vendredi 5 juin 2009

Guêtres aux pieds, penn-baz en main, où donc vas-tu mon Corentin ?

Tu peux sourire, charmante Elvire : les loups sont entrés au château des ducs de Bretagne. Oh ! pas en conquérants, non, les pauvres bêtes ! Ils évoquent plus les canidés sans papiers que les hordes d’Attila, les douves du château ne seront pas les champs Catalauniques. N’empêche, ils sont là, malgré les protestations des amis des bêtes de Noa France, qui publient sur leur site web (http://noa-france.org) la réponse hilarante reçue d’Estuaire 2009 sous la plume d’un « co-programmateur artistique » (car ils ont dû s’y mettre à plusieurs) : « je vous confirme que le fait de placer une meute de loups dans des douves de château que l’homme a peu à peu transformé en parc public pour son loisir en laissant un temps à la nature pour qu’elle reprenne ses droits est constitutif d’une œuvre. C’est d’ailleurs plutôt, comme l’artiste le dit lui-même, un geste lui même constitutif d’une œuvre. »

Comme au Cadavre exquis, où il suffit d’assembler au hasard un sujet, un verbe, un complément et un adjectif pour obtenir des phrases « créatives », une fois qu’on a chopé le truc, le jeu est simple, on peut produire à la chaîne autant d’œuvres – ou de « gestes » – qu’on veut.

Exercice numéro 1 : vous mettez des animaux à un endroit où ils ne devraient pas se trouver, et hop ! c’est une œuvre d’art, vous n’avez plus qu’à signer et passer à la caisse. À l’intention de Stéphane Thidet ou de ses successeurs, voici de quoi alimenter Estuaire jusqu’à l’édition 2029 :

  1. Les dents de la merdre : Lâcher des piranhas dans l’Erdre (puisque finalement Manaus ne l’a pas fait à l’occasion des Floralies).
  2. Le Nouvel éléphant : Transformer le hall des pas perdus du palais de justice en enclault à éléphants. Les pachydermes seront encadrés par des cornacs en toge et en toque. Concours de barrissement avec le Grand éléphant (s'il est encore là en 2013).
  3. King Blaise : Grâce à quelques pitons et échelles de corde judicieusement placés, faire grimper un gorille géant en haut de la tour Bretagne. La dernière reine de Nantes pourra jouer le rôle d’Ann Darrault.
  4. Soubrier-yé-yé : Organiser des courses de girafes dans la grande nef de la cathédrale. Sautant de gargouille en gargouille, Quasimodault les encouragera de la voix et du geste.
  5. Amity-sur-Loire : Aménager un enclos marin devant la plage de Saint-Marc-sur-mer puis y mettre un grand requin blanc. Organiser à la fin d’Estuaire 2019 un grand défilé de MM. Hulault cul-de-jatte ou unijambistes (sans pipe), tandis que Guint partira à la chasse au squale.
  6. Le petit porc-épique : Peupler la piscine du Petit-port de crocodiles, caïmans et autres alligators. Pour les étudiants collés à leurs partiels, le repêchage consistera à nager trois longueurs sous les hourras du public. L’étudiant le moins grignoté sera récompensé par un sac en crocault.
  7. Bonoboxiette : Installer une bande de bonobaults dans la salle des séances de l’hôtel de région. En appuyant sur un bouton, chaque chimpanzé pourra diffuser un enregistrement aléatoire d’une séance du conseil régional.
  8. Ne m’appelez plus jamais France : À Saint-Nazaire, peupler le Petit-Maroc de chacals (ou faut-il écrire chacaults ?), cobras et autres dromadaires (plutôt que des chamaults). Y organiser la grande fantasia des néo-ligériens.
  9. Le grand ménage de la petite ménagerie. Faire nicher un gypaète barbu (dit « le nettoyeur des alpages ») dans chacun des annaults de Buren. Les nourrir des cadavres cachés dans les placards des collectivités locales, qu’ils feront disparaître proprement. Pour briser les os, les gypaètes les font tomber d’une grande hauteur : déconseiller le service en terrasse aux établissements du Hangar à bananes.
  10. Le Colisée est de retour : Implanter une troupe de lions sur la pelouse de la Beaujoire. Pour faire revenir les supporters et nourrir le roi des animaults, leur jeter de temps en temps en pâture une jeune vierge chrétienne.

Prochainement, exercice numéro 2 : « confronter les éléments du monde économique à ceux du monde culturel » -- en clair, installer une chambre d’hôtel biscornue dans un endroit qui n’est pas fait pour ça mais où la vue est belle, puis signer Tatzu Nishi. En attendant, cessez de rire, charmante Elvire, les loups ont envahi la ville pour

Faire carousse, liesse et bombance
Dans ce foutu pays de France.

Aucun commentaire: