vendredi 4 novembre 2011

Nantes, la belle endormie ? (2) Chronologie d’une nuit blanche

Nantes, donc, aurait été une belle endormie. Depuis quand ?

Sans pousser très loin les recherches dans la littérature, on trouve qualifiées de « belle endormie » Bordeaux en 1969, Aix-en-Provence en 1981, Marseille en 1982, Hyères en 1891 ou Riom en 1890(1). On serait bien en peine de remonter aussi loin pour Nantes.

« La belle endormie se retrouve libérée le 12 août 1944 », titrait un jour Ouest France. Mais c’était en 2006 ! Même carambolage chronologique voici quelques semaines dans le dossier de presse d’Urban Textiles. « André Breton se laissait surprendre par la beauté de ‘La Belle Endormie' dans son ouvrage Nadja », y assure Albert Magister, directeur artistique de l’exposition photographique. On aura beau lire et relire le livre, paru en 1928, l’expression n’y figure pas.

En réalité, la presse n’a commencé à utiliser le cliché de la « belle endormie » à propos de Nantes que dans les années 1990. Le credo de Jean-Marc Ayrault est de « réveiller Nantes, ‘la belle endormie’ » assurait L’Express en octobre 1992, à côté d’un encadré intitulé « Comment faire parler d’une ‘Belle endormie’ ? » (réponse : en multipliant les spectacles). Le réveil n’était donc pas opéré à l’époque.

En 2004, en revanche, Le Point écrivait que « La grande ville industrieuse et marchande du début du siècle,[…] qui s'était doucement assoupie au fil des ans, laissant filer son activité économique vers l'aval du fleuve, s'est peu à peu réveillée. » Ce que confirmait Ouest France en titrant, le 4 août 2007 : « Nantes n’est plus la belle endormie ». La même année, pourtant, dans le n° 2 de Place publique, référence forcément sérieuse puisque subventionnée par Nantes Métropole, le géographe Jean Renard fixait la « date reconnue du réveil de 'la belle endormie' » à… 1977.

Le thème de la belle endormie, on l’a noté, est régulièrement brandi par les oppositions municipales contre les équipes en place. Dans le cas de Nantes, il n’a été utilisé que rétroactivement. On n'a fait de Nantes une belle endormie que pour prétendre l'avoir réveillée !
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 (1) Jean Claude Guillebaud et Pierre Veilletet, Chaban-Delmas ou l'Art d'être heureux en politique, B. Grasset, 1969 ; Franck Baille, Les petits maîtres d'Aix à la Belle Epoque, P. Roubaud 1981 ; Jean-Marie Homet, Astronomie et astronomes en Provence, 1680-1730, Édisud, 1982 ; Stephen Liégeard, La Côte d’Azur, Librairies-imprimeries réunies, 1891 ; Mémoires de l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Clermont-Ferrand, 1890.

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Exact: autrefois, Nantes était surnommée "la Venise de l'Ouest", ou "la cité des Ducs de Bretagne", quelquefois "Nantes la grise", selon l'expression de Grandjouan reprise par Gracq, mais on n'avait jamais entendu dire "la belle endormie". Au contraire, après mai 1968, Nantes a longtemps gardé une réputation de ville agitée.

Anonyme a dit…

On a déja vu la municipalité nantaise arranger l'histoire à sa manière au chateau des ducs. "Le totalitarisme prétend contrôler le passé aussi bien que l’avenir" (George Orwell, "Hommage à la Catalogne")