lundi 18 juillet 2011

Quand Jean Blaise manquait d’ambition

La Chambre régionale des comptes, on l’a vu hier, n’a pu que constater le fonctionnement insatisfaisant de l’association CRDC-le Lieu Unique. Elle n’incrimine personne : pas une seule fois le nom du patron de cette institution mal tenue n’est cité par son rapport. Le lecteur ignorera donc qu’en guise de sanction, il a été promu à de plus hautes responsabilités.

Jean Blaise n’a d’ailleurs aucune raison de se plaindre du traitement qui lui a été réservé dans cette affaire. Au mois de mars, on l’a dit, Presse Océan avait publié des extraits du rapport provisoire de la Chambre régionale des comptes à la faveur d’une fuite dont les auteurs ne lui voulaient probablement aucun mal. Cette fois, Presse Océan s’est contenté d’un entrefilet pour signaler la publication du rapport définitif.

Le commentaire d’Isabelle Labarre, dans Ouest France du 13 juillet, n’est pas tellement plus féroce ; la réponse de Jean Blaise y tient autant de place que les critiques de la Chambre*. Quand celle-ci reproche au Lieu Unique, par exemple, « la part insuffisante laissée à la création », il répond : « hormis pour les expositions, nous n'avons jamais eu l'ambition d'être un lieu de création. »

Voilà qui est intéressant. Le Lieu Unique est labellisé « scène nationale », ce qui lui donne droit à de jolies subventions. Les scènes nationales, indique la circulaire du 30 avril 1997 qui les régit, ont trois missions : « s’affirmer comme un lieu de production artistique de référence nationale, dans les domaines de la culture contemporaine ; organiser la diffusion et la confrontation des formes artistiques en privilégiant la création contemporaine ; participer dans son aire d’implantation (voire dans le département et la région) à une action de développement culturel favorisant de nouveaux comportements à l’égard de la création artistique et une meilleure insertion sociale de celle-ci. » Mais Jean Blaise, qui ne dédaignait pourtant pas les subventions, n’a « jamais eu » cette ambition. C’est un grand modeste.
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* Conformément à la loi, avant de publier son rapport, la Chambre l’avait communiqué à Françoise Chedmail, présidente de l’association CRDC-le Lieu Unique ainsi qu’aux maires ou présidents de collectivité contribuant au financement de celle-ci, c’est-à-dire MM. Ayrault, Auxiette, Grosvalet, Batteux, Chauveau, Haury et Moisière, respectivement au titre de la ville et de la communauté urbaine de Nantes, de la région des Pays de la Loire, du département de Loire-Atlantique, de la ville de Saint-Nazaire, et des communautés de communes Loire et Sillon, Sud Estuaire et Coeur d’Estuaire. La loi impose à la Chambre de publier les réponses reçues. Seuls deux des destinataires, Mme Chedmail et M. Auxiette ont accusé réception du document, sans contester ses conclusions. Mme Chedmail précise : « Le texte du rapport n’a pas fait l’objet d’observations particulières des membres du bureau de l’association CRDC, de Patrick Gyger, directeur du Lieu Unique et de Jean Blaise, directeur du Lieu Unique pour la période concernée ». Apparemment, Jean Blaise était plus soucieux de se justifier auprès de la presse qu’auprès des magistrats de la Chambre régionale des comptes.

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