Le petit parking de la Duchesse-Anne était naguère orné par un personnage de Claude Ponti, Le Débitumeur. Cette effigie en métal découpé roulait des bandes de bitume comme on roule un tapis, révélant la terre naturelle. Pour faire un jardin, on a enlevé Le Débitumeur puis le revêtement du parking... qu’on a remplacé pour l’essentiel par un autre revêtement, plus clair. Histoire de parler quand même de jardin, on a semé un peu de gazon. Impossible de faire mieux : le tunnel du canal Saint-Félix passe juste au-dessous.
Mais rien n’aurait empêché la création d’une fontaine. La re-création, plutôt. Il y en avait une là, magnifique, jusqu’au percement du canal en 1929. Son bassin de pierre d’environ 20 x10 m a été réutilisé comme pataugeoire au jardin d’enfants de Procé et s’y trouve toujours. L’absence d’une nouvelle fontaine a de quoi étonner.
On connaît le rapport particulier de Johanna Rolland avec les arbres, qu’elle n’hésite pas à abattre en grand nombre tout en en plantant d’autres à grands frais. On connaît moins sa relation avec les fontaines. Depuis une douzaine d’années, Nantes a créé le miroir d’eau, l’aire de jeux aquatiques du Clos-Toreau, les brumisateurs du square des Lauriers, les huit « fontaines Feydeau » de la nouvelle place du Commerce, quatre nouvelles fontaines Wallace, la cascade du Jardin extraordinaire, le rideau d’eau temporaire de Stéphane Thidet sur le théâtre Graslin, etc. Elle a aussi rénové la fontaine de la place Royale, après lui avoir fait subir diverses avanies sous prétexte de Voyage à Nantes (paroi d’escalade, chambre d’hôtel, lieu d’échouage...).
Des fontaines où coule plus d’argent que d’eau
Tout cela coûte fort cher. L’installation du miroir d’eau devant le château des ducs de Bretagne a coûté plus de 3 millions d’euros. Le coût des fontaines Feydeau, non précisé, se chiffre certainement en millions d’euros lui aussi. La rénovation de cinq fontaines Wallace et la création de quatre nouvelles par Cyril Pedrosa auraient coûté environ un demi-million. En comparaison, les 497 687,40 euros HT de la fontainerie et de la brumisation du nouveau bassin en cours d’aménagement au Jardin extraordinaire paraissent presque modérés.
Une fois les fontaines construites, reste à les gérer. Qui croirait que l’eau coule toute seule ? En plein centre-ville, les fontaines du Pont-Morand, de la place de l’Écluse et même de la place Graslin ne fonctionnent qu’épisodiquement. La cascade du Jardin extraordinaire, quant à elle, propulse quotidiennement des quantités énormes d’eau et de kw/h devant un public parfois très réduit. La cascade de l’île de Versailles débite bien ; en revanche, la cascade du Jardin des plantes est souvent réduite à un goutte-à-goutte.
Ce n’est pas faute de consacrer des moyens à ces équipements. Le parc de fontaines de Nantes Métropole comprend officiellement 23 fontaines à eau recyclée, 3 fontaines à eau perdue et 32 bornes à eau perdue. Leur entretien et leur maintenance a fait l’objet en 2024 d’un contrat dont le montant peut atteindre 498 287,00 euros hors TVA. Ce qui ne paraît pas si cher en comparaison du coût de la maintenance des huit fontaines Feydeau : jusqu’à 320 000 euros HT pour deux ans. Soit à peu près le double de celle du miroir d’eau.

C'est effrayant, les chiffres énoncés en Euros par vos soins donnent l'impression d'une erreur de saisie dans votre texte, qu'il y a un zéro de trop à chaque somme annoncée. Tout cela faire cher le litre !
RépondreSupprimerHélas oui. Ces montants sont publics, ils proviennent soit des comptes rendus du conseil métropolitain, soit des avis de marché publiés par la Métropole. Malheureusement, je n'ai pas trouvé de montant précis pour les fontaines Wallace de Cyril Pedrosa. S.J.
RépondreSupprimer