissance publique.
Le coût est élevé pour une majorité indifférente pour qui ce type d'interpellation ne réveille pas un désir d'implication tellement l’entre-soi des acteurs ne les trompe pas.
Seule la com' capitalise sur ces actions, le focus sur les interventions accrédite une illusion de participation, les quelques propositions sont montées en épingle pour berner les absents du débat, laissant croire à une possibilité d'influencer des choix validés par les technocrates à la solde des politiques.

Anonyme a dit…

Tout ça pour ça...
La loire et nous, The débat de la nouvelle équipe municipale a donc accouché d'une souris avec des idées sublimes : des pêcheries, des guinguettes comme si Trentemoult n'existait pas et une grande fête certainement solidaire. En d'autres temps, il y avait chaque année une grande fête de la Loire à Saint-Sébastien sous l'égide de Loire pour tous. Mais c'est avec les vieilles idées qu'on invente la modernité. Quant au prix du débat, il n'y a que les esprits chagrins pour s'en préoccuper mais n'oubliez pas, les impôts vont augmenter parce que les dotations de l'Etat sont à la baisse...

VertCocu a dit…

@Leblanchet
La démocratie participative n'exclut pas le vote. Il n'y en a pas eu. Merci de ne pas jeter bébé dans la Loire. La démocratie participative peut-ėtre bien plus large que la présente fumisterie. La démocratie actuelle est mourante. Vraiment. Partout dans le monde, à tous les niveaux, en particulier en France, elle est au bord du gouffre. Dénigrer les possibilités pour la faire évoluer sont néfastes.

Anonyme a dit…

Tout à fait organiser un vote citoyen où les 5 ou je ne sais plus combien contributions les plus votées seront celles étudiées. Seulement, ils n'auraient pas forcément pu faire passer leurs projets …
Donc on déguise par une superbe démocratie participative, des choix déjà opérés à l'avance, mais pour lesquels il est plus simple ensuite de faire avaler la pilule …
Personnellement, je partage l'avis de VertCocu pour un vote qui aurait été vraiment démocrate et un signal fort envers les nantais …

Anonyme a dit…

Un grand débat chasse l'autre, la Loire cède la palce à la transition énergétique.

Il y a un appel d'offres en cours énigmatique (pour ne pas dire complètement imbitable, mais participatif) sur le sujet : "Grand débat sur la transition énergétique : séminaires d'acteurs en mode design"


Date et heure limite de remise des plis : 22/11/2016 12:00

novembre 2016
CAHIER DES CLAUSES TECHNIQUES PARTICULIERES

"1 - Contexte Dans la perspective de soutenir une prospective ouverte et participative autour des questions de la transition énergétique, Nantes métropole souhaite associer les acteurs de l’agglomération: collectifs citoyens, acteurs associatifs et acteurs économiques, « historiques et émergents ».
Sous la forme de sessions collectives et créatives, devant mobiliser les techniques et process du design, les participants seront appelés à identifier les «écosystèmes » de la transition énergétique, leurs objets, modes de faire, dynamiques , points faibles et ressources, différences et convergences entre écosystèmes…

2 - Objectifs de la commande
La démarche en mode design doit permettre de préfigurer une cartographie locale renouvelée et élargie de la transition. Celle-ci devra constituer une représentation d'un système favorisant les conditions d'une mise en oeuvre partagée des actions en faveur de la transition et de sa gouvernance pour les années à venir...

Le but est de définir avec les acteurs une vision dynamique et opérationnelle de l'écosystème et /ou des écosystèmes autour des attentes, contributions et intérêts/objets communs. A partir de ces éléments seront dessinés les dynamiques d'animation de l'écosystème et le rôle de chacun.

Ce livrable co-construit pourra s'exprimer sous la forme à la fois d'une représentation et de préconisations pouvant abonder comme contribution au grand débat et préfigurer le design d'une feuille de route partagée et multi-acteurs.

3 - Modalités d'organisation et calendrier
Le pilotage technique est assuré par l'équipe projet qui désignera un référent sur cette opération.
Le repérage et l'invitation des participants sont assurés par Nantes métropole. Le recensement du vivier initial peut être assez important entre 100 et 200 entités...

