Ouest France avait déjà publié en octobre dernier un cahier
spécial sur le cheval-dragon construit par la compagnie La Machine. L’expérience avait probablement été fructueuse puisque le quotidien remet ça en plein mois d’août avec Le cheval-dragon Long Ma revient à Nantes (2,90
€), rédigé lui aussi par Béatrice Limon.
Le document est intéressant pour ce qu’il révèle du travail
des spécialistes qui ont construit la machine (métallos, roboticienne, mécanicien,
soudeuse, peintres, menuisiers…) et des sous-traitants motoristes ou transporteurs.
En revanche, il ne fait pas la lumière sur son équation
politico-économique complexe. Il ne répond pas aux interrogations ici exprimées sur les « mystères pékinois du
cheval-dragon ». À l’occasion, il accentue même l’obscurité. Quelles
étaient ces interrogations ?
- Où sont les foules chinoises ? Ouest France reprend le chiffre officiel soufflé d’une « voix rauque » au mois d’octobre par François Delarozière : « entre les répétitions et les trois jours de représentation au mois d’octobre dernier, un million de Chinois ont vu directement Long Ma ». Est-ce une affirmation de l’homme qui a vu l’homme qui a vu le Chinois ? Aucune image publiée à ce jour ne montre cette foule (d’ailleurs modeste à l’échelle chinoise). Ouest France n’y remédie pas. Au-dessus d’une légende évoquant de « grands rassemblements de foule », une photo montre à tout casser une centaine de personnes. Sur la page d’en face, une autre, en fait de « centaines de milliers de personnes », montre une vingtaine de Pékinois. Sur la page suivante, il est question de « la rencontre extraordinaire entre Long Ma et la foule chinoise » sous une photo où une quarantaine de personnes contemplent la machine.
- D’où viennent les économies ? Aussi grand et bien plus complexe que le Grand éléphant, le cheval-dragon a coûté presque le même prix sept ans plus tard, 2,8 millions d’euros, alors que les constructeurs ont dû respecter des délais « ahurissants ». Mais Ouest France ne dit rien du coût de la machine.
- Qui est ce mécène si discret ? Diverses versions avaient circulé l’an dernier sur le financement de Long Ma. Désormais, une version canonique est établie : le spectacle de Pékin, qui a coûté 5 millions d’euros, a été financé par un « mécène » chinois, le promoteur immobilier Winland. Ouest France publie une interview de Simon Wang, présenté comme « assistant d’Adam Yu, le PDG de la société Winland ». Cet intéressant témoignage ne précise pas si Winland a pris en charge l’intégralité de la somme. Ni pourquoi Adam Yu s’est trouvé propulsé à une place d’honneur, à côté de François Hollande, lors de la réception à l’Élysée du comité des mécènes du cinquantenaire des relations diplomatiques franco-chinoises.
- La surprise du cinquantenaire. Le cinquantenaire du rétablissement de relations diplomatiques entre la Chine et la France avait été préparé de longue date. Il comportait de nombreux événements en France et en Chine. Parmi ces derniers, huit étaient considérés comme spécialement importants par l’ambassade de France en Chine. Le spectacle de La Machine n’en faisait pas partie. Comment et pourquoi s’est-il soudain invité dans le programme au dernier moment ? Ouest France n’en dit rien, sinon que le conseiller culturel de l’ambassade a poussé à la roue.
- Long Ma, cheval de retour ? On s’étonnait qu’il faille un aller-retour de Pékin à Nantes pour former des pilotes chinois alors qu’il aurait été plus simple de les former chez eux. À lire Ouest France entre les lignes, le retour à Pékin est rien moins qu’assuré ! « J’espère qu’on reverra Long Ma en Chine », déclare la traductrice qui accompagnait François Delarozière à Pékin, qui pense que « le pays n’est pas encore prêt ». Simon Wang, pour sa part, évoque un « tour du monde » dont Nantes serait le début mais se montre très évasif quant au retour de Long Ma en Chine.
- Long Ma réincarné en minotaure ? Le cheval-dragon ne sera visible sur le site des Chantiers qu’à partir du 14 août : c’est trop bête, le plus clair de la saison touristique sera déjà passé. Or La Machine détient en principe dans son hangar le Minotaure qu’elle a vendu à Toulouse voici des années et qui serait, toujours en principe, achevé depuis des mois. Son prix, sa taille, son poids, sa motricité en font un quasi-jumeau de Long Ma. Puisqu’il est terminé, pourquoi ne pas l’avoir montré pour faire patienter le public ?










