30 octobre 2009

Plus archéo que logique, peut-être

La ville de Nantes est en train d'embaucher trois archéologues municipaux. Les fouilles archéologiques sont du ressort de l'Etat. La ville, qui crie misère et augmente sérieusement les impôts locaux, entend pourtant s'en mêler et embaucher en conséquence. Les fouilles ne vont pas assez vite quand c'est l'Etat qui s'en charge, dit-elle. Et pan ! sur les fonctionnaires du ministère de la culture ! Mais est-elle si sûre de faire plus rapide, elle qui fonctionne en général au rythme du Grand Elephant (entre 1 et 4 km/h) ? Déjà, il a fallu vingt ans de mandat Ayrault pour découvrir que Nantes avait besoin de ses propres archéologues... Ceux-ci travailleront d'ailleurs sous la tutelle de l'Etat. La célérité des fonctionnaires municipaux aura-t-elle raison des lenteurs étatiques ? On verra bien. En attendant, on est content pour les trois nouvelles recrues et désolé pour les contribuables nantais.

06 octobre 2009

Du volontarisme dans l'attentisme

"Les arbitrages ne sont pas faits, nous voulons nous donner un peu de temps", disait hier Jean-Marc Ayrault à propos de la desserte de l'île de Nantes par les transports en commun, selon le récit de sa conférence de presse établi par Xavier Boussion dans Presse Océan.

"Nous voulons" : en voilà-t-y du volontarisme ! Et qui produit des résultats remarquables, puisque cet "un peu de temps" dure déjà depuis vingt ans : Jean-Marc Ayrault montre une grande efficacité dans l'attentisme. En effet, lors de son arrivée à la mairie de Nantes, il était clair que la question se poserait un jour : les chantiers navals venaient de fermer, l'avenir urbain de l'île de Nantes était déjà d'actualité.

Bon, admettons qu'il fallait "se donner un peu de temps" pour que Nantes fasse son deuil de la navale. Douze ans, est-ce suffisant pour guérir nos affects meurtris ? Toujours est-il que les choses "sérieuses" (les guillemets s'imposent) ont enfin commencé avec la mission confiée à Alexandre Chemetoff en 2001. "Le site est considéré comme lieu de ressource et d’inspiration, comme le support de l’invention du programme"*, indiquait le plan-guide établi par l'architecte. Traduction pratique : les projets seront définis a posteriori selon ce qui se passera sur le terrain. Application concrète : les transports en commun seront aménagés sur l'île après tout le reste et, aujourd'hui encore, on ignore ce qu'ils seront.

Le plus curieux est que le maire de Nantes considère en même temps, toujours selon Xavier Boussion, que l'avenir de Nantes "se joue sur quelques dossiers stratégiques", au premier rang desquels l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, la ligne à grande vitesse Nantes-Rennes et la nouvelle gare -- c'est-à-dire des équipements de transports en commun ! Cela dit, peut-être compte-t-il aussi qu'il faudra plusieurs décennies pour les réaliser. Ne confondons pas vitesse et précipitation : avec nos édiles, soucions-nous de l'avenir à très, très, très long terme.

*
Place Publique, n° 4

02 octobre 2009

Brave bête, l'éléphant a su taire ses maux jusqu'à l'automne

Si Pierre Orefice a toujours la pêche, comme disait Stéphane Pajot voici quelques jours, ce n'est pas le cas de son Grand Éléphant, à l'arrêt depuis hier "afin de procéder à des opérations de maintenance", explique un communiqué des Machines de l'île. "Une visite de contrôle a permis en effet de déceler un risque de fragilité sur le châssis."

Il est bon que les Machines veillent à la sécurité de leurs passagers. Nul ne voudrait s'écraser sur le béton des Nefs depuis un troisième étage, puisque telle est à peu près la hauteur de la bête. Les millions (pour le moins) de visiteurs qui l'ont chevauchée depuis juillet 2007 doivent se dire rétrospectivement qu'ils l'ont échappé belle...

L'éléphant avait subi une révision générale de quatre jours fin avril. On n'avait rien décelé à l'époque. En un sens, c'est fort heureux ! En début de saison, un arrêt supplémentaire de neuf jours, durée des travaux, n'aurait pas permis d'afficher des statistiques aussi optimistes. Et puis, forcément, cela aurait inquiété les visiteurs potentiels, au risque de nuire à la fréquentation estivale. En octobre, c'est moins grave, tout sera oublié au retour des beaux jours.

