04 mai 2012

Rendez-moi la ville + fichée

La Semaine européenne de l’Open Data aura lieu à Nantes du 21 au 25 mai (une semaine de cinq jours, soit la même durée que… La Folle journée !).

Ça tombe bien : la municipalité nantaise a lancé l’an dernier une initiative locale d’Open Data, Nantes ouverture des données (NOD). Corrélativement, elle a lancé l'appel à projets « Rendez-moi la ville + facile », qui vise à utiliser les données nouvellement ouvertes. Mais, fidèle à sa tradition de décalage chronologique avec l’événement, elle a une fois de plus loupé le coche : les résultats de ce concours ne pourront être proclamés au cours de la Semaine européenne.

En effet, l’appel à projets s’étend jusqu’au 18 mai et le règlement du concours prévoit que le public pourra voter sur les projets pendant deux semaines. La remise des huit prix prévus n’aura lieu qu’en juin. Caramba, encore raté !

28 avril 2012

Visite au Mémorial de l’abolition de l’esclavage (6) : occasions manquées

Si l’on veut que le Mémorial ait une utilité touristique, il faut lui en donner les moyens. Quitte à bâtir un nouveau monument, pourquoi ne pas avoir cherché à lui conférer une épaisseur humaine et un caractère « interactif » qui auraient attiré les visiteurs au moins autant que les articles du Code noir ou les interrogations d’Olympe de Gouges ?

On n’a rien fait pour susciter l’un de ces rites ostentatoires dont notre époque est friande. Un indice concret de cette lacune est visible dans le Mémorial tel qu'il existe. La galerie souterraine comporte un petit bassin. Déjà, des visiteurs ont lancé quelques pièces de monnaie : cela montre que le désir est là. Mais cette auge modeste ne rivalisera jamais avec la fontaine de Trevi.

On aurait aussi pu dresser à l’une des extrémités du site une estrade pour les orateurs d’occasion, à la manière du Speakers’ Corner de Hyde Park, histoire de montrer que face à l’esclavage la parole est libre.

On aurait pu ménager dans les murs de la galerie des interstices où l'on aurait glissé des vœux de libération, une bouche de la vérité qui aurait croqué les doigts des négriers comme ceux des menteurs le sont à Rome, une bocca di leone pour y déposer des dénonciations comme à Venise (« Vous connaissez un marchand d'esclaves ? Faites-le savoir. »).

On aurait pu ériger une statue qui aurait invité le visiteur au contact tactile, comme le porcellino de Florence, le manneken-pis de Bruxelles ou le gisant de Victor Noir, au Père Lachaise, dont on connaît les vertus reproductrices (ou, si l’on préfère le bois au bronze et le nez à d'autres organes, comme la statue de Saint Guirec à Ploumanac’h).

La plus belle occasion manquée est cependant celle des esclaves de l’amour. Les grossières rambardes du Mémorial ne rendent pas justice à la métallurgie nantaise. Mais surtout, leurs barreaux sont trop épais pour que les amants y attachent des cadenas avant d’en jeter la clé à la Loire, ainsi qu’on fait sur d’innombrables ponts du monde entier (une opportunité déjà bêtement loupée par la passerelle Schoelcher). Dommage : à raison de dix barreaux* sur 300 m de long et de 3 cm pour chaque cadenas, il y avait de quoi en suspendre 100.000 !
* En réalité, si les balustrades de l'esplanade comptent bien dix barreaux, celles de la promenade n'en ont que six, sans que rien n'explique cette rupture de rythme.

27 avril 2012

Visite au Mémorial de l’abolition de l’esclavage (5) : une création rétro


En confiant la création du Mémorial à Wodiczko et Bonder, la municipalité nantaise savait que l’édifice aurait un aspect résolument sinistre.

Né en 1943 et élevé dans la Pologne communiste, Krzysztof Wodiczko n’a sûrement pas eu une enfance heureuse. Après des études de dessin industriel, il a contribué à la conception d’un mémorial aux victimes du camp de concentration de Majdanek. Émigré au Canada en 1977, il s’est surtout fait connaître par des projections lumineuses géantes et des véhicules pour SDF.

L’architecte argentin Julian Bonder est un spécialiste des mémoriaux. On pourrait dire que le mémorial est, avec les galeries commerciales et les tours de bureaux, l’un des types de bâtiment les plus représentatifs du 20e s. C’est presque un genre à part entière, avec ses propres codes esthétiques : pas de mémorial sans béton brut et lignes anguleuses.

À moins d’une heure de Nantes, le Mémorial de la Vendée, érigé en 1993 en hommage aux victimes d’une « colonne infernale » républicaine de 1794, en donnait déjà un exemple typique. La parenté conceptuelle entre le Mémorial de la Vendée et le Mémorial de l’abolition de l’esclavage est d’ailleurs frappante. On retrouve même dans les deux cas un « parcours de mémoire », de la chapelle des Lucs-sur-Boulogne au mémorial dans le premier cas, du château au mémorial dans le second.

