Jean Blaise avait laissé la société publique locale (SPL) Le Voyage à Nantes en mauvais état fin 2024. Avec 451 421 euros de bénéfice en 2025, 200 001 de plus qu'en 2024, la société publique locale (SPL) Le Voyage à Nantes est-elle tirée d’affaire ?
Il faut le dire vite.
Après avoir tutoyé le gouffre en 2023 avec 918 961 euros de pertes, elle n’était revenue dans le vert en 2024 que grâce à 2 millions de subventions d’exploitation supplémentaires attribuées presto par Nantes Métropole. Cette aide supplémentaire a été maintenue en 2025 : les contribuables lui ont apporté pas moins de 23,2 millions d’euros au total pour l'année. L’amélioration de ses comptes provient aussi d’une baisse des frais de personnel. Sur l'année 2025, le Voyage à Nantes a payé 1 172 018 de salaires et de charges en moins. S’il en avait versé autant en 2025 qu'en 2024, il n’aurait pas été bénéficiaire : il aurait PERDU 720 597 euros ! Cette baisse des frais de personnel n’est pas due au départ en retraite de Jean Blaise fin 2024 mais à une réduction des effectifs, ramenés de 335 équivalents temps plein (ETP) en 2024 à 316 en 2025.
La SPL Le Voyage à Nantes gère tout à la fois l’événement éponyme, le château des ducs de Bretagne, les Machines de l’île, l’office de tourisme, etc. Comme le montre le graphique ci-dessous, les recettes provenant de son activité propre, son chiffre d’affaires (partie gauche du graphique), ont beaucoup baissé à cause du covid-19 en 2020/2021. C’est la vie : le tourisme est une activité volatile, Jean-Marc Ayrault le savait, ou aurait dû le savoir, quand il a décidé de miser gros sur les Machines de l’île puis sur le Voyage à Nantes. Après la pandémie, le rebond touristique a été laborieux. Alors que le tourisme est en plein essor en France et dans le monde, le Voyage à Nantes n’a retrouvé son niveau de C.A. de 2019 qu’en 2025... mais en euros courants, c’est-à-dire qu’il lui manque encore quelque chose comme 15 % en valeur constante.
Les comptes officiels confirment les impressions de l’été 2025 : le Voyage à Nantes est globalement en échec. Le chiffre d’affaires a progressé de 543 818 euros entre 2024 et 2025 (+ 4,3 %). C’est bien mieux que l’inflation (0,9 %), mais très inférieur à l’augmentation des recettes touristiques à l’échelle nationale, soit 9 %. Le grand succès de l’exposition Hokusai au château des ducs de Bretagne, 147 000 visiteurs, n’a pas suffi. La fréquentation des Machines de l’île a baissé de 9,2 %. Pour compenser, on a encore augmenté leur tarif, passé à 12 euros – tarif normal – pour chaque attraction cet été. Reste à voir si ça va attirer les visiteurs !
Aucun passage à vide en revanche pour les subventions d’exploitation perçues par le Voyage à Nantes (partie droite du graphique ci-dessus). Chaque fois que la SPL réalisait 1 euro de chiffre d’affaires en 2019, elle recevait 1,35 euro des contribuables. En 2025, elle en est à 1,75 euro. Le montant des subventions a augmenté de 32,2 % en six ans. Problème : elles sont attachées à des délégations de service public (DSP) et doivent légalement correspondre aux services rendus par le délégataire à la collectivité. Honnêtement, quel Nantais a l’impression que les services qui lui sont rendus par le Voyage à Nantes ont augmenté de 32,2 % au cours des six dernières années ?
Le Voyage à Nantes employait 294,84 personnes (ETP) en 2019 et 316 en 2025. Le chiffre d’affaires moyen par personne s’élevait à 44 056 euros en 2019 ; il n’est plus que de 42 031 euros en 2025. Compte tenu de l’inflation, la productivité moyenne par personne a baissé de plus de 10 % en six ans. En revanche, les charges de personnel moyennes par salarié sont passées de 43 280 euros en 2019 à 46 455 euros en 2025. L’effet de ciseaux est clair.
Dernier symptôme alarmant, le Voyage à Nantes rétrécit. Son actif brut total est supérieur à 60 millions d’euros. Mais à force d’amortissements sa valeur nette est tombée à 18,8 millions d’euros en 2025, contre 20,8 millions en 2019. Curieusement, le poste le plus important de son bilan est intitulé « Emballages récupérables et divers » : il y en a pour 41,6 millions d’euros brut !

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