On s'interroge évidemment sur les causes de cette alarme. L'éléphant avait été conçu pour transporter 35 passagers (http://www.nantesmetropole.fr/1151942370773/0/fiche___article). Ce nombre a été porté à 45 lors de la mise en service pour compenser la réduction du nombre de voyages imposé par la lenteur de la machine, puis plus discrètement à 49. Soit quand même 40 % d'augmentation de la charge transportée. L'éléphant aurait-il eu les yeux plus gros que les longerons ?

Et, en tout état de cause, on aimerait savoir pourquoi un "risque de fragilité" qui n'existait pas fin avril est apparu soudain fin septembre -- ou pourquoi la révision générale du mois d'avril est passée à côté. Mais puisque Pierre Orefice est devenu beaucoup moins disert ces derniers mois, le saura-t-on jamais ?

25 septembre 2009

Le silence est d’Orefice

« Ce qu’il y a de bien avec Pierre Orefice, le directeur des Nefs de l’île, c’est qu’il a toujours la pêche », notait récemment Stéphane Pajot (Presse Océan, 24 septembre 2009). Toujours ? Pas si sûr !

Normalement, à cette époque de l’année, le patron des Machines de l’île a déjà lancé plusieurs cocoricos retentissants du genre « la fréquentation réelle est le double de celle de nos objectifs » (Ouest France, 17 août 2007), « ce qui nous arrive depuis un an est extraordinaire » (20 minutes, 1er juillet 2008) ou « nous remplissons quotidiennement plus de 100 % de nos capacités » [sic] (Presse Océan, 13 août 2008).

Cet été, rien. Silence radiorefice. La réserve de superlatifs semble épuisée. Il faut aller chercher du côté de l'Office de tourisme de Nantes métropole pour avoir une vague estimation : la fréquentation des Machines aurait progressé de 8 % cet été. Ce pourcentage, à peu près en ligne avec l'évolution du nombre de touristes à Nantes en 2009, n'est pas suffisant pour compenser la forte baisse subie par les Machines en 2008 (-35 %).

Au mois de mai dernier, Pierre Orefice assurait que la fréquentation de son établissement se redressait, enregistrant « près de 15 % de plus qu'en 2008 » (20 minutes, 15 mai 2009). Le dossier de presse diffusé pour le deuxième anniversaire des Machines, fin juin, annonçait même 20 % de progression depuis le début 2009. La reprise aura donc été de courte durée puisque le taux d'amélioration a chuté de moitié pendant l'été.

C'est fâcheux, car 2009 est une année cruciale pour les Machines. « 2008-2009 sera l'année du vrai test », déclarait Pierre Orefice au début de la saison 2008 (20 minutes, 1er juillet 2008). « Il faudra réussir à renouveler notre public, qui provient surtout de l'agglomération nantaise. » Lors du lancement des Machines, Nantes métropole visait à ce que leur exploitation soit équilibrée en 2009. Qui sera sanctionné si l'objectif n'est pas tenu ? Le contribuable, très probablement.


21 août 2009

Ce qu'il y a de plus artistique dans Estuaire, c’est le flou des chiffres

Des artistes, on attend des œuvres plutôt que des comptes. Mais si Estuaire 2009 ne sait même pas calculer un pourcentage, que lui reste-t-il ?

« On arrive à 720 000 visiteurs contre 680 000 en 2007, soit une hausse de 37 % » se félicite Jean Blaise, interrogé par Philippe Corbou dans Presse Océan du 21 août. Le quotidien reprend en une ce « 37 % ». N’y a-t-il pas eu un correcteur pour sortir sa calculette ? Car en réalité, un gain de 40 000 visiteurs ne représenterait même pas 6 % d’augmentation !

En plus de ces 720 000 visiteurs, Estuaire revendique les spectateurs du défilé de Royal de Luxe, début juin : pas moins de 150 000 personnes, selon les organisateurs. Et combien selon la police ? Faute d’informations officielles, il faudra bien se contenter de ce chiffre manifestement très optimiste. Annexer Royal de Luxe, c’était pour Estuaire l’assurance de faire du chiffre dès le premier jour, d’autant plus que la troupe avait joué la sécurité en ressortant la Petite géante, l’une de ses réalisations les plus réussies. Le spectacle de rue n’a pas grand chose à voir avec l’art contemporain ? Ni plus ni moins que le zoo des douves du château, les croisières clubbing ou la cantine du Hangar à bananes, après tout : faut-il en conclure que, pour Estuaire 2009, l’art contemporain, c’est du n’importe quoi ?

