mercredi 11 avril 2018

Jean Blaise et le million d’impayés du 500ème anniversaire du Havre

« J’ai de l’affection pour lui », déclare Jean Blaise à Emmanuel Vautier, de Presse Océan (11 avril 2018). « Lui », c’est Alain Thuleau, PDG de la société Artevia, qui a planté les festivités du 500ème anniversaire de la ville du Havre, ainsi que viennent de le révéler Médiapart et Le Canard enchaîné.

De l’affection pour Alain Thuleau ? C’est peu de le dire. Artevia et Jean Blaise ont un long passé de collaboration*.

  • Déjà en 2002, lors de la première Nuit blanche de Paris, dont Jean Blaise était commissaire, la recherche de partenaires avait été confiée à Alain Thuleau.
  • En 2007, Jean Blaise a chargé Alain Thuleau d’étudier la faisabilité financière de la biennale Estuaire. Une mission si bien menée que les dérapages d’Estuaire ont valu à Jean Blaise des reproches appuyés de la chambre régionale des comptes.
  • En 2009, Artevia (société créée cette année-là par Alain Thuleau) a défini un schéma d’aménagement culturel et urbain pour l’opération Les Terrasses de Nanterre, dont les commissaires étaient Jean Blaise et Jean de Loisy – lui aussi une vieille connaissance du patron du Voyage à Nantes.
  • En 2012, révèle Médiapart, Jean Blaise a fait partie de l’équipe constituée par Artevia pour établir une préfiguration des festivités du 500ème anniversaire de la ville du Havre. Quelques mois plus tôt, Jean Blaise avait rencontré Édouard Philippe, alors maire du Havre**.
  • En 2014, Artevia a intégré Jean Blaise dans son équipe constituée pour le projet « Réinventer Paris ».
  • En 2015, quand Artevia est chargé par Le Havre de concevoir la programmation des festivités du 500ème anniversaire de la Ville du Havre et de son Port en 2017 (Un été au Havre 2017), elle désigne Jean Blaise comme commissaire de l’opération.
Jean Blaise soutient avoir été désigné par le groupement d’intérêt public constitué autour de la Ville du Havre et non par Artevia. Mais sa participation à la mission de 2012 témoigne de son implication dans le projet d’Artevia. Et il admet que sa prestation a été rémunérée par Artevia. (Combien Jean Blaise, par ailleurs directeur général salarié du Voyage à Nantes, a-t-il touché pour cette prestation assurée à ses moments perdus ? Interrogé par Emmanuel Vautier, il refuse une fois de plus de le dire.)

Jean Blaise connaît donc très bien Artevia et a régulièrement travaillé avec l’entreprise de 2015 à 2017. Quand on lui demande pourquoi Artevia a laissé d’énormes ardoises au Havre (plus d’un million d’euros, selon Médiapart, 2,25 millions d’euros, selon Le Canard enchaîné qui totalise 1,2 million d’euros de dépassement de budget et 1,05 million de fournitures impayées), il a sa petite idée : « Artevia a subi un lourd préjudice lors d’une exposition, fin 2015, à l’Institut du monde arabe ».

De fait, c’est en 2015 que les comptes d’Artevia ont plongé dans le rouge avec 320.300 euros de pertes. On ne peut pourtant parler d’accident ponctuel. En 2016, Artevia a fait pire encore avec 785.900 euros de pertes ! Au 31 décembre 2016, ses capitaux propres sont négatifs à hauteur de 755.900 euros : à moins de mesures drastiques, la situation est désespérée. Ne serait-ce que parce qu’Artevia vit essentiellement de contrats publics, et qu’aucune collectivité sérieuse ne peut attribuer de marché à une société dans un tel état.