Le Mémorial de Nantes apparaît ainsi comme un monument du 20e s attardé au 21e s.

25 avril 2012

Les mondes marins et l'air du large

Soumis à des rafales de 100 kmh cet après-midi, le Carrousel des mondes marins a passé avec succès l’examen de sa première tempête. Il a quand même fallu sérieusement carguer les voiles pour éviter que l’édifice ne prenne le large comme l’immeuble de la Crimson Permanent Assurance au début de Monty Python : Le Sens de la vie.

L’éléphant est resté à l’abri. Vu sa prise au vent, on peut supposer que le Carrousel sera comme lui obligé de faire relâche quand les vents soufflent au-delà d’une certaine vitesse.

Visite au Mémorial de l’abolition de l’esclavage (4) : une vocation bâtarde

L’abolition de l’esclavage devrait inspirer l’enthousiasme : pourquoi a-t-on construit à Nantes ce monument sinistre au moralisme pesant ? Voici comment Jean-Marc Ayrault tentait d'exposer dans son blog  la vocation du Mémorial :

« Il marque de manière solennelle et durable le rapport que doit entretenir Nantes et son territoire à son histoire de premier port négrier de France, à honorer la mémoire de ses victimes et à saluer le courage de ceux qui, là-bas et ici, esclaves, les premiers, abolitionnistes, hommes et femmes illustres ou anonymes des continents africain, américains du Sud et du Nord, européen, des Antilles et des Caraïbes, se dressèrent, se soulevèrent, se révoltèrent, menèrent et mènent le combat contre l’esclavage, résistent et résistèrent à toutes formes d’asservissements et d’avilissement de la dignité humaine. »

Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement. Cette phrase de cent mots à la syntaxe douteuse (à quoi se rapporte « ses victimes », par exemple ? Au rapport, à Nantes et à son territoire... ?) montre combien il est difficile pour le maire de Nantes d'expliquer la philosophie du Mémorial*. Ce dernier est en réalité l'enfant bâtard, péniblement accouché après plus de douze ans de gestation, de deux courants divergents : les chantres de la repentance et les hérauts de l'abolition. Il multiplie les gages aux premiers qui ont bruyamment réclamé ce monument pendant des années. C’est un acte de contrition qui ne dit pas son nom : comme eût dit Orwell, l’abolition, c’est la repentance !
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* Jean-Marc Ayrault a d’ailleurs quelques difficultés avec la question de l’esclavage en général. « Lutter contre toutes les formes d’esclavages », écrivait-il dans un autre article de son blog, « c’est aujourd’hui honorer la mémoire des victimes innocentes de la tragédie de l’école juive Ozar Hatorah de Toulouse et celles de nos soldats assassinés à Toulouse et à Montauban, victimes de l’antisémitisme et du fanatisme. » Le rapport entre la lutte contre l’esclavage et les crimes de l’islamiste Mohammed Merah paraît quand même bien lointain.

23 avril 2012

Vous chantiez, j’en suis fort Blaise. Eh ! bien buzzez maintenant

Plus la date du Voyage à Nantes se rapproche, plus sa stratégie commerciale paraît floue. La SPL vient de mettre en ligne un deuxième clip vidéo réalisé par Gaétan Chataigner. Hormis une brève apparition d’un Spiderman de mardi gras, il n’a rien de commun avec le premier. Il ne montre rien d’autre que l’intérieur de La Cigale. Julie Depardieu y donne la réplique à un Jackie Berroyer tragiquement authentique dans le rôle d’un vieillard un peu gâtouillard qui a oublié son texte de promotion du Voyage à Nantes.

« Y aura de la poésie et de la tendresse… y aura quelque chose qui appelle l’ailleurs, tu vois, pour respirer un grand coup… » parvient-il à ânonner. Parmi les rares « précisions » qu’il avance sur la manifestation estivale figurent une oie géante apprivoisée au sommet d’une tour, un restaurant dans un zeppelin qui survolera la ville, un manège de 150 m de haut…

« Ça donne envie », dit sa blonde interlocutrice. C’est le but de la manœuvre, bien sûr – et c’est là le hic puisque l’article L121-1 du code de la consommation prohibe les allégations fausses portant sur les qualités substantielles d’un service. Il n’y a pas de quoi fouetter un chat, certes, et ces allégations borderline ne risquent guère de conduire Jean Blaise devant les tribunaux.


Le vrai problème est ailleurs. La Cigale est toujours un lieu sympathique. Julie Depardieu est charmante. La vidéo est bien réalisée. L’idée est sans doute de créer du buzz à l’aide d’une vidéo virale. Mais 90 % des vidéos mises en ligne ne deviennent jamais virales, assure le World Advertising Research Centre, et celle-ci n’a aucune chance de sortir du lot. Totalement nombriliste, elle n’est évocatrice que pour les protagonistes du Voyage à Nantes. Son lancement est d’ailleurs un flop : seule la presse régionale en a parlé et les statistiques de consultation ont baissé dès le surlendemain de la mise en ligne au lieu de décoller. Il n'est pas dit que l'effort ici accompli par ce blog soit suffisant pour y remédier.

