10 février 2012

Et le manège grandissait, grandissait…

À en juger d’après la documentation du Voyage à Nantes, ce n’est pas seulement la date d’ouverture du Carrousel des mondes marins qui est douteuse. C’est aussi sa hauteur. Les dimensions affichées sur le chantier lui-même varient de 20,7 mètres à 25 mètres de haut. Presse Océan, voici quelques jours, avait annoncé 26 mètres. Le catalogue groupes du VAN rehausse encore les enchères : ce serait « un manège de 27 mètres de haut ».

Il est vrai qu’un autre document du même VAN y voit « une structure gigantesque de 20 mètres de haut ». Entre le haut et le plus modeste gigantesque, il n’y a jamais que 35 % de différence !

Le panneau d’affichage du permis de construire devrait mettre tout le monde d'accord puisque la hauteur du bâtiment doit y figurer. Il indique 22 mètres. Indiquait, plutôt, car ce document a disparu depuis quelques semaines.

Rectificatif : l'écriteau reproduit sur la photo a bien disparu... mais le permis de construire est affiché sur un élégant panneau fixé dans l'enclos voisin du chantier. Il n'indique ni 22 m, ni 26 m, ni 27 m, mais... 23 m de hauteur !

08 février 2012

Le Carrousel sera-t-il accessible en juillet ou en septembre ?

Le Voyage à Nantes, on l’a vu hier, ne propose aux groupes de visiter le Carrousel des mondes marins qu’à partir de septembre 2012.

Dans une précédente version de leur catalogue pour les groupes, encore disponible sur le site touristique public France Guide (et aussi en anglais sur le site du VAN), les services de Jean Blaise incluaient le Carrousel dans la visite du site des Machines « à partir de juillet 2012 ».

Se pourrait-il que Le Voyage à Nantes ait désormais un doute sur sa date réelle d’entrée en service ?

Il est certain que si le chantier du manège avance à bonne allure, celui de La Déferlante en est encore au ras du sol. Or ce bâtiment est officiellement « nécessaire à l’exploitation » du Carrousel…

07 février 2012

Louper le Voyage à Nantes ou louper le Carrousel

« À partir de septembre 2012, découvrez le Carrousel des Mondes Marins », suggère Nantes Tourisme dans son Catalogue groupes 2012 composé à l’intention des voyagistes susceptibles d’amener des touristes à Nantes.

Le Carrousel doit être inauguré le 14 juillet 2012. Ce sera un temps fort de l’événement promotionnel « Le Voyage à Nantes », qui se déroulera jusqu’au 19 août. À quelle logique l’équipe de Jean Blaise obéit-elle donc en proposant de le découvrir « à partir de septembre », une fois éteints les lampions de la fête ?

S’agirait-il de réserver le manège aux visites individuelles jusqu’à la rentrée des classes, puisque le succès de l’équipement est pratiquement assuré pendant les vacances scolaires ? Peut-être. Mais cela place les voyagistes devant un choix cornélien : louper le Voyage à Nantes ou louper le Carrousel. Ce n’est pas la meilleure manière de les attirer.

03 février 2012

Palais de justice de Nantes : Ayrault mouille Perrault

Presse Océan, sous la plume de Yan Gauchard, fait aujourd’hui un instructif point d’étape* sur la situation judiciaire du palais de justice, victime d’une « liste impressionnante de désordres » : infiltrations d’eau, dysfonctionnement du système de chauffage, chute de plaques de béton, etc. À elle seule, la réparation des portes chiclet des salles d’audience coûterait plus de 500.000 euros !

Dans le même numéro de Presse Océan, une tribune libre de François Pinte préconise de « reconstruire la ville sur elle-même ». La ville, c’est peut-être beaucoup. Mais le palais de justice…

Où sont passés les cocoricos architecturaux d’il y a dix ans ? Les louanges sont devenues rares. « L'architecture contemporaine et imposante du Palais de justice proposée par Jean Nouvel suggère par ses volumes, sa géométrie implacable, son jeu d’ombre et de lumière, la puissance et la force de la justice », écrit quand même la Samoa. C’est inquiétant pour la justice. Cependant, comme la Samoa persiste à voir dans la maison Avril & Fiteau un bâtiment en bois, il ne faut pas trop se fier à ses avis.

