09 novembre 2016

Lobbying pour NDDL (39) : L’anti-trumpisme primaire au service du projet d’aéroport

L'Institut d'études avancées dirigé par M. Supiot est
agréablement logé par les contribuables dans le nouveau
quartier Marcel-Saupin
M. Alain Supiot est professeur au Collège de France et président de l’Institut d’études avancées, un machin destiné à recevoir à Nantes des intellectuels « bien pensants » et financé par les contribuables (sa construction a déjà coûté 16 millions d’euros). Il a accueilli en résidence, par exemple, le professeur Massimo Amato, père spirituel de la SoNantes, qui elle-même est en train de nous coûter très cher – mais c’est une autre histoire.

M. Supiot, qu’on a connu beaucoup plus à gauche, a publié sur le site du Figaro une tribune sur « le grand délitement de la démocratie ». Et franchement, c’est n’importe quoi. Voici ce qu’on y lit :

« Pressé de dire s'il reconnaîtrait l'éventuelle victoire de sa concurrente Hillary Clinton, M. Donald Trump a répondu “J’accepterai sans réserve les résultats de cette élection présidentielle — si je gagne”. (…) Les Européens auraient tort de moquer cette déclaration d'apparence bouffonne, car elle témoigne d'un délitement de la démocratie dont nul pays n'est exempt. »

Hélas, la bouffonnerie est du côté du digne professeur. En effet, trois hypothèses se présentent :
a) il ne comprend pas l’anglais ;
b) il n’a pas écouté la déclaration du candidat et a seulement lu dans le New York Times une phrase coupée de son contexte ;
c) il bidonne délibérément en se disant que ses lecteurs n’iront pas vérifier ses propos.

Car voici exactement ce qu’a déclaré Donald Trump le 20 octobre :
« I will totally accept the results of this great and historic presidential election ‑ if I win. Of course, I would accept a clear election result but I would also reserve my right to contest or file a legal challenge in the case of a questionable result. Right ? And always I will follow and abide by all the rules and traditions of all of the many candidates who have come before me, always. »

Ce qui signifie à peu près :
« J’accepterai sans réserve les résultats de cette magnifique et historique élection présidentielle – si je gagne. Bien entendu, j’accepterais le résultat s’il est clair, mais je réserve aussi mon droit de le contester ou de l’attaquer en justice s’il est douteux. D’accord ? Et toujours je suivrai et je me conformerai aux règles et traditions des nombreux candidats qui se sont présentés avant moi, toujours. »

Donald Trump est un homme de spectacle, animateur d’émissions de télévision. La première phrase de ce passage est une accroche pour mettre le public en appétit. Elle ne signifie ABSOLUMENT PAS que Donald Trump prévoyait de contester le résultat en toute hypothèse s’il ne gagnait pas. Au contraire, il dit expressément qu’il acceptera un résultat clair… et qu’il contestera un résultat douteux, ce qui est la moindre des choses, non ? Toutes les démocraties, y compris en France et aux États-Unis, prévoient des recours contre les irrégularités électorales. Le candidat démocrate Al Gore y a eu recours en 2000. M. Trump a simplement refusé de se lier les mains par avance comme on l’y invitait. Rien de plus normal.

Volontaire ou involontaire, ce bidonnage est pour M. Supiot le prétexte d’un rapprochement acrobatique avec les débats autour de Notre-Dame-des-Landes. Je passe sur les détails : inutile de décortiquer une comparaison dont l’un des termes est si clairement faussé.

Cependant, une remarque s’impose.

M. Supiot écrit : « le Président de la République a, au terme d'années d'atermoiements, solennellement annoncé en février 2016 que la question serait tranchée par un référendum local. A sa surprise probablement, à celle sûrement d'une classe médiatique ayant unanimement soutenu les adversaires du projet, ce dernier fut approuvé par 55% des électeurs du département concerné. » Apparemment, il lui a échappé que le scrutin du 26 juin n’était pas le « référendum local » annoncé par le président de la République. C'était une « consultation locale », type de scrutin nouveau concocté en vitesse par Manuel Valls.