Les chiffres d'Estuaire varient avec la marée

Mais attendez… 680 000 visiteurs en 2007… d’où Jean Blaise sort-il donc ce chiffre ? Ce n’est pas du tout celui qu’il annonçait lui-même à la fin d’Estuaire 2007. Il affirmait alors avoir attiré, admirez la précision, 764 125 visiteurs. Officiel, le chiffre figure encore sur le site web de la mairie de Nantes (http://www.nantes.fr/fileadmin/telechargements/Dialoguer/nantespassion/178np.pdf), et bien entendu sur www.nantes.maville.com. Loin d’avoir gagné 40 000 visiteurs en deux ans, Estuaire en a perdu 44 000 !

Le seigneur Estuaire sait dorer la pilule, comme disait à peu près Molière. Estuaire 2007 avait compté dans son bilan tous les promeneurs du Hangar à bananes, censés être venus admirer les anneaux de Buren ; ils étaient même comptés double s’ils avaient parcouru l’hilarante exposition Rouge baiser du Frac. Comme les anneaux figurent encore au programme d’Estuaire 2009, il est probable que les simples promeneurs ont à nouveau été comptabilisés cette année, et doublés s’ils ont mis les pieds au Frac, voire triplés s’ils ont déjeuné à la Cantine. Selon le même principe, on peut imaginer que quiconque est passé par la rue Prémion ou entré dans l’hôtel de région a été considéré comme un admirateur des œuvres de Stéphane Thidet.

Un vrai projet de gauche

On ne chipotera pas Estuaire sur le musée des Beaux-arts, pour lequel on annonce « les mêmes chiffres de fréquentation qu’en 2007 », soit 23 462 visiteurs, alors que le bilan officiel de 2007 était de 31 115 visiteurs : le Leviathan Thot d’Ernesto Neto est encore visible pendant un mois, tout espoir n’est donc pas perdu d’égaler le score de 2007. Voire celui de 2008. 2008 ? Une année sans Estuaire, vous voulez rire ? Pas du tout : en 2008, le musée des Beaux-Arts de Nantes a reçu 112 000 visites sans Estuaire contre 103 414 en 2007 avec Estuaire !

En conclusion de son entretien avec Presse Océan, Jean Blaise dit d’Estuaire que « C’est incontestablement un projet de gauche ». Gaspillage d’argent public, chiffres bidonnés, chevilles enflées, foirages spectaculaires, vaines prétentions, poudre aux yeux – une fois n’est pas coutume, on ne peut qu’adhérer aux propos du grand homme : c’est bien un projet de gauche.

28 juin 2009

Enfin des vociférations

Un bar attaqué par une bande de voyous : cela arrive tous les jours dans nos banlieues. Mais quand c’est le Lieu Unique qui est agressé par une meute, alors là, ça devient de l’info, coco. Il paraît que les assaillants s’exprimaient au nom des loups du château. Pourtant, les loups n’ont rien demandé. Moralement, leur sort n’est pas si mauvais : devenir une œuvre d’art, ça n’est pas donné à n’importe quel Canis lupus lupus. Certes, ils s’ennuient ferme, dorment le jour et ne hurlent même pas la nuit. Depuis le début de leur séjour dans les douves, pas une chute de poivrot, pas un saut de suicidaire pour égayer les journées et améliorer l’ordinaire. Mais ce ne sont pas quelques verres cassés chez M. Blaise qui y changeront quoi que ce soit.

Seul Estuaire 2009 bénéficiera finalement de ce maigre scandale. Le public commençait à s’ennuyer autant que les loups. Le canard crevé et la maison coulée avaient apporté du suspense et de la fantaisie à Estuaire 2007. Cette fois-ci, jusqu’à présent, rien. Ou, pour être exact, presque rien : juste les œuvres. L’estuaire, sa biennale et son bouchon vaseux. Weidong Teixua avait à peine suscité l’amorce d’un sourire. Mais quand le penn-baz est de sortie, ça commence à interpeller. Tiou-hou-hou-hou-hou !

