lundi 16 janvier 2012

Deux génitifs l’un sur l’autre

Faut-il dire « Mémorial à l’abolition de l’esclavage » ou « Mémorial de l’abolition de l’esclavage » ? Il n'existe pas de règle établie. Selon l’Académie française, un « mémorial » est un « monument commémoratif ». Si l'on dit « monument à » (monument aux morts…), on doit aussi bien pouvoir dire « mémorial à » ! Le mot vient d’ailleurs du latin memoriale, qui signifie « monument, souvenir ».

La vox populi, puisqu’on latinise, a tranché : une recherche avec Google donne 89.100 résultats pour « Mémorial à l’abolition de l’esclavage » contre 55.400 résultats pour « Mémorial de l’abolition de l’esclavage ». On sent bien à l’oreille que la seconde formule n’est pas heureuse. À en croire les frères de Goncourt, Flaubert s’est repenti toute sa vie « d’avoir accolé dans Madame Bovary deux génitifs l’un sur l’autre : ‘une couronne de fleurs d’oranger’ ».
Dans son CV, Krzysztof Wodiczko, concepteur du monument, évoque le « Memorial to the Abolition of Slavery » – qu’on traduira sans hésiter par « Mémorial à l’abolition de l’esclavage ».
Nantes Métropole a longtemps tergiversé, au point de glisser parfois les deux formules dans une même page, comme le montrent les extraits 1 et 2 reproduits ici. Mais finalement, elle a choisi l'enseigne du monument. La formule euphonique ou bien la formule moche ? Réponse ci-dessous.

13 commentaires:

Anonyme a dit…

J'adore vos chipotages obsessionnels. Les mots sont si importants. Parfois, vous êtes d'une mauvaise foi cauteleuse, mais c'est si bon, et si rare, l'intelligence et le talent. Continuez, SVP.

Sven Jelure a dit…

De mauvaise foi, moi ? Oh !..... Mais merci pour la suite : c'est si rare, les compliments.

Anonyme a dit…

Il existe à Londres un "Memorial to the Abolition of the Transatlantic Slave Trade"

Petit Robert Uhu a dit…

Mémorial pour l'absolution des l'esclavagistes.

Sven Jelure a dit…

Pour le prochain mandat municipal, peut-être...

Leblanchet a dit…

Loin d'être du chipotage, votre remarque pointe un choix qui bien que moins heureux n'en est pas moins légitime. Bossuet a employé les deux formules comme en atteste le Littré. La vox populi tranchera, probablement, en faveur de la formule la plus heureuse.

Merci de veiller sur les mots que nous impose la communication administrative.

Anonyme a dit…

oui ce sont des chipotages obsessionnels et ce matin j'ai offert un sandwich complet au pauvre gars qui était au pied de mon bureau dans le froid. Aucun rapport. Je ne sais pas pourquoi vos pinaillages sur des virgules me gavent.Trop de fric pour un mémorial DE ou A l'esclavage. Trop de misère au pied de chez nous.
Mais bien, sûr, aucun rapport, je sais.....

Yves Lainé a dit…

Bien ajusté - Mémorial "à" s'impose. Peut-être pourrait-on instaurer une commission extra-municipale de contrôle de qualité grammaticale des messages publics... le censure de la société civile, en quelque sorte...
Mais d'aucuns diront que cela ressemble à la dictature du peuple.. Nostalgie ?

Leblanchet a dit…

Quelle belle âme anonyme! On se sent tout de suite rassuré sur le genre humain. L'amalgame sert de bonne conscience. Mais le diable est dans le détail, comme chacun sait.

Relire l'objet du blog permettra de remettre les valeurs à leur juste place.

Sven Jelure a dit…

"La vie est une fable racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur, et qui ne signifie rien", écrivait Shakespeare. On pourrait s'en tenir là, le pur matérialisme rejoignant alors le pur nihilisme. Pourtant, je crois qu'une aspiration esthétique n'est pas antagoniste d'un sentiment humaniste ou charitable : elle en est l'étincelle. Les fleurs avant le pain, comme dit la devise des Petits frères des pauvres. Cela dit, je ne prétends pas élever à des hauteurs métaphysiques ce qui reste un débat sur des prépositions...

Anonyme a dit…

Merci Leblanchet.J'apprécie dans votre remarque une ironie distanciée de grammairien prud'hommesque (et bien nourri sans doute). Je n'amalgame pas, rien à voir .. Mais quand même, a l'heure actuelle, se préoccuper de prépositions, avouons c'est de la pédanterie et de l'inconscience. Mais vous avez raison, il faut remettre les valeurs à leur place.Et c'est ce que je fais à mon petit niveau.
Vous êtes dans un combat de vieux (mais non, ce n'est pas une question d'âge). (A propos, il faut dire "à" et non pas "de" , ouf sauvé)!
Belle conclusion Sven, merci

Anonyme a dit…

Le choix de la mauvaise préposition n'est qu'une cerise sur le gâteau : ce Mémorial est mal inspiré, mal né, mal mené, mal nommé.

Leblanchet a dit…

"On ne peut pas vivre dans un monde où l'on croit que l'élégance exquise du plumage de la pintade est inutile." écrivait Giono.