Aucune ? Si pourtant : malgré la déconfiture qui menace, Artevia obtient encore un contrat notable :
Hélas, les efforts de ses amis n’ont pas suffi : la société Artevia a déposé son bilan le 25 janvier dernier. « Alain Thuleau en prend plein la gueule », déplore Jean Blaise dans Presse Océan. Il ne devrait pas rester seul.
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* Ce recensement n'est sans doute pas exhaustif. Voir dans les commentaires sur cet article celui d'un lecteur anonyme qui indique :
on peut aller plus loin alain thuleau En 2001, rejoint le secteur privé et crée Carat Culture, filiale d''ingénierie culturelle du Groupe Carat France.
http://www.artevia.org/fr/equipe/alain-thuleau
et "travaille" pour jean blaise alors directeur du lieu unique
https://www.lalettrealulu.com/Prevention-contre-le-soda-Un-Coca-plein-de-flop_a1288.html 
*Extrait d’un mémoire de Léna Pujadas, étudiante à l’I.E.P. de Grenoble, qui a participé comme stagiaire à Un été au Havre 2017 : « [Jean Blaise] est d’ailleurs invité aux Assises de la culture au Havre en 2011. Il rencontre Édouard Philippe qui présentait à cette occasion son programme culturel et ce premier contact fructifie puisque c’est à Jean Blaise que sera confiée l’étude de préfiguration pour Le Havre 2017 ». Tiens, on croyait que cette étude avait fait l’objet d’un appel d’offres ?

Le Havre – Photo Pixabay

5 commentaires:

Anonyme a dit…

on peut aller plus loin alain thuleau En 2001, rejoint le secteur privé et crée Carat Culture, filiale d''ingénierie culturelle du Groupe Carat France.
http://www.artevia.org/fr/equipe/alain-thuleau
et "travaille" pour jean blaise alors directeur du lieu unique
https://www.lalettrealulu.com/Prevention-contre-le-soda-Un-Coca-plein-de-flop_a1288.html

Carat Culture, l'agence chargée d'assurer le coup entre LU et Coca, refuse carrément de parler

Leblanchet a dit…

Comment peut-on affirmer que "Le contrat avec le groupement qui a organisé l’événement a été passé conformément au droit des marchés publics et en toute transparence. Le groupement présenté par Artevia fournissait les garanties nécessaires, il était de loin le moins cher et le mieux noté techniquement." Argument repris par la presse, dont Presse Océan avec beaucoup de légèreté.
Alors que Mediapart relève que le processus de nomination de l’entreprise....Artevia n’aurait jamais respecté l’une des conditions majeures posées lors de l’appel d’offre : un seuil des 5 millions d’euros de chiffre d’affaires sur les trois années précédentes.
Et que Les difficultés de trésorerie dateraient..., ajoute Mediapart, signalant des alertes en 2011, 2016 et 2017. Artevia invoque l'exposition "Osiris" en 2015, comme cause majeure de ses déboires. Il y a là un gap qui ne trouvera son explication que dans l'analyse de le la décision de la Commission d'appels d'offre qui a retenu une offre qui ne satisfaisait pas aux règles, quant aux capacités financières de l'entreprise.

Sven Jelure a dit…

Artevia a réalisé plus de 5 millions d'euros de CA en 2013, pas en 2012 ni en 2011. La précédente alerte financière datait de 2010 et non 2011. Mais le gros point noir est ailleurs : après avoir perdu plus de la moitié de son capital (bien plus de la totalité, en fait) en 2016, la société aurait dû informer le public et choisir entre la reconstitution de son capital et le dépôt de bilan. Elle a opté pour une attitude dilatoire en repoussant son assemblée générale à novembre 2017... soit après Un été au Havre 2017 !

Anonyme a dit…

N'accablez pas Artevia : cette entreprise privée ne dispose que de ses propres moyens. A Nantes, quand Estuaire, Fin de Siècle ou Les Machines de l'île ont des problèmes financiers, ils se règlent en douceur par une augmentation des subventions publiques. Mais à la base, le problème est le même : des gens incapables de tenir leur budget.

Anonyme a dit…

"Les comptes du Voyage à Nantes ont viré au rouge en 2017 : moins 191 400 €, selon des chiffres communiqués la semaine dernière en conseil d'administration.
Selon les informations de Presse Océan, le commissaire aux comptes vient de se fendre d’un courrier pour alerter sur le risque d’un déficit « structurel »."

Fin de règne à Nantes aussi?
Bientôt le VAC?