jeudi 9 novembre 2017

Le nouveau moteur de l’Éléphant : (2) beaucoup de rien pour bruit

En arrêt pour travaux, l’Éléphant de l’île de Nantes va être équipé d’un moteur hybride. Il fonctionnera au thermique et à l’électrique. Ce sera « le premier pachyderme mécanique éco-responsable », se rengorgent Les Machines de l’île.

Dans une motorisation hybride standard, le moteur électrique fonctionne seul quand les besoins d’énergie sont faibles (typiquement, à petite vitesse) ou en appoint du moteur thermique pour répondre à un besoin ponctuel (typiquement, pour accélérer ou monter une côte). Ses batteries sont rechargées par le moteur thermique en vitesse de croisière ou par récupération d’énergie cinétique au freinage ou en descente. Une motorisation hybride est donc intéressante lorsque les terrains et les vitesses sont divers.

L’Éléphant va-t-il désormais galoper à hybride abattue à travers l’esplanade des Chantiers ? Ou se cabrer à la manière du cheval-dragon ? Cramponnez-vous là-haut, ça va secouer ! En dehors de ces hypothèses, s'il continue à fonctionner à toute petite vitesse stabilisée, sans côte à monter ou à descendre, un moteur hybride ne lui sera pas d'une grande utilité. Ses besoins en énergie demeureront identiques. Il consommera moins (quoique certainement pas les « dix fois moins » annoncées par Pierre Orefice) parce que son moteur diesel sera plus efficient, un point c’est tout.

Un moteur en retard d’une génération ?

Reste quand même un unique avantage : doté d’un moteur hybride, l’Éléphant pourra fonctionner à l’électricité, donc en silence, sur certaines parties de son parcours, en particulier sous les Nefs. Ce ne sera pas du luxe ? Si quand même, pour plusieurs raisons :
  • Le nouveau moteur diesel de 140 ch devrait déjà être moins bruyant que son prédécesseur de 420 cv. 
  • Le ronronnement de l’Éléphant, contrairement au prix des billets, n'est pas souvent critiqué par les visiteurs. Pour certains même, il participe au spectacle. « Sympathique, bruyant, des enfants partout... », écrit l'un d'eux,
  • Le barrissement de l’Éléphant est plus bruyant que son moteur ; pourtant, il est douteux qu’on y renonce.
  • Surtout, le bruit pourrait être largement réduit par un capot insonorisant (camouflé par exemple en éléphanteau suivant sa mère).

Cette dernière disposition était d’ailleurs possible dès le début, en 2007. Pourquoi la réduction du bruit est-elle soudain devenue un objectif si impérieux qu’on lui consacre des centaines de milliers d’euros ? Pour faire moderne ? La Toyota Prius, hybride elle aussi, est née dix ans avant l’Éléphant, en 1997 ! (Accessoirement, on note que son silence n’est pas seulement une affaire de moteur : Toyota a soigné l’insonorisation.) Mais à présent, tous les grands constructeurs automobiles lancent des modèles 100 % électriques. Au niveau mondial, Google enregistre quatre fois plus de recherches sur « electric car » que sur « hybrid car ». En choisissant un diesel en 2007, Les Machines de l’île avaient un temps de retard. Et en choisissant un hybride en 2017 ?

À Ergué-Gaberic, près de Quimper, BlueSolutions, filiale du groupe Bolloré, construit aujourd’hui le BlueTram, tramway électrique sans rails ni caténaires capable de parcourir 2 km sur une seule recharge de 20 secondes. Deux kilomètres : plus qu’il n’en faudrait à l’Éléphant pour une tournée complète des Nefs aux Nefs. Si l’on tenait à changer de moteur, voilà pour le coup une solution qui aurait fait moderne.

« On aurait été incapables de le trouver parce que l’on restait bloqués sur l’île de Nantes », disait Pierre Orefice l’an dernier à propos du site choisi pour l’Arbre aux Hérons. Reste-t-il à présent bloqué sur le Bas-Chantenay au point de ne pas imaginer qu’on puisse trouver des motoristes ailleurs en Bretagne ?

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Bonjour Sven. La technologie Bluetram suppose d'équiper tous les 2kms d'une station de charge rapide pour super-condensateurs; elle ne se prête donc pas à une utilisation en parcours libre mais convient sur ligne fixe. Je n'ai pas trouvé d'informations plus précises sur l'hybride choisi (vraisemblablement du type Toyota Prius) si ce n'est que la batterie pèsera 2 tonnes à loger dans la bête de 48t; c'est déjà énorme en volume car le lithium est très léger.
Foulques

Sven Jelure a dit…

Bonjour, merci pour ces précisions. Je suppose que les batteries seront plutôt au sodium-nickel comme celles du cheval-dragon.
J'ai évoqué la technologie BlueTram à titre d'exemple de ce qui se fait en électrique aujourd'hui. BlueSolutions, comme son nom l'indique, se positionne comme un vendeur de solutions complètes, il n'est pas dit qu'une intervention ponctuelle de motoriste pourrait l'intéresser (sauf peut-être pour son intérêt médiatique).
Cependant, la distinction que vous faites entre parcours libre et ligne fixe est-elle valable dans le cas de l'Elephant ? Son parcours est très fixe en réalité, c'est une boucle en trois tronçons. La station de charge rapide pourrait être aménagée sous les Nefs, où l'Eléphant revient toujours en fin de parcours. La solution BlueTram séduit pour son côté spectaculaire, mais Bolloré construit aussi des bus électriques dont la technologie serait peut-être plus adaptée à l'Eléphant.