04 juillet 2014

Un écran de trop

Pour ceux qui ne voudraient pas regarder le match de football dans un café (y en a-t-il un seul en France qui ne règle pas son téléviseur sur TF1 ce soir ?) ou chez eux, la ville de Nantes a érigé un écran géant sur la place de la Petite-Hollande. Mais pourquoi donc ? Le Voyage à Nantes est très fier de celui qu’il a fait installer sur le toit de l’école d’architecture. C’était l’occasion rêvée de le mettre en valeur ! Et de faire des économies par la même occasion.

Évidemment, il faut grimper là-haut. Mais quoi ? On va regarder des footballeurs courir derrière un ballon pendant une heure et demie sous le soleil brésilien, et l’on rechignerait devant une petite mise en jambe ?

03 juillet 2014

Royal de Luxe et les gros sous du grand Père Noël

Royal de Luxe en procès avec Coca-Cola : ce n’est que la suite des intentions affichées par la troupe en décembre 2012 quand le limonadier avait montré, dans une vidéo publicitaire, un Père Noël géant. Quoique…

À l’époque, Royal de Luxe dénonçait un « plagiat » et s’insurgeait contre l’utilisation de géants à des fins commerciales. La troupe avait paraît-il lancé une action « auprès des tribunaux civils parisiens ». Normal puisqu'il s’agissait de sanctionner une violation du droit de la propriété intellectuelle.

Or qu’apprend-on aujourd’hui ? Royal de Luxe a en fait assigné Coca-Cola non pas devant les tribunaux civils mais devant le tribunal de commerce de Nanterre, pour « parasitisme ». Ce qui est tout différent.

Cela signifie d’abord que, contrairement à ce qu’elle disait en 2013, la troupe n’avait pas porté plainte pour plagiat – sans quoi elle ne pourrait aujourd’hui agir sur un fondement différent en raison des mêmes faits. Et ensuite que Royal de Luxe a renoncé à défendre son intérêt moral de créateur (difficilement défendable : l'idée de marionnettes géantes n'est pas brevetée) pour se situer sur le terrain de ses intérêts économiques.

« Il ne s’agit pas d’un procès politique », déclare aujourd’hui dans Presse Océan l’avocat de Royal de Luxe. Certes non : il s’agit juste d’une affaire de gros sous.

28 juin 2014

Le Voyage à Nantes 2014 (3) : pourquoi n’aiment-ils pas leur locomotive ?

Plus vivement encore que l’an dernier, une quinzaine de restaurateurs* de l’île de Nantes s’en prennent à La Cantine du Voyage. Est-il logique que Le Voyage à Nantes, qui devrait faire marcher le commerce, lui tire en fait une balle dans le pied en créant une concurrence supplémentaire ? D’autant plus que La Cantine du Voyage, un établissement construit aux frais des contribuables, sans trop de souci des règles d’urbanisme, a été confié sans appel d’offres à un et un seul restaurateur nantais : Philippe Clément, du Téo.

Critiques injustes, assure ce dernier : La Cantine du Voyage ne nuit pas à ses voisins, au contraire, elle attire du monde, au point, a-t-il dit à Métro, que la fréquentation des bars et restaurants du Hangar à bananes a augmenté de 30 % l’an dernier. Philippe Clément détient des informations de première main : outre le Téo, il est le patron du L.C.Club, également au Hangar à bananes.

Or le chiffre d’affaires du L.C.Club a baissé de 14 % l’an dernier. Et ses 140.000 euros de bénéfice en 2012 ont fait place à 160.000 euros de perte en 2013. Pas très brillant pour un établissement dont la fréquentation a paraît-il augmenté de 30 %.
__________
* Lulu la Nantaise, Grain d'Seb, Le Point Bar, Terroir Bio, La table d'Aristide, Le café Louis Blanc, Buns&Beers-Burgers Café ,  Le Gribiche, L'Entrepizz', Le Scoop, Papalou, Le Melting Potes, Café le Bretagne, L'éléphant rose, Vins et Confidences.

27 juin 2014

Le Voyage à Nantes 2014 (2) : Le VAN est-il bien assuré ?

L’objet déposé par Vincent Mauger sur la place du Bouffay laisse perplexe. À en croire Le Voyage à Nantes, qui n’a jamais reculé devant les formules grotesques, il « convoque l’idée même de nature par le matériau utilisé : le bois » ! Mais puisque c’est une œuvre, un artefact, il doit quand même bien y avoir de l’idée même de culture là-dedans – convoquée peut-être par le cœur en ferraille de l’engin ?

Pour rester dans la caricature, disons que cette œuvre hérissée de pointes convoque aussi l’idée même d’acupuncture, voire carrément l’idée même de points de suture. Tout le monde en convient, la place du Bouffay est l’épicentre nantais de la beuverie. Y disposer un tel engin dépasse la fantaisie artistique pour confiner à la mise en danger de la vie d’autrui. On n’ose imaginer les défis Facebook auquel il donnera lieu (« un hosto ou un restau »…).

