« L’action
se passe dans les Pays de la Loire, c’est-à-dire nulle
part. »
Sven
Jelure, d’après Alfred Jarry, Ubu
Roi
La revue trimestrielle 303 a été créée en 1984. Olivier Guichard, ancien ministre du général de Gaulle, entendait alors construire, aux frais des contribuables, une identité artificielle pour la région créée de toutes pièces dont il était président, les Pays de la Loire. La revue devait servir cet objectif au même titre que l’ONPL et l’abbaye de Fontevraud.
Fontevraud a fait l’objet voici quelques années d’une série de rapports catastrophiques de la chambre régionale des comptes. L’ONPL ne se porte pas très bien à la suite de baisses de ses subventions publiques. Aujourd’hui, c’est 303 qui annonce sa disparition prochaine : ses lecteurs et ses acheteurs ne suffisent pas à couvrir ses frais. Elle a failli dans sa mission : les Pays de la Loire ne forment toujours pas une entité culturelle. Quel paradoxe, d’ailleurs, de chercher à créer une identité avec un titre qui ne représente qu’une addition de numéros de départements !
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| Copie partielle d'écran du site editions303.com |
Les textes publiés par la Revue 303 étaient souvent d’excellente qualité. Mais la qualité n’a jamais été une raison suffisante pour légitimer l’existence d’une publication. On connaît d’excellents poètes qui peinent à se faire éditer, et plus encore à trouver des lecteurs. (Cela dit, le nombre de lecteurs n’assure pas non plus une légitimité ; Je suis partout publiait une pléïade d’auteurs célèbres et tirait chaque semaine à 250 000 exemplaires.)
En 2024 encore, 303 percevait 319 000 euros de subvention annuelle de la part de la région. La somme a été divisée par deux en 2025. Reste quand même une jolie somme. Il est difficile cependant d’en apprécier l’utilisation : bien qu’une association soit tenue de publier ses comptes au JOAFE si elle reçoit plus de 153 000 euros de subvention dans l'année, il semble que l’Association 303 se soit toujours soustraite à cette obligation légale (sanctionnée en principe par une amende de 9 000 euros). À laquelle elle échappe désormais puisque la région ne la subventionne plus.
303 ne travaillait pas que pour la région. En mars 2022, Le Voyage à Nantes lui a accordé pour quatre ans une convention cadre d’édition d’un montant de 39 999 euros – soit juste au plafond alors autorisé par le code de la commande publique pour passer un marché négocié sans publicité ni mise en concurrence préalable ! Nantes Métropole lui a aussi confié cette année, dans le cadre peu contraignant d’une « procédure adaptée », pour un montant de 54 309 euros, l’édition, l’impression et la diffusion du catalogue de l’exposition « Maternités, archéologie du bien naître » au Chronographe de Rezé. Ces secours amicaux n’auront pas suffi.
