mardi 12 décembre 2017

Le Voyage à Nantes : le vrai coût des œuvres d’Estuaire selon la chambre régionale des comptes

Il faudra bien sûr revenir en détail sur le rapport de la chambre régionale des comptes consacré au Voyage à Nantes – y compris sur ce qui n’y est pas dit. En guise d’amuse-gueule, un bref retour en arrière sur les œuvres dites « pérennes » (quoique...) réalisées dans le cadre des opérations Estuaire. La troisième de ces biennales, celle de 2011 qui a eu lieu en 2012, se situe dans la période couverte par l’examen de la chambre régionale des comptes*.

Interrogé sur le coût d’une de ces œuvres, Jean Blaise répondait : « J’en sais rien et je m’en fous complètement ». La chambre « s’en fout » moins que lui : elle a dressé un tableau du montant d’acquisition des œuvres, reproduit p. 61 de son rapport.

Le record appartient à l’Observatoire de Tadashi Kawamata à Lavau avec plus de 850.000 euros. Soit. Sa tour et son kilomètre de cheminement représentent un gros travail de menuiserie. Le problème est plutôt de savoir combien de temps durera sa « ⁠pérennité », car son bois de châtaignier vieillit vite.

Sur la deuxième marche du podium, c’est à peine croyable : la Maison dans la Loire de Couëron, avec plus de 800.000 euros. On se frotte les yeux. Huit cent mille euros pour ce gros cube de béton tout bête, posé de travers sur un fond vaseux ? On se dit que la somme doit englober aussi son ancêtre plus audacieuse de la première édition d’Estuaire, vite engloutie par la Loire. Mais non : la chambre régionale des comptes indique bien que la date de début d’immobilisation est le 1er juin 2012. Son inventeur, Jean-Luc Courcoult, est un habitué des gros budgets, ceci explique peut-être cela.

Les Anneaux de Buren, moitié moins chers que le Péage sauvage

À côté, le Serpent d’Océan de Huang Yong Ping, à Saint-Brévin, aurait presque l’air d’un cadeau. Il est vrai que l’œuvre n’est pas tout à fait unique puisque son auteur a multiplié les serpents géants. Au passage, un petit mystère : le Serpent est inscrit dans les comptes du Voyages à Nantes pour 750.595,10 euros. D’après l’Union européenne, qui en a financé une partie, il a coûté 694.955 euros. D’où vient la différence, soit quand même 55.640 euros ? La chambre ne semble pas l’avoir remarquée.

À cause de cet écart, le Péage sauvage rate le podium : il est quatrième avec 709.410 euros. Le Péage sauvage ? Qui se souvient donc de cette construction de bois censée représenter un péage d’autoroute ? Elle est toujours là, noircie par le temps, derrière la piscine de la Petite Californie. Les habitants de Malakoff qui rejoignent à pied la station de tram Moutonnerie peuvent la voir – du moins les jours où les hautes herbes ont été coupées.

Autrement plus visibles, les Anneaux de Buren n’ont coûté que 312.443,38 euros, soit même pas le double du Pendule de Trentemoult, qui n’est jamais qu’un gros balancier accroché à une trémie à sable, 186.141,94 euros**. Pour les familiers de l’île de Nantes, le Mètre à ruban de la rue La Nouë Bras-de-fer a coûté 91.113,91 euros, le Zebra Crossing, un peu plus loin, 55.949,78 euros (sa conception n’a pourtant pas demandé un effort colossal : il reproduit un passage pour piétons à l’anglaise) et la Résolution des forces en présence, énorme et spectaculaire hérisson de bois initialement exposé par Vincent Mauger place du Bouffay, 100.477,06 euros.>
_____________
* Les éditions 2007 et 2009 avaient déjà valu à Jean Blaise les reproches de la chambre régionale des comptes en 2011 ! C'est un "bon client".
** Sans compter le coût de la rénovation effectuée en 2014 sur cette oeuvre de 2009.

7 commentaires:

Anonyme a dit…

Merci pour ce panorama comptable, fort instructif. Le Buren est plutôt bon marché, c'est vrai, mais c'est une sacrée nuisance visuelle ! Les autres "oeuvres" sont plus discrètes...
C'est sans doute avec "Péage sauvage" que l'on touche le fond du fondement, parce que la Maison qui coule amuse tout de même quelques fans de Disney. Les quelques 56000 euros pour le passage piéton dangereux, ça fait quand même un peu mal aux seins - on en a tous !
Je me permets de renvoyer au concours du pire rond-point : on constatera, non sans fierté, que les productions du Voyage ont parfaitement le niveau !

https://twitter.com/contribuables

Anonyme a dit…

C'est plutôt rassurant pour le contribuable de savoir que l'oeuvre de Tadashi Kawamata ne restera pas unique sur le territoire.