26 juin 2009

Nantes, capitale mondiale du toc

"Quels sont les atouts et les inconvénients touristiques de Nantes ?" demande le dernier forum en ligne de Presse Océan. Une réalité s'impose : les principaux atouts de Nantes, du château des ducs à Jules Verne, datent d'une époque où personne n'envisageait que Nantes puisse être autre chose que bretonne. La question ne se posait même pas, c'était une évidence.

Dans la deuxième moitié du XXe siècle, après une première tentative sous Vichy, la technocratie, histoire d'arrondir le stock de hochets et de prébendes disponibles, a inventé les Pays de la Loire. Elle et s'est ingéniée à en faire une réalité avec un budget, des fonctionnaires, des élus, des bâtiments et, cerise sur le gâteau, un logo. Bien entendu, puisqu'il y avait des places à prendre et des dépenses à récolter, une litanie de profiteurs et de moutons de Panurge a suivi le mouvement.

Mais ça ne suffit pas à attirer les touristes. Déjà, après quarante ans de communication publique dense, la mayonnaise n'a pas pris localement : le sentiment breton demeure vivace en Loire-Atlantique. Alors, pour les touristes, quelques lustres de pub guichardienne ou auxiettique ne pèsent pas lourd face à quinze siècle d'histoire et de culture bretonnes. "Visitez Nantes, capitale des Pays de la Loire" est un slogan à peu près aussi sexy que "Visitez Vichy, capitale de la France".

Un marché à prendre dans le frelaté et l'artificiel

La communication ligérienne ne fait que brouiller l'image de Nantes, réduisant son potentiel touristique au lieu de le renforcer. Même sur le plan économique, les Pays de la Loire ne sont pas une bonne affaire !

Alors, bien sûr, il serait envisageable de changer de cap, de tourner le dos à l'histoire et de jouer à fond la carte de l'innovation. Avec son palais de justice en forme de plate-forme logistique, son école d'architecture qui ressemble à un parking aérien, son hangar à bananes fait pour les poires, ses loups en centre ville, ses machines qui se prennent pour des oeuvres d'art, son lieu banal qui se croit unique et sa région tordue qu'on dirait imaginée par Erwin Wurm, Nantes aurait un créneau touristique à occuper auprès des amateurs de frelaté et d'artificiel. "Nantes, capitale mondiale du toc !", en voilà un slogan qui aurait de l'allure.

23 juin 2009

Malédiction pour l'éléphant aussi

Et le 500 000e visiteur des Machines de l’île est… oooooh ! mais quelle chance, c’est une jeune Chinoise ! Le hasard fait bien les choses, voici prouvé le retentissement international des Machines : au moins 0,0002 % de leurs visiteurs sont étrangers. La cérémonie en l’honneur de la charmante Zhao Weina, fin mai, a été l’occasion pour leur directeur, Pierre Orefice, de faire une Nième déclaration superlative sur l’immense succès des Machines.

« Le 30 juin, juste deux ans après l’ouverture, le nombre de billets émis sera proche de 550 000, alors que l’objectif fixé à l’ouverture était de 400 000 visiteurs en deux ans », affirme à son tour le dossier de presse établi pour le deuxième anniversaire des Machines.

N’importe quel communicant sait ce que valent de tels objectifs : on commence toujours par annoncer des chiffres minorés pour pouvoir se targuer ensuite d’un immense succès. Ce qui n'a pas loupé.

Et s’il est vrai que l’objectif affiché était de 400 000 visiteurs en deux ans, cela ne faisait pas 200 000 par an. Car l’objectif officiel des douze premiers mois était bien moindre : « Entre 160 et 180 000 visiteurs sont attendus pour la première année d'exploitation » lit-on encore aujourd’hui sur le site web de Nantes métropole. La fréquentation de la première année a finalement été de 290 000 visiteurs.

Mais cela signifie corrélativement :
1) que l’objectif officiel implicite de la deuxième année était compris entre 220 et 240 000 visiteurs,
2) que le chiffre réalisé la deuxième année, 260 000 personnes, n’est supérieur que de 13 % à la médiane de cet objectif, au lieu de 70 % la première année,
3) que les prévisions officielles implicites portaient sur une hausse de 35 % de la fréquentation la deuxième année,

4) que la fréquentation réelle a en fait reculé de 10 % (et de 16 % pour la Galerie des machines, qui a reçu 230 000 personnes la première année et 193 500 la deuxième).

