mardi 1 février 2011

Le Voyage à Nantes (1) : le vieux unique

Le Voyage à Nantes prétend rabouter les attraits disparates de la ville pour en faire un puissant attrape-touristes. L’intention est louable, mais l’idée est éculée. On attendait du grandiose et du grotesque, une bonne matière à polémique. On n’a qu’un projet mollasson, « petit bras » comme dit Sophie Jozan interviewée par Éric Cabanas et Cédric Blondeel dans Presse Océan d’hier, exposé sans nerf par un dossier de presse verbeux. Même le logo a l’air d’une de ces rondelles qu’on achète chez Metro par lots de mille pour les soldes et les liquidations.

Comment Le Voyage à Nantes décrit-il le séjour à Nantes idéal ?

« Entrer au lieu unique… découvrir la collection permanente du Musée des Beaux-Arts… entrer dans la cathédrale par les cryptes… admirer Nymphéa à la surface du Canal Saint Félix… faire connaissance avec l’histoire de Nantes grâce à son musée au Château des ducs… profiter d’un point de vue méconnu sur la vieille ville… s’arrêter boire un verre dans une sculpture… se laisser aller à une balade à dos d’éléphant ou à un tour de manège monumental… partager un moment de notre histoire au Mémorial de l’abolition de l’esclavage… connaître le temps qu’il fera dans 4h grâce à un immense indicateur météorologique sur la façade d’un immeuble… embarquer pour une croisière à la découverte du patrimoine naturel de l’estuaire et des œuvres qui jalonnent les rives jusqu’au littoral… »

On imagine le touriste japonais se précipiter à Nantes pour connaître le temps qu’il fera dans quatre heures et boire un verre dans une sculpture (dont Jean Blaise évite de rappeler qu’elle est judicieusement intitulée L’Absence) avant de se casser le nez sur la porte du musée des Beaux-arts déjà fermée, puis sur celle du Mémorial pas encore ouverte.

Cela fait penser à ces campagnes collectives de promotion touristique dont on voit fleurir les affiches dans les couloirs du métro parisien vers la fin de l’hiver : « Chez nous, il y a la campagne, des villes et des rivières », « Chez nous, il y a la mer, des musées, des jardins », « Chez nous, il y a des châteaux, la montagne, des spectacles ». De qui s’agissait-il déjà ? La Nièvre-Atlantique ? Le Tarn-et-Loire ? La région des Pays de la Saône ? Derrière ces slogans fatigués, on imagine des agences de publicité devenues cyniques, conscientes que rien d’original ne survivra à l’examen d’un comité local du tourisme où chaque collectivité contributrice veut avoir sa part.

Et dire que Jean Blaise n’a même pas eu besoin d’un comité pour s’engager sur la même piste rebattue. Comme si l'invention d'un nom plus original que Régie centrale unifiée du tourisme nantais avait suffi à épuiser son imagination. Ou comme si, désormais, Jean-Marc Ayrault changeait en plomb tout ce qu'il touche ?

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Le Voyage à Nantes n'est pas encore lancé (à l'été 2012) que déjà vous ralez... Trop fort

Sven Jelure a dit…

Vous faites erreur : Le Voyage à Nantes a été créé en janvier 2011 par regroupement de l'Office de tourisme, de Nantes Culture&Patrimoine et d'Estuaire. Peut-être confondez-vous la structure existante et la grande opération qu'elle a prévu de lancer en 2012 ?