Comme son nom l’indique, cette consultation était consultative et non décisionnelle ainsi que l’aurait été un référendum. Pour un juriste, la différence est capitale. M. Supiot est juriste. Ce professeur au Collège de France parle doctement d'un sujet dont il avoue ignorer un pan essentiel !

05 novembre 2016

Lobbying pour NDDL (38) : la manif’ de trop est celle des partisans

Convoquer une manifestation en faveur du projet de Notre-Dame-des-Landes  moins d’un mois après celle de ses adversaires, c’était ambitieux, mais il ne fallait pas se louper.

Le résultat est clair : si les opposants ont réuni entre 15 000 et 40 000 personnes en pleine campagne le 8 octobre, les partisans en ont rassemblé 200 à tout casser (cent fois moins !) en plein centre-ville, devant la préfecture, ce 5 novembre. Ceux-là même qui réclament le début des travaux viennent de démontrer brillamment que l’envie d’aéroport pèse fort peu en regard du refus de l’aéroport.

Et à vrai dire, c’était couru. Quelle mouche avait donc piqué Alain Mustière et autres hérauts du projet de Vinci Airports ? Étaient-ils éblouis par le projet au point de croire que des dizaines de milliers de gens étaient prêts à le défendre dans la rue ? On a eu tout à l'heure une illustration cocasse de la faible mobilisation des partisans : quand un petit contingent d'une quinzaine d’opposants au projet a été signalé, un tiers des « manifestants » se sont aussitôt volatilisés.

Ou bien fallait-il liquider d’urgence le matériel de propagande qu’une décision de la cour d’appel administrative pourrait rendre obsolète pour de bon lundi prochain ? Les organisateurs n’avaient pas lésiné sur les cartons de déménagement déposés devant la préfecture et censés contenir les 270.000 bulletins de vote « oui » du 26 juin. Mais chacun a pu voir que ces cartons trimballés à bout de bras n’étaient pleins que de vide. Cette manifestation sentait le baroud d’honneur.


P.S. du 6 novembre : Qui donc exagère ?

« 300 personnes se sont rassemblées devant la préfecture », assure aujourd’hui la Une de Presse Océan. « Près de 300 manifestants », corrige (à peine) Virginie Meillerais en pages intérieures. Trois cents, ça n’est déjà pas beaucoup ! Mais c’est quand même plus que la réalité. Afin que les choses soient claires, voici une vue générale de la manifestation, prise à 10 h 10 (la manifestation débutait à 10 h 00). La photo ci-dessus a été prise à 10 h 22. Mais ils sont où, les 300 ? On voit que le nombre réel de manifestants est plutôt de l'ordre de 150 (en indiquant 200 à la louche, j'étais généreux !). Et moins encore si l'on en déduit les journalistes, les policiers en civil et les simples badauds. 


03 novembre 2016

Bolopoly (34) : où en est l’exponentielle SoNantes à mi-année ?

D’accord, j’avais une vision particulièrement pessimiste de la SoNantes et de son avenir en me penchant sur la monnaie complémentaire nantaise, le 22 avril dernier : les adhésions d’entreprises étaient très en retard sur les prévisions, les perspectives d’équilibrage des comptes étaient hypothétiques, le montant moyen des transactions ne dépassait pas 24 euros et chacune d’elles coûtait à peu près dix fois ce montant !

La SoNantes fêtait quelques jours plus tard son premier anniversaire. Ses responsables affichaient alors un optimisme inoxydable : ça irait bien mieux dans les mois suivants. « Les monnaies locales affichent généralement une croissance exponentielle la deuxième année », assuraient-ils sur le site de Nantes Métropole. « Nous y sommes, il ne faut pas rater cet envol ».

Six mois se sont écoulés depuis lors. À mi-année, où en est-on de cette « croissance exponentielle » ? Fin avril, la SoNantaise, association animatrice de la SoNantes, revendiquait 160 entreprises adhérentes. On en est aujourd’hui à 178. Soit dix-huit nouveaux adhérents en vingt-six semaines. Pour mémoire, Larousse définit ainsi l’adjectif « exponentiel » : « Qui a une croissance rapide et continue ».

