Démolie, pas démolie ? Les habitants de Lavau-sur-Loire aimeraient bien conserver la passerelle qui mène à l’Observatoire de Tadashi Kamawata. Sophie Lévy, directrice du Voyage à Nantes, elle, voudrait arrêter les frais, car cette construction en bois réclame des réparations. On imaginerait un débat aisément clos : suffirait-il pas que Le Voyage à Nantes vende la passerelle à la commune pour un euro symbolique ?
Hélas, qui dit Tadashi Kamawata dit grosses sommes. Depuis qu’il a exposé une installation à la Biennale de Venise en 1982, cet artiste est « coté », surtout en France, où il a installé son atelier. Ses œuvres ne sont pas faites de matériaux coûteux mais il assure les étudier longuement – pour aboutir le plus souvent à des tas de planches formant une sorte de cabane ou de nid géant.
Il a ainsi réalisé plusieurs œuvres pour Le Voyage à Nantes 2019. On se souvient par exemple du « nid » composé d’une centaine de planches de bois clair posé sur le toit de la gare. Il en est resté une « œuvre pérenne », le Belvédère de l’Hermitage. Prix estimé : 1 041 600 euros grâce à des études ayant « permis de fiabiliser le coût et le délai de réalisation ». Nonobstant cette « fiabilisation », il avait fallu porter le budget à 1 326 000 euros. Les automobilistes qui passent au pied de cette œuvre sur le quai d’Aiguillon sont invités à jeter un coup d’œil respectueux à ce legs de l’époque Jean Blaise.
Un jugement à 1,5 million d’euros
À côté du Belvédère de Nantes, celui de Lavau aurait presque l’air d’un cadeau : il n’a coûté « que » 850 000 euros à Estuaire 2007. Cependant, il a fallu y ajouter 600 000 euros pour la passerelle. Et les frais ne s’arrêtent pas là. La dégradation accélérée de la passerelle a vite abouti à une action en justice pour malfaçons. En 2018, le tribunal administratif a condamné les protagonistes de la construction à verser presque 1,5 million d’euros de dédommagements au Voyage à Nantes et au Conservatoire de l’espace littoral et des rivages lacustres.
Le jugement a été confirmé par la cour administrative d’appel en 2020, avec cette intéressante précision : « le préjudice retenu par le jugement repose sur un calcul qui permet, non pas la remise en état de l'ouvrage, mais la construction d'un nouvel ouvrage d'une durée de vie de 50 ans et accessible aux PMR alors que le contrat initial prévoyait un ouvrage d'une durée de vie de 20 ans non accessibles aux PMR. » Et Le Voyage à Nantes refuserait à présent cette reconstruction ? On comprend que ça rouspète dur du côté de Lavau.
Principe de précaution
Mais voilà : selon Presse Océan, « Tadashi Kawamata a donné son feu vert pour l’enlèvement de la passerelle, précise Sophie Lévy. Ses œuvres étant toutes construites en bois, il a l’habitude que leur durée de vie ne soit pas infinie et estime que 20 ans, c’est déjà bien. » M. Kamawata compte peut-être mieux les euros que les années, puisque depuis la création de son œuvre en 2007, il ne s’est écoulé que 19 ans et pas 20.
Cet avis autorisé oblige à se poser la question : quelle est l’espérance de vie de la passerelle de l’Hermitage construite en 2019 ? Si vingt ans n’en valent que dix-neuf aux yeux de son créateur, il vaudrait mieux ne pas attendre 2039 ! Car le risque principal n’est pas de mettre les pieds dans la vase comme à Lavau : sur le quai d’Aiguillon, il s’agit de chuter dans la circulation dix mètres plus bas...


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