mercredi 13 septembre 2017

Jean Blaise dézingue-t-il Hécate pour sauver le toboggan ?

Nicolas Darrot « s’est planté », a dit suavement Jean Blaise à Julie Charrier-Jégo et Tifaine Cicéron (Presse Océan, 5 septembre 2017) à propos de Hécate, cette œuvre posée place Graslin le temps du Voyage à Nantes. L’extérieur, déjà, n’était pas bien beau. Les plus indulgents comparaient l’installation à une tente de Bédouins ; les moins aimables, à un gros sac poubelle. Mais la vraie déception était à l’intérieur, « cela ne fonctionnait pas quand il n’y avait pas de soleil », déplore Jean Blaise. Certes, pour qui visitait Hécate par temps gris, comme ce fut mon cas, « il ne se passait pas grand chose ».

Qu’un dispositif opto-mécanique censé jouer avec la lumière soit comme un joueur du FCN privé de ballon quand le Soleil n’est pas là, on aurait pu s’en douter. D’autant plus que Hécate est la déesse de la Lune : le désastre était annoncé. Ce n’est pas tant Nicolas Darrot que son commanditaire qui s’est planté. « Ce sont les aléas de la création », dit Jean Blaise. Non, ce sont les aléas d’un donneur d’ordre qui n’a pas bien réfléchi à ce qu’il allait obtenir.

Mais pourquoi Jean Blaise étale-t-il si complaisamment son échec ? On l’a entendu plus d’une fois rhabiller en coup de génie les flops les plus manifestes. Deux-trois adjectifs bien sentis et le tour était joué. Hécate aurait pu devenir une « ode magique aux éléments qui déploie ses séductions aux premiers rayons de l’astre des cieux », ou quelque chose dans le genre, histoire de renvoyer la responsabilité sur la météo.

Quel contraste avec le toboggan du château des ducs de Bretagne ! Inaccessible la moitié du temps, Paysage glissé a vu passer cinq fois moins de visiteurs que Hécate et a sûrement fait bien plus de déçus. Qu’importe, Jean Blaise est pour lui plein d’indulgence. « Nous avions fait les études nécessaires, mais il ne faut pas oublier que c’est un prototype », a-t-il dit à Julie Urbach, de 20 Minutes. Un prototype est le premier exemplaire d’un objet destiné à être produit en série. Et l’on croyait que c’était une œuvre d’art ? Quant aux « études nécessaires », vu le résultat, il n'est pas sûr que les trois protagonistes de la maîtrise d'œuvre -- architecte, constructeur, bureau d'étude -- soient ravis qu'on y insiste.

Hécate n’était pas moins un prototype que Paysage glissé. Pourquoi alors crier Darrot sur le baudet ? Pour détourner les regards, le temps que Jean Blaise redore le blason de son toboggan, qu’il voudrait conserver ad vitam aeternam ? Ce qui est une autre histoire – on y reviendra. 

5 commentaires:

Anonyme a dit…

l'argumentaire du prototype est un peu court....la cabine téléphonique aquarium n'était pas une nouveauté et elle a fuit...quand ça va pas... ça va pas...
http://www.20minutes.fr/nantes/1911615-20160822-voyage-nantes-raison-fuites-cabine-telephonique-aquarium-definitivement-demontee

http://lameformeduneville.blogspot.fr/2016/06/van-2016-1-non-mais-leau-quoi.html

Les designers Benedetto Bufalino et Benoit Deseille ont installé leur première cabine téléphonique-aquarium, avec ses poissons rouges, à Lyon, lors de la Fête des Lumières 2007. Ils ont récidivé depuis à Biarritz, Port-Louis (Ile Maurice), Gand, Durham et Londres. C’est visuel et rigolo ; on en trouve plein de photos sur l’internet. Alors, pourquoi pas aussi à Nantes ?

Sven Jelure a dit…

Quand ça va pas... ça va quand même avec le Voyage à Nantes, le plus souvent : Jean Blaise trouve moyen de dire pourquoi c'et bien quand même. D'où mon étonnement devant le flinguage de Hecate, qui n'avait pas démérité plus que le toboggan.

VertCocu a dit…

L'option retenue dans le titre n'est pas idiote.
Peut-être, plus largement, Jean Blaise comprend-il que sa com' est de moins en moins crédible ?
Plus prosaïquement, peut-être une histoire personnelle ? Je n'ai pas vu le machin (je n'ai jamais suivi la ligne verte, c'est elle qui empiète sur mes itinéraires) dont je me contrefous tant que c'est inoffensif et temporaire, si ce n'est le coût rapporté au marché des installations urbaines et de l'événementiel festif. Reste que c'est une des installations qui me marquera le plus, avec les vols de la tête. Des spectateurs se sont effectivement appropriés l'oeuvre. Blaise critique celle-là, pourquoi pas, c'est un peu dommage peut-être, au regard des attentes sur la force de l'Art pour cet homme de gauche.
Faudrait que je lui demande combien il est prêt à payer pour un happening au marteau-piqueur sur les blocs en bord d'Erdre. Comme quoi, les Espaces Verts de Nantes sont capables de faire pire que l'Office du tourisme.

Sven Jelure a dit…

Vu les circonstances, en particulier le flop du musée d'arts alors qu'il était occupé au Havre, et puis aussi à cause d'une autre circonstance importante dont on devrait entendre parler sous peu, il est probable que Jean Blaise marche sur des oeufs en ce moment. On partage plus volontiers les ennuis que les succès !

Anonyme a dit…

Le Carré Feydeau a été une erreur, reconnaît Johanna Rolland. L'époque est aux mea-culpa, semble-t-il ; ce qui n'empêche pas de relancer les mêmes projets fumeux, juste après !