La fin octobre 2016 ne marque pas seulement le milieu de cette année de croissance exponentielle. C’est aussi le milieu du délai au terme duquel la SoNantes doit atteindre l’équilibre financier. La promesse est de Pascal Bolo, adjoint au maire de Nantes, vice-président de Nantes Métropole et président du conseil de surveillance de SoNao, la société de gestion de la SoNantes. Il l’a formulée lors du conseil municipal du 19 décembre 2014 : « Le plan d’affaire qui a été monté prévoit un équilibre en trois ans sur la base de 10 % des entreprises nantaises adhérant au système ». Ce qui signifie à peu près 3.000 entreprises. Courage, il ne reste que 2.822 adhérents à trouver en un an et demi.

C’est possible ! Il suffit de multiplier par 52 le rythme des adhésions. En voilà de l’exponentiel !

26 octobre 2016

La droite au couteau entre les dents

Bruno Retailleau à la barre de fer, François Pinte au nunchaku, Julien Bainvel à la batte de base-ball, Laurence Garnier à la kalach’… Les voici donc à droite, à présent, les « sauvageons », comme dit le ministre de l’Intérieur ? C’est en tout cas ce qu’on imagine devant ce titre alarmiste de Ouest France dénonçant l’insécurité à Nantes. « La droite attaque ». Qu’est-ce qu’il ne faut pas faire pour vendre du papier journal ! Ou pour gagner des voix ?



22 octobre 2016

Lèse-Blaise : (7) Xavier Crouan encense Jean Blaise ? Attendez voir !

Le nouveau directeur de l’information et de la relation au citoyen de Nantes Métropole, Xavier Crouan, entend « passer du dire au faire », assurait Presse Océan mardi dernier. Il ne se fait donc aucune illusion sur le travail de ses prédécesseurs !

Mais il se fait quand même des illusions sur ses collègues. Il loue « l’efficacité » de Jean Blaise : celui-ci aurait su « se mettre en phase avec une société qui veut vivre sur l’espace public et profiter de l’événement ». Or pour se mettre en phase avec une telle société, il suffit d’obtenir le budget, puis de régaler gratuitement. Au vu de l’étiquette « événement », le public comprend qu’il va pouvoir « profiter », pas la peine de le lui dire deux fois. La « relation au citoyen » est plus facile quand on le régale à l’œil.

Cependant, en fait d’efficacité, le « panem et circenses » de Jean Blaise est très en retrait sur celui des empereurs romains. La ligne verte a quand même moins de gueule qu’un combat de gladiateurs au Colisée. Là où il montre une grande efficacité, en revanche – et le professionnel qu’est Xavier Crouan ne tardera pas à s’en apercevoir ‑ c’est dans l’auto-promotion. Passer du faire au dire. De dossier de presse en communiqué, à force de proclamer ses propres mérites et de ressasser l’unique vrai succès de sa carrière, celui des premières Allumées dans les années 1990, il a fini par se composer une réputation que Tibère ou Domitien pourraient envier.

Xavier Crouan devrait cependant se méfier. La prochaine grande opération dont Jean Blaise devrait se mêler en tant que général en chef du tourisme nantais, est la réouverture du musée des beaux-arts, ou si l’on préfère l’ouverture du musée d’arts. Or les musées, il n’y croit plus. « L’art en intérieur va disparaître un jour de toute façon », déclarait-il à Médiapart voici quelques mois,

Peut-être faut-il y voir un reste d’amertume après le relatif échec de l’exposition inaugurale du MuCem de Marseille, Présentée vivante, dont il était l’un des commissaires, en 2013*. Mais s’il ne croit plus aux musées, comment pourrait-il bien gérer l’ouverture de celui de Nantes ? Vu l’importance capitale de l’événement, Johanna Rolland devrait sans doute veiller à ce que son exploitation touristique soit assurée par quelqu’un de plus convaincu.
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* En compagnie de Joy Sorman. Comme le monde est petit ! C’est aussi Joy Sorman qui a interviewé Jean Blaise pour Médiapart. Avec la férocité investigatrice qu’on imagine.


N.B. Merci à E.L. pour le lien vers la vidéo de Médiapart. Merci à A.L.P. pour ses conseils orthographiques.

