lundi 14 mai 2018

Bolopoly (38) : la SoNantes cherche son salut dans le secteur public

SoNao n’est plus mais la SoNantaise tente de continuer cahin-caha.

SoNao, c’était la société chargée de gérer la SoNantes, monnaie « complémentaire » créée par Nantes Métropole et le Crédit municipal de Nantes après de nombreuses années d'études et de réflexion*. Elle a été radiée du RCS le 3 janvier ; l’annonce en a été publiée au Bulletin officielle des annonces civiles et commerciales (BODACC) des 13 et 14 janvier 2018. Son parcours n’a donc pas duré trois ans puisqu’elle avait été inscrite au RCS le 30 janvier 2015.

« Le plan d’affaire qui a été monté prévoit un équilibre en trois ans », avait annoncé son président, Pascal Bolo, premier adjoint de Johanna Rolland, lors du conseil municipal du 19 décembre 2014. En réalité, SoNao a réussi à accumuler plus de 750.000 euros de pertes dans ses deux premières années. Les comptes de la troisième année n’ont pas été publiés. Tout porte à croire qu’ils étaient pires. Félicitations consternées aux auteurs du plan d’affaire.

Aux côtés de SoNao, une association, La SoNantaise, était chargée d’assurer une animation parmi les adhérents du système. On lui a refourgué le bébé en totalité, histoire de poursuivre l'aventure tout en brouillant les pistes**. Elle a tenu son assemblée générale dans les locaux du Voyage à Nantes le 16 avril 2018.

Elle revendiquait à cette date 190 adhérents professionnels (ceux auprès de qui on peut payer en SoNantes) et 1.465 adhérents particuliers. Il est intéressant de noter que la page Facebook de la SoNantes a reçu 2.551 mentions « J’aime » : les internautes ne confondent pas l’amour et les finances. Le 17 octobre dernier, La SoNantaise annonçait à Frédéric Brenon, de 20 Minutes, 177 entreprises et 1.473 particuliers adhérents.

Six mois plus tard, il y aurait donc un petit mieux côté entreprises ? Pas vraiment. En janvier 2018, la page Facebook de la SoNantes annonçait l’adhésion en bloc de 60 nouveaux professionnels membres du Réseau d’entreprises du vignoble (REVEL). Le nombre d’adhérents aurait donc dû bondir à 177 + 60 = 237. En réalité, il n’a jamais dépassé 206. Il n’est plus que de 183 aujourd’hui.


Au fur et à mesure que les entreprises « normales » prennent la tangente, la proportion des adhérents obligés ou presque augmente mathématiquement. Qui sont-ils ? Pour commencer, La SoNantaise elle-même ! Puis des sociétés d’économie mixte ou des sociétés publiques locales comme Nantes Tourisme, Les Machines de l’île, Le Château des Ducs (bon, ces trois-là ne sont que des départements d’une même entité, le Voyage à Nantes, mais les distinguer permet de faire nombre), Le Lieu Unique, la Semitan, Nantes Métropole Habitat, La Folle Journée, le Centre des congrès, Exponantes, etc. On trouve aussi des entités associatives ou coopératives subventionnées par la métropole comme Les Écossolies, Le Cinématographe, la Fondation Université de Nantes, La Ligue de l’enseignement, etc. Ainsi que plusieurs fournisseurs de Nantes Métropole.

Les responsables du système n'ont pas voulu révéler le 16 avril le montant des échanges en SoNantes en 2017. Mais de toute évidence ils sont très faibles : beaucoup d'adhérents particuliers ont abandonné leur carte SoNantes au fond d'un tiroir. Les cotisations versées par les professionnels ne devraient représenter que 40.000 euros dans le budget 2018 de la SoNantaise.

Or il lui faut plus de trois fois ça pour vivre. Qui comblera le trou ? Nantes Métropole, obligée de faire profil bas après le fiasco SoNao, ne versera que 10.000 euros de subvention. Sur qui d'autre compter ? Sur les pseudopodes de Nantes Métropole comme la Semminn, la Semitan***, la Cité des congrès et plusieurs autres, qualifiés de « partenaires institutionnels » et invités à payer des super-cotisations de 5.000 ou 10.000 euros. Aux restaurants désireux de figurer dans le guide Les Tables de Nantes, Le Voyage à Nantes, son éditeur, offrirait gracieusement une année d'adhésion. Les contribuables métropolitains continueront donc à financer indirectement l'aventure foireuse de la SoNantes.
______________
* Le projet porté par Pascal Bolo avec le soutien de Jean-Marc Ayrault avait été inscrit à l'Agenda 21 de Nantes en 2006. D'abord prévu pour 2013, le lancement de la SoNantes avait été reporté à avril 2015.
** Certains ne jouent pas bien le jeu. À ce jour encore, Nantes ouverture des données (NOD), le service d’open data  de Nantes Métropole, propose une « Liste des adhérents professionnels à SoNantes » dont le gestionnaire serait « SoNao, filiale du Crédit municipal de Nantes » et le diffuseur Nantes Métropole. À en croire NOD, le jeu de données est pourtant mis à jour quotidiennement. Actualisation au 11 juin 2018 : NOD a corrigé ses informations sur le gestionnaire de SoNantes. Mais quand ça veut pas, ça veut pas : sa nouvelle page indique que le jeu de données aurait été modifié le 14 juin 2016 avant même d'être créé, le 22 février 2018.
*** On notera que Pascal Bolo, père fondateur de la SoNantes et président de feu la SoNao, est président de la Semminn (gestionnaire du MIN) et préside la Semitan en tant que représentant de Nantes Métropole. Le monde est petit.

