lundi 7 novembre 2011

Nantes, la belle endormie ? (4) Il faut que je me rappelle bien que j’ai dormi

Le narrateur de La Recherche du temps perdu a une vieille tante qui prétend ne jamais dormir. Mais de la chambre voisine, il l’entend dire au réveil : « Il faut que je me rappelle bien que je n’ai pas dormi ». Nantes, au contraire, doit se rappeler qu’elle est supposée avoir dormi. « La belle endormie » est un thème récurrent dans la communication de Jean-Marc Ayrault.

« Lorsqu'on parle de Nantes, on ne dit plus la belle endormie », affirmait le maire de Nantes au cours de la campagne municipale de 1995, selon Les Échos du 18 mai 1995.  On dirait que l’image est restée calée dans son rétroviseur. « Comme un premier de la classe fier d'exhiber sa copie impeccable, Jean-Marc Ayrault, 58 ans, aime à rappeler que, il y a vingt ans, Nantes était surnommée 'la belle endormie' », écrivait à son tour Le Journal du dimanche en 2008. « Il y a vingt ans, avec la fermeture des chantiers navals, Nantes était une ‘belle endormie’ » proclamait-il lui-même devant la World Investment Conference en 2009.

Les subordonnés et les thuriféraires du maire ont embouché jusqu'à nos jours la même trompette passéiste. Comme signalé ici, Le Voyage à Nantes vient de faire diffuser un communiqué intitulé « Nantes, de la Belle endormie à la Belle éveillée ». On peut toujours lire sur le site web de Nantes Métropole une déclaration de la majorité communautaire qui sacrifie au cliché.

Deux livres ont même consacré celui-ci : Nantes. De la belle endormie au nouvel Eden de l'Ouest(1) et un récent opus intitulé Nantes, la belle éveillée(2), mais dont le prière d’insérer annonçait : « De l’image de 'la Belle endormie' qui lui collait à la peau dans les années 1980, Nantes a, de l'avis de tous aujourd'hui, des allures de 'Belle éveillée' ». Largement reprise dans la presse et sur le web malgré sa syntaxe lamentable, cette phrase a ravivé la fable de la Belle endormie. Elle est pourtant inexacte puisque l'image « rétroactive » de la belle endormie ne date que des années 1990.
_____
(1) Isabelle Garat, Patrick Pottier, Thierry Guineberteau, Valérie Jousseaume, François Madoré, Nantes. De la belle endormie au nouvel Eden de l'Ouest, Anthropos, 2005.
(2) Dominique Sagot-Duvauroux, Gérôme Guibert, Magali Grandet, Stéphane Pajot, Nantes, la belle éveillée, Éditions de l’Attribut, 2010.

3 commentaires:

Leblanchet a dit…

En empéchant Nantes de s'endormir sur ses lauriers, vous prenez le risque de réveiller les chiens.

Sven Jelure a dit…

je dormirai néanmoins du sommeil du juste

Leblanchet a dit…

la satisfaction de la belle ouvrage