17 octobre 2016

Lobbying pour NDDL (36) : des journées décisives

Gros camions de gendarmerie flambant neufs dans les rues de Nantes ce soir : livraison de routine, gesticulation ou prémices d’un assaut imminent sur Notre-Dame-des-Landes ?


Ce qui est certain, c’est que les jours prochains seront décisifs. La consultation du 26 juin est loin. Tout le monde voit bien que, au-delà de la quantité des avis sur le projet d’aéroport, la qualité des engagements n’est pas du tout la même dans les deux camps. Là où les opposants ont réuni peut-être trente mille personnes le 8 octobre, les partisans n’en ont pas rassemblé trente une semaine plus tard. Grenouille (ou triton crêté) qui veut se faire plus grosse que le bœuf, ils n’ont pu qu’empiler des cartons pleins de vide pour se donner de l’importance. En évitant prudemment de s’aventurer au-delà du bourg.

Et puis, depuis les doutes exprimés par François Hollande dans Un président ne devrait pas dire ça… et la franche opposition manifestée par Ségolène Hollande hier dans Le Journal du dimanche, le projet court un risque imminent de désaffection. À quoi bon ? Est-ce qu’un nouvel aéroport est vraiment utile ? N’y a-t-il pas mieux à faire de l’argent des contribuables ? Ces questions sont désormais dans l’air. On s’aperçoit (ou l’on s’avoue) que l’aéroport n’a jamais été une nécessité économique mais davantage un moyen pour quelques-uns de montrer qui a la plus grosse.

Les partisans les plus fervents de l’aéroport – on songe à Manuel Valls, à Bruno Retailleau, à Jean-Marc Ayrault… – se sont aventurés dans la situation du coyote de Tex Avery. Ils tricotaient des gambettes sans s’apercevoir que leurs soutiens étaient en train de s’effilocher. La déclaration de Ségolène Royal le leur révèle tout à coup. Ils savent que la chute va être dure. Surtout sans un aéroport pour atterrir.

Que faire dans cette situation ? La tactique la plus logique serait de tenter d’atteindre au plus vite un point de non-retour. Une fois la bataille engagée, on arguerait de la nécessité de « rétablir l’autorité de l’État » pour aller jusqu’au bout…

29 septembre 2016

Le Grand éléphant intéresse moins que la plus longue pizza du monde mais plus que le robinet à Nutella

Pierre Orefice, patron des Machines de l’île, s’est empressé d’alerter la presse : une vidéo de leur Grand éléphant présentée par Insider Travel sur sa page Facebook a été vue plus de 4 millions de fois en 48 heures. « C’est incroyable », s’enthousiasme-t-il dans Presse Océan, en estimant que « la seule explication de cet emballement après 10 ans d’existence de ce film vient de l’importance des communautés des Makers et de Burners ».

Plus de 4 millions de vues, 4,1 millions même à cette heure, c’est un beau résultat en effet. Mais Insider Travel en a vu d’autres. Ce site qui se définit comme une « destination pour les amateurs de voyages, les aventuriers et les touristes en chambre » dépose chaque jour sur son site des dizaines de vidéos et d’informations pittoresques.

Le 27 septembre, tiens, le même jour que l’Éléphant, il a montré « la manière la plus sympa de manger des nouilles », avec ce soir un score de presque 17,4 millions de vues : plus de quatre fois l’Éléphant. Et aussi la cuisson à Naples de la plus longue pizza du monde, presque 16 millions de vues. Normal : les mangeurs sont plus nombreux que les Makers. Et les baigneurs aussi : une piscine à débordement dans les montagnes suisses fait pas loin de 12 millions de vues.

Mais, répétons-le, 4,1 millions de vues pour l’Éléphant, ça n’est pas mal du tout. C’est deux fois plus qu’une vidéo sur une source d’eau chaude dans une plaine de l’Utah ou un robinet à Nutella dans un bar australien, également présentés par Insider Travel ce 27 septembre. On a les distractions qu’on peut.