Le site de la mairie de Nantes se contente d’un descriptif du genre médecine légale, en évitant les jugements esthétiques : « un parvis minéral de 50 mètres de profondeur », « de fines colonnes d'acier supportant un auvent », « une façade de verre de 113 mètres de large »…

Celui du Voyage à Nantes fait encore plus sec : « Édifice contemporain pensé par l’architecte Jean Nouvel pour symboliser la justice d’aujourd’hui », indique-t-il seulement, en proposant une visite guidée. « L’accès de cette visite est interdit aux mineurs », précise-t-il cependant. Faut-il donc que le symbole de la justice d'aujourd'hui soit dangereux !

Nantes Métropole conseille néanmoins la visite : « ce monument doit se visiter ne serait-ce que pour apprécier la salle des pas-perdus ». La communauté urbaine omet de préciser qu’on doit subir un contrôle strict à l’entrée : pour mériter les pas-perdus, il faut un peu de temps perdu.

Mais l’information la plus surprenante à propos de l’édifice vient encore du maire de Nantes dont, il est vrai, les services ne sont pas toujours bien renseignés. Dans un billet daté du 27 août 2010 encore affiché sur son blog, Jean-Marc Ayrault attribue sa construction à… Dominique Perrault.

Cliquer sur l'extrait ci-dessus pour l'agrandir
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* Avec à l’appui un reportage photo prédestiné à la rubrique « Comme son nom l’indique » du Canard enchaîné puisqu’il est exécuté par Nathalie Bourreau.

30 janvier 2012

Pour une petite institution, le Lieu Unique coûte cher

« Est-ce qu’à Nantes on a volontairement privilégié une forme de culture plutôt qu’une autre ? » : dans son numéro de février 2012 le magazine Bretons a posé à Jean-Marc Ayrault une question qui fâche. La réponse du maire de Nantes, plutôt alambiquée, conclut que tout est dans l’image. Nantes n’est peut-être pas si culturelle que ça, l’important c’est que les gens le croient…

« Le Lieu Unique par exemple, ça marche bien », affirme le maire, en dépit des critiques de la Chambre régionale des comptes. « La Fabrique maintenant, c’est dans la même perspective. Cela veut dire que le poids des grandes institutions […] est plus réduit. On n’a pas par exemple de Centre national dramatique. » En voilà une justification ! Les Centres nationaux dramatiques coûtent cher sans doute, mais ils sont subventionnés par l’État à plus de 50 %.

Jean-Marc Ayrault, c’est à noter au passage, ne considère pas le Lieu Unique comme une grande institution. Il coûte quand même près de 3 millions d’euros par an à la ville de Nantes. Soit bien plus que leurs Centres nationaux dramatiques ne coûtent à des villes comme Bordeaux ou Toulouse.

29 janvier 2012

Le Voyage à Nantes s’inscrit dans l’hyper-luxe

Voici quelques jours, Jeanne de Barros interrogeait Jean Blaise sur Prun’. « Le tourisme culturel, c’est la première économie mondiale, avant le pétrole et avant les bagnoles », a assuré le patron du Voyage à Nantes. « On est en train d’essayer de créer une nouvelle économie du tourisme culturel. »

La journaliste a saisi la balle au bond : « Pensez-vous réellement, Jean Blaise, qu’avec l’attrait touristique que vous espérez engendrer avec Le Voyage à Nantes, les retombées économiques attendues permettront de contrebalancer le coût de ce projet qui est estimé à plus de 2 millions d’euros ? »

« C’est beaucoup plus que 2 millions d’euros, d’abord », a corrigé Jean Blaise, « et les retombées seront sans doute [sic] supérieures ». Il a alors repris un objectif déjà cité : attirer 20 % de touristes en plus en juillet-août rapporterait à Nantes 10 millions d’euros.

Dépenser 2 millions d’euros pour gagner 10 millions d’euros de chiffre d’affaires serait déjà aberrant : c’est le genre de budget de marketing qu’on trouve dans l’horlogerie, la joaillerie ou la parfumerie de luxe. Mais comme dit Jean Blaise, « c’est beaucoup plus que 2 millions d’euros ». Quatre fois plus, même, a-t-il été indiqué au conseil municipal vendredi soir : 8 millions d’euros au total. Si l'objectif est atteint, chaque fois qu’un touriste venu pour Le Voyage à Nantes dépensera 10 euros au McDo de la place du Commerce, les contribuables en auront dépensé 8 pour le faire venir…

Pour la culture on ne compte pas ? Ah ! là, c’est Jean Blaise qui a commencé.