On lui a confié, sans appel d'offres, pour un montant de 868 000 € HT la réalisation d'un belvédère :
https://www.nantes.fr/home/actualites/ville-de-nantes/culture/2017/belvedere-kawamata.html

"Nouvelle illustration de la volonté nantaise de mettre l’art sur l’espace public, ce belvédère participera à l’aménagement du parcours des coteaux qui offre des points de vue lointains qui n’existent nulle part ailleurs : des horizons vers la Loire, Rezé, Trentemoult, l’Ile de Nantes. Il répond également à l’un des « 30 engagements pour demain » pris suite au grand débat « Nantes, la Loire et nous » Lien ouvert dans une nouvelle fenêtre : faciliter l’accès à la Loire et la création de points de vue."

Ah bah si c'est vox populi qui a décidé, et bien vox dei!

Quant à la qualification d'oeuvre, peut-être des choses à revoir au vu des conclusions récentes de la Chambres des comptes?

Anonyme a dit…

Il est vrai que prix isolément le montant de telle ou telle oeuvre semble parfois cher, mais il faudrait surement avoir le détail, et puis aussi rappeler que 200 000 ou 500 000 ou 800 000 euros, c'est toujours "un pet de nonne" en comparaison de quelques projets bien plus onéreux et moins publics. bon ok je sors.

Sven Jelure a dit…

Les mégaspillages ne justifient pas les gaspillages ! Mais savoir que l'Arbre aux hérons devrait coûter 112 (cent douze) fois plus cher que les Anneaux de Buren érigés face à lui sur l'autre rive de la Loire, c'est vrai que ça donne à penser.

Anonyme a dit…

Puisque nous sommes aux comptes...

Je ne sais pas s'ils sont exacts, mais voici ce avec quoi notre bon Jean-Marc devra chichement composer dorénavant :
- 2 000 euros par mois comme ancien maire de Saint-Herblain, puis de Nantes;
- 2 000 euros de plus comme ancien président du district de l’agglomération nantaise, puis de la communauté urbaine;
- 1 800 euros encore au titre de l’Éducation nationale, puisque Jean-Marc Ayrault est
toujours officiellement « professeur d’allemand depuis 1973 », selon sa dernière biographie officielle.

Il faut ajouter une retraite de conseiller général que nous allons oublier (impossible d’avoir des informations), mais surtout une pension « plein
pot » d’ancien député, de 6 650 euros par mois, à quoi s’ajoutent 2 500 euros environ en tant qu’ancien président de groupe à l’Assemblée nationale. Soit un total de 14 950, arrondi à 15 000, soit 180 000 euros par an.

Tout cela, bien entendu, sans compter sa retraite d’ex-Premier ministre, impossible à prévoir aujourd’hui...

Il serait mesquin de citer voiture de fonction et garde du corps, nous n'en parlerons pas.

Il n'y a pas que les "oeuvres" d'estuaire qui vont continuer à taper dans la caisse!

VertCocu a dit…

@Anonyme de 18 décembre 2017 à 16:38
C'est donc la République française que vous critiquez ?
Intéressant. Enfin plus que de se plaindre des rémunérations d'Ayrault qui relève de l'aigreur. Le vieux beau molasson n'y est pas pour grand chose. L'important est que ses projets d'aéroport, de CHU et d'Arbre aux hérons finissent dans les poubelles de l'Histoire. Qu'il finisse au jardin d'Arcadie, peu importe. Malheureusement trouver des édiles locales qui seraient capables de fermer le couvercle. Il ne faudrait pas oublier que le natif de Maulévrier n'a connu aucune opposition. Vu la médiocrité du personnage, ça en dit long sur les opposants autoproclamés. Reste à voir ce que va faire de Rugy. La seule autre action de l'ancien maire de Saint-Herblain,les Machins de l'Île sont déjà là, autant leur laisser une chance.

Anonyme a dit…

un privé nous propose Dali, le voyage à nantes des machins et le Musée des Arts Régnier chercher l'erreur