18 septembre 2016

Lohengrin mal servi par la com’ d’Angers Nantes Opéra

Le Lohengrin de Wagner produit par Angers Nantes Opéra à La Cité, vendredi soir, fut un spectacle magnifique, salué par près d’un quart d’heure de rappels. Pourquoi en parler, alors, dans un blog consacré à ce qui ne va pas ?

Oh ! pas pour chipoter sur de minimes décalages ou sur le manque d’ampleur de Juliane Banse en Elsa de Brabant qui, AMHA, malgré sa technique parfaite, peinait un peu à donner la réplique à la formidable Catherine Hunold en Ortrud. Pas moyen même de ricaner sur les costumes, les scènes de duel ou le cygne censé amener Lohengrin à Anvers puisque cette version de concert était dépourvue de tout artefact scénique. Non, l’ensemble était superbe et généreux.

Généreux, ô combien : l’Orchestre national des Pays de la Loire au grand complet et le chœur d’Angers Nantes Opéra avaient reçu le renfort du chœur de l’Opéra national Montpellier Languedoc-Roussillon. La scène du grand auditorium était bondée et l’ONPL dirigé par Pascal Rophé a fait preuve d’un engagement, d’un enthousiasme qu’on ne lui a pas toujours vu dans le passé. Et sans fléchir, malgré trois heures de représentation quand même.

Bon, alors, qu’est-ce qui ne va pas ?

Les spectateurs. Ou plutôt les non-spectateurs. La salle de l’auditorium était loin d’être aussi bondée que la scène. À la louche, peut-être un cinquième des fauteuils restèrent inoccupés, surtout aux balcons et aux corbeilles. Une production si brillante et si coûteuse pour si peu de spectateurs, quel gâchis ! Qui plus est, ce joyau n’aura eu que trois représentations, deux à Nantes et une à Angers, alors que les spectacles d’Angers Nantes Opéra ont « huit représentations en moyenne », assure la ville de Nantes !

Les absents ont toujours tort ? Les Nantais se contrefichent de l’opéra ? Allons donc ! Angers Nantes Opéra n’a pas pour seule vocation d’organiser des spectacles. La première mission du syndicat mixte est l’action culturelle. À lui de faire venir les spectateurs. S’il n’y parvient pas, il est en échec, il jette par les fenêtres l’argent public englouti dans la création des spectacles (environ 80 % de subventions de l’État, de la région, des départements et des villes).

Or il ne déploie pas une grande pugnacité. Les billets pour Lohengrin étaient en prévente depuis le 29 mars : cela laissait pas mal de temps pour faire monter la mayonnaise. Un dépliant au format PDF a été mis en ligne sur le site d’Angers Nantes Opéra le 1er juin 2016. Depuis lors, rien hormis les mentions d’actualité, pas un seul article sur le blog de l’institution ! Un peu mieux sur Facebook avec une ou deux vidéos et quelques reprises d’articles extérieurs pour appuyer des informations essentiellement administratives du genre « Version de Concert. Billetterie ouverte », le 30 août.

Moins de trois semaines avant la représentation, ce passionnant avis a attiré neuf (9 !) mentions « j’aime », dont celles d’Angers Nantes Opéra soi-même, de sa responsable de communication, et d’un ses barytons et de madame, et quatre (4 !) partages, dont ceux de la même responsable de communication, du Cercle Richard Wagner de Lyon et de Catherine Hunold elle-même. Autant dire qu’il y avait le feu au lac des cygnes. Mais pas grand chose n’a été fait pour redresser la barre d’urgence.

Peut-être était-il trop tard de toute manière pour remédier à une communication qui manque de peps depuis longtemps. Avec un résultat mesurable : la page Facebook d’Angers Nantes Opéra a recueilli 2 350 mentions « j’aime ». Celle de l’Opéra de Paris 154 186. Celle de l’Opéra national de Bordeaux 8 363. Et celle de l’Opéra de Rennes, qui s’adresse en principe à une population trois fois moins nombreuse, 4 524.

