samedi 11 novembre 2017

Le nouveau moteur de l’Éléphant : (4) business hybride

Le moteur hybride choisi pour rééquiper l’Éléphant a-t-il une génération de retard ? Ici, il faut lancer un appel solennel aux spécialistes de l’énergie électrique : Quelle puissance faut-il pour déplacer à 2 km/h sur terrain plat une machine de 48 tonnes ? Et, aux prix actuels, que coûteraient les batteries nécessaires ? Un indice : deux sociétés suisses viennent de convertir au tout-électrique un énorme dumper Komatsu de 45 tonnes à vide plus 65 tonnes de charge, qui livre des blocs de pierre à une cimenterie depuis une carrière à flanc de montagne sur une pente à 13 %. Ses batteries ont une capacité de 700 kWh. Il se pourrait donc qu’on reparle de la technique avant longtemps.

Mais revenons au montage de l’opération. Nantes Métropole propriétaire de l’Éléphant paie l’essentiel des travaux, à charge pour la société publique locale (SPL) Le Voyage à Nantes, gestionnaire des Machines de l’île, de réaliser le programme. Le Voyage à Nantes est soumis aux règles des marchés publics pour l’ensemble de ses achats. Or, la liste des achats publics affichée par Le Voyage à Nantes ne comporte pas trace d’un appel d’offres concernant l’achat du moteur et des services connexes. Il semble que ce marché de 413.000 euros HT ait été confié de gré à gré à la société Dintec.

Dintec n’est pas un inconnu : c’est ce petit bureau d’études, déjà, qui a conçu le moteur hybride du cheval-dragon construit par l'association La Machine, animée par François Delarozière, dont on connaît les liens étroits avec Les Machines de l’île. Sur son propre site web, Dintec indique être membre de cette association. Il fait partie d’un groupe nantais prospère dont l’une des principales activités est la vente de moteurs diesel et qui a fêté ses 35 ans aux Machines de l’île en 2013. Le fondateur de ce groupe, aujourd’hui en retraite, est un ami personnel de François Delarozière, notait incidemment le magazine municipal Nantes Passion il y a quelques mois.

Comme le monde est petit et Chantenay plus encore, il se trouve que le groupe ou ses actionnaires détiennent une bonne partie des terrains les plus proches de la carrière de Miséry. La décision soudain prise d’y construire l’Arbre aux Hérons imaginé par François Delarozière, animateur de La Machine, et Pierre Orefice, directeur des Machines de l’île, peut leur laisser espérer une jolie plus-value. De ses nouveaux bureaux, Dintec pourrait même surveiller le chantier en direct. Entre amis, il est bien normal de se rendre des services. 

14 commentaires:

Anonyme a dit…

Un commentateur sur 20 minutes Nantes le 06/11/17 :
"heureusement qu'ils ne sont pas garagistes car trois mois de travaux ce n'est pas un travail de pachyderme mais de gastéropode ! Et bien-sûr avec les finances publiques !"

Même analyse donc que la vôtre, Sven. Il serait bien question de 770 000 € pour une coquille vide !?

Par ailleurs, bravo pour le scoop sur le gang des bernard l'hermite autour de Misery...

Sven Jelure a dit…

Coquille vide ? Pas tout à fait quand même ! Mais la facture est quand même impressionnante.

Corentin hélary a dit…

L'article n'est pas suffisamment renseigné pour pouvoir effectuer les calculs de la puissance nécessaire. Il manque d'une part une indication des frottements, le calcul de la pente réelle, du besoin en terme d'accélération. Après se posera la question du choix des batteries et de leur poids de la modification nécessaire de la structure pour les soutenir, du calcul de la résistance de la nouvelle structure.
Par ailleurs signalons tout de même qu'un moteur électrique ne dure pas à vie dans une utilisation intensive, il faut aussi le refaire régulièrement. En industrie, le rebobinage ou le remplacement, c'est tous les cinq ans. Ça tombe bien, c'est aussi la durée de vie des batteries Lithium-ion. Tout cela à aussi un coût en immobilisation, maintenance et matériaux. Cela à aussi un coût en matière d'environnement.
Sous peine d'avoir réussi à développer la fusion, l'énergie électrique, en France, elle est nucléaire. Si tout le monde roulait à l'électricité il faudrait construire la bagatelle de vingt centrales EPR à minima et les réserves en uranium et Lithium ne sont pas inépuisables. Détail on les trouve dans des pays pas toujours stables politiquement. Résultat une flambée des cours du lithium de 20% l'an.
Avez-vous pris en compte tous ces éléments ?
J'avoue que je doute un peu.

Anonyme a dit…

La coquille vide éhontément remplie des 770 000 €, cela va de soi. Loin de moi l'idée de qualifier ainsi l'une de vos démonstrations...

Les pieds-nickelés du bas-Chantenay vont faire un fric monstre, dites donc !?