« Ils font des trucs bien barrés », bredouille Berroyer. Bien barrés ? On n'en dira pas autant du Voyage à Nantes.

21 avril 2012

Visite au Mémorial de l’abolition de l’esclavage (3) : quelque chose d’Oceania

Le Mémorial a le misérabilisme ostentatoire. Ses créateurs ont soigné l'ambiance carcérale. Les murs sont en pierres apparentes et en béton nu (moulé par endroits pour donner l’impression de banches à l’ancienne, on l’a déjà signalé), les parties métalliques rarement peintes, les éclairages sommairement fixés au plafond. Curieusement, on a mis plus de soin à dissimuler les caméras de surveillance.

Au bout du monument, une grande meurtrière encadre impérieusement le palais de justice, comme si une main invisible vous tournait la tête de force vers ce sinistre édifice, sous l’œil d’une caméra. On n’est pas là pour rigoler.

Le choix des textes n’est pas plus aimable. Le sujet de l’esclavage n’est pas joyeux en soi. Mais le mot liberté, qui devrait l’être, impitoyablement scandé de panneau en panneau, évoque une punition : vous me le copierez cent fois. Il figure là en quarante-sept langues. Il n’y manque pas seulement la langue bretonne, comme on l’a dit, mais aussi la novlangue, car son entêtante présence évoque irrésistiblement la fameuse devise du 1984 de George Orwell : « La liberté, c’est l’esclavage ». Le ministère de la vérité (en abrégé Minivayr) est passé par là.

19 avril 2012

Visite au Mémorial de l’abolition de l’esclavage (2) : la Loire derrière le mur

Moins raté que la surface, le sous-sol du Mémorial ne répond quand même pas à la question : Mais où sont donc passés les 8 millions d’euros des Nantais ? Si l’intérieur du monument présente une homogénéité qui fait défaut à l’extérieur, il reste assez pauvre. Ne serait-ce que parce que le site choisi lui a irrémédiablement imposé une présentation longitudinale.

Les vastes pans inclinés en verre exploitent habilement cet espace étriqué. Pourtant, ils sont moins impressionnants dans la réalité qu’en théorie : comme leur fraction extérieure n’est visible qu’au niveau de l’escalier d’accès, leur aspect n'est pas aussi monumental qu’espéré. Leur couleur bise est peu attrayante mais les textes inscrits en noir y sont bien lisibles. On dirait des Kindle ou des Kobo géants.

Hormis un maigre espace pédagogique aux teintes rouges et noires, c’est tout ce que le Mémorial donne à voir. Dans un monument aménagé sous le quai de la Fosse, on aurait pu espérer une vue imprenable sur la Loire. À l’origine, d’ailleurs, il devait être inondable les jours de grande marée ; l’idée vendue par les concepteurs n’a pas été concrétisée.

Cette réintroduction du fleuve dans la ville aurait été spectaculaire et chargée de symboles : comment mieux rappeler que les navires négriers n’arrivaient pas tous à bon port ? Mais point d’écoutilles ou de baies façon Nautilus : il faut monter une marche pour apercevoir le fleuve derrière un mur de béton. La Loire aurait pu faire corps avec le monument ; elle ne fait que décor.

17 avril 2012

À lui de leur faire préférer le train

L’équipe du Voyage à Nantes a entrepris de présenter sa grande manifestation estivale dans plusieurs villes de France et d’Europe, toutes reliées à Nantes par des lignes aériennes régulières. Cette politique promotionnelle paraît raisonnable.

Sauf que le Voyage à Nantes se présente ainsi : « Le Voyage à Nantes, c’est un parcours urbain de 8,5 km, de la gare SNCF à la pointe Ouest de l’Ile de Nantes. » Cette définition a été reproduite à maintes reprises sur le web et dans la presse écrite.

Faire les yeux doux à Air France puis prendre la gare SNCF comme l'origine de toutes choses : il n’y a que le VAN pour cafouiller ainsi ! À moins qu’il ne considère la gare comme une œuvre d’art majeure ?

13 avril 2012

Le Voyage à Nantes annonce la fin du monde culturel à Marseille

Le Voyage à Nantes vient de présenter sa manifestation estivale dans l’une de ses villes-cibles, Marseille. On ignore ce que l’équipe de Jean Blaise a pu raconter aux Marseillais, mais le site Communes.com, dont le correspondant était là, titre ce matin : « Nantes, un road-show pour annoncer l’apocalypse culturelle en 2012 ».
« Apocalypse » signifie pour l’Académie française « révélation des choses cachées et particulièrement des signes qui annonceront la fin du monde » ou « événement tragique comme la fin du monde ».

On s’était moqué ici de l’appellation HAB Galerie choisie par Le Voyage à Nantes pour son espace d’exposition du Hangar à bananes, HAB étant synonyme de catastrophe planétaire. Ce n’était donc qu’un signe avant-coureur.