[À l’heure où j’écris ces lignes, il reste deux occasions d’assister à une représentation de Lohengrin : ce dimanche à 14h30 à La Cité, mardi à 19h00 au Centre de congrès d’Angers]

Illustration : extrait d’une copie d’écran du site web d’Angers Nantes Opéra

12 septembre 2016

Voyage à Nantes 2016 : (4) de l'art d'arranger les chiffres

Comme chaque année, l’œuvre la plus créative du Voyage à Nantes estival est peut-être son bilan. Mais ça commence quand même à devenir laborieux. Ainsi s’ouvre le bilan de fréquentation estivale 2016 :

« Toute l’année le Voyage à Nantes travaille pour le développement du tourisme à Nantes et si l’événement estival reste la partie la plus visible de son action, cette édition 2016 marque, après 5 ans d’activités, combien l’art dans l’espace public bouscule la forme de la ville jusqu’à inventer de nouveaux usages pour ses habitants et visiteurs extérieurs. »

Soixante mots pour ne rien dire (« l’art bouscule la forme de la ville jusqu’à inventer de nouveaux usages » : bravo à l’exégète qui saura décrypter cette formule boursouflée) : personne n’a donc eu l’idée de faire relire le dossier de presse par un professionnel de la com’ ? Même un stagiaire aurait suffi… À titre de comparaison, voici comment débute le bilan de saison départemental de Loire-Atlantique développement :

« Dans un contexte national de baisse de la fréquentation touristique, l’été de la Loire-Atlantique a été sauvé par une météo très favorable. Le département se révèle ainsi une valeur sûre ! »

C’est toute la différence entre les pros et les amateurs…

Mais attendez ! Le Voyage à Nantes se rattrape aux branches avant la fin de la première page :

« nous sommes heureux de constater une fréquentation stable sur les deux mois d’été. »

Eh ! bien voilà ! Ce qui va sans dire va mieux en le disant. Hélas ça va beaucoup moins bien en le comptant. « Cette édition 2016 réunit 1 700 684 visites le long de la ligne verte », précise Le Voyage à Nantes. Puisqu’il y a stabilité, c’est donc que la fréquentation de 2015 devait se situer dans les mêmes eaux ? Pas du tout : l’édition 2015 avait revendiqué 2 056 000 visites. Le compte est vite fait : la « fréquentation stable » a en réalité baissé de 355 316 personnes. Ce 0 % est en fait un –17,3 %…

Ça vous paraît trop gros pour être vrai ? Inutile de vous jeter sur l’internet pour vérifier : le bilan 2015 est aujourd’hui introuvable, à l’instar du bilan 2013. Mais la piste peut quand même être remontée grâce à… Nantes Métropole : on n’est jamais si bien trahi que par les siens ! Voici ce qu’on lit, à ce jour encore (mais demain qui sait ?), sur son site officiel concernant l'été 2015 :


Le bilan de 2015 est donc bel et bien de 2 056 000 visites (« soit 66 745 en plus par rapport à 2014 ») alors que le dossier de presse 2016 présenté jeudi dernier par Le Voyage à Nantes n’en compte plus que 1 665 294. Maintenant, que faut-il en conclure : que le bilan 2016 est trafiqué ou que le bilan 2015 était gonflé ? Je ne me prononcerai pas*.

Il faut ajouter à cela que les visites ont eu tendance à se concentrer sur deux sites seulement : le jardin des plantes et la cour du château des ducs. Ils totalisent à eux deux 871 136 visites, soit plus de la moitié du total. On dirait que « l’art dans l’espace public » ne bouscule pas grand chose.

Faute de temps, on ne pinaillera pas sur telle ou telle rubrique du bilan du VAN 2016. Sauf une quand même, pour le plaisir. Voici un extrait du tableau des fréquentations publié par Le Voyage à Nantes (la colonne de droite est celle de l'année 2015) :


Une partie des commentateurs, à l’instar de Julie Urbach dans 20 Minutes, en ont conclu que Les Machines de l’île, avec 185.469 entrées payantes (95 419 + 90 050), ont gagné près de 3.000 visiteurs par rapport à juillet-août 2015. Mais où est donc passé l’Éléphant dans ce tableau ? Les chiffres indiqués par Le Voyage à Nantes sont ceux des billetteries, or Les Machines ont deux billetteries : l’une à l’entrée de la Galerie, qui vend aussi les billets pour l’Éléphant, l’autre à l’entrée du Carrousel. Il est donc probable que les chiffres 2016 de la Galerie incluent ceux de l’Éléphant… alors qu’ils sont comparés à ceux de la Galerie seule pour 2015.