4 - Commande et attendu
Nous souhaiterions que vous nous fassiez parvenir votre meilleure proposition sur le base des attendus suivants :
• Conception d'animation créative du cycle : finalités, processus, partie-prenantes,
modalités.
• Conduire l'animation de chaque session, d'en prévoir le déroulé et les supports.
• Production d'un livrable final : une cartographie des écosystèmes en place, un état des lieux des forces en présence, des relations existantes et des coopérations. Recueil des préconisations sur les leviers, dispositions et contributions à co-créer les conditions systémiques de la transition."

Soit c'est du foutage de gueule total, soit l'attributaire est déjà désigné.
Une nouvelle dimension communicationnelle de la novlangue absconse.

Sven Jelure a dit…

Votre seconde hypothèse me paraît raisonnable (sans pour autant être incompatible avec la première). Le langage et les concepts utilisés sont si étroits que cet entonnoir ne doit pas mener vers beaucoup de candidats potentiels...

Anonyme a dit…

J'en émets une troisième, parfaitement combinable aux deux premières :
Le rédacteur/trice de l'appel d'offre ne comprenait même pas l'objet du marché.

- "Sous la forme de sessions collectives et créatives, devant mobiliser les techniques et process du design" :

Formulation qui n'évoque pas grand chose, qui semble tronquée, process de design de quoi au juste?

- "Sous la forme de sessions collectives et créatives, devant mobiliser les techniques et process du design thinking" :

Ainsi ça devient intelligible (branché aussi, même si le concept de brasser de l'air lui n'est pas nouveau), mais l'efficacité du dispositif ne décolle pas du niveau des pâquerettes pour autant, car il nécessite une démarche :

- Identifier une problématique et comprendre son environnement,
- Trouver le concept, l’idée qui permettra de la résoudre,
- Concevoir la forme qui incarnera ce concept.

Dès la moitié de la première et surtout de la deuxième phase, on entrevoit le côté irréaliste et/ou irréalisable sur un sujet aussi vaporeux.

L'efficacité du dispositif est bien secondaire puisque l'essentiel consiste à démontrer qu'ici on ne rase pas (encore) gratis, mais que l'on pratique la démocratie participative.

Accessoirement "Le montant maximum du marché est de 45 000€HT.

Par ailleurs, étant donné la nature de la prestation, la consultation fait l'objet d'un lot unique."

Sven Jelure a dit…

Je suis moins convaincu par cette troisième hypothèse -- tout en étant d'accord sur la probable omission du mot "thinking". Je pense que la véritable compétence mise en oeuvre par cette mission porte sur le vocabulaire. Exprimer des concepts simples de manière incompréhensible réclame un certain talent, ou du moins une certaine expérience.

liger a dit…

Je suppute que le texte de l'appel d'offre provient d'une autre parution qui a été maladroitement détournée et remanié.

Ce genre de littérature abonde dans les rapports en tout genre.

Un exemple édifiant : http://www.environnement-urbanisme.certu.equipement.gouv.fr/IMG/pdf/2016_07_20_References-PTT.pdf

«Définir ces conditions, c’est en réalité définir les conditions de la rencontre et de la coopération entre praticiens et chercheurs. Il s’agit de chercher les modalités et la réflexivité favorisant l’échange entre acteurs-chercheurs et
chercheurs-acteurs. (...) Plus explicitement, devenir vraiment chercheur, c’est être chercheur-praticien, et devenir vraiment praticien, c’est être praticien-chercheur.»

Aline Jouy Chelim, université des Antilles et de la Guyane, Les paradoxes de la recherche-action. Colloque1983 de l’association des enseignants chercheurs en sciences de l’éducation, Actes, p.229.

«On peut dire que la recherche-action n’est ni de la recherche, ni de l’action, ni l’intersection des deux, ni l’entre-deux, mais la boucle récursive entre recherche et action : se situer dans la complexité, c’est d’abord se situer dans cette boucle et non dans l’un ou l’autre des termes qu’elle boucle.»

Michel Bataille, professeur en sciences de l’éducation, université Toulouse II.
Méthodologie de la complexité.

Ou l'histoire des chercheurs qui cherchent et ceux qui trouvent le moyen de conforter leur présence à leur poste en émulsifiant le vide.