4 commentaires:

Anonyme a dit…

Quel pouvait être le sens d'une monnaie locale ? Consommer localement nous dit t-on mais en quoi ne pouvons nous pas consommer localement en payant en euros .

Certains peuvent penser qu'il s'agissait surtout de créer un petit monde à soi à l'écart de l’Europe un peu comme une sorte de retour au franc français, être entre nous, être entre nantais de bonne compagnie.

M BOLO disposant d'une institution bancaire - le Crédit Municipal - a pu obtenir les accords de la banque de France pour lancer ce projet et lancer à grand frais une grande campagne de communication sur les valeurs solidaires de la ville.

Le Crédit Municipal n'aurait-il pas pu avoir une action beaucoup plus sociale en utilisant les fonds perdus pour la SoNantes pour faire des prêts aux entreprises locales qui ne parviennent pas à se faire financer par les banques faute de garanties ?

Surtout, je pense qu'il faudrait avoir aujourd'hui la sagesse de liquider tout ce qui reste de la SoNantes pour désormais utiliser les fonds pour le véritable développement économique du territoire.

Sven Jelure a dit…

Je ne pense pas que la SoNantes ait été conçue comme un retour au franc.Je crois que le projet est né de la rencontre de deux courants :
* un mouvement idéaliste aspirant à une économie solidaire et locale
* une ambition technocratique et financière.
Le premier a servi de prétexte, je dirais presque de "chair à canon" à la deuxième (il suffit de consulter l'annuaire de la SoNantes). Je soupçonne que MM. Bolo, Forgeau et Stern, qui sont à l'origine du truc, stimulés par le charme latin de M. Amato, se sont pris à rêver de prestige extra-local : et s'ils devenaient à la finance ce qu'est Jean Blaise au tourisme ? Hélas, la finance est impitoyable : là où Jean Blaise peut continuer à faire illusion parce que dans son monde tout est affaire de com', les protagonistes de la SoNantes ont vite montré leurs limites dans un monde où tout est affaire de comptes...
Liquider ce qui reste de la SoNantes ? A première vue, d'accord avec vous, cela semblerait sage. Mais il faudrait rembourser les soldes des comptes en SoNantes. Et surtout, en pratique, cela ôterait au Crédit municipal tout espoir de commercialiser le logiciel qu'il a développé pour la gestion du système (on peut toujours rêver...).

Anonyme a dit…

Un blog qui s'ennuie et du temps à perdre, je livre donc qq réflexions sur les MLC et la Sonantes en particulier.
En écho à Swen sur les milliers d'entreprises municipales participant au succès de la Sonantes, il faut préciser qu'une entreprise publique est dans l'obligation d'accepter la monnaie officielle, l'€uro. C'est donc de la com uniquement pour tenter de ranimer le mourant.
Dans les MLC, il y a 2 aspects distincts : un réseau de fournisseurs-prestataires dûment sélectionnés encadrés par des bénévoles et/ou semi-professionnels et un système monétaire qui ne peut être que professionnel et strictement réglementé par la puissance publique, dont le fonctionnement est nécessairement à la charge des utilisateurs. Si dans le réseau prestataire, le dévouement des bénévoles peut suffire, il ne saurait en être de même du réseau monétaire qui a un coût de fonctionnement.
Il est notable que les prestataires ne peuvent vivre uniquement avec la clientèle de la MLC et commercent par ailleurs en €uros gratuits. L'intérêt de la MLC apparait donc nul et en outre les prestataires doivent gonfler leurs tarifs pour couvrir les frais de double comptabilité et d'adhésion aux dépens des pigeons de l'association.
Si moultes municipalités mettent en avant ce système, c'est dans l'espoir qu'un sou tombé dans le puits ne ressortira plus de la zone de chalandise, mais à vouloir trop pousser le machin, le sou devient un lingot payé par la communauté locale.

Patrick Jéhannin a dit…

Le Crédit municipal de Nantes, qui distribue la plate-forme Somoney pressentie pour numériser le Galléco à grand frais, a publié le 12 avril dernier un communiqué par lequel il indique qu’il est « fier d’annoncer son partenariat avec la monnaie locale de Montréal, Province de Québec, Canada. »

Ça en jette !...

Depuis, il affiche fièrement sur son site internet les références de ses 2 clients (pas moins) :

- La SoNantes, qui a dilapidé près de 2 millions d’euros en moins de 3 ans, en plus des 800.000 euros de frais d’études préalables à son lancement
- L'îlot de Montréal, qui a été lancé le 22 mars dernier, qui n'était utilisé le 12 Avril que par 3 (petits) commerces, mais qui est vaillamment parvenu à en convaincre 5 au total - quand même - jusqu’à ce jour 3 juin 2018

Fier de quoi, exactement ?...