Car en 2015, Les Machines de l’île n’ont pas vendu les 182 563 billets (88 497 + 94 066) indiqués par la colonne de droite du tableau ci-dessus. Comme le révèle Nantes Métropole (voir plus haut), elles en ont vendu en réalité 215 843. Au lieu de gagner près de 3 000 visiteurs en 2016, il se pourrait bien qu’elles en aient perdu plus de 30 000 ! Ce qui serait cohérent avec leur baisse de forme en mai et juin (fréquentation en baisse de 8,4 %) révélée par Loire-Atlantique développement.
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* Une autre explication possible serait qu’on n’a pas utilisé les mêmes outils : comme une partie du bilan est faite de comptages effectués le long de la ligne verte par des médiateurs, il suffit d’augmenter ou de diminuer le nombre de médiateurs pour faire varier le nombre apparent de visites !

11 septembre 2016

Arbre aux hérons : Les Échos lointains de Miséry

« L’Arbre aux hérons, nouvelle curiosité touristique nantaise », titrait vendredi le quotidien Les Échos. Si la « curiosité » est nouvelle, l’information ne l’est pas puisque deux mois se sont écoulés entre l’annonce du projet et la parution de l’article. Son auteur, Emmanuel Guimard, se serait-il fait un peu tirer l’oreille ? Du moins n’affiche-t-il pas le même enthousiasme que les services de com’ de Nantes Métropole.

S’il décrit le projet au futur, il se réfugie quant au financement derrière un prudent conditionnel : « Nantes Métropole ne paierait qu’un tiers de l’addition ». Pour le reste, Johanna Rolland « souhaite au moins un tiers de financements privés, qui restent à collecter, et un tiers d’autres partenaires publics ». Ce « souhaite » n’annonce rien qui vaille pour les contribuables nantais. « D’autres mécènes seront recherchés », insistent Les Échos, façon de souligner qu’ils ne sont pas trouvés.

Pour l’avenir, le quotidien ne se prononce pas. Il préfère se réfugier derrière les conjectures municipales : « Nantes Métropole estime que l'arbre pourrait attirer jusqu'à 1 million de visiteurs par an, amortissant vite l'investissement ».

En réalité, Nantes Métropole n’en espère même pas tant. « Avec l'Arbre aux hérons, les Machines - site le plus visité du département avec 620.000 entrées payantes en 2015 - devraient atteindre le cap du million de visiteurs annuels » indique-t-elle sur son site web. Ce qui ramène donc les espérances pour l’Arbre aux hérons à 380.000 billets par an. De quoi amortir « vite » l’investissement, comme l’envisagent Les Échos ?

Les Échos est le grand quotidien de l’économie. Ses lecteurs savent bien ce que signifie l’amortissement d’un investissement : l’étalement de son coût sur sa durée d’utilisation. Si l’on suppose par exemple que « vite » signifie cinq ans, il faudrait en pratique répartir le coût de l’Arbre aux hérons, soit 35 millions d’euros, sur 380.000 x 5 = 1,9 millions de visiteurs. C’est-à-dire que chaque billet vendu devrait contribuer à financer l’Arbre à hauteur de 18,42 euros ! Sur dix ans (mais dix ans, est-ce encore « vite » ?), ce serait 9,21 euro par billet. Cela propulserait le prix du billet à des hauteurs incompatibles avec l’objectif de 380.000 visiteurs par an.

L’idée même d’un amortissement rapide est absurde. Et l'idée d'un amortissement tout court est déjà d'un fol optimisme. Voyez Les Machines de l’île. Neuf ans après leur création, cet investissement a été amorti exactement à hauteur de 0 % : Les Machines continuent à perdre de l’argent chaque année. Les Échos le savent bien. En concluant leur article sur un espoir d’amortissement, ils montrent une ironie subtile mais féroce envers Nantes Métropole.