Sven Jelure a dit…

Corentin hélary, merci pour ces considérations. Non, je n'ai pas pris en compte tous ces éléments, j'en serais d'ailleurs bien incapable et c'est pourquoi je me tourne vers les experts. Si vous connaissez l'Eléphant de l'île de Nantes, vous savez que les frottements, la pente et l'accélération sont très faibles : il circule sur un terrain plat bétonné sans jamais dépasser 2 kmh. Il ne s'agit pas non plus d'une utilisation "intensive" : si l'Elephant fonctionne près de 300 jours par an, il ne parcourt jamais plus de 4,5 km par jour. Ses contraintes sont donc bien inférieures à celles du dumper que je citais dans mon billet.
Par ailleurs, le moteur est placé à l'extérieur de l'Eléphant sur son propre châssis. Seul ce dernier devrait éventuellement être renforcé.
Quant à l'origine de l'énergie électrique, c'est bien sûr un sujet, presque autant que l'utilisation de combustibles fossiles, mais ce n'est pas du tout pour cela que Les Machines de l'île ont renoncé à installer un moteur électrique.

Corentin hélary a dit…

Les frottements ne peuvent pas être négligés, tous les engrenages en ont et un moteur a aussi un rendement. Il doit être pris en compte.
Vous n'ignorez pas cependant que la propulsion n'est pas le seul élément qui est à considérer.
L'énergie consommée par l'éléphant sert aussi à alimenter un compresseur à fluide hydraulique, lequel alimente l’ensemble des vérins assurant "l'animation" des différentes pièces de l'éléphant, c'est assez gourmand en énergie, les pièces étant assez pesantes. Connaissez-vous la puissance du compresseur ? Je l'ignore.
Je sais aussi que l'éléphant est aussi piloté par un programme d'automates de marque Siemens, le changement de moteur semble contenir aussi des améliorations de ce côté. Les automates ont changé leurs possibilités et leur langage de programmation aussi. Nous en sommes à la septième version du langage Step.
Je vous confirme par ailleurs qu'un aperçu au doigt mouillé me confirme dans l'idée que le poids d'un véhicule autonome de cette taille serait à considérer. Pour une autonomie égale avec un véhicule diesel les batterie de voiture devraient peser 1250 kg, elles en pèsent 250 kg, soit entre 10 à 15% du véhicule (qui est optimisé pour prendre cela en compte, une Zoé pèse environ 1,250 t. Un simple calcul suggère des batteries de 9,6 t... Une paille ? Vous les logez où, je vous prie et vous allez sans doute revoir la puissance du moteur. :)
Vous émettez une série de doute et instruisez semble-il à charge un dossier que vous ne semblez maîtriser qu'assez partiellement, pour rester assez aimable.
Combien coûteraient l'ensemble de ces études si un cabinet externe à la structure actuelle était obligé de les reprendre à zéro ?

Je n'ai nullement douté que de convertir l'éléphant au tout électrique soit impossible, je doute un peu que cela se fasse aussi aisément que votre article semble le suggérer et à un coût moindre que le remplacement simple du moteur.

Sur les autres éléments que vous évoquez dans votre papier, mon domaine de connaissance ne me permet pas, hélas, d'en apprécier la pertinence. J'espère qu'ils sont néanmoins avérés et étayés. J'aimerais beaucoup que vous puissiez préciser la connexion entre des SCI ou sociétés immobilières détenant des terrains proches de la carrière Misery et la société DINTEC.



Sven Jelure a dit…

Je ne doute pas que l'Eléphant soit une sorte d'usine à gaz. Il n'en reste pas moins que toute l'énergie nécessaire à sa propulsion et à son animation (y compris la charge des batteries) sera désormais fournie par un seul moteur diesel de 150 chevaux. La question n'est donc pas : quelles batteries faudrait-il pour déplacer sur tel terrain un engin de tel poids doté de tel compresseur, etc.? mais tout simplement : quelle batteries faudrait-il pour délivrer la même puissance qu'un moteur diesel de 150 ch ?

Vous m'accusez d'instruire un dossier à charge, mais vous vous comportez vous-même comme un avocat de la défense. Rappel : un principe de base du métier de l'avocat est qu'il faut éclairer les dossiers quand on attaque et les compliquer quand on défend. Faire intervenir la marque des automates ou la version du langage revient exactement à cela, compliquer inutilement le sujet ! Cela dit, vous avez raison : le changement de moteur va de pair avec des travaux sur l'automatisme. Le budget comprend 78 k€ HT pour ce poste, en plus des 413 k€ du moteur.

L'autonomie est évidemment une considération importante. La Zoé version 2017 est donnée pour 300 km d'autonomie réelle avec sa batterie de 41 kWh. Mais l'autonomie nécessaire à l'Eléphant est soixante fois inférieure : il n'effectue jamais plus de 5 km par jour (en revenant chaque soir à son point de départ).

Le poids est important aussi. A ce sujet, le cheval-dragon également créé par François Delarozière et motorisé par Dintec fournit une référence intéressante : il comporte cinq batteries au sodium-nickel de 23,56 kWh qui pèsent au total une tonne. Selon le patron de la maintenance des Machines de l'île, pour passer l'Eléphant au tout-électrique, il aurait fallu quatorze batteries. Rien ne dit qu'il s'agisse des mêmes batteries, mais si c'est le cas, leur poids total ne serait "que" de 2,8 tonnes. Encore une fois, leur logement ne poserait pas de problème particulier puisque le moteur est placé à l'extérieur de l'Eléphant.