28 janvier 2012

Commissariat paria

Non, comme on l’a déjà dit ici, l’architecture du nouveau commissariat de police de Nantes n’est pas stalinienne. Les immeubles bâtis du temps de Staline tiennent le coup, malgré le rude climat russe et des décennies sans entretien. Notre commissariat flambant neuf révèle déjà des faiblesses. Il a fallu poser des barrières pour en écarter les piétons et sangler des éléments de sa façade.

27 janvier 2012

Bal des vampires à la cathédrale ?

20minutes.fr révèle aujourd’hui que Le Voyage à Nantes sollicite la participation du diocèse de Nantes à son événement promotionnel de cet été. La séparation de l’Église et du tourisme n’est pas pour demain. Mais la cathédrale est depuis toujours une halte obligée du visiteur de passage. Jean Blaise, nouveau marchand du Temple, en attendrait-il davantage ?

On dirait. À la cathédrale, les curieux pourraient « rentrer par les cryptes et ressortir par le tombeau de François II », écrit 20minutes, citant Mgr James. On imagine des foules de touristes hagards jaillissant à gros bouillons du tombeau entrouvert… C’est sûr, le côté transsylvanien de la chose attirerait du monde et du buzz.

19 janvier 2012

Histoire d’A

C’est une vieille histoire qui remonte à l’époque des accords de Yalta. Pour trancher quelque litige, Staline et Churchill s’affrontent lors d’une course à pied. « Le glorieux Staline est arrivé brillamment second », écrit la Pravda. « Le fantoche Churchill a fini avant-dernier. »

La blague peut encore servir. Sur son blog, Jacques Auxiette, ancien prof’ de math’, se mue en expert financier. Il souligne ardemment la dégradation de la note de la France par Standard & Poor’s. « C’est bien la politique du gouvernement qui est en cause », tonne-t-il. Il se félicite au contraire de la bonne note attribuée par la même agence de notation à la région qu’il préside, « classée dans les toutes meilleures places des régions européennes ».

La grille de notation de Standard & Poor’s prévoit vingt-deux notes possibles. En haut de classement, les emprunteurs notés A s’étagent entre AAA, AA+, AA, AA-, A+, A et A-.

La France vient de perdre la notation AAA et n’est plus notée « que » AA+. La glorieuse région a obtenu la note… AA.

16 janvier 2012

Deux génitifs l’un sur l’autre

Faut-il dire « Mémorial à l’abolition de l’esclavage » ou « Mémorial de l’abolition de l’esclavage » ? Il n'existe pas de règle établie. Selon l’Académie française, un « mémorial » est un « monument commémoratif ». Si l'on dit « monument à » (monument aux morts…), on doit aussi bien pouvoir dire « mémorial à » ! Le mot vient d’ailleurs du latin memoriale, qui signifie « monument, souvenir ».

La vox populi, puisqu’on latinise, a tranché : une recherche avec Google donne 89.100 résultats pour « Mémorial à l’abolition de l’esclavage » contre 55.400 résultats pour « Mémorial de l’abolition de l’esclavage ». On sent bien à l’oreille que la seconde formule n’est pas heureuse. À en croire les frères de Goncourt, Flaubert s’est repenti toute sa vie « d’avoir accolé dans Madame Bovary deux génitifs l’un sur l’autre : ‘une couronne de fleurs d’oranger’ ».
Dans son CV, Krzysztof Wodiczko, concepteur du monument, évoque le « Memorial to the Abolition of Slavery » – qu’on traduira sans hésiter par « Mémorial à l’abolition de l’esclavage ».
Nantes Métropole a longtemps tergiversé, au point de glisser parfois les deux formules dans une même page, comme le montrent les extraits 1 et 2 reproduits ici. Mais finalement, elle a choisi l'enseigne du monument. La formule euphonique ou bien la formule moche ? Réponse ci-dessous.