Chaque début d’année, la fin de l’hivernage des Machines de
l’île apporte son lot de déclarations un peu bizarres, un peu biaisées, un peu
langue-de-bois, mais souvent révélatrices au second degré. Petite exploration
des éléments de langage 2019.
- Il
y a d’abord ce qu’on s’abstient de dire. De la fréquentation des Machines
de l’île en 2018, on évite de parler. Elle a baissé de 20.000 visiteurs, affirmait
en début d’année Dolorès Charles, de Hitwest. Seule à publier un
chiffre précis en l’absence de bilan officiel, Julie
Urbach assure dans 20 Minutes que 642.670 billets ont été
vendus. Par rapport aux 674.395 billets de 2017, la perte serait de 31.725
billets, soit 4,7 %. En cette année 2018 très favorable pour le
tourisme dans toute la France ou presque, c’est paradoxal. Et d’autant
plus fâcheux que la délégation de service public accordée par Nantes
Métropole prévoit une augmentation continue de la fréquentation jusqu’en
2025. En 2018, les Machines auraient dû comptabiliser 672.931 entrées. Il
en manque plus de 30.000. La subvention versée par Nantes Métropole
baissera-t-elle en proportion ?

- Le
redémarrage est laborieux. Pierre Orefice, directeur de l’établissement,
qui s’exprime comme souvent à travers la plume de Stéphane Pajot dans Presse
Océan (10 et 11 février), admet du bout des lèvres que la nouvelle
attraction de la Galerie des machines, le Paresseux, ne fonctionne pas
bien. Le Grand éléphant encore moins : il est en panne. « On
lui a enlevé la moitié de son cerveau pour le réparer », plaide
le patron des Machines. « […] On a changé les mémoires de son
cerveau qui se compose de deux gros ordinateurs. » Peut-être le
patron des Machines devrait-il lui-même envisager un petit changement de
mémoires. Car il semble oublier que le
cerveau de l’éléphant a déjà été changé l’an dernier, en même temps
que son moteur – cause
de bien des soucis lui aussi. (Mise à jour du 28 février : je m'aperçois à retardement que le programme des travaux de l'an dernier ne prévoyait pas un remplacement du cerveau entier mais seulement de certaines pièces et un "test pour anticiper le changement global du cerveau automate". Une anticipation mal calculée, donc.)
- L’Arbre
aux Hérons, lui, a un problème de poids. Les Machines de l’île exposent
une nouvelle maquette, vaste enchevêtrement de ferrailles sans grande
ressemblance avec l’édifice qui avait séduit Nantes Métropole naguère. C’est
maintenant un « banian des Indes », dit-on pour expliquer
l’apparition de nombreux poteaux. Sans ces étais, les branches
seraient incapables de supporter les charges prévues. On vient seulement de s'en apercevoir. Rappelons qu’une
branche prototype est installée depuis 2007 aux Machines de l’île. Elle
était censée servir à vérifier la faisabilité de l’Arbre…
- Il
y a aussi le feuilleton du financement de l’Arbre aux Hérons (qui en
principe ne concerne pas Les Machines de l’île, mais ce méli-mélo
juridique n’est pas nouveau). « ’Ça avance’, assure le directeur
des Machines », selon
Yasmine Tigoé (Ouest France du 10 février). « Une quarantaine d’entreprises se
sont engagées, par courrier, à participer au financement. », pour
un montant de 4 millions au total. Ce qui montre au contraire que, non, ça
n’avance pas du tout : interrogé
début août par Rozenn Le Saint, du magazine Capital, le même
Pierre Orefice annonçait que « 40 entreprises ont déjà misé 4
millions d’euros dans le fonds de dotation dédié ». Non seulement
le magot n’a pas varié d’un kopeck en six mois, mais on découvre que ces
millions prétendument « misés » ont seulement été
promis*.
- Peut-être
pour cette raison, Pierre Orefice cherche à gagner du temps.
L’inauguration de l’Arbre aux Hérons devait intervenir au plus tard en
2022. Sur
le site web de Nantes Métropole, on peut encore lire, à la date du 7
févier 2017, que « l'Arbre aux hérons devrait ouvrir ses branches au
public "au début du prochain mandat, en 2021-2022 " selon la
présidente de Nantes Métropole ». Pierre Orefice dément soudain Johanna Rolland et
annonce de son propre chef une ouverture « à l’horizon 2023 » !
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* Dans
l’intervalle, le 5 décembre, Pierre Oréfice avait aussi annoncé 40 entreprises
et 4 millions d’euros à Presse Océan. Au conseil métropolitain du 5
octobre 2018, Fabrice Roussel évoquait seulement 3,5 millions d’euros.