La compagnie de théâtre arrachée à Toulouse par Jean-Marc Ayrault en 1989 a contribué à l’aura culturelle de Nantes dans les années 1990 mais ne produit plus grand chose depuis une dizaine d’années tout en absorbant de grosses subventions. Johanna Rolland va-t-elle continuer à payer sans voir ?
Les comptes 2025 de Royal de Luxe montrent un frémissement : après une année 2024 pratiquement nulle (1 512 euros), la troupe a vendu pour 176 000 euros de spectacles en 2025. Il lui en faudrait au moins cinq ou six fois plus pour assurer son existence, mais pas d’inquiétude : elle est assise sur un trésor, ses spectacles passés, comptabilisés comme des immobilisations incorporelles. Leur valeur résiduelle nette inscrite au bilan dépasse 1,2 million d’euros.
Ce qui soulève cependant un petit mystère. La compagnie a renoncé en 2025 à une provision de 150 000 euros destinée à la « réparation/restauration des "Géants" ». En effet, explique-t-elle, les demandes des organisateurs de spectacles ont changé : « Désormais nous nous devons de répondre à des demandes spécifiques, ce qui implique à chaque fois une réinvention de notre patrimoine technique et artistique ». C’en est donc fini des « Géants », qui ne seront pas réparés : sic transit... Mais si les machines et matériels utilisés pour les spectacles ne valent plus rien, est-il réaliste de penser que les biens immatériels, les scénarios et mises en scène, sont assez conformes aux « demandes spécifiques » pour valoir plus de 1,2 million d’euros ? Apesanteur, par exemple, vaut-il plus de 350 000 euros ?
Heureusement pour la compagnie, les subventions sont reparties de l’avant : en 2025, elle a touché 519 512 euros versés principalement par Nantes Métropole. En contrepartie, elle a donné douze représentations de son spectacle Apesanteur à Nantes, Orvault et Vertou, avec à chaque fois entre cinq cents et mille spectateurs. Entre six mille et douze mille métropolitains ont ainsi pu le voir, c’est-à-dire que le coût moyen d’Apesanteur, pas si léger que ça, doit se situer entre 43,29 et 86,59 euros par spectateur : pas mal pour un spectacle « gratuit » qui a suscité des commentaires mitigés. À ces subventions s’ajoute le prêt gracieux d’une usine entière, soit un avantage en nature estimé à 251 885 euros par an.
La compagnie a cherché à rétablir ses comptes en faisant des économies et en étalant ses dettes, mais son commissaire aux comptes reste prudent, et même dubitatif : « Au-delà de ces actions engagées qui sont nécessaires mais non suffisantes, la continuité d'exploitation demeure conditionnée à l'obtention de marchés artistiques avec des encaissements sur le 2S 2026 [c’est nous qui soulignons], pour lesquels des échanges commerciaux sont en cours. » Sans ces encaissements, c’est la discontinuité assurée : boum !
En janvier 2026, Royal de Luxe a joué Apesanteur une douzaine de fois au Chili, un pays où La Petite géante lui avait valu un franc succès il y a presque vingt ans, en 2007 (et qui est prétexte cette année à une accusation de détournement local)... Pour le deuxième semestre (2S), rien n’est annoncé à ce jour. Royal de Luxe a longtemps disposé d’un compte en banque bien fourni – 846 000 euros à fin 2023 encore. De quoi voir venir... Au 31 décembre 2025, avec 55 543 euros, il lui restait de quoi financer tout au plus quatre ou cinq mois d’existence frugale. La discontinuité menace. Nantes laissera-t-elle crever sa vache sacrée ?

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