La grève aux Machines de l’île, habilement située au moment des vacances d’hiver, accentue l’ambiance de fin de règne de ce début 2026. De petites grèves avaient déjà affecté les Machines en juillet 2018 et en janvier 2024. Elles avaient été brèves et minoritaires. Cette fois-ci, la moitié de l’effectif serait concerné et le mouvement s’est étendu à l’ensemble du Voyage à Nantes, office de tourisme et château des ducs de Bretagne compris.
En 2024, année du dernier bilan publié, le Voyage à Nantes
comptait 68 cadres, 237 « professions intermédiaires » et seulement
30 employés. Presque une armée mexicaine. Le salaire brut moyen était de
34 000 euros. La SPL est depuis son origine un patron social. Sa création
a « induit une hausse de la masse salariale pour les services transversaux
dès 2011, à cause d’une refonte des emplois et salaires, d’une harmonisation
sociale générale (dont le passage à 6 semaines de congés payés pour
tous) » a relevé la
chambre régionale des comptes. On sait, parce que
Fabrice Roussel l’a dit, que les salaires du oyage à Nantes ont
sensiblement augmenté en 2023.
La situation propre aux Machines de l’ïle devrait être connaissable grâce aux rapports annuels de la délégation de service public. Hélas, si l’on cherche à consulter les rapports les plus récents à partir du site Nantes Métropole, il semble qu’il y ait un bug. Le dernier rapport disponible est celui de 2021, année peu significative en raison de la pandémie de covid-19. Mais l’origine du problème social est connue : une bonne partie de l’effectif des Machines travaille à temps partiel et a du mal à boucler ses fins de mois.
Les Machines pourraient-elles embaucher à temps plein les
salariés dont elles n’ont besoin qu’à temps partiel ? Elles comptent déjà
une trentaine de salariés « en trop » par rapport à l’accord passé avec
Nantes Métropole en 2017. Surtout, elles sont terriblement déficitaires. Les
rémunérations sont déjà assurées par des subventions à hauteur de 30 %
environ. Toute augmentation des salaires devrait être prise en charge par les
contribuables. Les Machines sont bel et bien le boulet du Voyage à Nantes.
Quel grand rêve générationnel ?
La saisonnalité n’est pas une surprise, elle est habituelle
dans l’industrie du tourisme. Jean-Marc Ayrault ne pouvait l’ignorer quand il a
assigné à Nantes une vocation touristique. Dès leur ouverture en 2007, les
Machines comptaient une forte proportion de travailleurs saisonniers et à temps
partiel. Et dès leur ouverture, elles ont été déficitaires.
Pourtant, quand Jean-Marc Ayrault a quitté la mairie de
Nantes, en 2012, les salariés des Machines de l’île étaient admirés et enviés.
Fer de lance d’une stratégie touristique à laquelle la ville croyait, ils
étaient habités par leur rôle : assurer aux visiteurs une expérience
gratifiante. Aujourd’hui, ils admettent de ruiner la journée des familles pour
faire valoir leurs intérêts. Que s’est-il passé ?
Jean-Marc Ayrault et son dircom d’élite avaient su instaurer
une ambiance d’autosatisfaction municipale généralisée. Pierre Orefice a fait
son boulot de « producteur
d’impossible », creusant peu à peu un déficit de réalité doublé d’un
déficit financier. L’opposition elle-même n’osait pas trop utiliser un langage
de vérité. Puis cet héritage s’est émietté. Le tourisme n’a pas concrétisé les
espoirs de ses promoteurs. Les boomers ont vieilli. Les illusions se
sont dissipées. Les temps se sont durcis. Les chiffres se sont imposés. Les
Machines continuent à fonctionner comme un canard sans tête.
Aujourd’hui, il est probable que Johanna
Rolland est bien embêtée. Il lui reste des partisans et des obligés, et
peut-être quelques marges budgétaires, mais c’est d’imagination et de charisme
qu’elle aurait besoin pour insuffler à Nantes son grand rêve du second quart de
siècle. Pas gagné.

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