Tout ça inquiète manifestement l'éléphant, qui n'était pas trop fringant ce 23 juin, une semaine avant son anniversaire. Ce n'est pas qu'il ait été épuisé par les passagers (cinq seulement pour le dernier parcours de la journée). Mais avec son torticolis et son oeil droit fermé, on dirait qu'il nous a fait un petit AVC.

10 juin 2009

La malédiction d'Estuaire a encore frappé

S'agit-il d'une fâcheuse coïncidence, d'un acte manqué, d'un message subliminal ou d'une intervention satanique ? Toujours est-il que sur la page d'accueil du site web de Presse-Océan (http://www.presseocean.fr/), ce matin, on peut voir la photo ci-contre, avec pour légende : "À l'occasion de l'inauguration du nouveau siège de coeur d'Estuaire, petit tour d'horizon avec son président". Non, Coeur d'estuaire n'a pas grand-chose à voir avec Estuaire 2009 : c'est le nom de la communauté de communes de Cordemais, Le Temple-de-Bretagne et Saint-Etienne-de-Montluc. N'empêche, on aurait voulu laisser entendre qu'Estuaire est à mettre à la poubelle, on ne s'y serait pas mieux pris. Même petite, une révolution est susceptible de bousculer les institutions les plus rassises et les notabilités les plus courtisées.

Île de Nantes : Les Échos, à leur tour, tirent un signal d’alarme

Il y a quelques mois, on s'en souvient, Le Monde s'était discrètement moqué de l'île de Nantes. Les Échos, toujours soucieux de positiver (et peut-être de se faire pardonner leur statut de journal lu par les patrons) sont manifestement venus à Nantes avec l'intention de dire du bien. Mais à l'impossible nul n'est tenu. Dans leur numéro du 4 juin, qui consacre à la ville une page entière signée Emmanuel Guimard, l'île de Nantes occupe guère plus de 10 % du terrain. L'article qui lui est consacré montre beaucoup moins de zèle dans la louange que le reste du dossier.

Et cela dès son titre : "L'île de Nantes en quête d'un rayonnement international". "En quête", c'est-à-dire que non seulement le but reste à atteindre mais que la voie pour y parvenir n'est pas encore trouvée. Ce n'est pas bon signe pour un territoire déjà disponible lorsque Jean-Marc Ayrault est arrivé à la mairie, voici vingt ans, en 1989, dont le plan d'ensemble a été adopté en 2000 et qui fêtera dans quelques jours le deuxième anniversaire de l'ouverture des Nefs, déjà censées lui apporter cette aura planétaire aujourd'hui remise à plus tard. Comme ce coiffeur chez qui "demain on rasera gratis", Jean-Marc Ayrault promet toujours que "demain on rayonnera international".

Une génération après l'île Beaulieu, l'île de Nantes

Si Les Échos signalent que la pointe ouest de l'île est devenue "un lieu de promenade apprécié", ils limitent leurs propres appréciations au strict minimum tout en reconnaissant que la partie immobilière du projet est critiquée pour son "urbanisme élitiste et bobo", que les traces du passé métallurgique ont été "sanctuarisées", que le projet de ponton d'Olivier Flahault "a suscité une vive opposition" et que "beaucoup reste à faire en matière de densification sur un tissu urbain considéré comme trop lâche".

Devant le quartier de la création, "concept assez large", la bienveillance des Échos avoue ses limites. "L'identité architecturale du lieu, d'inspiration industrielle, s'annonce très typée", écrivent-ils, "à l'instar de la nouvelle école d'architecture (...) évoquant un parking aérien". Quant au palais de justice de Jean Nouvel, sa vocation de trou noir semble accomplie : charitable, l'article n'en dit pas un mot.

Les courtisans ont beau faire mine de ne pas s'en apercevoir (ou peut-être ne s'en aperçoivent-ils vraiment pas, faute d'yeux dans le dos, toujours courbés qu'ils sont vers l'hôtel de Rosmadec), l'île de Nantes s'annonce comme le ratage urbain de notre génération. C'était bien la peine de se moquer de l'île Beaulieu...