Posée à même le sol, une modeste pancarte interdit de grimper sur l’œuvre et de marcher sur les graviers qui l’entourent. « L’organisateur décline toute responsabilité en cas de non respect de ces recommandations », précise-t-elle. L’avertissement n’est pas inscrit en braille : tant pis pour le mal-voyant qui ira se planter sur ces redoutables épieux. Mais de toutes façons, passé minuit et après une demi-douzaine de pintes, qui ira lire les petits caractères à la lueur des réverbères ?

Et ce ne sera pas la seule attraction du VAN à donner des sueurs froides à son assureur. On ne songe pas aux voitures retournées rue Saint-Clément, ces accidents-là sont pour de rire (on se bidonne), mais à la baraque de footcheball installée quai François-Mitterrand. Élégamment vêtue de chaume de haut en bas sur toute sa face sud, elle semble à la merci d’une flamme malencontreuse. Or l’endroit n’est pas sûr : situé entre la Loire et le jardin de l’île Mabon, il est propice aux mauvais coups. On le dit sans ironie aucune : il serait dommage que ce beau travail de chaumier finisse en cendres.

26 juin 2014

Royal de Luxe 2014 (4) : les géants nagent lentement

« Royal de Luxe à Limerick », annonce aujourd’hui le site web de la compagnie, aussitôt repris par la presse locale. Les informations mettent du temps à traverser la Manche puisque le Limerick Leader a annoncé la nouvelle dès le 28 mars. Elle a ensuite été reprise par le site web de Limerick City of Culture, qui titrait le 26 mai : « Royal de Luxe confirmed for Limerick ». Un site web exclusivement consacré à l’événement existe depuis cette date.

Le spectacle obéira à un scénario créée exclusivement pour Limerick et inspiré de son histoire locale, c’est promis. Bon, on ne serait quand même pas surpris d’y trouver une grand-mère : ils en ont aussi en Irlande, pas vrai ?

25 juin 2014

Le Voyage à Nantes 2014 (1) : les has been dînent à La Cantine

L’an dernier à la même époque, le web buzzait des mérites de La Cantine du Voyage. De jeunes blogueurs/blogueuses revenaient éperdus d’admiration de leur halte gastronomique au Hangar à bananes. Il faut dire que beaucoup d’entre eux avaient fait le test aux frais de la princesse : on ne crache pas dans la soupe si l’on veut être réinvité. Quand on est poli, on dit même merci, comme le faisait, par exemple, Marinette (« un grand merci à l’Organisme Le Voyage à Nantes pour ce week-end découverte… »).

Les plumes mercenaires ont-elles davantage le souci de leur crédibilité cette année ou bien les budgets ont-ils été réduits ? Toujours est-il que le buzz s’est en grande partie tari. Le dîner qui a réuni sur les bancs de bois Jean-Marc Ayrault, Jean Blaise et leurs dames, début juin, n’a pas suffi à le réactiver (les mauvaises langues y voient même un fâcheux présage).

Il paraît que des améliorations ont été apportées à la formule de l’an dernier. Ah ! bon ? La Cantine du Voyage n’avait donc pas toutes les qualités superlativisées par les blogueurs ? On nous aurait menti ? Hélas, les premières impressions 2014 sont rien moins que concluantes. Oh ! le site du Hangar à bananes, les transats et le baby-foot gardent tous leurs attraits sous le soleil de juin. Mais la restauration, elle, semble avoir gardé tous ses défauts. Du moins si l’on en croit les critiques de convives déposées sur le site TripAdvisor. Sur 536 restaurants notés, La Cantine du Voyage arrive au 522ème rang.

L’honneur est sauf grâce à quelques restaurants de chaîne, sandwicheries et chinois encore plus mal notés. Mais pour ce qui est de faire de Nantes une destination gastronomique internationale, c’est mal parti. La Cantine reste une cantine.

23 juin 2014

Bolopoly (13) : SoNao, un nom qui ne porte pas forcément chance

Un grand merci au lecteur à l’œil acéré qui signale que le Crédit municipal de Nantes recherche un « chargé de mission auprès du directeur général pour la mise en œuvre de SoNantes ». La personne idoine, de niveau bac+5 « et supérieur », recrutée pour une durée de six mois, devra avoir à peu près toutes les qualités : force de conviction, bonne connaissance du secteur bancaire, aisance dans l’expression orale et écrite, diplomatie, maîtrise des outils informatiques, etc.

Ce surchargé de mission devra « assister le directeur général du Crédit municipal dans la préparation de la mise en place de l'établissement de paiement SoNao en charge de la gestion technique, administrative et financière de SoNantes, monnaie locale complémentaire du territoire nantais ».

La marque SONAO a en effet été déposée en décembre dernier par le Crédit municipal, qui détenait déjà la marque SONANTES notre monnaie complémentaire*.

