mercredi 1 décembre 2010

Le Voyage à Nantes : pas gagné d’avance

Après-demain, Jean-Louis Jossic défendra devant le conseil municipal de Nantes un dossier qui sera sûrement le plus lourd de la séance : le changement de nom de Nantes Culture et Patrimoine. La société gestionnaire du Château des Ducs et des Machines de l’île devrait désormais s’appeler Le Voyage à Nantes.

Ce changement de nom est la première réalisation de Jean Blaise en tant que grand sachem du tourisme local. Voilà du lourd ! Et du bien choisi pour attirer le pérégrin. Le Voyage à Nantes, ça fait forcément culturel.

Cela rappelle Le Voyage à Paimpol, de Dorothée Letessier, escapade manquée d’une Briochine frustrée qui déclare : « Je ne sais plus quoi faire. Je m’ennuie. Je m’emmerde ». Ou Le Voyage à Deauville, court métrage glauque de Jacques Duron, où l’un des garçons voudrait bien mais l’autre préfère les filles, quoique, si le premier y met le prix… Ou encore Le Voyage à Bordeaux, de Yoko Tawada, que Les Inrockuptibles résumait ainsi* : « Il se passe à peine quelques heures entre le point de départ du Voyage à Bordeaux, avec l’arrivée de Yuna dans cette ville, et la fin, où elle se fait voler son dictionnaire allemand-français à la piscine. Entre-temps, que se sera-t-il passé ? Quasi rien. »

On n’ose penser que Jean Blaise ait plutôt eu en tête Le Voyage à Lilliput, de Jonathan Swift, que Gulliver aurait mieux fait d’éviter – mais n’allons pas déclencher une querelle entre Gros-blaisiens et Petits-blaisiens. Le Voyage à Biarritz serait plus indiqué puisque l’auteur de la pièce, Jean Sarment, est né à Nantes. Hélas ! ce voyage là n’est qu’une chimère dans la tête de Guillaume Dodut, chef de gare à Puget-sur-Var (il est dodut le chef de gare, ah ! ah ! ah !). Pas moins chimérique est Le Voyage à Reims, opéra de Rossini dont les protagonistes ne verront pas la Champagne, coincés qu’ils sont à l’Hôtel du Lys d’or de Plombières-les-Bains.

Mais le pire serait encore que Jean Blaise ait songé au Voyage à Cythère,
           un pays fameux dans les chansons,
Eldorado banal de tous les vieux garçons,
dont Baudelaire a révélé la désolante vérité : « une île triste et noire », « un terrain des plus maigres, Un désert rocailleux troublé par des cris aigres ». Et où les faux-semblants ne manquent pas :
J'entrevoyais pourtant un objet singulier !
Ce n'était pas un temple aux ombres bocagères,
Où la jeune prêtresse, amoureuse des fleurs,
Allait, le corps brûlé de secrètes chaleurs,
Entre-bâillant sa robe aux brises passagères ;
Mais voilà qu'en rasant la côte d'assez près
Pour troubler les oiseaux avec nos voiles blanches,
Nous vîmes que c'était un gibet à trois branches,
Du ciel se détachant en noir, comme un cyprès.
Se pourrait-il que Baudelaire, confondant Cythère et l’île de Nantes, ait rasé la côte face au palais de justice de Jean Nouvel ?
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* Raphaëlle Leyris, Les Inrockuptibles n°728, 11 novembre 2009

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Ah ! la jeune greffière, amoureuse des fleurs, entrebaillant sa robe(c'est mieux que le vieux procureur entrebaillant sa robe)