Je ne dis pas "yaka", je suis bien certain que le passage au tout-électrique est une manoeuvre complexe. Mais quand vous évoquez "le remplacement simple du moteur", vous faites erreur : le projet vise à installer un moteur hybride, ce qui n'est sans doute pas si simple. S'il s'agissait seulement de remplacer un diesel de 420 ch par un diesel de 150 ch, pensez-vous que la facture pourrait décemment s'élever à 413.000 euros ?

Corentin hélary a dit…

"Mais l'autonomie nécessaire à l'Eléphant est soixante fois inférieure : il n'effectue jamais plus de 5 km par jour (en revenant chaque soir à son point de départ)." Encore une fois vous ne considérez que le nombre de kilomètres parcourus, non le besoin en énergie.
"Selon le patron de la maintenance des Machines de l'île, pour passer l'Eléphant au tout-électrique, il aurait fallu quatorze batteries. Rien ne dit qu'il s'agisse des mêmes batteries, mais si c'est le cas, leur poids total ne serait "que" de 2,8 tonnes. Encore une fois, leur logement ne poserait pas de problème particulier puisque le moteur est placé à l'extérieur de l'Eléphant." Le remplacement d'un moteur diesel par un moteur électrique n'implique nullement que l'on supprime le moteur et surtout le compresseur. En outre, qu'il soit à l'extérieur ne change en rien la question du poids ajouté.
Je suis en tous cas ravi que vous considériez enfin que le passage à un moteur hybride de 150 ch implique une refonte entière de l'éléphant, impliquant sans doute une sérieuse économie en poids et une recherche d'améliorations techniques en terme de rendement, travaux d’ingénierie mais aussi de réalisation qui semblent justifier le prix de cette évolution.
J'aimerais toujours beaucoup que vous puissiez préciser la connexion entre des SCI ou sociétés immobilières détenant des terrains proches de la carrière Misery et la société DINTEC. Ce sujet particulier m'intéresse aussi.

Sven Jelure a dit…

Je ne dis pas que le kilométrage parcouru détermine les besoins en énergie, je dis seulement qu'il entre dans les calculs. Si la Zoé, que vous citiez en référence, n'était destinée à effectuer que 5 km par jour, aurait-elle besoin des mêmes batteries que pour effectuer 300 km ? Le béotien que je suis soupçonne que non.

Je ne comprends pas ce que vous entendez par "Le remplacement d'un moteur diesel par un moteur électrique n'implique nullement que l'on supprime le moteur et surtout le compresseur". Remplacer un moteur par un autre, n'est-ce pas supprimer le premier ? Quant au compresseur, il n'a jamais été question de le supprimer.

Non, je ne considère pas que le passage à un moteur hybride implique une refonte entière de l'Eléphant. Les Machines de l'île et Nantes Métropole elles-mêmes parlent toujours de "rénovation" (et vous-même évoquiez précédemment un "remplacement simple du moteur"). Seul le module moteur-roues, placé à l'extérieur du corps principal de la machine, doit être modifié (et aurait peut-être dû être renforcé pour accueillir 14 batteries au lieu de 4 si l'on avait choisi une solution tout-électrique).

A propos de Dintec, les différentes possessions immobilières du groupe dont il fait partie et des actionnaires et fondateurs de celui-ci sont un tout autre sujet. Intéressant, sans aucun doute, mais je n'ai pas le temps de l'éclairer. Si vous voulez vous y coller, je ne peux que vous encourager dans cette voie.

Anonyme a dit…

Le nénéphant est en cure de désintox. Pour le remplacer la cheval-dragonne. Surprenante taxinomie pour un jument-dragon !? Conséquences dues aux perturbateurs endocriniens ? Il marche à quoi l'estomac de l'automate jaune et noir ? Un diesel bien pourri !? En raison de sa plus récente conception que le pachyderme, on ose croire que ça doit être un truc un peu mieux, hein, au prix du kilomètre-contribuable-particules fines ? Si nos ingénieurs Ès Méforme ont un dossier technique à présenter à ce propos...

Anonyme a dit…

Et encore une reconnaissance mondiale pour le Puy Du Fou ! Ici à Nantes, on attend toujours Delarozière et Oréfice personnalités de l'année en couverture du Time !

Anonyme a dit…

Embrouille sur les genres à Ouest-France :

EN IMAGES. La cheval-dragonne Long Ma est de retour à Nantes

https://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/nantes-44000/en-images-le-cheval-dragon-long-ma-de-retour-nantes-5324492

Anonyme a dit…

Ah... Ben alors, l'éléphant est peut-être une éléphante ? D'ailleurs y'a rien qui pendouille entre ses pattes de derrière !!

Sven Jelure a dit…

c'est la mode inclusive, on dégenre la machine. Ou le machin ?