Horreur ! Sonao a été mis en liquidation judiciaire il y a quelques semaines. Mais pas d’affolement : ce Sonao-ci est une société de conseil de Vaux-en-Beaujolais. Sa disparition prématurée est-elle un bon ou un mauvais présage ? On ne s’avancera pas. Au fait, Vaux-en-Beaujolais est célèbre sous un autre nom : la ville a servi de modèle au Clochemerle de Gabriel Chevallier. Mais ça n’a rien à voir. On espère.
_______
* En même temps que SONAO, le Crédit municipal a déposé la marque LA SONANTAISE. Mais pas LE SONANTAIS. Tiens, pourquoi donc ?

20 juin 2014

Bolopoly (12) : le SoNantes, monnaie intermittente

La monnaie locale nantaise, il y a une dizaine d’années qu’on en parle. Elle en est même déjà à son deuxième nom, SoNantes, finalement préféré à Nanto. Enfin on annonce qu’elle va voir le jour au printemps 2013. Et puis au printemps 2013, on la repousse au printemps 2014. Ou plutôt après les élections municipales (tiens, pourquoi ?), en juin 2014, concède son promoteur, le maire-adjoint Pascal Bolo.

Ouais… comme Malbrough, donc, le SoNantes,
Il reviendra-z-à Pâques
Ou à la Trinité
(bis).
 
La Trinité (15 juin) se passe, SoNantes ne revient pas, mironton, mironton, mirontaine. La monnaie locale, on l’a noté, n’occupe qu’un minuscule strapontin dans le programme électoral de Johanna Rolland, comme un appendice de sa proposition n° 142. On peut donc croire le billet de Monopoly local passé à la trappe, et c’est heureux : il y a des sujets autrement sérieux à traiter.
 
Mais non, pas du tout. Dans un appel d’offres en cours jusqu’au 30 juin, le Crédit municipal de Nantes recherche un prestataire en communication « stratégique » pour le lancement du SoNantes, y compris les relations presse et l’événementiel. Perseverare diabololicum.
 
Petite idée promotionnelle, gracieusement fournie au futur heureux élu : verser en SoNantes les indemnités des intermittents du spectacle.
 
Précédents épisodes :
 

12 juin 2014

Comme un lombric tranché : les contorsions de la ligne verte

La photo ci-dessus a été publiée ici-même le 16 juillet 2013 sous le titre "Ils ont trop sniffé la ligne verte". Ces marquages sur le sol de la rue de l'Arche-sèche avaient de quoi désorienter le touriste au tout début du Voyage à Nantes 2013 !

Le Voyage à Nantes 2014 se prépare. On rectifie la ligne verte, on efface des portions obsolètes, on en rafraîchit d'autres. Et tous les passants peuvent constater le nouvel état de la rue de l'Arche-sèche :
À Nantes, le changement, c’est pas maintenant. Mais après tout, faire et défaire, c'est toujours travailler.

11 juin 2014

Royal de Luxe 2014 (3) : demain, le sacrifice humain ?


François Delarozière, dirait-on, a bien perçu le caractère liturgique des défilés de Royal de Luxe. À Toulouse, jusqu’à l’accident électoral des dernières municipales, il comptait régénérer les géants sous forme d’un Minotaure monumental – un être mythologique, bourré à craquer de ressorts romanesques aux échos contemporains : les jeunes gens sacrifiés, la lutte du monstre et du héros, Ariane séduite et abandonnée (« de quel amour blessée… »), le labyrinthe urbain, voire le mariage pour tous (le Minotaure était né de l’union d’une fille de dieu et d’un taureau blanc).

Royal de Luxe peut faire plus fort ! Et sans trop se creuser les méninges : il suffit de suivre le scénario décrit par Flaubert dans Salammbô. Les Carthaginois ont sorti de son temple la statue colossale du dieu Moloch, qui va à reculons, en glissant sur des cylindres ; ses épaules dépassent la hauteur des murailles. Le géant est articulé : de « minces chaînettes partant de ses doigts gagnaient ses épaules et redescendaient par derrière, où des hommes, tirant dessus, faisaient monter, jusqu’à la hauteur de ses coudes, ses deux mains ouvertes ». Dirait-on pas du Courcoult dans le texte ? Entre les jambes du colosse, on allume « un feu d’aloès, de cèdre et de laurier », et peut-être aussi de magnolia, pour la couleur locale.

Bon, pour la suite, il sera peut-être difficile de décider les Nantais à jeter dans le brasier « des perles, des vases d’or, des coupes, des flambeaux, toutes leurs richesses », et finalement leurs propres enfants. Déjà qu’ils y consument leurs impôts locaux… Quoi qu’il en soit, cette réédition du spectacle antique ne coûterait pas cher en costumes : les prêtres de Moloch, précise Flaubert, sont vêtus de « manteaux rouges ».